Cf. S. Thom., Summ. Theol, III P., quœst.l.a
— Non statim post peccatum conveniens fuit Deum incarnari : propter conditionem humani peccati, quod ex. superbia provenerat ; unde eo modo erat homo liberandus, ut humiliatus recognosceret se liberatore indigere
— Propter dignitatem Verbi incarnati.
catholique nous donne la formule en ces termes : Je crois en Jésus Christ, fils de Dieu, qui, pour notre salut, s'est incarné, est né d'une Vierge, a souffert, est mort et est ressuscité.
L'humanité déchue a donc fait l'expérience des faiblesses de sa raison, dans une multitude d'erreurs qui obscurcirent bientôt la notion du vrai Dieu, et altérèrent l'une après l'autre les vérités de nos origines, de notre nature, de nos devoirs et de nos destinées que la science, malgré ses efforts, ne parvient pas à ressaisir.
L'humanité déchue a fait l'expérience de la corruption de son cœur et de l'exécrable empire qu'ont pris sur lui les sens et les passions, dans une multitude de crimes qui fermaient au vrai Dieu les portes inhospitalières des religions, divinisaient l'infamie, outrageaient la nature, déshonoraient la famille et la société, et légitimaient, de peuple à peuple, toutes les barbaries. Crimes qui ne furent pas de simples accidents contre lesquels protestaient les mœurs générales, mais des habitudes passées dans le sang des nations, et se développant à l'aise,
sous le triple patronage de l'opinion, des lois et de la religion.
Mais, laissons le flot des peuples que Dieu a livrés à leur sens réprouvé envahir la terre : les uns pour attendre aux confins du monde la visite tardive du Verbe rédempteur, les autres pour préparer par leurs convulsions l'infiltration des promesses divines, et entasser les ruines sur lesquelles s'assoiera, quand l'heure sera venue, l'empire universel qui conviendra le mieux à l'exécution du grand décret de Dieu. Concentrons, il est temps, les lumineuses projections du dogme catholique sur ce petit peuple dont la vie singulière se détache si vivement sur le fond de l'histoire humaine que la science s'en émeut plus que de l'antiquité tout entière. Elle voudrait le noyer dans la grande mer des nations et des événements, afin qu'il y passât inaperçu. Elle lui conteste la valeur de ses traditions, l'authenticité de ses livres, l'unité et la sincérité de ses croyances, et surtout la vérité des faits merveilleux dont son existence est remplie. Mais, science contre science, il n'est pas difficile de démontrer que le parti pris de soustraire l'histoire humaine à toute
AMEN DE l'hiSTOII'.K HUMAINE. 251
intervention positive de la Providence aveugle le jugement dans Y appréciation des documents et des faits, que les hypothèses historiques sont de mauvais instruments pour démolir les traditions d'un peuple, et que l'étude chaque jour plus complète des monuments de l'antiquité confirme les récits qu'Israël nous a laissés de sa longue et prodigieuse existence1.
1. "Monsieur l'abbé Vigouroux termine ainsi son remarquable ouvrage : La Bible et les découvertes modernes.
a Nous avons contrôlé, au moyen des monuments authentiques des bords do l'Euphrate et du Tigre, ainsi que des monuments des bords du Nil, tous les détails que nous lisons dans nos Saints Livres, même les plus minutieux, ceux qui ne sont donnés qu'en passant, sous forme d'allusion, et pour ainsi dire, sans que l'auteur lui-même s'en soit aperçu, et, toutes les fois que le contrôle a été possible, l'assyriologie et l'égyptologfe nousont répondu : la Bible a dit la vérité. Qu'on nous cite un seul historien de l'antiquité qui puisse sortir ainsi victorieux de l'interrogatoire rigoureux que lui fera subir la critique moderne! On a souvent essayé d'ébranler l'autorité des écrivains sacrés en se servant contre eux des historiens anciens. Or, nous l'avons vu, toutes les fois qu'ils sont en désaccord avec les vieux auteurs, ce sont les écrivains profanes qui se trompent, c'est la Bible qui a raison.
