‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 39 sur 48 · Deut., cap: xxxn · texte numérisé non relu

Deut., cap: xxxn

tude infinie, la virilité surnaturelle, dont il est le principe, doit se faire tout d’un coup.

Vous me demandez, Messieurs, où est cet esprit supérieur dont la plénitude infinie doit donner à notre âme sa virilité surnaturelle. Ne le cherchez pas autour de vous, je vous prie, mais quittez la terre, escaladez les astres, traversez le firmament, entrez dans le sein même de Dieu : 1] est là. Les grands contemplateurs de l'être divin l'ont appelé la force perfective : Vim perfectivam; c'est le nom qui lui convient.

En effet, le Père éternel et innascible commence, dansles profondeurs de son indivisible nature, le mystérieux mouvement des processions divines. 1] se voit sans ombre, 1] se contemple sans défaillance, et, par cet acte, type transcendant de ce qui se passe en notre âme lorsqu'elle s'exprime elle-même par son verbe intérieur, sa pensée, le Père engendre l’image subsistante et vivante de sa propre substance, un autre luimême à qui il donne toute sa nature sans se rien retrancher, un Fils éternel et infini comine lui. [15 sont donc deux d’abord : le Père qui engendre et le Verbe engendré: fans deux éternelle-

ment ravis: le Père, du Fils à qui il donne la vie: le Fils, du Père qui le fait vivre. Dans ce ravissement, ils se pénètrent mutuellement par un acte d'amour si pur, si puissant, qu'il subsiste éternellement comme eux et devient.

comme eux, une personne vivante. En ce troisième, tout s'arrête sans jamais cesser de vivre. Il épuise la fécondité divine, 1l achève en Dieu la vie de famille ; 1] enlace, unit, retient captives l’une en l’autre les personnes infinies ; il complète et affermit leur inexprimable et incommunicable félicité. Acte personnel où se terminent les évolutions de la vie divine, complément du nombre parfait dans l'unité parfaite, achèvement de la perfection essentielle de Dieu: voilà l'Esprit-Saint. Son propre est d’être dans l'essence divine la force perfective. Or, sa mission au dehors dérive nécessairement de ce qui lui est propre. C’est donc à lui qu'il appartient d'achever les grandes œuvres de l'amour divin, puisqu'il est lui-même l'amour substantiel, personnel et vivant. |

N'est-ce pas lui qui s'empare de la promesse initiale faite au genre humain prévaricateur, la développe, l’élargit, la précise, jusqu'à ce

qu'on puisse voir, quatre siècles à l'avance, dans toule la suite des oracles, le portrait anticipé du Messie ? N'est-ce pas lui qui inspire les prophètes et parle par leur bouche : Qui locutus est per Prophetas? 11 n’oublie rien,ce divin artiste, ni la tribu, ni la famille, ni le nom du promis, ni l'étrange et merveilleuse composition de sa personne, ni son caractère, ni sa grandeur, ni ses titres, ni les prodiges de sa naissance, ni l'humilité de ses commencements, ni la nouveauté de sa prédication, ni la puissance de ses œuvres, ni la haine de ses ennemis, ni les circonstances de sa Passion, ni l’ignominie de sa mort, ni les gloires de sa résurrection, ni l'établissement de son règne universel, m1 les épreuves, ni les triomphes de son Église. Quand Malachie ἃ prononcé son dernier oracle, tout est dit. Quiconque veut se donner la peine de réunir les pièces de la mosaïque prophétique peut contempler déjà l'image achevée du Rédempteur.

Ce que l’Esprit-Saint ἃ fait dans la préparation de l’œuvre, 1] le fait dans l’œuvre ellemême. Les temps sont a rivés: c’est lui qui

sanclüifie, par une conception immaculée, le sanctuaire virginal où s’incarne le Fils de Dieu; c'est lui qui forme, dans ce sanctuaire, la chair sacrée du Sauveur; c'est lui qui consacre son humanité sainte pour les travaux de sa vie publique. Les éléments de l'Église ont été laborieusement rassemblés et amoureusement bénis par le Christ: c’est lui qui les pénètre de sa vertu vivifiante, les affermit, les unifie, leur communique la lumière rayonnante et la force expansive qui doivent convertir le monde.

La Pentecôte, Messieurs, est la Confirmation des Apôtres sanclifiés par les derniers embrassements du Sauveur. Ils l’ont reçue par un prodige, parce qu'il n'y avait personnne avant eux dans l'Église, et qu'il leur appartenait de jouir des prémisses de l'Esprit-Saint qui leur fut directement promis; mais, 115 le donntront par un sacrement, jarce quils sont les premiers ministres de Dieu et les dispensateurs de ses grâces, Ce sacrement sera la Pentecôle

1. Christus ex potestate excellentiæ quam habet in sacramentis, contulit apostolis rem hujus sacramenti, id est plenitudinem Spiritus Sancti sine sacramento, eo quod ipsi « primitias Spiritus Oancti

de chaque chrétien, etl'Esprit-Saint y fera, pour l’œuvre particulière de notre salut, ce qu'il à fait pour l’œuvre générale de la rédemption : il perfectionnera, 1l achèvera.

