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Cf. Exposition, première conf., Vue générale

Dogme catholique.

AMEN DK l'intelligence.

tenu votre religieuse attention dans l'étude des détails du sublime édifice de la parole de Dieu. Faisons aujourd'hui comme les visiteurs ravis qui , après avoir parcouru le temple auguste où nous sommes rassemblés, se recueillent encore une fois sur le seuil et résument, dans un dernier et profond regard, toutes leurs impressions, et préparons-nous à ce cri suprême de l'âme vaincue par la splendeur et la force de la vérité : Amen !

J'ai consacré, dans les premières années de mon apostolat, quarante conférences à l'explication du premier mot du symbole : Credo l ; je ne veux pas que le dernier mot soit trop jaloux, c'est pourquoi je lui demande, à la fin de ma carrière, une sorte de synthèse de tout mon enseignement.

Vous ne vous étonnerez pas, Messieurs, de voir reparaître, sous différents aspects, dans cette synthèse, les vérités que je vous ai exposées. Ces vérités, lumineuse manifestation de la science divine , dominent tout, pénètrent tout, attirent tout à elles, donnent à tout ce

1. Cf. Conférences conventuelles, Introduction au Dogme catholique.

qui reçoit leur empreinte un caractère de grandeur et de perfection qu'on ne peut obtenir de la nature. Tout doit chercher en elles sa consommation , tout doit leur dire : Amen ! — Amen de l'intelligence , Amen du sens religieux, Amen du sens esthétique, Amen de la vie morale, Amen de la vie sociale, Amen do l'histoire humaine. — Voilà, Messieurs, le plan de cette année.

Chantons d'abord Y Amen de l'intelligence.

Le dogme catholique prévient les recherches de l'intelligence humaine, et l'affermit dans la possession des vérités fondamentales dont elle ne peut se passer et qu'elle peut connaître par ses propres forces.

Le dogme catholique grandit l'intelligence humaine, en la transportant dans les régions supérieures d'une science inaccessible à la nature.

Prévenue, affermie, grandie par le dogme catholique, l'intelligence humaine lui doit un assentiment, un Amen qu'elle ne peut lui refuser sans s'amoindrir et sans déchoir.

Développons ces propositions.

\MK\ DE L INTELLIGENCE.

Éminentissime Seigneur ,

Il y a quatorze ans, lorsque je saluai votre bienvenue dans ce diocèse, je remerciais le Vénérable Cardinal Guibert de vous avoir choisi pour successeur, et je le priais de vous traiter comme le prophète Élie avait traité son disciple Elisée, de ne pas partir sans vous laisser son esprit et son manteau.

Il vous a laissé l'un et l'autre, et aussitôt arrivé là-haut5 il a obtenu que le manteau ne changeât pas de couleur : ce dont je le bénis de toute mon âme, car nulle part ce grand honneur ne pouvait être mieux placé \

1. Mgr Richard, archevêque de Paris, a été promu au cardinalat dans le courant de l'année 1889, après sa Station Quadragésimale.

Il est des questions que s'adresse d'instinct tout être raisonnable et auxquelles répondent des vérités fondamentales qui priment tous les desiderata de l'esprit humain. On a beau dire : — « L'objet immédiat de la science est le phénomène qui tombe sous les sens, le phénomène conduit à la loi, et quand la loi est constatée la science est faite. Elle ne doit pas sortir des rivages de l'expérience, et se désintéresse des questions de causes, d'essence, do finalité auxquelles on ne peut répondre que par des hypothèses. » — L'instinct intellectuel est plus fort que les sens, les phénomènes, les lois, l'expérience; et les plus acharnés positivistes eux-mêmes ne peuvent se défendre de répondre, à leur manière, à ces questions qui les pressent : — D'où venons-nous ? — Qui sommes-nous? — Où allons-nous ?

