‹ Exposition du système des vents Lartigue, Capitaine de corvetteChapitre 6 sur 8 · COURANTS D’AIR · texte numérisé non relu

COURANTS D’AIR

Toutes les parties des courants d’air ne prennent pas le même degré de vitesse; celles qui se trouvent au milieu, et qui forment ce qu’on peut appeler le fd du courant, sont celles qui acquièrent le plus de rapidité ; ensuite la vitesse va en diminuant peu à peu, jusques près des bords , où les molécules d’air sont quelquefois retenues, en partie , par d’autres molécules d’air, qui sont en repos ou peuvent être considérées comme telles. Il paraît qu’il se fait souvent, près de ces limites, une décom-

« de ces limites , une décom- « position de forces en vertu « de laquelle les eaux qui s’y «trouvent tendent toujours à « s’écarter du principal fil du «courant; elles y forment «sans cesse de petits tour- «billons qui tournent avec «rapidité, ou bien des cou- « rants circulaires d’une plus «grande étendue. 11 suit na- « turellement de tous ces faits « qu’un lit de courant doit s’é- «largir à mesure qu’il s’a- «vance, et qu’il ne doit ja- « mais se terminer avant d’a- « voir formé un grand nom- «bre de tournants d’eau.»

( Dictionnaire d’histoire naturelle de Déterville, article Courants , par M. le chevalier de Rossel. )

position de forces, en vertu de laquelle le fluide atmosphérique qui s’y trouve tend toujours à s’écarter graduellement du principal fil du courant , et à former des courants circulaires d’une grande étendue ou de petits tourbillons. Il suit naturellement de tous ces faits qu’un lit de courant d’air doit s’élargir à mesure qu’il avance , et qu’il ne doit jamais se terminer avant d’avoir formé quelques courants circulaires d’une grande étendue ou bien un nombre considérable de petits tourbillons.

Les observations que nous avons faites précédemment viennent, du reste, à l’appui de notre supposition qu’il existe une grande analogie entre les courants d’air et les courants d’eau.

Dans un ouvrage publié en 1827, ayant pour titre : Instruction sur les côtes de la Guyane française , nous avons dit que là où soufflaient les vents alisés, soit du N. , soit du S. , les courants portaient à l'O. ; mais qu’il paraissait s’établir, au milieu des vents variables de la zone torride, un contrecourant presque constant, portant à l’E.

Nous avons cité dans cet ouvrage, à l’appui de ces remarques, l’extrait de quelques journaux seulement; mais on

peut se convaincre de l’exactitude de ce que nous avons annoncé à ce sujet en consultant les relations de tous les voyages publiés , et même les tables de loch de tous les bâtiments qui ont navigué dans les mers où régnent les vents variables de la zone torride.

Remarques sur les causes des moussons. — Réfutation des explications données par divers auteurs.

D’Après , Horsburg , La Coudraye , ainsi que quelques autres auteurs qui ont écrit sur les vents, ont cherché à expliquer la cause des moussons dans les mers de l’Inde. Celles du N. E. et du S. E., l’une au N., l’autre au S. de l’équateur, n’avaient pas besoin d’explication, car les vents de N. E. et de S. E. qui soufflent dans ces mers ne sont autre chose que les vents alisés du N. ou du S., qui se rapprochent alternativement de l’équateur selon les saisons.

Il nous semble que ces auteurs ne font que des suppositions sur la cause de la mousson du N. O.; et, dans ce qu’ils disent à ce sujet, nous ne trouvons qu’un seul fait qui nous paraisse exact. Tous pensent que la mousson du N. O. serait aussi régulière que celle du S. O. si la configuration des terres était semblable au N. et au S. de l’équateur. Ce fait seul est confirmé par nos observations.

