‹ Exposition du dogme catholique (volume 2)Chapitre 86 sur 89 · Resurrectio est reparatio a morte in vitam, duplici · texte numérisé non relu

Resurrectio est reparatio a morte in vitam, duplici

à l'espace et de le retenir dans la triste vallée où rampent nos corps mortels. Bientôt, par sa propre vertu, il va monter aux cieu)C,et se perdre dans les régions pures et sans limites qu'habitent les esprits * . ]^

ter autem aliquis eripitur a morte. Uno modo solum a morte in actu, ut scilicnl aliquis vivere incipiat quaiitercumque postquam morluus fuerat; alio modo, ut aliquis liberetur non solum a morte, sed etiam a necessitate, et qnodplus est, a possibilitate moriendi. Et haec est vera et perfecta resurreclio : quia quamdiu aliquis vivit suhjectus necessitate moriendi, quodammodo mors ei dominatur : secundum illud. Rom. viii . Corpus quidem mortuum est propter peccatum. Illud etiam quod possibile est esse, secundum quid dicilur esse, id est potentialiter. Et sic patet, quod illa resurrectio, qua quis eripitur solum ab actuali morte est resurrectio imperfecta. Loquendo igitur de resurrectione perfecta, Ghristus est primus resurgentium : quia ipse resurgendo, primo pervenit, ad vitam penitus immortalem, secundum illud Rom. vi : Ghristus resurgens ex mortuis, jam non moritur. Sed resurrectione imperfecta quidam alii surrexerunt ante Christum, adpraemoustrandum quasi in quodam signo resurrectionem ipsius. (Summ. theol. III. P. quaest. 53, a 3, c.)

1. Locus débet esse proportionatus locato. Ghristus .autem per resurrectionem, vitam immortalem et incorruptibilem inchoavit. Locus autem, in que nos habitamus est locus generationis et corruptionis. Sed locus cœlestis est locus incorruptionis. Et idée non fuit conveniens, quod Ghristus post resurrectionem remaneret in terris; sed conveniens fuit, quod ascenderet in cœlum. (Snmm. theol. III. P. quaest 57, a, 1, c

Vous venez de voir, Messieurs, la toutepuissance spontanée du Christ dans sa résurrection; le second caractère propre de ses prodiges, la bienfaisance, n'y est pas moins accusé. J*ose dire qu'entre tous les miracles, la résurrection est le miracle bienfaisant par excellence. En lui se concentrent et s'accumulent, et par lui sont à jamais vivifiés et fécondés les dons que Dieu nous a faits par son Christ. Écoutez, sur ce sujet, le profond et sublime enseignement du grand apôtre. Jésus est venu pour nous sauver; dans ce dessein il nous a donné sa doctrine, sa loi, ses institutions, ses promesses, ses prodiges, sa vie. Ehbien, toutcela est perdu, si dans sa tombe, éternellement fermée, la mort triomphe de son cadavre. Nous n'avons plus sous les yeux que les restes impuissants d'un sage qui s'est trompé, pire que cela, la cendre deshonorée d'un imposteur; car il a affirmé sa divinité et promis qu'il ressusciterait. « Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine; si le Christ n'est pas ressuscité, tous ceux qui se sont endormis du suprême sommeil, en comptant sur lui, ont péri à jamais; si le Christ

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n*est pas ressuscité, nous, qui dans cette vie ne nous soutenons que par les espérances qu'il nous a laissées, nous sommes les plus misérables des hommes * . y> Oui, grand apôtre, tu as raison, si le Christ n'est pas ressuscité, nous avons tort de nous appuyer sur son cadavre ruineux. Soyons juifs plutôt que chrétiens.

