Prov., cap. xi
rieuses entreprises, aux vertus héroïques, aux grands dévouements, aux sublimes sacrifices. Par le contact, l'union, la pénétration de toutes les énergies, la vie sociale s'élève du bien au mieux, du mieux au parfait: c'est le progrès. Mais n'oubliez pas, je vous prie, que la vie sociale est soumise, comme la vie morale, à l'influence des doctrines. D'où j'affirme qu'elle sera d'autant plus prospère, féconde et glorieuse que la doctrine dont elle subit l'influence y fera circuler plus de respect et plus d'amour. Or, le dogme catholique est par excellence la doctrine du respect et de l'amour dans la vie sociale, par conséquent la doctrine à laquelle toutes les sociétés doivent dire un Amen de conviction et d'action, si elles veulent être parfaites : voilà ce que je me propose de démontrer aujourd'hui.
180 AMEN ni: la vu-: SOCIALE.
C'est à la tcto de la société, c'est-à-dire au pouvoir qui gouverne, qu'est dû le premier hommage du respect, et vous comprenez tout de suite que cet hommage est en raison de l'idée que nous avons de la dignité du pouvoir. Il naît partout et toujours du même principe : la nécessité, la nature même des choses. Il est clans toute société vivante, parce qu'il faut qu'il y soit comme force vitale. Mais encore, d'où vient-il? Que représente-t-il ? Quelle est sa fonction ?
Les anciens aimaient les pieux législateurs qui invoquaient pour les gouverner l'autorité de la divinité, et plus d'une fois ils ont écrit que les rois étaient la vive image de Dieu : Rex viva Dei imago. Mais, peu à peu, l'image s'est transformée, et, voulant être ce qu'elle représentait, elle s'est attribuée des droits et
déB pouvoirs divins, clic a courbe les peuples sous sa tyrannie dans une adoration vile et tremblante.
Nous sommes loin aujourd'hui de cet excès et de cette bonté. La doctrine qui, depuis plus d'un siècle, tend à prévaloir, c'est que Dieu n'a rien à voir ni à faire dans la vie sociale, car le peuple est la première et unique source du pouvoir, le peuple est souverain. Il l'est à ce point que, radicalement, absolument, de son propre fonds, de lui-même, parce qu'il est peuple, il possède toute autorité et tonte puissance. Ëti tout temps et en tout état de eboses, il demeure maître absolu de ceux qu'il a dé* pûtes au gouvernement des affaires, lesquels ne sont à proprement parler que des fonctionnaires dans la plus simple et la plus humble acception du mot, des domestiques de première classe. Comme il les a faits, le peuple peut 1rs défaire, comme il les a appelés il peut leur donner congé, sans autre formalité que la signification de sa volonté. Le peuple est souverain : tout ce qu'il veut est juste par cela même qu'il le veut; son vouloir doit être sans frein comme sans contrôle. En définitive : « l'au-
torité n'est autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles '. »
Dans ces conditions, à qui doit aller l'hommage du respect? Au peuple souverain? — Mais il ignore ses propres affaires et ne sait pas les conduire ; et ceux qu'il a choisis pour les administrer à sa place, après l'avoir trompé pour capter ses votes, le trompent encore dans leur office, comme ces valets rusés et hardis qui exploitent l'insouciance ou l'incapacité de leur maître, et s'engraissent à ses dépens, jusqu'à ce qu'on les mette à la porte. — Faut-il respecter de pareils représentants de l'auguste majesté du peuple ? — Mais, si le peuple est souverain, chacun, au nom de sa part de souveraineté, peut se croire le droit de juger, de critiquer, d'accuser, de censurer, d'injurier, jusqu'à la déconsidération de toute autorité, prélude de l'anarchie.