Les auteurs que nous avons cités donnent , sur la mousson du S. O., les explications suivantes : « La principale cause de ces vents provient de la situation des terres par rapport au soleil, car les côtes d’Arabie, de Perse et de l’Inde , étant extrêmement échauffées quand le soleil est ù leur zénith, l’atmosphère s’y raréfie; alors les vents de l’Océan viennent pour rétablir l'équilibre. »

Quelques remarques suffiront, nous le pensons, pour faire voir que cette explication n’est pas suffisante. En effet, la température, sur les terres sèches et arides de l’Arabie, est plus élevée que sur celles du Malabar, qui sont cultivées , couvertes de bois et arrosées par un grand nombre de

rivières; cependant les vents se dirigent des côtes d’Arabie vers celles du Malabar b

D’un autre côté, à l’époque où la mousson du S. O. domine dans les mers de l'Inde, c’est-à-dire depuis le mois d’avril jusqu’à celui d’octobre, il se forme fréquemment, dans le canal de Mozambique, des courants d’air polaires qui ont une grande intensité, et qui ne varient que du S. S. O. au S. S. E. Ces courants d’air, après avoir dépassé la pointe N. de Madagascar, devraient souffler du S. E. à l’E., d’abord à cause du mouvement de rotation de la terre et du mouvement diurne du soleil, ensuite parce que la température des terres d’Afrique est plus élevée que celle de la mer: mais, au lieu de tourner vers l’O., ces courants d’air tournent en sens contraire.

Pourquoi l’effet de ces trois actions, que tous les auteurs disent être très -puissantes, se trouve-t-il détruit? C’est que les vents du S. à l’O. qui soufflent dans la zone torride, au N. de l’équateur, sont les contre-courants des vents alisés du S. E. à l’E.; de même que les vents du N. à 10. , qui soufflent au S. de l’équateur, sont les contre-courants des vents alisés du N. E. à l’E. ; et parce que ces contrecourants , qui sont d’autant plus forts que la raréfaction de l’air est plus considérable , forcent tous les autres courants d’air à se détourner de leur direction naturelle et à se confondre avec eux.

Causes qui rendent, dans les mers de l’Inde , les vents variables du N. à l’O. moins constants et moins réglés que ceux du S. à l’O.

L’atmosphère est considérablement raréfiée dans les mers d’Arabie, de l’Inde et de Chine, depuis le mois d’avril jusqu’à celui d’octobre, d’abord à cause de la position du soleil au-dessus de ces mers et de la température élevée des terres d'Asie , ensuite parce que le continent intercepte l’air frais

1 Voir note D, à la fin.

du pôle N., qui ne parvient presque jamais dans ces mers. L’air est moins raréfié , pendant la saison opposée , dans les mers de l’Inde situées au S. de l’équateur, parce que, ces mers étant ouvertes au S., l’air frais du pôle austral peut y parvenir facilement, et y tempérer la chaleur occasionnée par la présence du soleil. C’est une des causes qui rendent les contre-courants du N. à l’O. moins bien réglés et moins constants que ceux du S. à l’O. dans l’autre hémisphère.

La configuration des terres exerce aussi "une influence assez grande sur les vents de mousson du N. E. et du S. E. Les vents qui viennent du pôle S. sont réguliers, parce que rien ne les empêche de suivre leur cours; et s’ils ne parviennent pas toujours à l’équateur, c’est parce qu’ils sont entraînés par les vents alisés du S., qui n’y parviennent pas eux-mêmes, à cause des terres de la Nouvelle-Hollande, qui leur font prendre la direction de l’E. S. E. au tropique du Capricorne, et quelquefois même par une latitude plus élevée.

Les vents polaires, qui soufflent du continent d’Asie vers les mers de l’Inde , sont , comme tous les vents qui viennent de terre, quelquefois très-forts , et peu d’instants après modérés; cette irrégularité dans l’intensité de ces vents est cause que tantôt ils se rapprochent de l’équateur, et que peu de temps après ils s’en éloignent. Aussi est-il à remarquer que les vents variables du N. à l’O. sont moins réguliers et moins intenses dans le S. des mers d’Arabie et de l’Inde que plus près des côtes de la Nouvelle-Hollande, où ces vents sont les contre-courants des vents de N. E. qui soufflent dans les mers de Chine, et qui ne sont gênés par aucune terre d’une étendue un peu considérable.

Les contre-courants de la zone torride prennent une plus grande intensité à mesure qu’ils approchent des côtes. Deux causes produisent cet effet : d’abord la température élevée des côtes, ensuite parce que l’air frais des pôles trouve moins d’obstacles à se rapprocher de l’équateur, dans les

mers libres, que près des continents, qui les interceptent le plus ordinairement.

Les vents variables de la zone torride se font ressentir sur les continents.