Mais, vive Dieu! il n'en va pas ainsi. Jésus ne s'est endormi dans la mort que pour se relever dans la gloire. Le Christ ressuscité ne meurt plus; la mort n'a plus sur lui d'empire. Le Christ est ressuscité, tout revit avec lui. Les preuves qu'il a données de la divinité de sa doctrine, de la divinité de sa loi, de la divinité de ses institutions, de la divinité de ses promesses, de la divinité de sa personne et de ses actes sortent avec lui du tombeau, et, conduites par la preuve suprême, viennent frapper, toutes ensemble, aux portes de notre âme pour faire le siège de notre raison et

1. Quod si Ghrislus non resurrexit, vana est fides vestra, adhuc eiiini estis in peccatis vesiris. Ergo et qui dormierunt in Christo, perierunt. Si in hac ?ita tanium in Christo sperantes sumus, miserabiliores sumus omnibus homi» nibus.(l Cor., cap, XY. 17-19.^

triompher de ses résistances. Il faut se rendre. Le Christ est ressuscité! Donc, notre foi est vraie, donc, nos péchés nous sontremis, donc, nos espérances sont fondées. Le Christ est ressuscité! Donc, sa vie nouvelle nous est aussi salutaire que devait nous être funeste son éternel sommeil. La mort est poursuivie et vaincue partout où elle avait établi son empire, car : (c tous sont vivifiés dans le Christ :> Omnes in Christo vivificabuntur * ,

La mort ! Messieurs, elle est dans nos âmes par le péché. Qui nous engendre, nous tue; et cet effroyable mystère que je vous ai longuement expliqué, il y a quelques années, se complique des abus que chacun de nous fait de sa liberté. La mort est dans nos âmes, qui pourra Ten chasser? — Moi-même, moi, qui fus tout à l'heure misérable et infâme, je serai ta mort, ô mort : Ero mors tua, o mors! Je dirai au péché : Va t'en, je ne veux plus de toi; à la vertu quej'ai trahie : —reviens habiter les solitudes dévastées de mon âme. — 0 mort, où donc est ta victoire? Ubi est mors Victoria tuaf Mais la mort est toujours là.

i. I Cor., cap. XV. 22.

Je ferai plus, je me livrerai, sans merci, à la douleur. J'épouvanterai ceux que j'aime, par les tristesses de mon cœur; je le briserai, ce cœur coupable; je frapperai des coups terribles à l'endroit où fut conçue l'iniquité. 0 mort, tu seras épouvantée des audaces de mon repentir. Dis-moi, où est ta victoire? Vbiest mors Victoria tua? Mais la mort est toujours là.

Eh bien I je pleurerai tant, ô mort, que je te noierai dans mes larmes. Je ferai passer mon corps par les austérités de la pénitence; ses défaillances te gagneront, et, pendant qu'il mourra tous les jours, tu mourras avec lui. 0 mort, où donc est ta victoire? ïJbi est mors Victoria tua? Mais la mort est toujours là.

Que faire? Il ne me reste plus que vous, ô Jésus! Mort bien aimé, laissez-moi me jeter à corps perdu sur votre chair martyrisée, en baiser toutes les plaies et en tirer une irrésis^ tible vertu qui me rende la vie. C'est fait. Je suis aux pieds de mon crucifix, je le presse dans une amoureuse étreinte. Il entend l'aveu de mes fautes, mes gémissements et mes cris d'angoisse; il entend, et il me pardonne. Oh!

mort, où donc est ta victoire? Ubi est mors Victoria tua? — Horreur ! La mort est toujours là. Comment cela se fait-il? Est-ce que ce n'est pas la mort du Dieu que j'invoque, qui me délivre de la mort du péché?

