Son éminence le cardinal Guibert, archevêque de Paris
des âmes pures vivant de sa vie; où il ne couronne que les fruits de la grâce et des habitudes saintes qu’il nous ἃ communiquées ; où il ne consomme, dans l’éternelle béatitude , que l'Église dont son Fils Jésus-Christ est le chef. D'où la nécessité absolue du sacrement initiateur, nécessité à laquelle le Christ a pourvu, avec une admirable sagesse et une tendre miséricorde.
Telles sont, Messieurs, les vérités importantes que 16 vous ai exposées dans ma précédente conférence. À la rigueur, nous pourrions nous en contenter, et chercher immédiatement, dans le sacré septenaire, le sacrement qui complète le Baptème et fait passer l'âme régénérée de l'enfance à la virilité chrétienne. Mais 1] m'a semblé que nous avions encore une étude intéressante à faire, étude qui répond à certaines prétentions et préoccupalions contemporaines que vous me reprocheriez peutêtre d'éviter.
Il s’agit du baptisé, de sa grandeur et de ses droits. — Vous allez vous convaincre en m'entendant, je l'espère, que la question est importante et mérite d’être traitée sérieusement.
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Et d'abord quel est le sujet du Baptème: c’està-dire, qui peut être baptisé? La question n'est pas oiseuse, croyez-le bien; car elle nous donne l'occasion de revendiquer le droit au Baptême, contre l'exclusion prononcée par la libre pensée sur une bonne partie de l'humanité.
On ne nous conteste pas le droit de baptiser les adultes qui, en pleine possession d’euxmêmes et suffisamment instruits des vérités de la religion, s’écrient : Je crois! et demandent à entrer, par l'initiation sacramentelle, dans l'Église de Jésus-Christ. C'est par ces adhésions volontaires que le christianisme a commencé, et l'on ne trouve pas mauvais qu’il continue de la même manière.
De notre côté, nous ne prétendons pas insérer de force dans le corps mystique du Christ ceux qu'une autorité naturelle, si aveuglée qu'elle soit, maintient dans le giron de l'erreur et la mort du péché. Non seulement nous ne baptisons pas les adultes qui ne veulent pas de notre sacrement, mais nous respectons la volonté des
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mécréants et des infidèles sur leurs enfants. « Le droit naturel, dit saint Thomas, les place sous la tutelle de leurs parents, jusquà ce qu'ils puissent disposer de leur personne. Les baptiser à contre gré, c’est offenser la justice autant que si l’on baptisait un adulte malgré lui. De
plus, c’est exposer leur foi à sombrer dans les redoutables tentations de l'amour filial, qui doit s’éveiller un jour dans leur cœur. Aussi la coutume de l'Église est-elle de ne point contrevenir, en cela, à la volonté des parents, »
À ces paroles du grand docteur, on oppose les actes inconsidérés de certains princes et de
rtains particuliers qui, par excès de zèle,
1. Pueri secundum jus naturale sunt sub eura parentum, quamdiu 1051 5101 providere non possunt. Unde etiam de pueris antiquorum dicitur, quod salvabantur in fide parentum. Et ideo contra justitiam naturalem esset, sitales pueri invitis parentibus baptizarentur; sicut etiam sialiquis habens usum rationis baptizaretus invitus. Esset etiam periculosum taliter filios infidelium baptizare : quia de facili ad infidelitatem redirent, propter naturalem affectum ad parentes. Et ideo non habet hoc Ecclesiæ consuetudo quod fil: infideliurm, invitis parentibus, baptizentur.
Cf. Cinquante-huitième conférence: De la repression dans l’Église, 2" partie, en note, texte de saint Thomas.
ont abusé de leur autorité et de leur influence pour imposer le Baptème, et l’on prétend en faire rejaillir la responsabilité sur l'Église. Mais elle proteste énergiquement par la. voix de ses conciles et de son droit canon, et, sur ce point délicat, elle réclame, de tous ses enfants, «le respect de la justice : UF integra sit forma justitiæ. \»
Ces explications données, nous sommes en présence d’une nouvelle question : Les parents chrétiens ont-ils le droit de faire baptiser leurs enfants, et l'Église peut-elle condescendre à leur désir ? La réponse affirmative jaillit spontanément de vos cœurs, Messieurs ; mais, il y en a qui pensent que vos cœurs vont trop vite.
