‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 43 sur 65 · Ephes., cap. v · texte numérisé non relu

Ephes., cap. v

invitent à la confiance et à la familiarité; les pieuses effusions de sa vie cachée, tout employée à prier pour nous son divin Père; l'humble e( pauvre état de travailleur auquel il se condamne pour relever dans l'estime des hommes une condition humiliée et montrer que la véritable noblesse ne dépend ni du rang, ni de la fortune, ni des pouvoirs humains; le patient et sublime enseignement de sa doctrine, la révélation des secrets divins dont il est, comme Verbe divin, l'éternel témoin ; les œuvres merveilleuses de sa toutepuissance, mise au service de notre raison qui veut des preuves de sa divinité, au service de nos infirmités et de nos misères qui demandent des secours, autant de largesses que le Christ fait de lui-même. Mais tant et de si grands dons ne contentent pas son amour; il est allé jusqu'au don suprême, il s'est livré jusqu'à l'immolation de sa vie dans une mort ignominieuse et cruelle, disant à son Père : « Apaisez sur moi votre divine colère, vengez sur moi votre majesté offensée, frappez-moi pour l'homme coupable, et qu'il soit sauvé de la morl éternelle par mon sacrifice... » Etaprès

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cela, il se livre encore flans un sacrement qui le fait demeurer au milieu de nous et l'expose

à nos outrages, pendant qu'il reçoit au ciel les adorations des anges et les caresses de son Père; dans un sacrement qui renouvelle chaque jour le sacrifice du Calvaire ; dans un sacrement qui fait entrer en nous son corps, son sang, son âme et sa divinité.

En nous ordonnant d'aimer comme il nous a aimes, notre maître et Sauveur n'avait-il pas raison de dire : Mnndatum novurn do vobis1 : Je vous donne un commandement nouveau? Bien nouveau en effet; plus que nouveau, mais impossible, si l'on compare les forces de notre nature amoindrie et déchue à la perfection d'amour qui nous est demandée. Aussi n'est-ce pas sur la nature qu'il faut compter pour nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés, mais sur la grâce dont le dogme catholique nous montre les divines sources. Je veux dire : ces sacrements où la charité se purifie et se retrempe,

1. Mandatumnovum do vobis utdiligatis invicem,sicut dilexi vos, ut et vos diligatis invicem. ( Joan. , cap. xm, 3 i .

et, entre tous, ce banquet divin auquel tous sont admis sans distinction de rang et de condition, où toutes les inégalités conventionnelles de ce monde s'effacent devant la réelle et commune grandeur des chrétiens nourris de la chair d'un Dieu, où le chrétien mange l'amour pour répandre l'amour, où le Christ respire son Esprit pour nous rendre plus sensibles à ses amoureuses provocations. « Chatito8 l)ei diffusa est in cordlbus nostris per Splritum Sanctum. » C'est TEsprit-Saint, esprit d'intelligence, qui nous fait voir nos semblables, non plus de l'œil de la chair et de la raison, mais de l'œil de la foi; lui qui nous apprend que partout où nous rencontrons une ignorance, une misère, une infirmité, une faiblesse, il y a là un de ces petits dont Jésus- Christ a fait comme un prolongement de son incarnation, comme un sacrement de sa personne adorable, que c'est lui-même qui fait appel à notre générosité et à nos services, voulant recevoir pour lui, par une appropriation ineffable, les largesses, les consolations et les soins de la miséricorde chrétienne, et devenir ainsi le suprême objet de toutes les

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bonnes œuvres. C'est l'Esprit-Saint, esprit de

sagesse, qui nous éclaire sur la valeur et la destination des biens que nous tenons de la Providence, nous en détache et nous fait comprendre que la charité est imparfaite tant qu'on n'a pas donné quelque chose de sa vie pour ceux qu'on aime, et que, en définitive, il faut payer de sa personne dans les œuvres d'amour pour accomplir à la lettre le précepte d'aimer comme Jésus-Christ a aimé. C'est l'Esprit-Saint, esprit de force, qui s'empare de l'âme chrétienne et lui donne le courage d'affronter et cle vaincre toutes les difficultés qui s'opposent à l'action de la charité. C'est l'Esprit-Saint, esprit de piété, qui assigne à l'action cle la charité son but suprême : la gloire de Dieu et le salut des âmes, dirige les intentions de toutes les bonnes œuvres, et nous invite à ne les multiplier que pour étendre le bienfait de la rédemption et grossir l'héritage de Jésus-Christ en lui gagnant des âmes.

Messieurs, vous devez avoir l'idée de ce que peut être et devenir le mouvement et la circulation de l'amour dans la vie sociale sous l'influence d'une si haute et si belle doctrine. En

éclairant les esprits elle touche les cœurs, et les ouvre à la pénétration de cette vertu divine dont la force, à la fois répressive et expansive, étouffe les passions malsaines qui tendent à disjoindre les membres du corps social, rapproche, unifie, et fait oublier l'inégalité des états et des conditions par l'échange de mutuels bienfaits.

La charité, en effet, est ennemie de l'enflure si naturelle aux hommes de pouvoir : s charitas non inflntur1. » Elle sait pratiquement qu'on n'est maître en ce monde que pour représenter le meilleur des maîtres; que, si Dieu veut qu'on l'appelle Seigneur, il aime mieux le doux nom de Père, et que rien n'est plus noble ni plus magnifique aux yeux des hommes que de faire oublier la grandeur par la bonté.

La charité est ennemie de l'ambition, source de haine, de compétitions perfides et violentes et de mille injustices; « cliaritas non est ambition. » Elle résiste à cette soif de domination et d'honneurs que l'orgueil allume en nos

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