Oui, Messieurs; mais, entendons bien ce mystère. « La chair du Sauveur, dit Bossuet, cette image innocente du crime, avait été livrée entre les mains des bourreaux pour en faire à leur fantaisie. Ils Tont frappée, les coups ont porté sur le péché; ils Font crucifiée, le péché a été crucifié; ils lui ont arraché la vie, le péché a perdu la sienne. 3> Mais ces admirables contre-coups ne se peuvent produire en nous que par un Christ vivant. Ils demeurent suspendus tant que la mort triomphe. Si le Christ ne ressuscite pas, nous ne pouvons rien recevoir de lui, entendez-vous, rien. La haine du mal, le repentir, les larmes, les austérités, le sang même du Sauveur,ne peuvent Iriompher delà mortdupéché, sans que soient renversés les barrages qui arrêtent, aux portes de nos âmes, le fleuve tout entier de la rédemption. Et ces barrages sont la pierre du sépulcre et le sommeil de la chair inanimée

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qu'il renferme. Jésus est mort, tant pis pour ses travaux, pour ses douleurs, pour ses mérites : tout est perdu. Il ressuscite : tout est bon, salutaire et vivifiant dans sa passion. En revivant, il fait revivre son passé et conquiert le droit de précipiter son sang adorable dans nos âmes, d'entrer en vainqueur, de chasser la mort, et d'accomplir la promesse qu'il nous a faite : <«: Je suis la résurrection et la \ie:^^Ego sum resurrectio et vita. En effet, c'est par la vertu de sa résurrection que le pécheur, ruine désolée, roi déchu, arbre desséché, se relève, reprend son sceptre et sa couronne, s'abreuve d'une sève rajeunie qui féconde ses œuvres, tout à l'heure impuissantes et réprouvées ; et ce prodige bienfaisant devient, pour l'âme régénérée, un type auquel elle se conforme, en s'assimilant les qualités du corps glorieux de Jésus-Christ : son agilité, pour marcher avec résolution dans une sainte nouveauié de Tîç; sa spiritualité, pour s'affranchir des choses terrestres, et tendre sans cesse vers les cieux; sa clarté, pour répandre autour d'elle la lumière des bons exemples ; son incorruptibilité, pour ne plus jamais trahir le bien et la vertu.

Nos âmes, Messieurs, sont le premier théâtre de la victoire du Christ sur la mort. Je dis le premier théâtre , car tout l'homme veut être envahi, tout Thomme est en travail de vie, à la nouvelle du grand miracle de la résurrection.

Le péché, en tuant nos âmes, a tué aussi nos corps. Il a tari la sève d'immortalité qui retenait les éléments divisibles de la chair sur les pentes de la corruption. Il faut mourir, c'est la loi : Statutum est omnibus hominibus semelmori. Mon pauvre corps, je ne puis plus compter sur ta docilité habituelle; au jour de la grande catastrophe, malgré moi, tu seras détruit. 0 sanctuaire, ô tabernacle de mon âme, faudra- 1- il donc te dire un éternel adieu? Cet amour qui vous unissait tous deux, matière et esprit, dans une même vie et une même opération, n'était-il qu'un amour menteur? Ce mariage sacré qui vous mettait de communauté, dans toutes les œuvres et dans tous les mérites, doit-il être éternellement déshonoré par un divorce douloureux? Sinistres questions, devant lesquelles la raison balbutie. C'est tout l'homme, dit-elle, qui a

été l'ouvrier de sa propre gloire, pourquoi tout rhomine ne serait-il pas glorifié? La natuge, dit Tertullien, est la première maîtresse qui nous enseigne la reviviscence des corps. Naturam Deus prœmisit magistrarn ^ .

Mais la nature est chaque jour placée en face des désespérantes contradictions de Texpérience. Elle désire, elle espère, elle attend son immortalité, et une main impitoyable semble prendre plaisir à la décevoir en divisant, en éparpillant les éléments impuissants de la chair humaine, jusqu'à ce qu'ils aient disparu et que leur évanouissement ne nous permette plus qu'un doute navrant sur leur avenir, s'il est, pour eux, un avenir. Ajoutez à ces contradictions, une contradiction suprême; permettez à la mort de réduire en poussière le corps du Christ, est-ce que la nature aura le courage d'espérer encore? Lui, si grand, n'aura pas pu se soustraire aux impitoyables sévices de l'ennemie de toute chair, et nous, misérables, nous aurions la prétention de revivre? Non, non, mon pauvre

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