Notre-Seigneur Jésus-Christ nous l'avait promis: « Si les hommes se taisent, les pierres prendront une voix », et réclameront en laveur de la vérité. Qu'il en soit béni à jamais! » (Op. cit., conclusion.)
252 AMEN DE LfHISTOlRE HUMAINE.
Messieurs, Israël est clans l'histoire le peuple de Dieu, et sa vie le mystérieux courant clans lequel les desseins de la Providence s'acheminent vers leur accomplissement.
Le Seigneur l'a séparé de toutes les nations dans la personne de son fidèle Abraham, le père des croyants, et depuis l'heure bénie où il a entendu cette parole venue d'en haut : ce Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et viens dans la terre que je te montrerai *, » il porte dans son sein le germe sacré d'où doit sortir le Rédempteur. Seul, au milieu des Gentils, il conserve la notion pure du Dieu unique qui a créé le monde, il est juste qu'il espère mieux que tous en celui qui doit sauver le monde.
Voyez, Messieurs, comme les oracles divins se succèdent pour soutenir et grandir cette espérance. Tout le genre humain peut savoir par la promesse faite à Adam que le Rédempteur sera fils cle l'humanité. Abraham, Isaac et Ja-
1. Dixit Dominus ad Abrara : Egredere de terra tua, et de cognatione tua, et de domo patris tui, et veni in terram quam monstrabo tibi. (Gènes., cap. xn, 1.)
cob, en qui toutes les nations doivent être bénies, apprennent qu'il sera fils d'Israël, Juda qu'il sera iils de sa tribu, David qu'il naitrade sa famille. — Quand viendra- t-il ? — Quand le sceptre sortira de Juda, quand il n'y aura plus de cbef de sa race, quand toutes les nations seront dans l'attente, quand soixante-dix semaines d'années seront écoulées, à partir de l'édit des Perses pour la reconstruction de Jérusalem et du temple. — Où viendra-t-il? — A Bethléem, une toute petite ville de Juda qui verra sortir de son sein le dominateur d'Israël venu de l'éternité. Le second temple sera témoin de sa présence et de ses œuvres. — Comment viendra-t-il ? — Merveille inouïe ! Sans s'unir à l'homme la femme portera l'homme en son sein. La Vierge par excellence concevra et enfantera unfds qu'on appellera Emmanuel, Dieu avec nous. Oui, Dieu avec nous, car sa génération est dans le principe et dès l' éternité, personne ne peut la raconter. Dieu lui a dit dans un jour qui n'a ni commencement ni fin : « Tu es mon iils, je t'engendre à présent, demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage. » — C'est l'admirable, le con-
2*54 AMEN m: L'HISTOIRE HUMAINE.