C'est, du moins, l'opinion d’un certain nombre de déclamateurs contemporains qui se sont donné mission de pontifier pour la libre pensée. L'originalité de leur talent, la facilité et l’élésance de leur style, leur donnent, sur l'esprit
1. Contra est quod in Decret. dist. XLV, cap. v. ex Concilio Toletano, cap. tv, can. 57, sic dicitur : « De Judæis præcipit sancta synodus, nemini deinceps ad credendum viminferre, non enim tales invitisalvandi sunt, sed volentes, ut integra sit forma justitiæ. » (Summ. Theol., Loco. cit.)
public, une certaine autorité dont ils abusent pour le saturer de sophismes. — Par exemple, ils incarnent dans chaque individu ce qu'ils appellent les droits de l’homme, sans se soucier des droits de la société, de la famille et de Dieu, et veulent que chacun soit maître de choisir et de faire sa religion... On ne doit point préjuger, à cet égard, les décisions de la liberté éclairée par la raison. — L'homme est enfant ; donnez lui tous les soins qui conviennent à sa santé ; préparez-le à l'exercice de ses facultés, mais ne. l’engagez à rien. Il faut que sa conscience soit absolument libre de se prononcer quand il aura grandi, et que, mis en présence des diverses formes religieuses créées par l'esprit humain, 1] puisse dire de lui-même : Voilà ce qui me convient! Il sera catholique, protestant, juif, mahométan, boudhiste, et, même, rien du tout, c’est son affaire. Du moins, il ne pourra accuser personne d'avoir attenté dans son âme au droit radical, inviolable et royal de la libre pensée. On attente à ce droit, on se rend coupable du crime de Ièsemajesté humaine, lorsque, par le Baptême, on fait entrer, à leur insu, les enfants dans une
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société à laquelle, un jour peut-être, il leur déplaira d’appartenir ; lorsqu'on les oblige ainsi à croire, à professer une doctrine qui, un jour peut-être, révoltera leur raison ; lorsqu'on les soumet au joug d’une loi prétendue sainte qui, un jour peut-être, sera trouvée incommode et malfaisante par une volonté jalouse de sa libre expansion. Donc, plus de Baptême pour les enfants ; attendons qu'ils le demandent: voilà notre système !
Et ils sont fiers de ce système, comme s'ils en avaient l’étrenne. On dirait, à les entendre, que le monde n’a marché de progrès en progrès, pendant dix-huit siècles, que pour aboutir à cette superbe et audacieuse revendication de la libre pensée. Les plus modestes daignent se souvenir que, dans le siècle qui a précédé notre glorieux dix-neuvième, un certain Jean-Jacques Rousseau pourrait bien avoir eu l’idée de cetle revendication ; mais ils ne vont pas plus loin.
La vérité historique me fait un devoir de leur dire que, s'ils étaient un peu plus instruits, ils reconnaîtraient, à leur grande confusion, qu'ils ne sont que les plagiaires d’une erreur vieille
au moins de quatorze cents ans. Condamnée et anathématisée, au cinquième siècle, par le concile de l’ancienne Milève, sous le pontficat du pape saint Innocent, elle fut reprise, au douzième siècle, par les Pétrobrusiens. Saint Bernard les ἃ flagellés en des termes que l’urbanité de nos mœurs policées ne nous permettrait pas d'employer. « Voyez, disait-1l,
s détracteurs et ces chiens qui se moquent ὧδ᾽ nous parce que nous baptisons les enfants. Eh! qu'importe que l'enfant ne puisse pas parler, puisque la voix du sang, la voix de son ère, de son grand frère le Christ, monte pour lui de la terre vers Dieu. Debout, près du Christ, j'entends crier la sainte mère l’Église. Et l'enfant lui-même, ne l’entendez-vous pas crier vers le Seigneur et lui dire, par ses douloureux vagissements : Seigneur, je souffre violence, protégez-moi : Dominevimpalior,responde pro me? Il demande les secours de la grâce, le pauvre petit, parce que le péché qu'iltient de son origine lui fait violence. Sa misère involontaire, son ignorance, son infirmité, tout crie