Nous n’avons pas encore fait assez d’études sur les vents qui régnent sur les continents pour pouvoir en parler d’une manière certaine; cependant ce que nous avons appris dans quelques ouvrages et par les renseignements de quelques voyageurs nous fait supposer que les vents variables de la zone torride se font ressentir sur les continents , de même que les vents tropicaux , qui sont aussi des contre-courants des vents alisés et généraux , soufflent souvent sur toutes les parties de ces continents situées dans les zones tempérées 1 .

Les vents variables de la zone torride, que nous nommerons quelquefois contre-courants de la zone torride, sont resserrés entre les vents alisés des deux hémisphères, et il est rare qu’ils dépassent certaines limites, quelle que soit leur force, parce que, dans les mers libres, aucun courant d’air ne peut arrêter les vents alisés, soit du N., soit du S., lorsqu’ils ont seulement une intensité moyenne.

Limites des vents tropicaux , nommés aussi contre-courants des zones'

tempérées.

Les vents tropicaux, que nous nommerons quelquefois contre-courants des zones tempérées, parce qu’ils sont les contre-courants des vents alisés dans les deux hémisphères , régnent au N. et au S. de ces vents. Leurs limites changent fréquemment de position; elles se rapprochent ou s’éloignent des pôles en même temps que les vents alisés s’en rapprochent et s’en éloignent eux- mêmes; et, comme la largeur de la zone occupée par les contre-courants est ex-

1 Voir note E, à la fin.

trêmement variable, il s’ensuit que les limites situées du côté des pôles parviennent par des latitudes assez élevées.

HÉMISPHÈRE BORÉAL

Lorsque les vents alisés du N. sont bien établis et qu’ils ont quelque intensité, ces vents, à leur limite N., tournent promptement au S. et deviennent bientôt O. S. O.; ils sont alors les contre-courants des vents alisés du N. qui soufflent de E. N. E.

La limite S. de ces contre-courants dépasse rarement le parallèle de 35° N.; quelquefois elle ne parvient pas jusque sur celui de 45°.

HÉMISPHÈRE AUSTRAL

Lorsque les vents alisés du S. sont bien établis et qu’ils ont quelque intensité, ces vents, à leur limite S., tournent promptement au

N. et deviennent bientôt

O. N. O.; ils sont alors les contre-courants des vents alisés du S. qui soufflent de l’E. S. E.

La limite N. de ces contre-courants dépasse rarement le parallèle de 35° S.; quelquefois elles ne parvient pas jusque sur celui de 45°.

Lorsque les vents alisés ont de l’intensité , les contre-courants des zones tempérées acquièrent une grande force, alors ils s’étendent successivement vers l’est, et finissent par occuper une très-grande étendue. Dans quelques circonstances , ils se font ressentir dans presque toute la partie de la zone comprise entre les parallèle de 35° S. et de6o° S., et dans la plus grande partie des mers boréales situées au N. du parallèle de 35° N.

Origine des vents polaires.

HÉMISPHÈRB BORÉAL.

Les vents dominant dans les latitudes élevées sont

HEMISPHERE ADSTRAL.

Les vents dominant dans les latitudes élevées sont

ceux du N. 0. : ils se rencontrent avec les contre-courants de la zone tempérée (vents tropicaux) , et produisent avec ceux-ci divers effets, lesquels diffèrent selon le plus ou moins d'intensité de ces deux courants d’air.

Lorsque les vents de N. 0.

et les vents tropicaux sont modérés, ils se rapprochent en même temps de l’O.

dans tous les lieux où ils se joignent ; les premiers soufflent alors entre l'O. N. 0.

et l’O., les derniers entre l’O. S. O. et l’O. ; la rencontre de ces vents occasionne le mauvais temps et les vents oscillent de la manière dont il est parlé (page i(>). Les vents de l’O. N. O. à l’O avancent successivement dans le S., en luttant toujours contre les vents tropicaux , et finissent par passer au N. 0., par une latitude plus ou moins élevée.

Les vents de l’O. N. O. à l’O. perdront d’autant plus de leur intensité qu’ils rencontreront plus d’obstacles; si donc les vents tropicaux de l’O. S. 0. à l'O. ont une grande force , le cours de ceux

ceux du S. O. ; ils se rencontrent avec les contre-courants de la zone tempérée (vents tropicaux), et produisent avec ceux-ci divers effets, lesquels diffèrent selon le plus ou moins d’intensité de ces deux courants d’air.

