Jouffroy
la terre a été peuplée? Si c'est par une seule familleou par plusieurs ? Pourquoi Les hommes
parlent plusieurs langues ? Pourquoi ils souffrent? Pourquoi ils se battent les uns contre les autres, et comment tout cela finira ? Origine de l'homme, origine de l'espèce, question des races, destinée de l'homme en cette vie et en l'autre, rapports de l'homme avec Dieu, devoirs de l'homme envers ses semblables, droits de l'homme sur la création, cet enfant n'ignore
rien de tout cela Voilà ce que j'appelle
une grande doctrine; je la reconnais à ce signe qu'elle ne laisse sans solution aucune des questions qui intéressent l'humanité. »
Prévenue dans ses recherches et mise en possession par le dogme catholique des vérités fondamentales dont elle ne peut se passer, l'intelligence humaine se sent affermie dans la possession de ces vérités par le caractère même de l'enseignement qui les lui impose.
Je ne nie pas, Messieurs, que l'homme soit capable d'enseigner un autre homme et de lui apprendre les vérités qu'il a laborieusement acquises, mais je prétends, avec mon maître
AMEN DE L'INTELLIGENCE. 1 ii
saint Thomas, que l'affirmation dogmatique est ce qui convient le mieux à l'universelle diffusion des vérités premières et nécessaires dont je viens de vous parler. « Il est difficile, dit le grand docteur, que, dans les investigations rationnelles, il ne se mêle pas quelque erreur à la vérité, à cause de la faiblesse de notre intelligence et de l'intervention de l'imagination1. » S'il y a des principes évidents pour tout le monde, l'esprit humain peut aisément dévier dès qu'il s'éloigne de ces principes pour aller à la recherche de leurs conclusions. Quand il serait que tous les savants s'entendissent sur les questions d'origine, de nature et de destinée qui nous intéressent, il s'agit de savoir si tout le monde est capable de comprendre leurs démonstrations.
Eh bien, non, Messieurs. La masse du genre humain, qui n'a ni le temps, ni la capacité de chercher, n'a ni le temps, ni la capacité d'en-
1. Invcstigationi rationis humance plerumque falsitas admiscetur, propterdebilitatem intellectusnostriet phantasmatum permixtionem. [Cont. Gcnt., lib. I, cap. iv, n° 3.).
tendre, d'une manière profitable pour son intelligence, les ôlucubrations de la raison. Ni la raison enseignante ne peut avoir avec le peuple les fréquentes et longues entrevues qu'exige une démonstration de la vérité; ni le peuple, si docile qu'il soit, n'a la faculté de suivre ses arguments et d'en saisir la portée. Il faut, pour l'instruire, l'aborder par la voie courte et directe de l'affirmation dogmatique. Mais c'est ici, dit saint Thomas, qu'il se trouve embarrassé, car il voit les savants divisés sur les questions fondamentales dont la solution lui importe le plus1. Tels savants lui disent qu'on ne peut expliquer le monde sans une cause supérieure et sans un acte créateur; d'autres : que les dogmes nouveaux expliquent l'univers par des causes qui sont en lui2; que le principe le mieux assis de la philosophie naturelle est que le développement du monde se fait sans l'intervention d'aucun
1. Apud multos in dubitatione remanerent ea quœ sunt etiam verissime demonstrata, dum vim demonstrationis ignorant.. .. Cum videant a diversisqui sapientes dicuntur diversa doceri (Cont. Gent., loc. cit.)