Vous le comprenez, Messieurs, il faut d'au-
1. Auctoritas nihil aliud nisi numeri et materialium virium summa. (Proposition condamnée par le Saint- Siège. Alloc. Maxima quidem, 9 juin 1862; Syllabus, 8 déc. 1864.)
très principes que ceux-là pour rendre l'autorité respectable. — Or, le dogme catholique nous enseigne que Dieu, créateur et providence de tous les êtres, n'abdique en aucune main ses droits de souverain maître. Il pourvoit au gouvernement des multitudes comme au gouvernement des astres qui se meuvent à travers les "espaces. Il lui a plu quelquefois de donner d'une manière visible, et par des signes merveilleux, l'investiture de son autorité à des hommes privilégiés. Mais, là où il n'intervient pas visiblement, il ne veut pas qu'il soit dit que le pouvoir vient de l'homme comme de sa première et unique source.
Croyez qu'une nation peut se choisir des chefs, quand Dieu ne lui en donne pas; qu'elle peut déterminer la forme et les conditions d'un gouvernement. Appelez cela, si vous le voulez, la souveraineté nationale. Mais, sans préjudice de cette souveraineté nationale, on doit dire avec un savant juriste : « L'opération sociale a son principe dans l'autorité1; » et, avec le
1. \l. P. Taparelli d'Azeçlio : Essai théorique de droit naturel, lib. IV, chap. i.
190 ami:\ DE la vih SOCIALE.
docte Bellarmin : « Le pouvoir vient radicalement de Dieu seul; car, étant annexée la nature de l'homme, il procède (le celui qui a l'ai! la nature de l'homme. — Le droit de nature étant droit divin, il faut conclure que le pouvoir est introduit dans l'humanité par droit divin1. »
Le pouvoir vient de Dieu sa première source; il est donc dans la vie sociale une représentation de Dieu. Pour ne laisser aucun nuage autour de cette vérité, Dieu lui-même a parlé : « C'est par moi, dit-il dans les Saintes Lettres, que les rois rognent, que les princes commandent et que les puissants rendent la justice2. — Sachez que le Très-Haut domine
1. Observandum est primo, politicam potestatem in universum consideratam, non descendendo in particulari admonarohiam, aristocratiam, vel democratiam, immédiate esse a solo Deo: nam consequitur naturam humanam, proinde esse ab illo qui fecit naturam humanam. Pra3terea hœc potestas est de jure natune, non enim pendet ex consensu hominum: nam velint, nolint, debent régi ab aliquo, nisi velint perire humanum genus, quod est contra naturse inclinationem. At jus naturse est jus divinum, jure igitur divino introducta est gubernatio. {De Laïcis, lib. III, cap. vi.)
2. Per me reges régnant, per me principes imperant etpotentes decernunt justitiam. (Prov., cap. vin, 15, 10.)
amen DE LA vie soci.w.i:. li)l
tous les royaumes delà terre et qu'il les donne à qui il veut1. — Écoutez rois et comprenez : toute puissance vous est donnée par Dieu, toute force vous vient du Très- Haut qui interrogera vos œuvres et scrutera vos pensées2. Que toute âmo soit soumise au pouvoir public, car tout pouvoir vient de Diou. — Celui qui résiste au pouvoir résiste au commandement de Dieu. — Le pouvoir est le ministre de Dieu pour Le bien5. — Obéissez comme- auObrist... pour faire la sainte volonté de Dieu \ »
Vous entendez, Messieurs, comme auChri*!:, parce que Dieu, en donnant le Christ à l'humanité, Ta constitué héritier de ses droits ',
1. Scias quod dominatur Excelsus super regnum hominum, et cuicumquevoluerit de tillud. (Daniel, cap. IV, W.)
2. Audite reges et intelligite: quoniam data est a Domino potestas vobis, et virtus ab altissimo qui interro- £abit opéra vestra, et cogitationes scrutabitur. (Sap., cap.
fi,W.)
3. Oranis anima potestatibus sublimioribus subdita sit: non est enim potestas nisi a Deo : Itaque qui resistit potestati Dei ordinationi resistit.... Dei enim minister esttibi in bonum. (Rom., cap. xm, 1-5.)
4. Sorvi, obedito dominis carnalibus sicut Chrislo. (Ephes., cap. vi, 5.)