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cœurs, et aussi à cette t'aiin maudite qui, dire du poète, tourmente le- entrailles

mortels : « la faim de la richesse : ai cra

famés. ~» Elle se contente des dons que Dieu lui a faits, et, si elle consent à avancer, cN toujours par les chemins de la justice, de l'honnêteté et de la bienveillance ; elle ai; mieux s'arrêter que de contrister et de blesser ceux qu'elle rencontre sur sa route.

. La charité est ennemie de l'égoïsme : « chavitas non quserit quse sua sunt. » Ce n'est pas l'intérêt qui la meut, mais le bien qu'elle peut faire. Elle a horreur de ces exploitations qui prodiguent la vie du travailleur et s'ingénient à réduire leur salaire ; elle ne ferme pas les yeux sur ces hécatombes obscures de vies humaines qui grossissent le capital de spéculateurs sans entrailles; elle ne croit pas que, pour jouir plus vite et beaucoup, on puisse oublier que l'on fait souffrir. Elle compatit à la faiblesse, elle ménage la force, elle mesure équitablement le temps et distribue libéralement la récompense. Ce qu'elle poursuit dans les grandes inventions et entreprises qui affirment et étendent l'empire de l'homme sur la

nature, ce n'est ni le profit, ni la vaine gloire, mais une plus facile et plus générale diffusion clu bien-être pour tous. Lors môme qu'elle a des droits à faire valoir, elle sait tempérer à leur égard les exigences de la justice et les sacrifier, s'il le faut, pour le bien de la paix et le soulagement des malheureux.

Du côté des petits et des infortunés, la charité étouffe la jalousie : « charités non œmula* tur, » Elle s'efforce d'oublier les prééminenc du rang, de la puissance, du savoir et de la richesse. Elle adore la volonté de Dieu dans la petite place qui lui est faite en ce monde. Elle a même le courage de le remercier des laveurs qu'il a répandues sur autrui, attendant tranquillement le joui' des éternelles compensations.

La charité est patiente : « charit&s patiens est. » Elle pénètre de résignation les vies laborieuses et souffrantes, et les affermit contre l'inclémence du sort et les trahisons de la fortune, par l'espérance des meilleurs biens que Dieu réserve à ceux qui auront porté vaillamment leur croix ici-bas.

La charité ne s'irrite pas : « charitas non

irrit&tur. » Elle contient les fiévreuses impatiences, étouffe les murmures, apaise les révoltes de la faiblesse et de la liberté opprimées. Elle leur persuade de ne point troubler Tordre par des protestations violentes, et de n'affirmer leurs droits que par de nobles revendications, en attendant l'heure vengeresse qui ne manque jamais de sonner sur la tête des oppresseurs les plus encensés et les mieux affermis.

Enfin, Messieurs, de tous les côtés la charité est bonne, douce, bienveillante, aimant à donner et à répandre le bien : « charitas bénigna est.» Elle est indulgente pour la faiblesse, supporte les défauts, excuse les fautes, pardonne aisément les offenses. En présence des misères du corps et de l'âme, elle s'émeut, exalte et transforme cette vertu naturelle que nous appelons la bienfaisance, y prend la matière des plus sublimes dévouements, la pousse au delà du devoir, et lui fait accomplir des actes héroïques. Méprisant les calculs de la sagesse humaine, elle prodigue volontiers les biens passagers, auxquels elle préfère les récompenses éternelles, et consent à obliger

des ingrats. Sous son inspiration, celui qui est riche des biens de l'esprit et de la fortune comprend la haute mission qu'il a reçue de représenter ici-bas Dieu providence, Dieu père des êtres besoigneux qui attendent tout du souverain bien, Dieu père du lils humilié dont il a exaucé les douloureuses prières. Il ouvre son cœur généreux: et ses mains libérales et multiplie les bienfaits ; visant dans toutes ses bonnes œuvres un but plus sublime que le soulagement et la réparation des misères dont le corps pâtit, et s' ouvrant, par l'aumône et l'assistance, un chemin vers l'âme de ceux qui souffrent, pour y faire entrer les religieuses consolations de la vérité, de la vertu et de la grâce de Dieu.