1. Placuit ut quicumque parvulos recentes ab uteris metrum baptizandos negat, anathema sit. (Can. 2.)
vers Dieu. Ne me dites pas qu'il n’a pas la foi, puisque l'Église sa mère lui donne la sienne. »
Les Péirobrusiens furent écrasés sous les coups de cette vigoureuse et touchante 'nvective; mais, trois siècles plus tard, on entendit de nouveau leurs sacrilèges moqueries sortir de la bouche des Anabaptistes. Ceux-ci, plus forts que nos contemporains, savaient ajouter, aux sophismes de la raison, destraits volés à l'arsenal sacré où sont remisées nos plus puissantes armes. Bellarmin à énuméré, discuté et démoli trente-six de leurs arguments tirés dé lEcriture. * Vous voulez bien, n'est-ce pas, que je
1. Videte detractores, videte canes. Irrident nos, quia baptizamus infantes. Quid enim si infans pro se loqui non potest, pro quo vox sanguinis fratris sui, et talis fratris ( Christi) clamat ad Deum de terra? Astat et clamat nihilominus mater Ecclesia. Quid tamen infans? Nonne et ipse tibi videtur inhiare, de fontibus salvatoris vociferari ad Deum, suisque vagitibus clamitare : Domine vim patior, responde pro me. Flagitat auxilium gratiæ, quia vim patitur ab origine. Clamat innocentia miseri, clamat ignorantia parvuli, clamat infirmitas addicti. Nemo mihi dicat,quia non habet fidem, cui mater (Ecclesia) impendit suam. (Serm. 66. ἐπ Cant.)
ὦ. Cf. Bellarmin., Lib. I. De sacramento baptisnu. Cap. IX.
vous en fasse grâce ? — Ils ne néghigeaient pas non plus la tradition et trouvaient cà et là, en leur faveur, quelques textes des Pères qui jugeaient plus prudent et plus sage d'attendre l’âge du discernement. pour administrer avec plus de fruit, le Baptème.' Je ne discuterai pas ces textes, Messieurs ; 1l me suffira de vous faire remarquer que, dans un temps où la société était encore à moitié païenne, on pouvait désrrer qne les enfants n’entrassent qu’à bon escient dans l'Église, pour éviter les dangers de l'apostasie : que les Pères qui ont exprimé ce désir ont toujours enseigné que l'on devait
1. De reliquis (infantibus quibus nullum ingruit mortis periculum) ita censeo et triennio expectato, aut aliquanto breviori aut longiori temporis spatio.…. ita demum per magnt baptismi sacramentum et animos et corpora sanctificent : Περὶ δὲ τῶνἄλλων δίδωμι γνώμην τὴν τριετίαν ἀναμείναντας ἢ μικοὸν ἐντὸς τούτου,ὴ ὑπὲρ τοῦτο. Οὕτως ἀγιάξειν καὶ ψυχὰς καὶ σώματα τῷ μεγάλω μυστηρίῳτῆς πελειώσεως.(3.. Greg. Naz., orat. 40, ἐπ sanctum Baptisma, n° 27.)
Quid festinat innocens ætas ad remissionem peccatorum ? (Tertul., Lib. De baptism., cop. 18.) Fieri non potest ut corpus recipiat sacramentum, nisi ante anima fidei receperit veritatem. (S. Hieron., cap. ult. ἐπ Matth.)
baptliser les cnfants en péril de mort’, et n'ont
jamais nié qu'on püt validement baptiser les autres. L'eussent-ils nié, leurs négations 150lées ne pourraient prévaloir ni contre la loi divine, qui n’excepte personue, ni contre la coutume générale de l’Église, affirmée par une nuée de témoignages, depuis les constitutions apostoliques?, jusqu'aux solennelles déclarations du concile de Trente, qui a condamné les anabaptistes.