Lorsque les vents de S. O.

et les vents tropicaux sont modérés, ils se rapprochent en même temps de l'O. dans tous les lieux où ilssejoignent; les premiers souillent alors entre l’O. S. O. et l’O., les derniers entre l’O. N. O. et l'O ; la rencontre de ces vents occasionne le mauvais temps, et les vents oscillent de la manière dont il est parlé (p. 1 6 ).

Les vents de l’O. S. O. à l’O.

avancentsuccessivement dans le N., en luttant toujours contre les vents tropicaux , et finissent par passer au S. O. , par une latitude plus ou moins élevée.

Les vents de l’O. S. 0. à l'O. perdront d’autant plus de leur intensité qu’ils rencontreront plus d’obstacles:

si donc les vents tropicaux de l’O. N. 0. à l’O. ont une grande force , le cours de ceux

de l’O. N. O. à i’O. se trou- de l’O. S. O. à l’O se trouvera considérablement ra- vera considérablement ralenti , lorsqu’ils parviendront lenti , lorsqu’ils parviendront ii la limite S. des contre-cou- à la limite N. des contre-courants de la zone tempérée. rants de la zone tempérée.

C’est probablement pour cette raison que les vents de N. O. ou de S. O., suivant l’hémisphère, sont d’autant moins intenses qu’ils reprennent leur direction primitive plus près de la zone torride.

HÉMISPHÈRE BORÉAL. HÉMISPHÈRE AUSTRAL

Si les vents qui viennent du Si les vents qui viennent du

côté des pôles soufflent avec côté des pôles soufflent avec forceduN. O., et qu’en même forcedu S. O., ctqu’en même temps les vents tropicaux ac- temps les vents tropicaux acquièrent une grande intensité quièrent une grande intensité et se rapprochent du S. O., et se rapprochent du N. O., leur rencontre produit les leur rencontre produit les oscillations dont nous avons oscillations tjpnt nous avons parlé (page 16) et peut oc- parlé (page 16) et peut occasionner des tempêtes. casionner des tempêtes.

Mais, lorsque les vents du Mais, lorsque les vents du N. O. ont une plus grande S. O. ont une plus grande force que les vents tropicaux, force que les vents tropicaux, ils dominent bientôt sur ceux- ils dominent bientôt sur ceuxci et parviennent dans la zone ci et parviennent dans la zone torride, en conservant une torride, en conservant une partie de leur intensité et en partie de leur intensité et en suivant les directions que suivant les directions que nous avons indiquées. nous avons indiquées.

Cette dernière circonstance s’observe plus particulièrement près des continents et dans les lieux où ii existe des groupes d’îles occupant une certaine étendue; mais il est

assez rare quelle ait lieu à une grande distance des côtes , dans l’Océan méridional et dans une partie du grand Océan septentrional, où les vents de N. O. ou de S. O. reprennent ordinairement leur direction primitive sur un parallèle peu élevé.

Cette différence peut provenir de ce que, dans les grandes mers , la température varie d’une manière uniforme , tandis que les terres occasionnent des variations de température considérables et extrêmement inégales. Par suite , les vents dans les grandes mers peuvent conserver une force assez uniforme , tandis que , près de terre , cette force peut diminuer considérablement , et augmenter ensuite d’autant plus quelle avait subi d’abord une diminution plus considérable.

HÉMISPHÈRE BORÉAL

Les vents de N. E. , qui soufflent assez souvent dans la zone glaciale , parviennent quelquefois dans la zone torride sans éprouver d’altérations; mais ils rencontrent le plus ordinairement, dans la zone tempérée, les vents tropicaux du S. O. à l’O. , qui les empêchent de se réunir aux vents alisés du N. , et qui leur font prendre des directions plus rapprochées de l’E. et de même l’E. S. E. Ces vents parviennent jusque sur les côtes de France, et dans une partie de l’océan Atlantiqué.

HÉMISPHÈRE AUSTRAL

Les vents de S.E., qui soufflent assez souvent dans la zone glaciale, parviennent quelquefois dans la zone torride sans éprouver d’altérations; mais ils rencontrent le plus ordinairement, dans la zone tempérée , les vents tropicaux du N. O. à l’O., qui les empêchent de se réunir aux vents alisés du S. , et qui leur font prendre des directions plus rapprochées de l’E.

et même de l’E. N. E. Ces vents passent rarement le parallèle de 6o°.