seillcr, lc-Dieu tout-puissant, le Père de l'éternité. — C'est Jéhovah notre juste. — Et, avec cela, il doit ôtre homme comme non- : enfant, ouvrier, apôtre, docteur, prophète, thaumaturge, chargé des péchés du monde,, doux et patient, victime de la malice des hommes, condamné à la mort des scélérats, expirant sur un gibet. — Mais, Dieu lui donnera le prix de ses douleurs : la justification de ceux dont il a porté les iniquités, une nombreuse postérité parce qu'il s'est livré à la mort. Dieu visitera son glorieux sépulcre, le retirera des portes de la mort et lui dira : « Assiecls-toi à ma droite. » Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre mer. — Dieu le donnera pour chef et pour précepteur aux nations; les idoles s'écrouleront devant lui, et son royaume durera éternellement. »
Ne dirait-on pas une histoire, Messieurs? Eh bien, non, c'est une longue suite d'oracles qui s'accumulent et se soucient l'un à l'autre en traversant les siècles, et dont le plus jeune précède de quatre cents ans le libérateur annoncé. Près des oracles marchent les figures : un Melchisédech, dont on ne peut raconter la
naissance; un Abraham, père d'une race innombrable; un Isaac chargé du boisde son
sacrifice; un Jacob, fort contre Dieu; un Joseph, trahi et vendu par ses frères ; un Moïse, libérateur et législateur de la nation sainte; un Aaron, chef du sacerdoce; un Josué, conquérant de la terre promise; un Samson, triomphant dans la mort; un David, élevé del'abjection à la splendeur du rang suprême; des prophètes martyrisés pour leur témoignage. Tout cela prophétise le désiré dont l'éternelle génération se cache dans le sein de Dieu, la divine souche de la famille chrétienne, le Sauveur ployé sous le poids de sa croix, le médiateur dont la toute-puissante intercession fléchit la colère divine, le bien-aimé du Père céleste trahi et vendu par les hommes de sa paix, le Verbe rédempteur, auteur d'une nouvelle alliance et dune nouvelle loi, le chef et le père d'un nouveau sacerdoce, le crucifié vainqueur du péché, de l'enfer et de la mort et couronné de gloire et d'honneur à cause de sa passion. Bref, Messieurs, tout dans la vie d'Israël parle de l'avenir, figure l'avenir et dessine l'admirable plan de Dieu résumant
l'histoire humaine clans son Verbe incarné. Israël, ce petit peuple formé contre les lois communes de la formation des peuples et contenu dans un tout petit pays, Israël est comme le centre de l'histoire humaine dans les temps anciens. Aussi, avec quel soin Dieu le conserve, et comme il multiplie les prodiges pour le rendre inexterminable ! Il charge ses anges de guider les pas des patriarches et de faire respecter leur tente voyageuse. Il exalte un de leurs enfants et le fait asseoir près du trône des Pharaons pour sauver la race de la famine, assurer la multiplication des tribus et les initier à la civilisation des familles devenues peuples. Il arme les mains de Moïse de fléaux pour mettre fin à la dure captivité d'Egypte. 11 entr'ouvre les mers pour sauver le peuple fugitif, et fait pleuvoir du ciel un pain miraculeux pour le nourrir au désert. Il lui donne sa loi dans une tempête de gloire. Il renverse les murailles et arrête le soleil pour lui assurer la conquête de la terre promise. Il suscite des guerriers, des femmes héroïques, des anges exterminateurs pour le délivrer de ses ennemis. Et, lors même qu'il le châtie par des dis-
pcrsions et des esclavages, il entretient dans son cœur l'inébranlable espoir du retour dans la patrie et de la reprise de sa divine mission. Chose prodigieuse! les fléaux et les gigantesques collisions qui font disparaître autour de lui les petites et les grandes nations ne peuvent rien contre son inaltérable vie. Il use sur son corps mutilé les peuples de Chanaan, l'Egypte, Ninive, Babylonc, l'empire des Perses et l'empire des Grecs. Les colosses s'écroulent et lui reste debout, l'âme toujours tendue vers le cher promis de Dieu.
