‹ Exposition du dogme catholiqueChapitre 49 sur 65 · l'salm. XI · texte numérisé non relu

l'salm. XI

que chose de cela sous les yeux. Mais, grâce à Dieu, la contradiction, au lieu de nuire à la vérité catholique, ne fait que lui donner un plus vif éclat. « Telle est sa force, dit le grand saint Hilaire, que, pouvant être comprise et acceptée dès qu'elle se montre, elle brille davantage quand on lui fait obstacle ; qu'immobile en sa nature, elle acquiert chaque jour une fermeté nouvelle par les attentats auxquels elle est en butte1. » Vous venez de la voir éclairer les temps écoulés, suivez du regard ses projections dans l'avenir de l'histoire humaine, dont elle nous permet d'entrevoir les dernières phases et le dénouement.

« Il faut que le Christ règne, dit l'apôtre saint Paul, jusqu'à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds : Oportet ïllum regnare donec portât omnes inimicos sub pedibus ejus. » Déjà son règne est établi. Rappelezvous ce que je vous disais il y a douze ans. —

1. Magna vis est veritatis, quee cum per se intelligi possit, per ea taraen quseei adversantur elucetrut in natura immobilis manens, firmitatem naturae suse quotidie dum atteotatur acquirat. (De Trinit., lib. VII, 4.)

« Sur les rivages d'où Rome altière envoyait jadis ses procureurs et ses proconsuls porter des ordres à l'univers, un vieillard est assis. Qu'il soit tranquille ou persécuté, entouré d'honneurs ou rassasié d'opprobres, libre ou prisonnier, il n'importe. Sa volonté auguste est la seule que reconnaisse le monde chrétien. Ce qu'il commande est sacré, ce qu'il condamne est à jamais réprouvé. C'est un père, et, quoi qu'on fasse pour l'isoler de sa famille, on narracherapasducœur de ses enfants le pieux respect, ni l'amour dévoué dont ils lui envoient, des plus lointaines extrémités du globe, les solennels témoignages. C'est un roi, et, quoique des mains sacrilèges aient profané, plus d'une fois, son sceptre et sa couronne, elles n'ont pu détourner le cours de cette autorité souveraine qui va droit aux âmes et les plie, sans effort, sous son joug adoré. C'est le pontife suprême, et, quoiqu'on ait essayé d'exalter à ses dépens la puissance du corps sacerdotal, on n'a pu détruire l'humble subordination qui soumet l'âme des pasteurs eux-mêmes à son gouvernement. C'est un immortel qui passe par des incarnations successives. Pour tout

dire eu un mot, c'est Jésus-Christ : Jésus- Christ qui se perpétue, Jésus-Christ qui commande, Jésus-Christ à qui Ton obéit, Jésus- Christ centre toujours vivanl Me l'unité chrétienne1. »

Mais, Messieurs, comme je vous le faisais remarquer l'année dernière, le règne actuel du Christ clans l'histoire humaine n'est pas et ne peut pas être le dernier mot de sa puissance, ni des transformations qu'il doit faire subir aux temps nouveaux. Nous attendons encore l'accomplissement des prophéties qui promettent au Christ un règne universel, pacifique et incontesté : « Il doit dominer de l'orient au couchant, et jusqu'aux confins de la terre ; — il doit se faire connaître aux peuples qui n'ont jamais entendu parler de lui; — il doit voir entrer toutes les nations dans son héritage ; — ■ il doit recevoir les adorations de tous les rois, et enrôler tous les peuples à son service; — il doit, en étendant son empire, donner la paix

\. Cf. Trente et unième conférence, Le témoignage des faits.

à toute créature; — il doit, enfin, selon sa propre parole, attirer tout à lui l. » Or, Messieurs, aucune de ces magnifiques

promesses ne s'est réalisée, jusqu'ici, de manière à satisfaire pleinement les espérances qu'elles nous donnent. Il y a encore loin de nous des îles et des continents qui attendent un libérateur, et les voyageurs consciencieux qui les ont visités, sans aucune préoccupation religieuse, n'hésitent pas à dire que toutes les tentatives de la civilisation échoueront tant que la vérité chrétienne n'y aura pas éclairé et I ransformé les esprits et les coeurs. Irons-nous la porter, cette vérité, aux peuples qui l'attendent ? Viendront-ils la chercher chez nous, après avoir, comme les barbares, dévasté notre patrie et nos foyers, pour nous châtier de nos prévarications? — Je n'en sais rien ; c'est le secret de la Providence. Mais les oracles doivent avoir raison : — Il faut que le Christ règne: OportcL illum rc<jiuire.

1. Voir le texte de ces prophéties et de ces promesses à la cent douxièmo conférence, Le nombre des élus, deuxième partie.

Ne croyez pas qu'on l'en empêche, Messieurs, parce qu'on imaginera des lois scélérates

propres à tarir les sources de l'apostolat. Dieu saura bien prémunir les âmes vaillantes que l'on espère affaiblir et corrompre, et, peut-être que, fortifiées et aguerries par l'épreuve, elles ne seront que plus ardentes aux combats spirituels qui doivent soumettre les peuples infidèles au joug adoré du Christ. Car il faut qu'il règne : Oportet illum regnare.

Ne croyez pas que la science, maîtresse des forces de la nature, ne multiplie ses inventions et ne rende plus rapides et plus sûres les communications d'un peuple à un autre peuple que pour faciliter entre eux l'échange des biens matériels. Par les triomphes de la science, Dieu prépare les voies aux apôtres de son Christ. Car il faut qu'il règne : Oportet illum regnare.

« Il faut qu'il règne, et que tous ses ennemis soient à ses pieds ; » par conséquent, que la science, qui lui fait la guerre, abaisse devant lui son orgueil et se pénètre de la vérité de ses révélations ; que les législations et les pouvoirs, qui ont contrarié son action, recon-

AMEN DE L HISTOIRE HUMAINE. Z t I

naissent la supériorité de sa loi et de sa puissance ; que les âmes fermées par les passions s'ouvrent à sa grâce : « Oportet Muni regnare doneeponat omnes inimicos sub pedibu* ejus1. »

Et maintenant, écoutez le dernier mystère de l'histoire humaine. « Je ne puis le taire, disait saint Paul aux Juifs de Rome. L'apostasie d'une partie d'Israël, que Dieu a permise, ne sera pas sans retour. Un jour les enfants de Jacob, derniers ennemis du Christ, se sentiront pris d'une sainte émulation quand ils verront la multitude des nations se soumettre à son règne. Et alors tout Israël sera sauvé, selon ce qui est écrit : un libérateur sortira de Sion pour arracher et bannir du cœur de Jacob son impiété \ »

Ce sera le signe de la lin des temps. L'humanité et, après elle, le monde entreront dans

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