Après avoir traité des contre-courants observés à la sur-

face de la terre , nous allons faire part de quelques remarques qui ont été faites sur les contre-courants des couches supérieures de l’atmosphère.

Remarques sur les contre-courants observés dans les couches supérieures de l’atmosphère.

Tous les auteurs qui ont donné des théories des vents alisés s’accordent à supposer qu’il existe , dans les couches supérieures de l'atmosphère, des contre-courants qui suivent des directions tout à fait opposées à celles des vents polaires et des vents alisés. Ils ont adopté cette hypothèse, parce qu’il a été observé des contre-courants à diverses hauteurs sur les montagnes, et parce que les nuages qui se forment de temps en temps dans les couches supérieures de l’atmosphère, là où régnent les vents polaires et les vents alisés , paraissent suivre en effet des directions opposées à celles de ces vents. Nous sommes convaincu qu’il existe des contre-courants dans les couches supérieures de l’atmosphère , mais il nous semble que les auteurs leur ont donné une trop grande importance, et sans que cette partie de leur théorie ait été appuyée sur des faits positiis et assez nombreux.

Nos remarques sur la formation et sur la disparition des nuages démontrent l’existence de contre-courants aux limites des vents alisés , dans les lieux où les vents polaires ne soufflent pas; elles font voir aussi que ces contre-courants s’établissent quelquefois là où les vents polaires et les vents alisés sont faibles ou lorsqu’ils ne soufflent pas de leurs directions naturelles.

Les contre-courants observés à diverses hauteurs sur les montagnes n’occupent qu’une petite étendue.

Les contre-courants observés à diverses hauteurs sur les montagnes ne nous paraissent avoir aucun rapport avec

ceux des couches supérieures de l'atmosphère dont nous venons de parler. Nos observations et les renseignements que nous avons recueillis semblent en effet démontrer que les premiers ne se font ressentir que très-près des montagnes , tandis que souvent les derniers sont observés dans une étendue très-considérable et dans les régions les plus élevées de l'atmosphère.

De ce fait que les vents polaires qui se forment sur les côtes occidentales de l’Amérique méridionale parviennent sur les côtes orientales, en passant au-dessus des Cordilières, et que les vents alisés du S., qui soufflent au large des côtes du Brésil, parviennent sur celles du Pérou, en passant au-dessus de ces memes montagnes, nous avons cru pouvoir conclure , ainsi que nous l’avons dit dans l’introduction de cet ouvrage, que les contre- courants observés à diverses hauteurs sur les montagnes des Cordilières ne devaient occuper qu’une étendue peu considérable.

Ce résultat et les observations que nous avons faites à diverses hauteurs, dans les Pyrénées ainsi que sur les côtes de tous les pays que nous avôns visités, nous font penser qu’il en est des contre-courants obsefvés sur les montagnes comme de tous les vents que l’on observe journellement à terre et près des côtes, c’est-à-dire que les uns et les autres sont occasionnés par les altérations que les localités font subir aux vents principaux, lesquels reprennent leur cours naturel à une distance plus ou moins rapprochée des côtes ou du sommet des montagnes.

Contre-courants observés près des Pyrénées.

Nous allons citer, à l’appui de notre opinion, une remarque très-curieuse qui a été faite sur les contre-courants, près des Pyrénées, par M. Giffard, médecin à Vie (Hautes- Pyrénées).

Dans les beaux temps, lorsque la direction des nuages

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indique que les vents de N. soufflent dans les couches supérieures de l’atmosphère, les vents de S. se font ressentir à la surface de la terre , mais seulement depuis le pied des Pyrénées jusqu’à une certaine distance dans le N. Cette distance est assez variable; cependant elle ne dépasse jamais 5 myriamètres ; elle n’est quelquefois que d’un myriamètre. Au delà de cette distance, les vents de N. soufflent à la surface comme dans les hautes régions de l’atmosphère.

Ces contre-courants de la partie du S., qui sont d’autant plus forts qu’ils soufflent plus près des Pyrénées, conservent la fraîcheur qui est l’attribut des vents de N., et ne peuvent être confondus avec les vents de S. que nous nommons tropicaux, parce que ceux-ci sont chauds et souvent orageux.