1. Cur eos quoque (infantes) baptizamus ? Ita prorsus, si qued periculum namineat : H καὶ ταῦτα βαπτί- ᾿σομεν; mévuye, εἶσερ τις ἐπεῖγοι κίνδυνος (S. Greg. Naz., Lib. De Anima, cap. 30 et 40.
2. Baptizate etiam parvulos vestros, et eos educate in bona disciplina et præceptis Dei : Βαπτίζετε δὲ ὑμῶν καὶ τὰ νῆσια καὶ ἐκτέρετς αὐτὰ ἐν παιδείᾳ καὶ νουθεσια Θεοῦ. (Constitut.apostolie., Lib. VI, cap. 15.)
Célestin, dans le libelle qu’il écrivit à Rome, avoue que c’est la règle de l'Eglise universelle de baptiser les enfants. « Infantes baptizare in remissionem peccatorum secundum regul:m universalis Ecclesiæ, et secundum evangelii doctrinam » (5. Aug. lib. De peccato original, cap. 5). Si quis dixerit neminem esse baptizandum,nisi ea ætate qua Christus baptizatus est, vel in ipso morts articulo, anathema sit. (Conc. trid. sess vit. De baptismo, can, 12.) Siquis dixerit parvulos, eo quod actum credendi non habent, suscepto baptismo inter fideles computandos non esse, 86
Vous le voyez, Messieurs, les modernes adversaires du pédobaptisme ont de jolis ancêtres. J'ai du plaisir à leur apprendre que leur orgueilleuse critique des coutumes sacramentelles n’est pas une nouveauté ; J'aurai plus de plaisir encore à leur démontrer qu'elle n'a pas le sens commun.
On m'accordera bien, je l'espère, que le respect de la liberté ne doit pas être ridicule et barbare jusqu’à priver l'enfant inconscient de grands et solides avantages qu’on pourrait lui procurer, même au prix de certaines obligations. L'amour paternel n'est pas une chimère ; il a des devoirs qu'on ne peut mépriser sans crime. Assurément, la liberté est une belle chose: mais l’amour en est moins touché que des misères et des faiblesses auxquelles il peut remédier. Que nos adversaires nous permettent d'interroger leurs sentiments el leur conduite, nous y trouverons, peut-être, notre justification.
propterea, cum ad annos discretionis pervenerint, esse rcbaptizandos, aut præstare omitti eorum baptisma, quam eos, non actu proprio credentes, baptizari in sola
fide Ecclesiæ; anathema sit. (Conc. trid., sess. vu, De Baptis., can. 13.)
Si l’un de leurs enfants est atteint d'une orave infirmilé qui menace de se consolider et de le rendre difforme pour toute la vie, attendront-ils qu'il soit en âge de connaître son état et de déclarer qu'il désire être guéri ? — Pas le moins du monde ; 115 s'empresseront -d’appeler quelque habile orthopédiste et se conformeront scrupuleusement à ses instructions, malgré les cris et les convulsions de l'enfant. — Si quelqu'un, comme au temps des bonnes fées, avait le pouvoir de douer un enfant et d'accumuler, en sa petite personne, le génie, la vertu, la beauté, lui diraient-ils: Attendez que mon fils puisse se prononcer et que nous sachions bien s'il n'aime pas mieux être un sot, un coquin et un laideron? — Je nele pense pas; ils accepterarent, avec reconnaissance, des bienfaits qui leur promettent de posséder, un jour, dans leur famille, une petite merveille. — Un enfant vient de naître ; vite, ils le font inscrire, pour lui donner un élat civil, et décrètent ainsi qu'il devra prendre part aux bénéfices et aux charges de leur propre nationalité. — Pourquoi n'atlendent-ils
pas que l'enfant puisse faire un libre choix
206 LE BÉAPTISÉ z
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et décide qu'il lui plairait d’être Anglais, Belge ou Prussien, plutôt que Français? — Qu'un parent éloigné ou un étranger, quine leur doit rien, propose d'assurer un riche héritage à un de leurs enfants en bas âge. Vous pouvez être sûrs qu'ils profiteront tout de suite de ses bonnes dispositions, sans se demander si le futur héritier ne préférera pas,plus tard, l’honnête médiocrité à l’opulence qu’on lui offre. Evidemment, en tout cela, ils font bon marché des décisions de la liberté ; et, si vous le leur reprochiez, 115 vous répondraient: Quand 1] s'agit du bien des enfants, l'amour paternel présume légitimement tous les consentements.
