La collection de Denis le Petit
Cette collection parut vers le commencement du vi° siècle. Elle eut pour auteur un moine scythe, nommé Denis, qu'on surnomma le Petit, soit à cause de sa petite stature, soit à cause de son humilité.
La collection de Denis le Petit est la plus importante des anciennes. Elle fut faite à deux reprises,
La première comprend une version ou une traduction en latin des canons grecs, c'est-à-dire, des décrets des conciles deNicée, d'Ancyre, de Néo-Gésarée, deLaodicée, d'Antioche et du premier concile de Gonstantinople. Il y ajouta les cinquante canons des apôtres, ceux de Sardique, de Ghalcédoine et ceux des conciles d'Afrique. On appela cette première collection : Codex canonum ecclesiasticorum.
Dans une seconde collection, Denis le Petit réunit les décrétales des pontifes romains, à partir du pape saint Sirice, qui vivait en 385, jusqu'au pape saint Anastase II, qui monta sur le siège pontifical, en 496, et mourut, en 498.
62. — Quelle est l'autorité de la collection de Denis le Petit?
Soit que l'on considère le caractère et le génie du collecteur, soit que l'on considère l'estime qu'elle s'est acquise parmi les Latins, cette collection mérite une grande confiance. Quelles étaient la capacité et la science de Fauteur? Suivant Gassiodore, son contemporain, Denis était un homme très versé dans la connaissance de la langue grecque et de la langue latine. Il était donc à même d'abord de bien traduire les canons grecs. Ensuite, en ce qui concerne le recueil des décrétales des pontifes romains, qui, mieux que lui, pouvait entreprendre sûrement ce travail, puisqu'il l'a fait à Rome même, où il résidait ?
Gela étant, nous ne pouvons pas douter de la science de Denis le Petit. J'ajoute que nous ne pouvons pas douter davantage de sa probité.
Le même Gassiodore nous le représente comme un homme d'une très grande probité. « Describitur a Gassio- « doro, dit de Gamillis, tanquam vir probitatis maxima», « moribus omnino Romanus, ut ait idem Gassiodorus, allu- « dens ad mores nationis Scythae. » — P. 97.
Une autre preuve de la confianee que mérite la collection de Denis le Petit, c'est le cas qu'en faisait le pape Adrien.
L'empereur Gharlemagne étant venu à Rome, ce pape lui fit présent de la collection appelée Advienne. Cette collection ne diffère de celle de Denis que parce qu'on y a supprimé les canons des conciles généraux, déjà connus dans les Gaules, et qu'on y a reproduit les décrétales des pontifes romains, môme au-delà du Pontificat d'Anastase IL
Gharlemagne la répandit en France où elle fut accueillie par le suffrage général. A cause de la grande autorité dont elle jouissait, on l'appela, par antonomase : codex canonum.
Nous conclurons donc, avec de Gamillis. « Gœterum nulce lus adhuc fuit qui quamdam potuerit deprehendere falsi-
« tatem in collcctione Dyonisiana. Ergo omni Me dignissi-
(( ma est Dyonisii collectio, sivc inspecta scientia et probitate
« collectons, sive inspecta publica quam habuit existimatione,
(( et exincle retinenda est. » — T. I, p. 98.
2f. — Collection d'Isidore MERCATOR ou PECCATOR.
63. — Après l'œuvre de Denis le Petit, parut la plus célèbre de toutes les collections de ce genre dans l'Église latine. Cette illustre collection, suivant certaines éditions, porte le nom d'Isidore Mercator, suivant d'autres celui d'Isidore Peccato7\ Plusieurs évoques ajoutaient autrefois, par humilité, ce dernier mot à leur signature. On ne sait d'ailleurs rien de certain ni sur le nom réel, ni sur la patrie du compilateur. Quant au temps où il vécut, il est probable que ce fut le ix° siècle : sa collection contient les canons d'un concile de Paris qui se tint en 829.
Dans l'œuvre d'Isidore Mercator, on trouve, après la préface, la manière de célébrer un concile, les cinquante premiers canons des Apôtres, les lettres des pontifes Romains, depuis saint Clément jusqu'à saint Sylvestre, les décrets du concile de Nicée, et des autres conciles, tant grecs que latins, distribués en certaines classes, enfin les lettres décrétâtes des Souverains Pontifes jusqu'à saint Grégoire le Grand.
64. — Quelle est l'autorité de la collection d'Isidore Mercator ?
Cette collection a joui, pendant près de sept cents ans, aussi bien dans l'Église orientale que dans l'Église occidentale, de la même autorité que l'on accorderait à un recueil composé de canons et de décrétâtes authentiques. Tous les théologiens et les canonistes, voire les conciles eux-mêmes, recouraient à la collection Isidorienne, comme à la source la plus pure, avec une bonne foi parfaite, sans que personne.
pendant ce long espace de temps, ne soupçonnât qu'elle renfermait des documents supposés et mensongers.
Cependant, vers le milieu du xv" siècle, le cardinal Nicolas Gusan ou Gusanus, Allemand d'origine, découvrit la fraude du fameux compilateur, la signala et la mit à nu. Il prouva, le premier, que l'œuvre d'Isidore contenait des faussetés et des inventions : c'est ainsi qu'il renversa, si j'ose le dire, ce colosse aux pieds d'argile. Cet honneur revient donc au savant cardinal, et non aux Genturiateiirs de Magdebourg, écrivains luthériens du xvi" siècle (1), qui ont voulu le revendiquer.
Lorsque Nicolas Gusan eut crié : au faussaire ! plusieurs écrivains catholiques examinèrent avec soin la collection Jsido7nenne, où ils trouvèrent des preuves évidentes de falsification et d'invention.
Voici les principales de ces preuves :