Les nuages n’indiquent que très-rarement des contre-courants , lorsque les vents tropicaux soufflent à la surface de la terre.

Il est rare que , lorsque les vents tropicaux soufflent à la surface de la terre, on aperçoive des nuages indiquant qu’il existe , dans les couches supérieures de l'atmosphère , des contre-courants qui se dirigent des pôles vers l’équateur. Nous n’avons observé cette circonstance que lorsque les vents tropicaux soufflent en coups de vent; mais, dans ce cas, ils ne tardent pas à être remplacés par les vents polaires.

On observe fréquemment, sur les continents et près des côtes, des contre-courants de toutes les directions; mais, ainsi que nous venons de le faire remarquer, ces circonstances sont produites par les localités , et elles n’exercent aucune influence sur les courants d’air principaux, qui sont les seuls dont nous nous occupons maintenant.

Le beau temps, avec un ciel clair, paraît annoncer que les vents qui soufflent à la surface de la terre ne sont pas gênés dans leur cours.

Le beau temps, avec un ciel clair, paraît généralement annoncer que les vents, de quelque direction qu’ils soufflent, ne sont pas gênés dans leur cours; mais, aussitôt que des nuages se forment dans les couches supérieures de l’atmosphère , c’est un indice qu’il existe d’autres courants d’air plus ou moins rapprochés et plus ou moins intenses , qui opposent un obstacle à ceux des couches inférieures.

Chaque fois que les vents tropicaux sont accompagnés de beau temps, c’est un indice à peu près certain que les vents polaires sont éloignés ; mais lorsque ceux-ci ne suivent pas leur cours naturel , et que toutes les circonstances atmosphériques ne sont pas celles qui les accompagnent ordinairement, on peut supposer que les vents tropicaux les empêchent de suivre leur cours et de parvenir jusqu’à la zone torride. Dans ce cas, les vents du N. O. au N. E., dans l’hémisphère boréal, et ceux du S. O. au S. S. E., dans l’autre hémisphère, peuvent acquérir la force de coups de vent, et sont alors très-pluvieux et souvent même orageux.

Si , lorsque les vents polaires sont parvenus dans la zone torride, ils ne prennent pas la même direction que les vents alisès, ces vents souillent par grains , et la pluie est d’autant plus abondante que les directions de ces vents sont plus inclinées, l'une par rapport à l’autre.

Considérations générales sur la variété des vents.

Nous terminons cette première partie de notre ouvrage par des considérations générales sur les perturbations continuelles qui agitent l’atmosphère. Ces perturbations paraissent résulter des divers phénomènes dont nous venons de parler.

En effet, l’air étant en équilibre, c’est le soleil qui, en

échauffant les parties de l’atmosphère qui sont entre les tropiques plus que celles qui sont situées près des pôles, détermine les vents polaires; mais, une fois qu’il a mis l’air en mouvement, il n’exerce plus assez d'influence pour en diriger le cours d’une manière régulière, d’abord à cause des localités qui détournent les courants d’air polaires de leur direction naturelle; ensuite parce que l’intensité de ces courants est plus ou moins grande, selon qu’ils viennent d’une mer libre ou qu’ils prennent leur origine sur un continent; enfin, parce que cette intensité, qui varie avec les saisons, est rarement la même dans les deux hémisphères à la fois. Ces trois circonstances sont sans doute les principales causes qui empêchent les vents polaires de souffler constamment dans toutes les parties du globe, et, par suite, déterminent l’action des vents secondaires ou des contrecourants.

Le soleil, dont l’action est continue, tend toujours à ramener les vents à leur direction naturelle; mais son influence, qui n’est pas assez puissante, même entre les tropiques, pour produire un tel effet, diminue progressivement en allant vers les pôles. Il résulte de ces faits que les vents sont d’autant plus variables que l’on est plu6 éloigné de la zone torride.

Les plus grandes perturbations atmosphériques paraissent être occasionnées par la rencontre des vents secondaires de la zone torride et de la zone tempérée, qui sont extrêmement variables, avec les vents primitifs, qui ont toujours de la tendance à se rétablir.

