DES COLLECTIONS ANCIENNES DU DROIT CANONIQUE
Constitutions et canons des apôtres,
52. — Parmi les plus anciens monuments du droit ecclésiastique, il y en a un célèbre entre tous : ce sont les huit livres intitulés : Constitutions apostoliques.
Les six premiers livres contiennent un court aperçu, de la vie chrétienne, au berceau de l'Eglise, — Le septième et le huitième livres renferment diverses prescriptions légales et morales. Enfin, au dernier chapitre du huitième livre, est joint un catalogue composé, suivant certains manuscrits, de cinquante, suivant d'autres, de quatre-vingt-cinq courtes: sentences intitulées :
Canones SS. Apostolonmi per Cleînenteni Romanwn,. a B. Petro ordinatum Episcopmn, editi.
Constitutions apostoliques.
52. — Quels sont les auteurs des Constitutions apostoliques ? ,
Les savants sont partagés sur cette question, : Quis eanmi fuerit author, multi duhitant, et adhuc sub judice lisest, dit Schmalzgrueber. — T. I, p, 54, n, 339,
Les uns, comme Simon de Magistris, pensent qu'elles ne sont pas purement apocryphes, mais qu'il faut les attribuer à des hommes apostoliques, bien qu'elles aient été corrompues, en beaucoup dé points, par les hérétiques.
Quelques manuscrits les attribuent à saint Clément de Rome ; la version syriaque leur donne pour auteur saint Hippolyte, évoque de Porto, au m" siècle. rj-.
Jean-Baptiste Gotelier (1), Noël Alexandre, etc., regardent les constitutions apostoliques comme une collection pseudoapostolique, ou faussement attribuée aux Apôtres.
De Gamillis dit que tous les arguments, tant intrinsèques qu'extrinsèques, prouvent que cette collection ne leur appartient pas.
Les arguments intrinsèques sont ceux qui sont tirés de la doctrine dogmatique, morale, disciplinaire et historique de cet ouvrage.
Les arguments extrinsèques sont ceux qui sont tirés du silence des auteurs, ou des témoignages des auteurs contemporains, ou rapprochés des temps apostoliques.
En ce qui touche la partie dogmatique^ les constitutions dites apostoliques semblent mal penser de la divinité du Fils et du Saint-Esprit. — Elles ordonnent de réitérer le baptême conféré par les hérétiques.
Pour la morale, elles sont encore dans l'erreur. Permittunt ancillis ut libidini dominorum suoriim inserviant, dit de Gamillis. — T. I, p. 82.
Cette doctrine étant contraire à celle des Apôtres, il est certain qu'au moins les manuscrits qui la contiennent ont été viciés.
Quant à la partie disciplinaire, on peut alléguer contre l'apostolicité des constitutions susdites la prescription du
(1) Savant français, célèbre par son érudition, et auteur de plusieurs ouvrages, comme par exemple : Monumenta, Ecclesise GrsEcœ. — Patres sévi Apostolici. II mourut en 1686.
jeûne, le dimanche, comme le samedi, ce qui sent le schisme des Judaïsanls — la condamnation des quatrièmes noces, etc..
La ])aiVi\Qi historique ou chronologique n'y est pas plus exacte : elles représentent comme assistant au concile de Jérusalem Jacques, fils de Zébédée, qui, d'après le chapitre xii" des Actes des apôtres, avait déjà été tué par le glaive..d'Hérode.
On le Toit donc : les arguments intrinsèques prouvent la non-aposlolicité des constitutions qui nous occupent.
La môme preuve ressort des arguments extrinsèques.
Le silence des Pères contemporains des temps apostoliques. — Les Pères des trois premiers siècles, comme saint Justin, saint Irénée, saint Gyprien, TertuUien, Origène, Clément d'Alexandrie, etc., ont gardé le silence le plus complet sur cet ouvrage ; ils ont eu cependant occasion d'en parler et de le citer; pourquoi ne l'ont-ils pas fait, si ce n'est, ou parce qu'il n'existait pas à ces diverses époques, ou parce que, s'il existait, ils le tenaient pour apocryphe?
Les témoignages des auteurs contemporains ou rapprochés des temps apostoliques. — Le premier des Pères de l'Église qui ait fait mention des constitutions des apôtres est saint Épiphane, qui vivait à la fin du iv° siècle. Il les cite non comme une œuvre apostolique, mais comme un livre qui, bien que suspect même alors aux yeux de plusieurs, ne lui paraît pas cependant condamnable. « Qui liber, écrit-il, « tametsi dubiee apud multos fidei sit, non est tamen impro- (( bandus. » — Hoeresi 70 contra Audianos.
De cette citation de saint Épiphane, ne peut-on pas conclure que ce livre n'est pas l'œuvre des apôtres? S'il avait été leur œuvre, ne l'aurait-il pas dit? ou n'en aurait-il pas parlé autrement, bien qu'il ne le condamne point, et qu'il dise môme plus loin qu'il n'y a rien de contraire à la foi et à la discipline de l'Église? — Voir Soglia, Institut, juris publici, p. 98.