‹ Exposition du dogme catholique (volume 3)Chapitre 44 sur 48 · SE · texte numérisé non relu

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ΠῚ faut donc demeurer dans les rangs, Messieurs. Vous êtes soldats, vous l’êtes pour toute la vie. Votre service actif ne doit finir qu'au jour où vous entrerez, par l'arc triomphal d'une mort chrétienne, dans le séjour de l’éternelle paix. En attendant, vous devez suivre, sans lassitude et sans dégoût, le noble étendard qui vous conduit au combat. «Siqgno 16 Signo crucis : Je te marque du signe de la croix,» ἃ ditle Pontife. La croix de Jésus-Christ ! Voila votre signe de ralliement, votre guidon sacré. ΠῚ vous appelle sur des chemins pleins d’embüches et de périls ; mais, ne craignez rien, votre âme est affermie par le chrème du salut; le caractère dont vous êtes marqués vous donne droit à toutes les grâces dont dépend la vic- Loire.

Voulez-vous d’autres gages de cette victoire que ceux que vous avez reçus de l'acte même de votreenrôlement? — Consultez les annaïes de l'armée sainte à laquelle la Confirmation vousa incorporés. Ses triomphes sont votre uloire et votre réconfort. Au commencement

Utrum saeramentum confirmationis imprimat eharacteremt

de ce siècle, la France avait une grande armée dont on électrisait les recrues en leur rappellant les glorieuses journées d’Austerlitz, d'Iéna et de Friedland. Petits souvenirs, en comparaison de ceux qui planent sur l'immense armée du Christ.

Douze héros ont formé ses premiers bataillons et ont ouvert les hostilités contre le monde qu'il fallait convertir à la foi du Christ. Timides disciples d’un maître qu'ils ont trahi, renoncé, abandonné, 115 sont devenus, tout à coup, sous l'action de l’Esprit-Saint quiles a confirmés, les intrépides soldats de sa cause méprisée. Les interrogatoires , les injures , les menaces, les verges, la prison, les chaînes , rien ne déconcerte leur témoignage. Ils vont le porter jusqu'aux confins du monde, à travers mille périls ; ils arrosent de leursangle champ debataille où ils combattent ; 115 meurent de mort violente. non sans avoir rallié autour de la croix, leur sublime étendard, une multitude de croyants, à qui ils communiquent l'Esprit qu'ils ont reçu et qui continuent la tradition de leur héroïsme.

Pendant trois siècles, les martyrs se succèdent et se multiplient, sans que la barbarie des

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persécuteurs puisse étouller l’opiniâtre confession de la foi chrétienne. Les bourreaux crucifient, pendent, meurtrissent, écorchent, tenaillent, déchirent, arrachent, brülent, rôtissent. On n'entend qu’un seul cri, dicté par l'Esprit de force : « Je suis chrétien! » Ce cri s'échappe, non seulement de la bouche des pontifes et des prêtres, mais de la bouche d'hommes de toute condition. L’esclave et le libre, le patricien et le plébéien, le riche et le pauvre, le savant et l'ignorant, témoignent l’un près de l’autre. Que dis-je, Messieurs? l’armée du Christ ouvre ses rangs aux femmes et aux enfants.! La vierge de douze ans n'est pas moins courageuse que la grave matrone ; et des enfants de trois ans, à qui l’onacru pouvoir donner, tout de suite après le Baptème, le sacrement de la virilité, repoussent, de leurs petites mains, les caresses des tyrans, et tendent les bras vers leurs mères en criant : «Je suis chrétien! » — Race vaillante! « Par les constantes protestations de la prière, de la souffrance et d'une mort sereine, elle ἃ

1. Conf. Summ. Theol., III P., quæst. 72. ἃ. 8. Utrum hoc sacramentum sit omnibus exhibendum?

su, dit saint Augustin, faire rougir les lois qui proscrivalent le christianisme et les forcer à changer. !» Les hécatombes ne l'ont point décourage. On la voit aujourd'hui, comme aux premiers jours du christianisme, mépriser Îles tourments, et affronter la mort pour combattre le bon combat du confirmé contre les ennemis de la foi.

Et, encore, Messieurs, les martyrs ne sont-ils qu'une légion de la grande armée du Christ.

Comptez, si vous le pouvez, les confesseurs el les vierges dont le témoignage, pour n'être pas sanglant, n’en esl pas moins héroïque. Virilisés par l'Esprit-Saint, ils ont su, partout et en tout temps, faire honneur à leur devoir de soldats. Au désert et sous les voûtes du cloître, sur le trône et près de l’autel, dans la sohtude du foyer domestique et au milieu des agitations de la vie publique, ils combattaient pour la for. — A l’incrédulité qui les méprisait, à l'hérésie qui s’efforcait de les séduire, aux pouvoirs qui les

1. Orando, patiendo, cum pia securitate moriendo, leges, quibus damnabatur christiana religio, erubescere compulerunt mutarique fecerunt. (De Ciois De Lib. VII, cap., 20.)