Et voilà précisément, Messieurs, ce que pensent les parents chrétiens qui font baptiser leurs enfants. La foi leur dit que celui qui naît de l’homme et de la femme est privé de la sève divine qui doit vivifier notre êlre surnaturalisé. C'est plus qu'un infirme, c’est un mort; aussi, s’empressent-ils de le plonger dans la piscine sacrée, où 1] est engendré de nouveau et pénétré de la vie de Dieu. La foi lear dit que notre nature, déchue de sa condition première, ne peut plus produire aucun acte >n rapport avec
LE BAPTISÉ ; = 207 le terme sublime que Dieu a assigné à toute vie humaine, que l’honnêteté naturelle, elle-même, lui est devenue difficile, mais qu'une miséricorde infinie offre de l’enrichir d'habitudes divines et des dons de l’Esprit-Saint, pour la disposer aux œuvres saintes, rectifier ses penchants, et apaiser l’ardeur de ses convoitises. Ces habitudes, ces dons, ils se hâtent de les demander au sacrement d'illumination. La foi leur dit que nous sommes appelés à faire partie d’une société spirituelle, plus noble, plus féconde, plus riche, plus durable que toutes les sociétés humaines, et qu'il est bon d’être chrétien pour participer aux biens qui circulent dans le corps mystique du Sauveur. Voilà pourquoi ils donnent tout de suite, par le caractère baptismal, un état religieux à leurs enfants, comme ils leur ont donné un état civil, afin qu'ils soient incorporés à la société chrétienne. La foi leur dit que tout chrétien devient héritier d’un trésor sur lequel la rouille et les voleurs n’ont pas de prise, d’une demeure où l’on jouit d'un bonheur que n'empoisonne aucune des misires dont la vie humaine est remplie, d’un royaume qui subsistera éternellement, quand tous les royaumes
de la terre seront détruits. Cet héritage incomparable, ils l’acceptent pour leurs enfants, et l’acte solennel de leur acceptation, c’est le Baptème.
Leur reprochera-t-on d'agir conséquemment aux principes de leur foi? Mais, je ne sache pas, que les principes de leur foi aient moins d'autorité que le septicisme moqueur de ceux qui les désapprouvent,et qu'ils soient moins honorables d’avoir des convictions religieuses que de n’en avoir pas. — Plus clairvoyants et plus nobles dans leurs ambitions que les naturalistes, qui ne sont sensibles qu’à des avantages temporels, les parents chrétiens regardent du côté de l’éternité, et les glorieuses destinées qu'ils entrevoient leur paraissent mériter qu'on y prépare l’âme des enfants, par la régénération, l’illumination, l'incorporation. — [ls ne négligent pas plus les soins du corps et la préparation des facultés intellectuelles et morales que ceux qui ne voient que cela dans leur progéniture ; mais leur regard profond va plus avant, et leur amour, éclairé par la foi, leur commande, pour les besoins surnaturels de l'enfant, des attentions plus empressées et plus délicates que pour les né-
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cessités de la nature. Mieux que personne, ils ont le droit de répondre à ceux qui critiquent leur religieuse sollicitude : Quand il s’agit du plus grand bien des enfants, l'amour paternei présume légitimement tous les consentements.
