DE L'ORDINATION FAITE PAR UN ÉVÊQUE QUI A RENONCÉ A L'ÉPISCOPAT
259. — De combien de manières peut avoir lieu la renonciation à rÉpiscopat?
Elle peut avoir lieu de deux manières, à savoir : en renonçant au lieu seulement, ou au lieu et à V Ordre à la fois.
On renonce au lieu seulement, lorsqu'on renonce à l'office épiscopal et à l'administration de son diocèse, en gardant cependant le litre et la dignité d'Évêque.
On renonce à la fois au lieu et à l'Ordre, quand on abandonne, avec son office, la dignité et la dénomination épiscopales. On a vu plus haut quelles sont les causes qui autorisent un Evêque à donner sa démission de sa charge ou à renoncer au lieu seulement ; nous y renvoyons le lecteur. Mais, pour qu'un Évêque puisse renoncer en même temps et au lieu et à l' Ordre ou à la dignité, il faut ordinairement qu'il ait commis quelque délit entraînant la déposition qu'il prévient par cette renonciation.
Nous avons dit ordinairement : W peut arriver qu'un Évêque, qui n'a commis aucun délit, renonce à sa dignité, en obtenant une dispense Pontificale, au moyen de laquelle il entre dans un ordre religieux et y fait profession , non par
crainte de la déposition, mais par un sentiment de dévotion.
Gela étant, que penser de l'ordination faite par un Évoque qui a renoncé à son évôché : loco tantmn?
S'il s'agit de la validité de cette ordination, il n'y a pas de difficulté. Puisque l'Évêque, démissionnaire seulement de son office ou de son poste, a gardé la dignité épiscopale et ses attributs essentiels, il est évident que l'ordination faite par lui est valide.
S'il s'agit de la licite : ou il a conféré les ordres sans la permission expresse de l'Ordinaire et contrairement aux autres prescriptions canoniques ; dans ce cas, l'ordination est illicite. Ou bien, il les a conférés avec la permission requise et suiA^ant toutes les règles du droit : dans ce cas, l'ordination est licite. Pourquoi? parce que cet Évoque, ayant gardé la dignité épiscopale, peut exercer tous les pontificaux licitement, positis po?iendis.
Que dire de l'ordination faite par un Évoque qui a renoncé à son évôché et à sa dignité : loco simid et dignitati?
Cette ordination, s'agît-il même des ordres sacrés, serait valide, car si l'Évoque susdit a renoncé et à son diocèse et à la dignité épiscopale, il n'a pas pu se dépouiller du caractère inetïaçable qu'il â reçu, au jour de sa consécration, ni du pouvoir y attaché de conférer validement ces ordres.
Seulement, il ne pourrait pas les conférer licitement.
« Gum enim, dit Gonzalez, Episcopus renuntiat loco et « dignitati, non abdicat a se potestatem charactcris, ctconfe- « rcndi valide sacros ordines, ut docet Glossa verbo Fir- « initatis... Sed tantum licite eos conferre non valet; re- « nuncians enim loco et dignitati, dimittit jurisdictionem et « officium. » — T. I, tit. xni, p. 442, n. 2.
Quant à ceux qui sont ordonnés sciemment par un tel Évoque, Alexandre III déclare qu'ils n'auront pas le droit d'exercer les fonctions des ordres qu'ils ont reçus : execii-
Honem officii non habebit. Le Pape seul pourrait les mettre en possession de ce droit. — Gap. 1. Perquisimt.
Si, au contraire, ils ont été ordonnés par ignorance, à moins que leur ignorance ne fût crassa et supina, ils peuvent être relevés par leur propre Évoque. « Ubi non scienter, « poterit, nisi crassa et supina fuerit ignorantia, discretus « Pontifex dispensare. » — Ibid.
« Qui non ignoranter, dit Ms"^ Grandclaude, sic ordines « susceperunt, non possunt restitui nisi à S. Pontificc; qui « autem ignoranter restitui possunt a proprio Episcopo. » — T. I, tit. XIII, p. 244. — De Angelis, tit. xiii, n. 1.