Cf. vingt-huitième conférence. La ehute dana l'humanité
privilégiés du Baptème de sang ; tandis qu'une foule immense s’en va, par la faute d’un seul, aux abîimes éternels, et l'Église, sans pitié pour leur âge et leur impuissance, n'hésite pas à ferire sur leur front ce mot sinistre qu’on lit sur le front des maudits : Camnation |
Messieurs, pas d'imaginalion, je vous en prie ; ne vous effrayez pas d’un mot, sans en bien comprendrele sens. Cemot,je ne le retire pas. Lesort des enfants morts sans Baptème est une véritable damnation, parce qu'il est l'effet d'une malédiction prononcée sur la race humaine, dans la personne de leur premier père. Mais, sachez le bien : il y damnation et damnation.
Celui qui entre dans son éternité après une vie coupable, close par l’impénitence, est damné, c’est-à-dire condamné à ne jamais voir ni posséder le bien suprême qui devait le béatifier à jamais. Ce bien, il ie connaît; 1] sait qu'il en est privé par sa faute et mesure toute l'horreur de cette privation. Un désir immense de bonheur le tourmente, et ce désir, toujours inassouvi, le plonge dans une tristesse désespérée qui le tuerait, s’il n'était immortel. Il ne peut pas jouir du grand bien de sa nature que le pé-
LE BAPTÊME 157 ché n'a pu détruire, parce que ce grand bien, dont il a abusé, en appelle un autre que Dieu lui a révélé pour le punir; parce que le supplice des sens profanés par l'iniquité s'ajoute aux inexprimables tortures de l'âme. Et le comble de son malheur, c’est de toujours se dire à lui-même : Je l’ai voulu ! et detoujours maudire la vie à laquelle il tient, et dont se repaît l’éternelle mort qui le ronge.
Ab. j'en conviens, si tel était le sort des enfants morts sans Baptème, vous auriez raison d'accuser Dieu d’avoir oublié sa bonté dans l'institution de ce. sacrement. Mais, rappelezvous, 76 vous prie, la belle et touchante doctrine de saint Thomas que je vous ai exposée‘. « Les
1. Nous remettons ici, sous les yeux du lecteur, les textes de saint Thomas cités à la fin de notre vingthuitième conférence :
Animæ puerorum naturali quidem cognitione non carent, qualis debetur animæ separatæ secundum suam naturam, sed carent supernaturali cognitione, quæ hic in nobis per fidem plantatur, eo quod nec hie fidem habuerunt in actu, nec sacramentum fidei susceperunt. Pertinet autem ad naturalem cognitionem quod anima sciat se propter beatitudinem creatam, et quod beatitudo consistat in adeptione perfecti boni,sed quod illud bonum perfectum, ad quod homo factus est, sit illa gloria quam sancti possident, est supra
enfants qui n'ont pas reçu la grâce de la régénération sont damnés, c'est vrai, puisque la sentence portée contre la nature déchue les condamne à ne jamais voir Dieu face à face, à ne jamais jouir des délices de cette contemplation. Mais, ignorant quils ont été faits pour ce grand bonheur, dont ils n'ont jamais entendu parler, comment souffriraient-ils de sa priva-
cognitionem naturalem, juxta illud Apostoli : Nee oculus vidit, nee auris audivit, nee in cor hominis ascendit quæ præparavit Deus diligentibus se, nobis autem revelavit Deus per Spiriltum suum, quæ revelatio ad fidem pertinet. Et propter hoc, quia animæ parvulorum se privari tali bono non cognoseunt, ideo non dolent; sed hoc quod per naturam habent, absque dolore possident. » (De Malo, quæst. 5. a. 3.)
Quamwvis pueri non baptizati sint separati a Deo quantum ad illam conjunctionem quæ est per gloriam, non tamen ab eo penitus sunt separati; imo illi conjunguntur per participationem naturalium bonorum, et ita etiam de ipso gaudere poterunt naturali cognitioneet dilectione. (In lib.II, Sent., dist. 33., quæst. 142. ad. oum ji
Peccato originali non debetur pœna sensus, sed solum pœna damni, scilicet carentia visionis divinæ. (De Malo, quæst. 5. a. 2.)
«... Et ideo nihil omnino dolebunt de carentia visionis divinæ, tmo magis qgaudebunt de μος, quod participabunt multa de divina bonitate, et perfectionibus naluralibus. » (In 110. IT, Sent., dist. 33, quæst. 1, a. 2..)
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tion? Si Dieu le révèle à ceux qui auraient pu s'y préparer de loin, par le bon usage des dons de la nature, sa bonté lui interdit le jeu cruel de décevoir de pauvres petes âmes dont les facultés ne se sont jamais éveillées. Qu'il ne leur montre pas les splendeurs de son essence, soit! Mais il leur est unini par la participation de ses perfections, qu'il leur fait connaître dans l’excellence de leur nature, les beautés de la création, et, peut-être, la visite des anges et des saints, qui viennent les carresser et les instruire. Aucun reproche, aucun regret, aucune douleur, ne lesempêchent de jouir des douceurs de cette connaissance, dont 115 sont trop heureux pour qu'ils puissent songer à autre choses qu'à louer Dieu et à le bénir de les avoir créés. » Mères chrétiennes, qui les avez enfantés, regrettez qu'ils ne soient pas des anges, mais ne les plaignez pas d’un malheur imaginaire, puisqu'ils vous remercient de leur avoir fait don de la vie. Et vous, Messieurs, cessez de les comparer, dans votre pensée, aux éternels proscrits qui font retentir l'enfer de ce cri désespéré : Maudit soit le jour où je suis né! et ne troublez pas, par d'injustes récriminations, le paradis de leur
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nature tranquille et satisfaite. Rentrez plutôt en vous-mêmes, et craignez l’effroyable damnation à laquelle vous vous exposez, si vous êtes infidèles à la grâce de votre Baptême. Cette grâce, vous la devez à l’infinie bonté de Dieu. Remerciez-le, et dites avec l’Apôtre : « C’est par sa miséricorde que nous avons été sauvés dans le bain de la régénération : Secundum suam masericordiam salvos nos fecit ver lavacrum regenerations ‘. »