Quedis-je,Messieurs?ilyadans les malheurs d'Israël une intention bienfaisante de la Providence à l'égard des autres nations. Les grands empires ont eu à remplir une mission de justice, mais aussi une mission de miséricorde. Déjà le peuple de Dieu, au temps de sa splendeur, avait, en compagnie des Ty riens, conduit ses vaisseaux jusqu'aux bouches de l'Inclus1. De-
1 . Salomon creusa un port à Asiongaber située au fond du golfe oriental de la mer Rouge, et, avec l'aide de 1 1 i — ram, il y construisit une flotte. Ses vaisseaux et ceux des Tyriens partaient de ce port et se rendaient dans le pays d'Ophir. Or le pays d'Ophir ou des A kirs et Saùwirs
venu captif, il se répand dans toute l'Asie. Dans les vastes empires de Salmanasar, de Nabuchoclonosor, de Cyrus et d'Alexandre, il fonde des colonies où il emporte sa foi, son culte et ses espérances. L'Arabie, la Perse, la Méclic, la Tartaric, l'Inde et la Chine ellesmêmes voient s'établir sur leur sol ces étranges proscrits, dont la doctrine et les oracles réveillent les souvenirs, corrigent les traditions et invitent les peuples à s'unir dans l'espérance d'un libérateur; si bien qu'on a pu dire au temps des Césars que tout l'Orient était imbibé d'une vieille croyance qui faisait sortir de la Judée le dominateur des peuples. Agité comme un vase par les révolutions et les catastrophes, Israël a répandu partout, sans
occupait les côtes sablonneuses et les déserts qui s'étendent des bouches de Tlndus jusqu'à la chaîne des monts Aravali ou Abu et au golfe de Cambaye ou de Barigaza. Il est à remarquer que les mots dont se sert le Livre des Rois pour désigner les dents d'éléphant, les singes, les paons et les bois odoriférants que les navires hébreux rapportaient d'Ophir, ne sont pas des mots hébraïques, mais des mots sanscrits ou dravidiens, encore usités aujourd'hui dans l'Inde. (Mgr F. Laouenan, Du Brahmanisme, etc., troisième partie, conclusion générale.)
amen de l'histoire humaine. 259
•être brise, le parfum de ses croyances, de ses promesses et de ses espérances1. C'est ainsi
1. La dispersion des Juifs dans l'Asie entière, en Chine et particulièrement dans l'Inde, est un des faits les plus considérables de l'histoire ancienne, un de ceux qui ont exercé le plus d'influence sur le développement intellectuel et religieux, sur les institutions sociales des peuples asiatiques.
En 606 et 588, Nabuchodonosor I, s'étant rendu maître de Jérusalem et de la Judée, emmena en captivité la plupart des Juifs et les distribua dans toutes les parties de son vaste empire d'où ils se répandirent dans l'Asie entière.... portant avec eux, en môme temps que leurs doctrines, leurs traditions et leurs institutions.
A l'époque de l'édit de Cyrus, les Juifs qui étaient venus dans l'Inde y sont restés et leurs descendants existent encore à la côte Malabar, à Cochin et dans les environs. On a trouvé entre leurs mains un exemplaire du Pentateuque écrit sur un immense rouleau de peaux cousues ensemble. Plusieurs autres familles sont lixées do temps immémorial dans la Perse, l'Arabie, laTartarie, la Médie, la Chine. La tradition etl'histoiro des Afghans i Bohillas ne laissent aucun doute sur leur origine hébraïque.
Le juif Benjamin do Tudèle, qui voyageait au xn° siècle dans le pays de Gazan, y rencontra une colonie d'Israélites qui s'y étaient conservés et multipliés depuis l'époque de Salmanasar
Philon (Leg. ad Caium) affirme qu'il y avait do son temps (Ier siècle de 1ère chrétienne) un grand nombre de Juifs répandus dans tout l'Orient. Josèphe {Antiq. Jud.y lib. XI, cap. v) dit que les dix tribus existaient encore
260 AMEN de l'histoire humaine.
que la justice et la miséricorde divines ont amené l'histoire humaine à cette solennelle époque que saint Paul appelle la plénitude des temps. Comme le monde matériel fut longuement et fortement manié par la Providence pour être digne de recevoir l'homme- roi à qui il a été dit : « Dominamini, subjicite ; » ainsi le monde humain, pour être prêt à passer sous la domination de l'Homme-Dieu, à qui le Seigneur a dit : « Je te donnerai les nations pour héritage : Dabo tibi gentes hsereditatem tuam. »
Vous venez de le voir, Messieurs, les temps anciens de l'histoire humaine sont éclairés par cette vérité du dogme catholique : Dieu créateur a tout fait par son Verbe et pour son Verbe incarné, Jésus-Christ, vrai fils de Dieu et vrai
au delà de l'Euphrate. Saint Jérôme (in Ezech.. XVIII) assure qu'on les trouvait encore captives danslaMédie... Les anciens missionnaires jésuites de la Chine, les PP. Ricci, Adam Schaal et autres, affirment qu'il yavait, en divers lieux de la Chine, des Juifs assez nombreux, qui y étaient venus au temps de la captivité, sous Salmanasar, qu'ils conservaient des exemplaires du Pentateuque écrits sur des rouleaux de peaux, semblables à ceux qui ont été trouvés dans l'Inde. (Mgr Laouenan, op. et loc. cit.)