On me dira peut-être : à quoi bon ce luxe, cette complication d'opérations mystérieuses et d'effets sacramentels, dans une âme d'enfant qui n'en ἃ pas conscience et qui ne peut faire usage des dons qu'elle reçoit? Eh! Messieurs, pour être sauvé de la mort, pour recevoir la vie, pour être assuré d’un somptueux héritage, il n’est pas nécessaire qu'on ait connaissance de si grands bienfaits. L'âme inconsciente de l'enfant peut être délivrée de la mort du péché, pénétrée de la vie de Dieu, investie d’un droit certain à l'héritage céleste; cela vaut bien la peine, ce me semble, qu'on lui administre le Baptème qui produit ces merveilleux effets. Quant aux vertus infuses et aux dons illuminateurs de l’Esprit- Saint, ils ne sont pas plus inutiles que 165 facultés intellectuelles, qui sommeillent afin de ne pas distraire la vie physique de l’activité dont elle ἃ besoin pour s’affermir.
Vous ne voyez pas s'exprimer par des actes | 12.
la raison des enfants en bas âge, et, cependant, cette lumineuse faculté existe à l’état latent; attendant, pour se manifester, le moment où les organes dont elle se sert comme d’instruments seront non seulement assez souples pour obéir, mais assez fermes pour supporter le coup d'archet qui les fera frémir, chanter la pensée, et mettra en branle tout l'être intellectuel et moral. Il en est de même des facultés surnaturelles dont Dieu orne l'âme en la régénérant. Elles existent rééllement : mais elles attendent le moment où la raison s'éveille, et éveille autour d'elle toutes les facultés de l’âme humaine; et, alors, agissant de concert avec elles, elles disposent le chrétien à recevoir, sans retard, les premières impressions des vérités divines, objet de sa foi, et à subir les premiers attraits du bien suprême, objet de ses espérances et de son amour ‘. Elles font chanter, aux innocentes natures qu'elles illuminent, le saint cantique des actes naïfs par lesquels se manifeste la vie chrétienne. — La touchante docilité qui fait
1. Cf. Summ. Theol., III P. Quæst. 69.8.6. Utrum pueri in baptismo consequantur gratiam et virtutes?
LE BAPTISÉ | 211 * accepter aux enfants les plus profonds mystères de la religion, la candeur avec laquelle ils dirigent leurs désirs vers le ciel, la sincérité de leur amour pour Dieu, la confiance de leurs prières, tout cela est le fruit du Baptême et la manifestation des habitudes infuses qu'ils y ont reçues. Non, qu'on ne dise pas qu'elles sont inutiles, mais, plutôt, qu’on admire la sagesse de Dieu dans l’analogie des lois qui gouvernent parallèlement l’ordre naturel et l’ordre surnaturel.
C’est pour obéir à ces lois, Messieurs, que les parents chrétiens font baptiser leurs enfants. Le bon sens et l’amour leur dictent leur devoir, à cet égard, et leur feront éternellement braver les contradictions des sophistes qui prétendent interdire à la vie divine dese donner, avant qu'on la demande, là où l’on a besoin d'elle, Laissons-les au triste métier de rajeunir des hérésies décrépites, d'outrager le sens commun, et d’étouffer dans leur cœur les plus nobles inspirations de l’amour paternel. Sila justice humaine ne peut flétrir toutes les lâches calomnies de la mauvaise foi, appliquée à décrier le zèle de ceux qui recueillent, pour les baptiser
et les envoyer au ciel,les enfants abandonnés des infidèles, meprisons-les. Rien n’empêchera la grâce de descendre dans l’âme des enfants que nous présentons au Baptême; rien ne m'empêchera de vous dire quelle est leur grandeur, quels sont leurs droits.
Bien qu'il ne soit qu'une toute petite chose, par ses faiblesses et son impuissance, l'enfant participe à la grandeur de ses générateurs.