Passant du cœur de celui qui donne au cœur de celui qui reçoit, la charité s'y montre encore aimable et bienfaisante: « Benigna est.» Elle y fait éclore une pieuse reconnaissance, apaise les rancunes sociales, et se répand en bénédictions, en vœux et en prières : largesses du pauvre consolé, répondant aux largesses du riche dépouillé ; mouvement d'aller et do

AMEN DE i-\ VIE SOC I ALI.

retour qui fait disparaître L'inégalité de» conditions dans l'égalité des bienfaits.

Tout est dans Tordre; tout est ramené à la perfection par l'amour. L'Apôtre avait raison de dire que la « charité est le lien de ta perfection : Cltnrltatcm habete quod est vinculum perfectionis. » D'où je conclus (pie la vie sociale est d'autant plus parfaite qu'il s'y dépense plus d'amour; que la société parfaite doit être celle où tous les cœurs sont unis dans une même charité.

Nous sommes loin de cette perfection, me direz-vous. — A qui la faute, Messieurs? — Non pas certes à la divine doctrine dont les révélations ne peuvent qu'imposer le respect et l'amour. Elle a fait ses preuves dans la révolution sociale qui a changé l'aspect du monde ancien, et dans les transformations successives qu'ont subies l'esprit et le cœur de l'homme par la pénétration dix- neuf fois séculaire de ses enseignements. On a vu, sous son influence, se détendre et se briser les chaînes des esclaves, se relever et grandir dans l'estime publique la condition du travailleur, des trêves religieuses imposées aux haines et aux

colères dos peuples, et les sombres régions de la misère et de la douleur envahies par des œuvres catholiques de justice et de dévouement, de rapprochement et d'union. Aux infidèles, aux ignorants, aux orphelins, aux abandonnés, aux enfants, aux vieillards, aux apprentis, aux ouvriers, aux serviteurs, aux sourds-muets, aux aveugles, aux infirmes, aux incurables, à l'indigence, à la maladie, à la convalescence, à la tentation, au déshonneur, l'esprit de foi et la charité ont offert partout Renseignement, le patronage, l'assistance, la consolation, l'asile, la lumière, la chaleur, la nourriture, le vêtement, les pleurs compatissants, les pansements délicats, la préservation, l'estime qui réhabilite, l'affection qui encourage, la grâce qui sanctifie.

Tout n'est pas fini, je l'espère, malgré les défaillances de la foi, l'avidité des appétits et la fureur des passions; malgré cette fièvre de sécularisation qui tend à soustraire la vie sociale aux influences du dogme catholique, et qui, si elle réussissait, nous ramènerait aux hontes et aux infamies du paganisme.

Des âmes croyantes et généreuses, clans le

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nouveau comme dans le vieux monde, osent encore compter sur une application plus profonde, plus large, plus radicale des principes de perfectionnement social dont la doctrine catholique est le foyer.

Leur programme est fait, elles se sont mises à l'œuvre. Courage, vrais amis de la civilisation et du progrès ! Dans le rayonnement des vérités sublimes que Dieu lui-même a imposées à notre foi, travaillez à l'organisation de la famille, de la propriété, du travail, du pouvoir, de la fortune et de la vie publique. Que Dieu bénisse les saintes audaces de votre zèle et les efforts de votre dévouement ; qu'il multiplie vos collaborateurs; et ne soyez contents que lorsque la vie sociale aura dit au dogme catholique son plus parfait Amen de respect et d'amour. Amen !

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CENT HUITIÈME CONFÉRENCE

CENT HUITIÈME CONFÉRENCE

A vant de donner sa bénédiction au prédicateur, le cardinal-archevêque do Paris s'est levé et a prononcé les paroles suivantes :

ce Mon Révérend Père,

« Ce n'est pas sans émotion que je me lève aujourd'hui pour bénir votre parole. Vous terminerez par cette conférence le grand enseignement du dogme catholique que vous avez donné pendant vingt années, avec une bénédiction si visible de Notre-Seigncur, du haut de cette chaire.