fils de l'homme, né d'une Vierge et mort pour le salut de l'humanité. Suivons la projection de cette lumière divine sur les temps nouveaux.
Les ruines des grands empires de l'antiquité devaient, dans les desseins de Dieu, servir de fondements à l'universelle domination d'un peuple qu'on a appelé le peuple-roi. A l'époque où s'achevaient les préparations de la Providence, la dernière des bêtes mystérieuses que Daniel avait décrites en sa vision, Rome, venait d'étouffer, l'un après l'autre, entre ses bras de fer, les royaumes agonisants. — Elle était maîtresse du monde, non point pour inaugurer elle-même les temps nouveaux, mais pour aider à l'accomplissement des oracles et protéger le berceau et l'entrée en scène du Verbe rédempteur.
En étendant sur les nations son fier despotisme, elle s'était approprié les erreurs et les vices du monde entier. Multiplicité des Dieux, superstitions ridicules, infamies sacrées, fêtes corruptrices et sanglantes; oppression de la
femme méprisée et facilement répudiée, de* enfants victimes d'un pouvoir tyrannique; oisiveté d'un peuple dont on contente les plus cruels instincts et les plus vils penchants et à qui Ton prêche l'ignominie du travail ; orgueil, luxe, mollesse des patriciens, des chevaliers, des magistrats, des nobles et des grands, la plupart du temps enrichis par les exploits malhonnêtes de la concussion cl de l'usure, sacrifiant tout au plaisir et abrégeant souvent leur vie dans de* orgies dont, grâce à Dieu, nous ne connaissons plus les affreux secrets ; vaines disputes des philosophes ; avilissement d'un sacerdoce payé pour mentir et abusant le peuple par des oracles et des fahles dont il rit ; dans les has-fonds de cette société, des millions d'esclaves retranchés de l'espèce humaine, straités comme des bêtes de somme et mis à mort pour un caprice; au sommet, le despotisme sans rivages, l'arbitraire sans frein, la force sans contre-poids, César tyran de tous, César pontife suprême, César Dieu : le plus affreux rêve de l'orgueil réalisé, l'empire et le ciel en une même personne ; dans toutes les provinces de l'empire le retentisse-
mont journalier des erreurs et des vices de la métropole ; et, sur les frontières de cette vaste scntine, des hordes de barbares qui commencent à sentir leur force et se préparent à la curée du géant qui a vaincu le monde civilisé; tel est, Messieurs, l'état du monde à l'époque où Israël arrive au terme de ses espérances, où ce cantique clés anges retentit dans les cieux : « Gloire à Dieu et paix à la terre ; aujourd'hui un Sauveur vous est né. »
L'avènement providentiellement retardé du Verbe en qui tout se tient est un fait accompli : Verbum caro factura est. Son apparition n'occupe qu'un tiers cle siècle clans l'histoire humaine, mais elle inoncle de sa lumière les temps anciens dont elle explique, vous venez de le voir, la longue et laborieuse gravitation, les temps nouveaux dont elle explique la prodigieuse transformation.