Qu'est-ce à dire, Messieurs? Aurons-nous l'honneur de voir s’accomplir en nos âmes régénérées l’oracle du prophète Joël? « Ence tempslà, dit-il au nom du Seigneur, je répandrai mon esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront,; vos vieillards auront des songes divins, et vos jeunes gens des visions '. » Cet oracle s’est accompli dans les premiers jours de

l'Église ; l'Esprit-Saint se communiquait alors avec une telle plénitude que ses mystérieux envahissements se manifestaient au dehors; la Confirmation était une source de prodiges. « Aux uns, dit l’apôtre saint Paul, des discours pleins de sagesse et de science; aux autres la grâce des guérisons, la puissance des miracles, la

acceperunt » sicut dicitur. Rom. VIII. (Summ. Theol., ΕΗ P., quæst. 72 a. 2, ad 1.)

1. Eterit post hæc; Effundam spiritum meum super omnem carnem: et prophetabunt filii vestri et filiæ vestræ. Senes vestri sSomnia Somniabunt, et juvences vestri visiones videbunt. (cap. 11, 28.)

DST LA CONFIRMATION

— me

vision prophétique, le discernement des esprits, le don de parler et de comprendreleslangues ‘. » Ces manifestationsétaicnt nécessaires à l'époque où la foi rudimentaire avait besoin d’une vigoureuse impulsion pour se propager et étendre les conquêtes de l'Église naissante. Mais, aujourd’hui, la foi a fait ses preuves, l’Église est établie ; ne comptons plus sur des privilèges gratuits, que remplace l’accomplissement des promesses d'immortalité faites à l'Église par son fondateur. C'est bien assez que la Confirmation soit pour nous «la plénitude de l’Esprit-Saint et la bienheureuse abondance de ses dons : Plenitudo Spiritus et beatissima donorum copia. »

Il vient, ce divin perfectionneur, à l'appel du pontife qui l'invoque en marquant nos fronts de l'huile sainte et du signe de la croix. Il ajoule, à la grâce initiale que nous avons reçue au Baptême, une grâce de plénitude et d’afler-

1. Unicuique autem datur manifestatio spiritus ad utilitatem. Alii quidem per spiritum datur sermo sapientiæ : alii autem sermo scientiæ secundum eumdem spiritum... alii gratia sanitatum in uno spiritu: alii operatio virtutum, alii prophetia, alii discretio spirituum, alii genera linguarum, 8111 interpretatio sermonum. (I Cor., 7, 10.)

missement, et, s'il n'accomplil plus en nous l'oracle de Joël, 1] étend à toute âme celui que prononçait [saïe sur le chef même de la chrétienté: « L'esprit du Seigneur se reposera sur lui : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science el de piété; et l'esprit de crainte de Dieu le remplira *. » Nos vertus, qui ont essayé leurs premiers pas, sont de nouveau saisies par un don qui les grandit tout à coup et les dispose à recevoir à chaque instant les motions divines, à leur obéir promptement, à marcher d'un pas ferme à travers les obstacles qui encombrent le chemin de la vie chrétienne, et à produire des actes parfaits.

C'est le don de sagesse, qui rectifie notre jugement dans la contemplation des choses divines, nous dispose à les accepter, quel que soit le moyen extraordinaire et éminent par lequel elles nous arrivent; à nous y attacher, à les goûter, à nous délecter dans leur posses-

1. Requiescet super eum spiritus Domini; spiritus sapientiæ et intellectus, spiritus consilii et fortitudinis, Spiritus scient.æ ct pictatis, et replebit eum spiritus timoris Domini. (cap. XI. 2, 3:

sion ; le don de sagesse, qui nous apprend à conduire les choses humaines, à les soumettre aux règles divines, à les ordonner à notre salut, à mépriser et à détester tout ce qui ne tend pas à ce but suprême de la vie chrétienne !.

C'est le don d'intelligence, lumière surnaturelle, qui nous aide à distinguer les vérités divines des mensonges séduisants auxquels pourrait se laisser prendre l'appétit inné de la félicité dont notre âme est tourmentée, à saisir ces vérités, à en prendre possession, à les pénétrer, aulant qu'il convient à notre état et à notre condition; et surtout à bien placer, dans notre estime, la fin dernière vers laquelle doivent graviter toutes nos actions *.

C'est le don de science, qui dicte à notre foi ce qu'il faut croire, la préserve de la contagion des opinions fausses et dangereuses, lui soumet la raison, règle les rapports de ces deux lumineuses puissances, pacifie leurs démêlés, les ordonne à la démonstration et à la

1. Cf. Summ. Theol., Ile 11 P., quæst. 45. De dono saptientia.

2. Ci. Summ. Theol., Ils 1 P., quæst. 8. De dono intellectus.

LA CONFIRMATION 257 défense des vérités révélées, et nous apprend à juger les choses du temps au point de vue de l'éternité !.

C'est le don de conseil, qui perfectionne notre prudence naturelle, la met à l’abri de toute précipitation inconsidérée, nous montre ce qu'il faut faire, nous rend prompts 6! alertes en nos délibérations et nos jugements, quand il s’agit de prononcer, dans des circonstances difficiles et imprévues, sur ce qui convient le mieux à notre salut et à la gloire de Dieu. Point de pensées timides et incertaines dans l’âme qui obéit au divin conseiller. Ses consultations sont, dans l’ordre dusalutetdenotre perfection, plus efficaces et plus sûres que celles des sages dont nous demandons les avis pour la conduite des affaires du temps *.

Mais, à quoi bon les conseils, si l’âme n’a pas le courage de les suivre ? Il est en nous une vertu quiaffermit notre âme, en toute entreprise ardue, et lui fait braver généreusement les pé-

ΓΙ τύνη. Theo, Il IIS P., quést. 9 De dono setentiæ.

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