(( Je me reporte, par la pensée, au jour où vous y montiez pour la première fois : c'était pendant l'Avent de 18G9. On était à la veille des grandes douleurs de la France et des grandes épreuves de l'Eglise. Le Concile du Vatican s'assemblait à Rome ; et comme pressentant l'avenir, vous faisiez entendre au peuple chrétien : YAppel royal et V Appel maternel de l'Église. Vous montriez cette Église, reine et mère tout ensemble, prête à pourvoir aux nécessités et aux périls de la crise contemporaine.

« Les événements se déroulèrent sous l'action mystérieuse de la Providence, qui préparait les nations par les leçons de l'expérience à écouter la voix de l'Église. Si la chaire de Notre-Dame ne demeura pas complètement silencieuse pendant les années 1870 et 1871, Dieu parla surtout par les faits qui s'accomplirent alors sous nos yeux.

« Quand la tempête fût calmée, le vénérable cardinal Guibert, conduit par la main de Dieu dans la capitale de la France, vous appela, mon Cher et Révérend Père , pour continuer l'oeuvre des Lacordaire et des Ravignan. Vous

apparûtes au carême 187:2 dans la chaire de Notre-Dame. Vous traduisiez la pensée de tous quand vous disiez, au début de votre prédication : « — Il faut, à tout prix, sortir de l'abîme d'humiliations et de douleurs patriotiques où nous a plongés la justice divine provoquée par l'extrême perversité des opinions et des mœurs publiques. » — Le salut que tous appelaient, vous démontriez qu'il ne serait obtenu que par l'énergique affirmation du principe chrétien clans la vie privée, dans la vie de famille, dans la vie publique. Plût à Dieu que nous n'eussions pas trop tôt oublié les leçons de la Providence et du malheur !

« Mais, à ce moment, les âmes en conservaient le récent souvenir, et lorsqu'une année de paix eût ramené le calme dans les esprits et dans les cœurs, vous commençâtes, mon Cher et Révérend Père, ce lumineux exposé du Credo catholique que vous achevez aujourd'hui.

« Plus tard, quand on lira l'histoire de notre dix-neuvième siècle, on comprendra la place qu'aura occupée, dans la restauration de la société chrétienne, renseignement traditionnel

230 a.mkn de l'histoire humaine.

de l'Église, si admirablement condensé par PÀnge de l'École, votre frère, dans sa Somme

thëologique si éloquemment appropriée par vous aux besoins des intelligences de notre

époque.

« Peut-être, Messieurs, en m'entendant parler de restauration de la société chrétienne, seriez-vous tentés de penser que je me fais illusion. Ne voyons-nous pas tous les jours l'Eglise, ses enseignements, ses institutions en butte à de nouvelles attaques ? Les ruines ne se font-elles pas autour de nous? Non, nous ne devons pas nous décourager. Il y a des ruines, c'est vrai ; mais , au milieu cle ces ruines, Dieu pose déjà les premiers fondements de l'avenir ; votre présence ici m'en est une preuve vivante. Voilà vingt ans que des chrétiens d'élite se forment et se succèdent autour de cette chaire ; voilà vingt ans que la génération contemporaine reçoit, accepte, embrasse avec une conviction croissante la parole cle la foi , le Credo catholique. L'œuvre du salut cle la société ne s'accomplit pas en un jour. La vérité divine a cette destinée de ne pouvoir conquérir les âmes et le monde qu'au

prix de la lutte et du sacrifice. Mais la vérité, selon la belle parole de saint Augustin, n'est jamais humiliée et vaincue, même quand ses défenseurs succombent momentanément.

« Vous, Messieurs , qui avez recueilli la parole du fils de saint Dominique, vous serez, je l'espère de la bonté de Dieu et de la générosité devos cœurs de chrétiens et de français, les apôtres de la vérité. Depuis vingt ans vous dites, par votre présence au pied de cette chaire, l'Amen au Credo catholique, vous le dites aujourd'hui, vous le direz demain, non pas seulement sous les voûtes de Notre- Dame, mais dans la France entière.

ce Durant les saints jours de la grande semaine, qui s'ouvre aujourd'hui, vous viendrez écouter les adieux de celui qui, pendant vingt années, fut le père et le docteur de nos âmes. Vous sentirez revivre les fortifiants souvenirs drs retraites pascales qui ont couronné chaque années les conférences du carême, retraites qui vous font goûter les douceurs du dogme catholique, quand il pénètre le cœur aussi bien que l'intelligence et qu'il vivifie notre existence tout entière.