En effet, Messieurs, c'est à partir du jour où douze hommes sans lettres, témoins de la vie, des souffrances, de la mort et de la résurrection cle Celui qui se disait le Fils du Père céleste, ont proclamé ce dogme : « Je crois en Jésus-Christ, fils de Dieu, Dieu comme son
Père et homme comme nous, » c'est à partir de ce jour, dis-je, que le monde, dont je viens de peindre le lamentable état, a commencé à revivre et à changer d'aspect. Vous n'attendez pas de moi que je décrive les merveilles de cette transformation, ni que je vous dise comment les vrais israélites ont reconnu dans le Christ le libérateur promis, l'objet de leurs espérances, et sont devenus la souche féconde du peuple nouveau que Dieu s'est choisi, avant tous les temps, dans le plan qui résume l'histoire du monde et de l'humanité en son Verbe rédempteur, tandis que les israélites incrédules, après avoir demandé « que le sang du Christ retombe sur eux et sur leurs enfants, » perpétuent, à travers les siècles, cette race perfide et rapace dont la haine ne conspire contre le nom chrétien que pour mieux prouver la vérité des oracles qui la maudissent et la divinité du dogme qui la voue à l'exécration du genre humain. Vous n'attendez pas que je vous raconte l'envahissement de l'empire par le nouveau peuple de Dieu, envahissement qui faisait dire àTertullien : « Nous ne sommes que d'hier et nous sommes partout. Nous séparer de vous
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ce serait vous punir, car vous seriez épouvantés de la solitude qui se ferait autour de yous ' ; » non plus, les luttes héroïques de la foi persécutée qui triomphèrent de la cruauté calculée des Césars et du fanatisme sanguinaire d'un peuple idolâtre; non plus, les merveilles qui amenèrent les empereurs à se convertir et à placer la croix sur leur front et sur leurs étendards; non plus, la soumission des barbares qui détruisirent la civilisation romaine, et tombèrent à genoux devant l'image du Dieu rédempteur ; non plus, la formation des nations chrétiennes qui pénétrèrent les lois, les institutions politiques et sociales, les sciences, les lettres, les arts, clés divines influences du dogme prêché par les Apôtres et par leurs successeurs ; non plus, ces explosions d'enthousiasme religieux qui entraînèrent, à plusieurs reprises, l'Europe armée à la conquête du tombeau du Christ tombé au pouvoir des infidèles; non plus, les hommages rendus,
1. Procul dubio expavissetis ad solitudinem vestram ad silentium rerum et stuporem quemdam quasi mortui orbis. Qucesissetis quibus imperetis. (Apolog., cap. m.)
pendant une longue suite de siècles, par le savoir et le génie, aux vérités que confessait la foi naïve des peuples; non plus, la constante floraison des vertus transcendantes que ne
connut jamais le monde ancien. C'est assez, Messieurs, que nous fixions notre attention sur le fait contemporain.
Or, le fait contemporain le voici : — Il y a aujourd'hui un monde chrétien : un monde où les idoles sont remplacées par un Dieu unique, vivant et infinimenl parfait, où la superstition est proscrite comme un crime, où le culte est pur et saint. Il y a un monde chrétien où la femme respectée est devenue régale de l'homme et comme la moitié de sa vie, où Tei i faut est protégé par des droits sacrés, où la famille est assujettie1 aux lois d'un indissoluble amour. Il y a un monde chrétien où l'esclavage est aboli, où Ton ne voit plus que des hommes libres, où l'oisiveté est un opprobre et le travail un honneur, où la grandeur et la richesse sont devenues les bienfaisants ministres de la Providence. Il y a un monde chrétien où la liberté sait faire entendre ses légitimes revendications, où l'absolutisme et
l'arbitraire du pouvoir sont obligés de reculer devant les protestations de la conscience, où le sacerdoce, investi d'une mission divine, ne craint pas de dire aux violateurs du droit, aux oppresseurs de la faiblesse : ce Cela n'est pas permis : Non licet. » Il y a un monde chrétien où les ombres, sans doute, sont mêlées à la lumière, où la nature déchue ne peut déguiser ses défaillances, où le mal apparaît en face du bien, mais toujours réprouvé par une immuable loi de droiture et de perfection : c'est-à-dire, Messieurs, une loi qui prescrit la grandeur et la noblesse des aspirations et des désirs, la lutte contre les appétits de la nature, la chasteté clans l'amour, la pureté dans les mœurs, le respect pour le droit, la justice et le désintéressement, l'amour du sacrifice, la pieuse fraternité, la miséricordieuse compassion, la générosité dans le bienfait, la magnanimité devant l'offense, la facilité du pardon, la résignation et la grandeur d'âme dans l'épreuve et la douleur, l'humble et sincère soumission aux pouvoirs légitimes, l'horreur pour la licence, l'estime pour la vraie liberté, le dévouement à la chose publique, le zèle pour les plus su-
bliines intérêts, le soin de ne pas tomber, la promptitude pour se relever, les impétueux désirs et les constants efforts pour devenir les meilleurs. Enfin, il y a un monde cbrétien où le progrès moral s'élève à cette perfection transcendante que nous avons appelée la sainteté, fleur réservée des terres fécondes où germent et se développent les nobles et pieuses habitudes de l'âme humaine, poussées par une culture intensive jusqu'à l'héroïsme.
