Rom., cap. vu
tre; nous disions avec lui : « Je châtie mon corps et j'en fais mon esclave : Castigo corpus meum et in servitutem redigo. 9 Plus la chair est châtiée, moins elle a de force pour opprimer l'esprit. « Cette cavale fougueuse, nous dit saint Augustin, ne peut être domptée que par des privations. Rebelle au frein, elle ne s'apaise que si on l'affame. Dans notre voyage vers la céleste Jérusalem, sur la voie divine qui est le Christ, elle nous emporte, et ses bonds capricieux nous écartent de la route. Eh bien ! jeûne, pâtis, sois exténuée, bête impatiente, puisque c'est le seul moyen de te contenir1. » Ce que tu veux voir, tu ne le verras pas; ce que tu veux entendre, tu ne l'entendras pas ; ce que tu veux toucher, tu ne le toucheras pas; les plaisirs dont tu veux jouir, tu n'en jouiras pas. Avec plus d'autorité que la philosophie, la
1. Si jumento forte insederis, si equo utereris qui te gestiendo posset praecipitare, nonne ut securus iter ageres, cibaria ferocienti subtraheres, et famé domares quem freno non posses? Caro mea jumentummeum est; via autem mea Christus est. Iter ago in Jérusalem; plerumque me rapit, et de via conatur excludere. Ita exultantem non cohibebo jejunio? (S. August, Serm. De utilitate jejunii.)
pénitence chrétienne te fera porter le poit/s de cette austère maxime : « Endure, et abstienstoi : Sustine, abstine. »
Ce langage vous étonne, amis du bien-être et du confortable, qui vous installez si commodément dans une chair bien soignée et bien nourrie. Mais voici qui est plus étonnant encore. Non contents de priver la chair, les pénitents la tourmentent comme s'ils voulaient la rendre inhabitable. C'est, en effet, leur grande ambition, leur sublime audace, de vouloir déloger de leur corps, pour être mieux présents au Seigneur : « Audemus autem et bonam voluntsttem habemus magis peregrinari a corpore et présentes esse ad Dominum1. » Dévastée par la pénitence, la chair n'est plus qu'une masure où l'esprit ne peut se complaire. S'il est obligé d'y rester, partout il y a des jours par où il peut apercevoir son Dieu, se mettre en communication avec lui, recevoir sa lumière et s'abreuver des effluves de son amour. La pénitence fait des âmes* libres comme celle cle l'illustre et saint évêque Mar-