‹ Exposition du système du monde (volume 4)Chapitre 11 sur 64 · S EXPOSITION · texte numérisé non relu

S EXPOSITION

tourne donc sur lui-même, dans un temps égal à celui de sa révolution autour de la terre; car si l'on imagine un observateur placé au centre de la lune supposée transparente, il verra la terre et son rajon visuel se mouvoir autour de lui; et comme ce rayon traverse toujours au même point à peu près, la surface lunaire, il est évident que ce point doit tourner en même temps et dans le même sens que la terre, autour de l'observateur.

Cependant, l'observation suivie du disque lunaire, fait apercevoir de légères variétés dans ses apparences : on voit les taches s'approcher et s'éloigner alternativement de ses bords. Celles qui en sont très voisuies, disparaissent et reparaissent successivement, en faisant des oscillations périodiques que l'on a désignées sous le nom de libration de. lu lune. Pour se former une juste idée des causes principales de ce phénomène, il faut considérer que le disque de la lune, vu du centre de la terre, est terminé par la circonférence d'un cercle du globe lunaire, perpendiculaire à son rayon vecteur : c'est sur le plan de ce cercle que se projette l'hémisphère de la lune, dirigé vers la terre, et dont les apparences sont bées au mouvement de rotation de cet astre. Si la lune était sans mouvement de rotation , son rayon vecteur tracerait à chaque révolution lunaire la circonférence d'un grand cercle sur sa surface, dont toutes les parties se présenteraient successivement à nous. Mais en même temps que le rayon vecteur tend à décrire cette circonférence, le globe lunaire, en tournant, ramène toujours, à fort peu près, le même point de sa surface sur ce rayon, et par conséquent le même hémisphère vers la terre. Les inégalités du mouvement de la lune produisent de légères variétés dans ses apparences; car son mouvement de rotation ne participant point d'une manière sensible à ces mégalités, il est variable relativement à son rayon vecteur qui va rencontrer ainsi sa surface dans différens points ; le globe lunaire fait donc, par rapport à ce rayon, des oscillations correspondantes aux inégalités de son mouvement, et qui nous dérobent et nous découvrent alternativement quelques parties de sa surface.

Mais le globe lunaire a une autre libration, perpendiculaire à celleci, et par laquelle les régions situées vers les pôles de rotation de ce globe , disparaissent et reparaissent alternativement. Pour concevoir ce phénomène, supposons l'axe de rotation perpendiculaire à l'écliptique.

Lorsque la lune sera dans son nœud ascendant, ses deux pôles seront aux bords austral et boréal de l'iie'misphère visible.^ A mesure qu'elle s'élèvera sur l'écliptique , le pôle boréal et les régions qui en sont très voisines disparaîtront, tandis que les régions voisines du pôle austral se découvriront de plus en plus jusqu'au moment où l'astre parvenu à sa plus grande latitude boréale, commencera à revenir vers l'écliptique. Les phénomènes précédens se reproduiront alors dans un ordre inverse; et lorsque la lune parvenue à son nœud descendant, s'abaissera sous l'écliptique , le pôle boréal présentera les phénomènes que le pôle austral avait offerts.

L'axe de rotation de la lune n'est pas exactement perpendiculaire à l'écliptique; et son inclinaison produit des apparences que l'on peut concevoir en supposant la lune mue sur le plan même de l'écliptique , de manière que son axe de rotation reste toujours parallèle à lui-même. Il est clair qu'alors , chaque pôle sera visible pendant une moitié de la révolution de la lune autour de la terre , et invisible pendant l'autre moitié, en sorte que les régions qui en sont très voisines seront alternativement découvertes et cachées.

Enfin, l'observateur n'est point au centre de la teiTe, mais à sa surface : c'est le rayon visuel mené de son œil au centre de la lune qui détermine le milieu de son hémisphère apparent; et il est clair qu'à raison de la parallaxe lunaire , ce rayon coupe la surface de la lune dans des points sensiblement différens , suivant la hauteur de cet astre sur l'horizon.

Toutes ces causes ne produisent qu'une libration apparente dans le globe lunaire; elles sont purement optiques, et n'affectent point son mouvement réel de rotation. Ce mouvement peut cependant être assujetti à de petites inégalités; mais elles sont très peu sensibles.

Il n'en est pas de même des variations du plan de l'équateur lunaire. L'observation assidue des taches de la lune fit reconnaître a Dominique Cassini que l'axe de cet équateur n'est point perpendiculaire à l'écliptique, comme on l'avait supposé jusqu'alors, et que ses positions successives ne sont point exactement parallèles. Ce grand astronome fut conduit au résultat suivant , l'une de ses plus belles découvertes , et qui renferme toute la théorie astronomique de la libration réelle de la lune. Si par le centre de cet astre on conçoit un premier plan perpen-

diculaire à son axe de rotation , plan qui se confond avec celui de son équateur ; si de plus on imagine , par le même centre , un second plan parallèle à celui de l'écliptique , et un troisième plan qui soit celui de l'orbe lunaire , en faisant abstraction des inégalités périodiques de son inclinaison et des nœuds; ces trois plans ont constamment une intersection commune ; le second situé entre les deux autres, forme avec le premier un angle d'environ i",67, et avec le troisième, un angle de 5°,7i55. Ainsi, les intersections de l'équateur lunaire avec l'écliptique ou ses nœuds, coïncident toujours avec les nœuds moyens de l'orbe lunaire , et comme eux ils ont un mouvement rétrogi^ade dont la période est de 67951,59108. Dans cet intervalle, les deux pôles de l'équateur et de l'orbe lunaire décrivent de petits cercles parallèles à l'écliptique , en comprenant son pôle entre eux , de manière que ces trois pôles soient constamment sur un grand cercle de la sphère

céleste.

Des montagnes d'une grande hauteur s'élèvent à la surface de la lune ; leurs ombres projetées sur les plaines y forment des taches qui varient avec la position du soleil. Aux bords de la partie éclairée du disque lunaire, les montagnes se présentent sous la forme d'une dentelure qui s'étend au-delà de la ligne de lumière, d'une quantité dont la mesure a fait connaître que leur hauteur est au moins de trois mille mètres. On reconnaît par la direction des ombres, que la surface de la lune est parsemée de profondes cavités semblables aux bassins de nos mers. Enfin, cette surface paraît offrir des traces d'éruptions volcaniques; la formation de nouvelles taches et des étincelles observées plusieurs fois dans sa partie obscure , semblent même y indiquer des volcans en activité.

DU SYSTÈME DU MONDE. 5î

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