PRÉFACE
Nous avons suivi, pour exposer le droit canonique, l'ordre des Décrétales de Grégoire IX :
Parce que c'est la méthode de l'Église Romaine;
Parce que cette méthode est la plus favorable, selon nous, à l'exposition complète de ce droit : « Scientia non est pars, sed totum; » car, en suivant un autre ordre, on néglige et on omet beaucoup de questions importantes, comme le dit do Angelis cité par Mol" Grandclaude : « A seculo jam non sunt expositio- (c nés juris canonici quod ad methodum Decretalium « tradatur, sicque desunt moderni libri qui canonicas « qua^stiones in complexum contineant et resolvant, n
D'ailleurs , si l'on ne tient pas compte de la méthode des J3écrétales, on détruit l'harmonie qui existe entre les diverses parties du droit ecclésiastique.
Dans le cours de notre travail, nous faisons remarquer, avec Schmal/grueber, le lien qui existe entre chaque titre des Décrétales.
Nous avons écrit notre livre en français pour deux raisons : D'abord, parce qu'il y a très peu ou presque pas d'ouvrages de droit canonique, composés en
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celte langue, selon la méthode des Décrétales. — Ensuite, pour rendre plus facile au grand nombre l'étude d'une science, peu familière, en France, jusqu'à ces derniers temps, et dont la terminologie toute spéciale, surtout pour certaines parties, comme les jugements, offre de réelles difficultés à l'intelligence de ceux qui n'y sont pas habitués. On le sait d'ailleurs : le français se prête bien au langage net et précis du droit tant civil que canonique.
Les définitions, qui ont tant d'importance dans le droit, sont le plus souvent en latin et en français ; en latin, pour qu'elles gardent toute leur force; en français, pour que tous puissent les bien comprendre.
Les arguments tirés des canonistes — les arguments importants, du moins — sont aussi en latin.
Grâce aux définitions et aux nombreuses citations latines que renferme notre ouvrage, il pourra servir de cours de droit canonique ; il aura ainsi l'avantage d'être écrit, à la fois, en latin, et en français.
l^our le composer, nous nous sommes appuyé sur le Corpus juris canonici et sur les écrits des canonistes les plus autorisés, notamment sur le commentaire des Décrétales d'Emmanuel Gonzalez ïellez, célèbre professeur à l'université de Salamanque, et surtout sur le Jus ecclesiasticum universum de Schmalzgrueber, non moins illustre professeur à l'université d'Ingolstadt. L'excellent cours de droit canonique de M^^ Grondclaude et celui du savant professeur Santi, canonistes de notre époque, nous ont aussi apporté un secours, précieux.
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Aussi bien, comme nous l'avons déjà écrit dans notre lYaité des dispenses matrimoniales, notre livre est un vrai travail d abeille. Si on lui trouve quelque mérite, on devra l'attribuer aux auteurs dont les textes entrent dans sa composition.
Un écrivain a pu le dire avec raison :
Le tissu de l'araignée n'est pas meilleur, parce qu'il est composé de fils qu'elle tire de son sein ; et le nôtre n'est pas plus vil, parce que, comme le miel de l'abeille, nous l'avons formé d'éléments étrangers à notre substance, d'éléments recueillis çà et là.
« Nec aranearum sane textus melior, quia ex se « fila gignunt ; nec noster quidem vilior, quia ex « alienis libamus ut apes. »
Dans diverses questions, nous avons souvent placé, à côté des prescriptions canoniques, les dispositions de nos lois civiles qui s'y rapportent. Ce n'est pas à dire que nous approuvions celles de ces lois qui sont opposées à la législation ecclésiastique. A Dieu ne plaise ! Nous avons exposé la jurisprudence de notre pays, telle quelle est, telle que nous la subissons, et non pas telle qii^elle devrait être.
Nous déclarons rejeter et condamner tout ce qui aurait pu nous échapper de contraire ou de moins conforme à la doctrine de l'Église Romaine, dans le cours de cet ouvrage.
Nous prions le lecteur d'excuser les fautes d'impression et les autres qu'il y trouvera. Qu'il le lise avec indulgence, se rappelant la belle maxime de Pline : Nulli sine venia plaçait ingénia m. Qu'il le lise avec
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soin, et il en tirera du profit, car, comme le dit encore cet écrivain : il n'y a pas de livre, si médiocre soit-il, où l'on ne puisse apprendre quelque chose. « Nullum esse lïbrum tam malum ut non aliqua parte prodesset. » — Li\'re III, lettre 5.