(( Le jour de Pâques sera vraiment pour vous tous, Messieurs, le jour de la résurrection, et quand le T. II. PèreMonsabré, vous montrant le ciel, qui est le couronnement de la vie chrétienne, vous aura dit, après la communion pascale, la parole d'adieu: «In te, Domine, sper&vi, non confundar in seternum : En vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance et je ne serai pas confondu », vous irez à travers le monde, avec la confiance au cœur pour vous, pour vos familles, pour notre France, cette France que la Très Sainte Vierge garde sous sa protection maternelle en prenant le nom de Notre-Dame de Paris.

« Mon Cher et Révérend Père, quand vous parûtes pour la première fois, en 1869, dans la chaire de Notre-Dame, vous rappeliez les paroles touchantes que le Père Lacordaire en laissa tomber au terme de sa carrière apostolique : « Murs de Notre-Dame, disait votre frère, voûtes sacrées, qui avez reporté mes paroles à tant d'intelligences privées de Dieu, autel qui m'avez béni, je ne me sépare point de vous. »

« Vous aussi, mon Cher et Révérend Père,

vous ne vous séparez pas de nous. Permettezmoi de vous appliquer ce que vous disiez vousmême alors du Père Lacordairc : Vous vivrez en ces hommes qui sont votre gloire et votre couronne, vous vivrez dans la reconnaissance de Paris et de la France, vous vivrez dans la fraternelle affection du vénérable chapitre métropolitain et du clergé de Paris. Qu'il me soit permis d'ajouter : Vous vivrez surtout dans le cœur de l'humble archevêque, heureux de savoir et de dire que notre immortel pontife Léon XIII a été consolé par les triomphes de votre parole apostolique dans la chaire de Notre-Dame.

« Puis, je vous adresserai une prière. En 1872, vous avez été appelé par l'éminent cardinal Guibert, de noble et douce mémoire, à proclamer, devant la France, le Vœu national au Sacré-Cœur. La France a été fidèle à son vœu. La basilique a grandi sur la montagne des martyrs ; l'heure approche où nous pourrons la dédier solennellement au Cœur miséricordieux de Jésus. Mon Père, à mon tour, je vous convie à venir, en ce jour, chanter dans la basilique de Montmartre l'hymne de notre

reconnaissance cl les miséricordes de Dieu envers la France dévouée H pénitente : Chri ojusque sacrsetissimo Cordi Gallia pœnitens et

devota. »

Le Révérend Père a répondu en ces termes:

ce Éminentissime Seigneur,

« Je suis touché et confus en même temps des éloges et des remerciements que votre Eminence vient de m'aclresser. Je voudrais les avoir mérités, mais je n'oserai jamais me rendre ce témoignage. Ce que je sens profondément, ce que je puis dire librement, c'est que si ma parole a eu quelque succès et a fait quelque bien, je le dois, après la grâce de Dieu, à votre paternelle bonté et aux encouragements que j'ai reçus de vous et de votre vénérable prédécesseur. J'emporte de mon ministère dans cette insigne métropole le souvenir de deux saints prélats qui furent pour moi deux pères, souvenir que la piété filiale entretiendra dans mon cœur jusqu'à ce qu'il ait cessé de battre. »

É KflNEWTISSIM E SEIG X EUR,

Monseigneur1, Messieurs,

J'ai mis le dogme catholique en rapport avec l'intelligence humaine qu'il prévient dans ses recherches, affermit et grandit; avec le sens religieux dont il satisfait pleinement les aspirations et exigences ; avec le sens esthétique qu'il exalte par ses révélations et qu'il provoque aux plus sublimes créations de l'art religieux ; avec la vie morale donl il établit les solides fondements, et qu'il pousse à une perfection transcenda ni e ; avec la vie sociale dans laquelle il fait circuler le respect et l'amour, principes d'unité et de perfection, et, de tous 1rs côtés, il a reçu la même réponse : — Cela doit être! Qu'il en soit ainsi! C'est bien ! Arnenl — Il ne me reste plus qu'à mettre nul re divine doctrine en rapport avec toute l'histoire humaine,

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