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menaçaient, au monde qui les tentait, aux passions qui les tourmentaient, 115 ont toujours répondu : « Je suis chrétien! »

« Nos tantam, habentes impositam nubem testium, per patientiam curramus ad propositum nobis certamen, aspicientes in auctorem fidet et consummatorem Jesum : ! Sous cette immense et glorieuse nuée de témoins, méprisons la souffrance et courons au combat qui nous est proposé, les regards fixés sur Jésus, auteur et consommateur de notre foi. » Ainsi parlait l’Apôtre, rappelant aux Hébreux les victoires de la foi, dans l'Église des patriarches et des prophètes. Ce quil disait dans les premiers Jours de l’ère chrétienne, en face du bataillon sacré qu'il avait enrôlé, ne le dirait-il pas, avec plus de force, plus d'autorité, plus de confiance, aux légions contemporaines de la milice chrétienne? Car, encore une fois, Messieurs, vous êtessoldats, et c’est pour combattre que vous avez été confirmés.

Direz-vous que l’époque des persécutions est passée ? Hélas ! Les faits vous donneraient un cruel démenti. Vous savez tous, aussi bien que

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moi, que la graine des persécuteurs ne pousse pas que sur les trônes des souverains orgueilleux, et qu'on peut en voir une germination touffue sur lessommets comme dansles bas fonds de la démocratie. Ce que le présent nous fait souffrir, je le sais par expérience ; ce que l’avenir nous réserve, on ne le devine que trop. Étesvous prêts, soldats? Si l’on en voulait à votre vie, sauriez-vous dire, comme les martyrs : « Je suis chrétien?» — C'est la même foi que vous devez confesser, et vous avez reçu, pour cela, le même sacrement.

Mais, à supposer que la passion antireligieuse, qui fermente en tant de cœurs, n’aboutisse pas à de sanglantes tragédies, vous avez à craindre la pression de limpiété triomphante, les exclusions injustes, les mesures vexatoires qui vous atteindront jusque dans vos enfants. Aurez-vous le courage de vous laisser 5royer, plutôt que de vous taire? De sacrifier des avantages temporels, pour n'être point gênés dans les manifestations de votre foi ? Derevendiquer hautement les droits de votre paternité, afin de préserver, des ravages d'une éducation sans Dieu, la foi de vos enfants?

LA CONFIRMATION 219 Admettons qu'on se lasse d’opprimer votre religion, et qu’on vous laisse la liberté. Mais, l'irréligion a aussi la sienne. Elle en profite pour prodiguer l’injure et le blasphème à vos croyances et salir tout ce que vous vénérez. La plume, Le pinceau, Le crayon, deviennent, entre ss mains,desarmes perfides autant qu ignobles, dont vous rencontrez partout la pointe et le tranchant. — Vous sentez-vous la force de prendre, en face de ces agressions, l'attitude militante qui convient à ceux que l'Esprit- Saint à marqués de son caractère et ornés de ses dons, pour défendre la sainte cause du Christ? Êtes vous bien convaincus que, s’il ne vous appartient pas de faire les docteurs et de définir les choses de la for, il est de votre devoir d'employer vos talents, votre science, votre autorité à les protéger contre les attaques auxquelles elles sont en butte? Votre cœur est-il plein de ces profonds mépris et de cette géné reuse indignation que doit éprouver un chrétien en présence de l’impiété insolente, et qui se traduisent par des explosions vengeresses de sa fo1?

Encore que le blasphème audacieux se aise,

2174 LA CONFIRMATION le soldat du Christ est toujours harcelé par cet éternel ennemi, dont il est dit dans l'Evangile : K«Malheur au monde, à cause de ses scandales !» Esclave des passions, ami du plaisir et de la vie facile, le monde à horreur de ceux dont la foi pratique est la censure vivante de ses mœurs dissolues. S'ilne peut s’en débarrasser parla violence, il cherche à les opprimer par le ridicule. Il crée une opinion narquoise, dont le chrétien entend, à chaque instant, éclater sur sa tête, le rire indécent. N’avez-vous pas peur de cette opinion ? Vous rappelez-vous cette parole des Saintes Lettres : « Nolite timere opprobrium hominum: ! Ne craignez pas l'opprobre des hommes. » Avez-vous le cœur non-seulement de ne rienretrancher à vos praliquesreligieuses, mais de les mettre plus en évidence, afin de mieux braver les censures imbéciles d’un monde sur qui la vie du chrétien produit le même effet que l’habit du soldat sur la canaille ?

Mais, dussiez-vous ne rencontrer autour de vous aucun ennemi, soldats du Christ, il faut combattre encore. «La paix a ses martyrs, dit

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