La vérité sur ces questions n'est pas une vérité innée qui brille et se manifeste subi-

\mi:n de l intelligence.

tement, clans l'intime de notre être, à l'heure

où s'éveille la raison humaine; il faut la chercher. Mais, qui donc est capable de la chercher ? Qui donc, en la cherchant bien, est sûr de la trouver sans retard ? J'aperçois, ça et là, de nobles esprits qui font profession d'aimer la sagesse et se préoccupent des questions fondamentales dont l'intelligence humaine demande avec impatience la solution ; mais, quand ils devraient être satisfaits, ces nobles esprits ne sont pas le genre humain qui, tout entier, veut des réponses promptes et faciles à ces trois questions : « D'où venons-nous ? — Qui sommes-nous ? — Où allons-nous ? »

Saint Thomas a bien dit : ce Le vrai est l'objet propre et connaturel de l'intelligence : Verum est objectum proprium et conncitura,le intellectus. » Et cependant, il y a des vérités, ce sont les plus importantes et les plus hautes, que l'homme aurait peine à connaître si elles étaient abandonnées aux investigations solitaires et individuelles de la raison. Combien dont la tête trop faible ne peut supporter la fermentation laborieuse des idées et de la réflexion ! Combien portent le fardeau lourd

et malsain d'une chair qui leur interdit toute application ! Combien n'ont à leur service qu'un organisme fragile^ou appauvri! Combien sont empochés par les impuissances du sexe et de l'âge ! Ajoutez à cela les sollicitudes de la famille, les accablements du travail matériel, la préoccupation des affaires, la mollesse, l'indolence, les passions, enfin tout ce qu'il faut pour supprimer les loisirs, l'attention, la tranquillité, la paix intérieure nécessaires à la recherche de la vérité l.

S'il est vrai, Messieurs, que le genre humain,

1. A fructu studiosre inquisitionis, qui est veritatis invontio, plurimi impediuntur tribus de causis : quidam siquidera propter complexionis indispositionem, ex qua multi naturaliter sunt indispositi ad sciendum.... Quidam impediuntur necessitate rei familiaris ; oportet enim esse inter homines aliquos, qui temporalibus administrandis insistant, qui tantum tempus in otio contemplativse inquisitionis non possent expendero ... quidam autem impediuntur pigritia

1 11 i qui ad pra;dictam veritatis cognitionem vel inventionem pervenirent, vix post longum tempus pertingerent tum propter hujusmodi veritatis profunditatem.... tum propter hoc quod tempore juventis, dum diversis motibus passionum anima fluctuât, non est apta ad tam alto veritatis cognitionem, 3ed in quiescendo fit prudens et sciens. (S. Thom., Cont. Gent. lib. I, cap. iv.)

on niasse, n'a ni le pouvoir de chercher, ni le temps d'attendre qu'on trouve pour lui les vérités dont il a besoin pour se rendre compte de son origine, de sa nature, de ses destinées, il faut que ces vérités lui soient enseignées au moment même où il commence à vivre de la vie intellectuelle.

Or, le dogme catholique vient au-devant de l'intelligence humaine, prévient ses questions et lui dit : — Ecoute ! La source de tout être et de toute vie c'est Dieu, le Créateur toutpuissant que personne n'a fait et qui a fait toutes choses. Le monde immense qui renferme tous les êtres, les visibles et les invisibles, est l'ouvrage de sa sagesse, de sa puissance et de sa bonté. Toi-même, ô homme, tu es son chefd'œuvre, car il a mis en toi, plus qu'en toute autre chose, son image et sa ressemblance. Sous ton enveloppe corporelle, faite de main divine, vit un souffle divin, esprit comme Dieu; intelligent comme Dieu, immortel comme Dieu. Et la patrie de ton immortalité, ce n'est pas la terre où tu passes, mais le ciel où tu dois être fixé, où Dieu t'attend pour te combler, si tu sais t'en rendre digne, d'une éternelle

félicité. Tu veux savoir d'où tu viens ? Tu viens de Dieu. — Tu veux savoir ce que tu es? Tu es l'image de Dieu. — Tu veux savoir où tu vas? Tu vas à Dieu.

Telles sont. Messieurs, les réponses du dogme catholique aux premières questions que s'adresse d'instinct tout être raisonnable. Pour les connaître, il n'est pas nécessaire de s'asseoir au pied de la chaire des docteurs, ni de compulser de lourds et savants traités. « Il y a un petit livre, dit un philosophe de ce siècle, épouvanté du vide laissé dans son âme par la perte de ses croyances chrétiennes l, il y a un petit livre qu'on fait apprendre aux enfants, et sur lequel on les interroge à L'église; lisez ce petit livre, vous y trouverez la solution de toutes les questions posées par la philosophie, de toutes sans exception. Demandez au jeune chrétien d'où vient l'espèce humaine? Où elle va? Comment elle va? Demandez à cet enfant pourquoi il est ici-bas et ce qu'il deviendra après sa mort? Comment le monde a été créé et à quelle fin? Comment

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