Voilà le fait contemporain ! Maintenant, Messieurs, comparez le monde chrétien au triste monde dans lequel se condensaient, il y a près de dix-neuf cents ans, les constantes expériences de l'erreur et de la corruption. Quelle prodigieuse transformation ! Je dis bien, prodigieuse transformation, car vous en chercheriez en vain la cause naturelle. Ce ne sont point les enseignements de la sagesse humaine qui ont produit, dans notre histoire, le revirement de croyances et de mœurs dont nous sommes aujourd'hui les témoins. La sagesse humaine débitait ses maximes au monde ancien. Elle parle encore à de grands peuples
qu'elle ne parvienl pasà faire sortir des ombres de mort dans lesquelles ils sont ensevelis. Elle parlerait jusqu'à la (in du monde qu'elle ne triompherait pas de la perversité d'une nature que la prévarication de notre premier ancêtre a précipitée sur les pentes du mal. Le dogme catholique seul, en projetant sur les temps nouveaux la lumineuse vérité d'un Dieu incarné, mort pour le salut du monde, nous explique leur transformation. Il fallait à la nature déchue un libérateur divin. Ce libérateur lui a été promis à l'heure même de sa déchéance ; il est venu au milieu des temps ; il a accompli son œuvre en y mettant sa vérité, sa loi, sa grâce ; et son œuvre est d'autant plus merveilleuse qu'elle a été éprouvée par toutes sortes cle contradictions : contradictions de l'esprit, contradictions des passions, contradictions des hommes de parole, contradictions des hommes cle plume, contradictions des hommes de pouvoir. Les persécutions ont succédé aux persécutions, les hérésies aux hérésies, les blasphèmes aux blasphèmes ; mais, ni la violence, ni la perfidie dogmatique, ni la négation brutale n'ont pu étouffer dans le cœur et sur les
lèvres du monde chrétien ce cri de la foi : Je crois en Jésus-Christ, fils unique de Dieu/qui s'est incarné dans le sein d'une vierge, a souffert, est mort, est ressuscité pour nous autres hommes el pair notre salut : propter nos homines et propter nostram salutem.
ce Ce monde chrétien, a dit un illustre incrédule, est la création la plus puissante que Ton ait jamais vue1. » Et pourtant, on voudrait faire disparaître de l'histoire ses merveilleux caractères et n'y voir qu'un phénomène temporaire de cette vaste et constante évolution des forces naturelles qui fait avancer chaque jour l'humanité sur le chemin du progrès. Mais, vains efforts! On ne naturalise pas une œuvre surnaturelle, on n'éteint pas la divine lumière qui l'éclairé. Si cela se pouvait, Messieurs, la nature, reprenant le cercle fatal de ses évolutions impie-, ramènerait le monde aux vieilles erreurs et à la vieille corruption dont l'humanité a déjà fait l'expérience. In czrcuitu iiii[)ii ambulant*. Nous avons bien quel-