Toutes les illustrations de famille se donnent rendez-vous auprès de son berceau, l'entourent comme d'une auréole, et lui promettent un glorieux héritage. Mais ces priviligiés de la grandeur humaine sont rares ; 11 y a plus de berceaux obscurs ici-bas qu'il n’y en ἃ d'illustres, si on ne les voit que des yeux de la chair; si, au contraire, nous les regardons avec les yeux de la foi, tous les berceaux s’illuminent, tous les berceaux sont glorieux, du moment qu'un chrétien y repose.
L'enfant RUE est gr and de la grandeur du
Dieu qui l’engendre à une nouveile vie, Sans doute, cette génération n’est point semblable à celle qui, dans les cieux, produit le Verbe divin. — Le Père innascible ne peut se défendre d'engendrer son semblable et de lui donner toute sa grande nature. [1 est aussi nécessaire qu'il ait un fils, splendeur de sa gloire, image vivante et parfaite de sa substance, qu’il est nécessaire qu'il soit, et ce fils a le privilège d'être unique. Cependant, non plus par nécessité, mais par amour, Dieu se sent incliné à avoir d’autres fils. S'il ne peut leur denner toute sa nature, il les y fait part.ciper et, par cette participation, il les configure, autant qu'ilest en lui,à son Fils unique et éternel. Profond mystère, stupéfiante merveille, chantée par nos saints docteurs! Dieu fait, dans le sacrement où il nous engendre surnaturellement pour nous rendre semblables à son Fils, ce qu'il ἃ fait dans le sein d’une vierge pour rendre son Fils semblable à nous. L'eau du Baptème est un giron sacré à qui nous devons la naissance que le Christ doit au sein de Marie. En ces deux sources de vie, ce sont les mêmes causes qui agissent : la même fécondité
214 LE BAPTISÉ du Père, la même opération de l'Esprit-Saint. Entre ces deux sources de vie se fait ce prodigieux rapprochement: que, dans l’une, le Fils de Dieu devient fils de l’homme, et que, dans l’autre, le fils de l’homme devient fils de Dieu. Entendez-vous, Messieurs, ce tout petit être que l’Église baptise est un fils de Dieu. Nous ne pouvons pas l’appeler, commele Verbe divin, un fils de nature, mais un fils de bienveillance et d'adoption. Toutefois, les adoptions humaines ne sont qu'une imparfaite image de cette adoption divine. Elles donnent un nom, des titres et des droits, sans pouvoir rien changer dans la personne de l’enfant qu'on adapte. Son sang demeure imprégné des vices de ses générateurs, et ses appétits, de la bassesse de leurs instincts. C’est en vain que ses adoptants voudraient lui communiquer quelque chose de leur noble nature, il ne le peuvent pas. Ce sera, peut-être, le fruit de l’éducation,mais point le fait de l'adoption. Dans l'adoption surnaturelle, au contraire, Dieu opère à la manière d'un générateur, et va jusqu’à l'intime de notre être, Il nous justifie, dit saint Augustin, c'est-à-dire 1] détruit, en notre âme déchue, le vice de notre
LE BAPTISÉ | 215 génération naturelle, la mort du péché; el, par le même acte, il nous défie : Deus qui justificai ipse deificat'. S'il ne nous passe pas son être divin en sa plénitude, il nous donne quelque chose d’approchant et du même genre. Il nous fat, selon lexpression de saint Thomas, « communiquer à sa propre nature, par une certaine participation de ressemblance avec lui, et 1] n'y a que lui qui puisse faire cela : Necesse est quod solus Deus deificet, communicando consortium suæ naluræ per quamdam similitudinis participationem ©. » Saint Jean disait bien : Quel amour le Père ἃ pour nous, puisqu'il veut qu'on nous appelle ses fils et que nous le soyons enr effet! Uf fil Dei nonunemur el simus ὃ,
Mais pourquoi, me demandez-vous, Dieu fait-1l son fils d’un petit être qui ne peut ni le connaître ni l'aimer ? — Pourquoi, Messieurs? Parce qu'il veut contenter son amour. Nous sommes par nalure les images de sa perfection,