Le mouvement diurne du soleil contribue aussi à faire varier les vents, surtout près des terres qui sont plus ou moins échauffées , selon la nature du terrain.

Les variations que les vents primitifs ou naturels éprouvent, par suite des diverses influences dont nous venons de parler, paraissent être assujetties à une certaine- règle; mais il n’en est pas aiusi des variations que ces mêmes in-

iluences exercent sur tous les vents secondaires. C’est probablement pour cette raison que le vent est d’autant plus variable que les vents secondaires soufflent plus fréquemment. Toutefois il convient d’ajouter que les vents secondaires de la zone torride sont plus réguliers que les vents tropicaux , et que ceux-ci le sont d’autant moins qu’ils se rapprochent plus des pôles.

Nous avons dit que les vents polaires et les vents tropicaux se déplaçaient de l’E. à l’O. ; mais le déplacement ne se fait pas d'une manière régulière, même sur des parallèles au-dessous de 35°. Dans certaines localités, de même que près des côtes dont la direction se rapproche de celle des vents polaires et des vents tropicaux , la durée de ces vents est beaucoup plus longue qu’en pleine mer et que sur les côtes dont la direction est inclinée avec celle de ces mêmes vents. L’irrégularité de ces déplacements occasionne dans l’atmosphère des variations assez fréquentes, et même assez considérables, dont il serait très-difficile de donner toujours une explication très-satisfaisante.

Explication des cartes.

On a tracé, sur les deux cartes qui accompagnent cet ouvrage, des flèches indiquant la direction des courants d’air, au large des côtes, dans la supposition où ces courants suivraient tous une marche régulière.

L’une de ces cartes indique les vents qui dominent dans les parties les plus fréquentées de l’océan Atlantique, de la mer des Indes et du grand Océan , aux époques où les vents polaires de l’hémisphère austral ont acquis leur plus grande force, ce qui a lieu ordinairement depuis avril jusqu’en octobre; l’autre correspond à la saison opposée, durant laquelle les vents polaires de l’hémisphère boréal ont acquis leur plus grande intensité.

Les flèches n’indiquent pas des vents constants, mais

bien ceux qui soufflent pendant que les vents polaires sont dans leur plus grande force. Ils ne conservent ordinairement cette intensité que pendant trois jours. Dès qu’ils faiblissent, on voit tous les courants d’air éprouver des variations plus ou moins considérables, soit dans leur force, soit dans leur direction ; après quoi ils se déplacent suivant la loi qui est indiquée dans l’ouvrage.

Voici, à peu près, d’après été tracées : •

HÉMISPHÈRE BORÉAL

Celle des vents polaires, d’après la supposition qu’ils sont N. O. du côté des pôles, et qu’ils se rapprochent du N. et du N. E. à mesure qu’ils avancent vers le tropique.

Celle des vents alises du N., en admettant qu’ils soufflent du N. E. , à l’endroit où les courants d’air polaires viennent se précipiter, et qu’ils se rapprochent de l’E.

à "mesure qu’ils s’éloignent du fil de ce courant.

Lorsque les vents polaires n’ont pas une grande intensité , les vents alisés du N.

soufflent de l’E. N. E. à l’E. ; alors nous avons supposé qu’ils se rapprochaient d’autant plus de l’E. qu’ils étaient plus éloignés de leur limite N.

La direction des vents va-

quel ordre ces directions ont

HÉMISPHÈRE AÜSTRAL.

Celle des vents polaires, d'après la supposition qu’ils sont S. O. du côté des pôles, et qu'ils se rapprochent du S. et du S. E. à mesure qu’ils avancent vers le tropique.

Celle des vents alisés du S. , en admettant qu’ils soufflent du S. E. ,à l’endroit où les courants d’air polaires viennent se précipiter, et qu’ils se rapprochent de l’E.

à mesure qu’ils s’éloignent du fil de ce courant.

Lorsque les vents polaires n’ont pas une grande intensité, les vents alisés du S.

souillent de l’E. S. E. à l’E.; alors nous avons supposé qu’ils se rapprochaient d’autant plus de l’E. qu’ils étaient plus éloignés de leur limite S.

La direction des vents va-

riables de la zone torride est indiquée d’après la supposition qu’ils tournent , à mesure qu’ils avancent vers le S., d’abord au N. N. E. , au N. et au N. N. O. , ensuite au N.

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