‹ Exposition du droit canonique selon la méthode des Décrétales de Gregoire IXChapitre 29 sur 298 · Quelle est l'autorité des constitutions apostoliques · texte numérisé non relu

Quelle est l'autorité des constitutions apostoliques

Elles ne présentent aucune autorité certaine et indubitable : cependant, en tant qu'elles ne renferment rien de contraire à la foi, et qu'elles n'ont pas été interpolées par la malice des hérétiques, ou par l'ignorance des copistes, elles peuvent fournir une preuve du dogme de l'Église, telle que peuvent la donner les monuments ecclésiastiques du iii° et du IV* siècle de l'ère chrétienne.

Canons des apôtres.

54. — Quels sont les auteurs de ces canons? — Sur cette question, les savants sont encore divisés.

L'empereur Constantin appelle apostoliques les canons dont nous recherchons l'origine. Il en est de même du concile de Gonstantinople , tenu sous Nectaire , du concile d'Éphèse, de Théodose et de Justinien, comme le fait remarquer de Marca dans ses dissertations de concordia sacerdotii et imperii.

Saint Jean Damascène, dans son livre IV de fide orthodoxa, chap. xvii, va plus loin ; il n'hésite pas à ranger dans le canon des saintes Écritures les canons apostoliques, comme ayant été composés par les apôtres. « Jamvero, « dit-il, novi Testamenti libri isti sunt. Quatuor Evange- « ha... canones denique sanctorum Apostolorum per Gle- « mentem concinnati. »

Parmi les modernes, le P. Turrianus, de la compagnie de Jésus, théologien du xvii° siècle, attribue à ces canons l'autorité apostolique, enseignant qu'ils étaient tous l'œuvre des apôtres, et qu'ils avaient même été conservés dans leur intégrité. Le P. Turrianus soutint cette thèse dans un ouvrage qu'il écrivit contre les Genturiateurs de Magdebourg. — SoGLiA, ibid.^ pp. 99 et 100. — De Gamillis, p. 84.

L'opinion contraire a été embrassée par les canonistes les plus recommandables par leur érudition et leur doctrine. Ils pensent, eux, que la collection des canons apostoliques ne peut être attribuée ni aux apôtres, ni à saint Clément. Ils prouvent leur sentiment par trois arguments principaux.

1. — Eusèbe de Gésarée, saint Jérôme et d'autres écrivains de l'époque, qui ont travaillé avec tant de soin à conserver les noms et le souvenir des écrivains ecclésiastiques, ne font aucune mention de ces canons ; de plus, ni le pape Victor, dans sa controverse sur le jour de la célébration de la Pûque, ni saint Gyprien, dans sa querelle touchant le baptême des hérétiques, ne se sont jamais servis de l'autorité des canons apostoliques qui eussent été souverains pour trancher cette double question qui fut si brûlante et si retentissante.

2. — Il y a dans les canons apostoliques beaucoup de choses qui n'appartiennent pas au temps des apôtres.

Par exemple, il y est question des chantres, des lecteurs, des conciles métropolitains annuels, de la division des paroisses, des biens de l'Église distincts des biens de l'évêque, et d'autres points de ce genre dont l'existence est postérieure à l'époque où vivaient les apôtres et saint Clément.

3. — Il y a dans les canons apostoliques, et c'est l'argument le plus fort contre eux, certains points disciplinaires et dogmatiques contraires soit à la discipline des apôtres, soit à la doctrine catholique. Nous citerons, par exemple, comme contraires à la discipline apostolique, les canons 17 et 66. Le premier, ne tenant pas compte des mariages contractés, dans l'infidélité, appelle bigame celui-là seuh'ment qui, après son baptême, aurait épousé deux femmes. Le second prescrit de déposer le clerc, et d'excommunier le laïque qui jeûnent le samedi.

Nous citerons aussi, comme contraires à la vérité catholique, les canons 46 et 47, qui rejettent et déclarent invalide

le baptême conféré par les hérétiques, et le canon 74, qui exclut du canon des divines Écritures, ou ne les y compte pas, les livres de la Sagesse, de Tobie et de Judith.

Dans le conflit de ces deux opinions diamétralement opposées, les frères Ballerini, doctes écrivains du xviii" siècle, proposent une opinion qui tient le milieu entre l'une et l'autre. La voici :

Les apôtres ont réellement laissé à l'Église naissante quelques règles ou canons qui se conservèrent tant par la tradition que par l'écriture. A ces canons, sans doute peu nombreux à l'origine, les successeurs des apôtres en ajoutèrent d'autres, suivant l'opportunité des temps, sans changer le titre primitif de Canons apostoliques . C'est ainsi que, de jour en jour, diverses additions confondues avec l'œuvre des apôtres auront augmenté les canons qui portent leur nom.

Quant aux erreurs qui s'y trouvent, il faut les attribuer soit à la malice des collecteurs, soit à l'ignorance des copistes.

Quelle est la valeur des canons des apôtres?

Tous n'ont certainement pas l'autorité apostolique. Mais tant qu'il ne conste pas qu'ils ont été viciés par l'ignorance ou la fraude, ils nous apprennent quelle fut aux ii°, m" et iv° siècles la discipline de l'Église.

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