CHAPITRE PREMIER
De l Astronomie ancienne, jusqu'à la fondation de l'école
d Alexandrie .
Le spectacle du ciel dut fixer l'attention des premiers hommes , surtout dans les climats où la sérénité de l'air invitait à l'obsersation des astres. On eut besoin pour l'agriculture, de distinguer les saisons et d'en connaître le retour. On ne tarda pas à s'apercevoir que le lever et le coucher des principales étoiles, au moment où elles se plongent dans les rayons solaires, ou quand elles s'en dégagent, pouvaient servir à cet objet. Aussi voit-on chez presque tous les peuples, ce genre d'observations remonter jusqu'aux temps dans lesquels se perd leur origine. Mais quelques remarques grossières sur le lever et sur le coucher des étoiles , ne formaient point une science ; et l'Astronomie n'a commencé qu'à l'époque où les observations antérieures ayant été recueillies et comparées entre elles, et les mouvemens célestes ayant été suivis avec plus de soin qu'on ne l'avait fait encore; on essaya de déterminer les lois de ses mouvemens. Celui du soleil dans un orbe incliné à Téquateur, le mouvement de la lune, la cause de ses phases et des éclipses, la connaissance des planètes et de leurs révolutions, la sphéricité de la terre et sa mesure, ont pu être l'objet de cette antique Astronomie; mais le peu qui nous reste de ses monumens, est insuffisant poiu* en fixer l'époque et l'étendue. Nous pouvons seulement juger de sa haute antiquité, par les périodes astronomiques qui nous sont parvenues, et qui supposent une suite d'observations, d'autant plus longue, que ces observations étaient plus imparfaites. Telle a été la vicissitude des choses humaines, que celui des arts «pii peut seul transmettrez la postérité, d'une ma-
nière durable, les événemens des siècles écoulés, l'imprimerie, étant d'une invention moderne; le souvenir des premiers inventeurs s'est entièrement effacé. De grands peuples ont disparu sans laisser sur leur passage, des traces de leur existence. La plupart des cités les plus célèbres de l'anquité, ont péri avec leurs annales et avec la langue même que parlaient leurs liabitans : à peine reconnaît-on la place où fut Babyîone. De tant de monumens des arts et de l'industrie, qui décoraient ces cités et qui passaient pour les merveilles du monde, il ne reste plus qu'une tradition confuse et des débris épars dont l'origine est le plus souvent incertaine, mais dont la grandeur atteste la puissance des peuples qui ont élevé ces monumens.
Il paraît que l'Astronomie pratique des premiers temps se bornait aux observations du lever et du coucher des principales étoiles, de leurs occultations par la Urne et par les planètes, et des éclipses. On suivait la marche du soleil, au moyen des étoiles qu'effaçait la lumière des crépuscules, et par les variations des ombres méridiennes des gnomons : on déterminait les mouvemens des planètes, par les étoiles dont elles s'approchaient dans leurs cours. Pour reconnaître tous ces astres et leurs mouvemens divers, on partagea le ciel en constellations; et cette zone céleste nommée zodiaque, dont le soleil , la lune et les planètes alors connues ne s'écartaient jamais , fut divisée dans les douze constellations suivantes :
Le Bélier , le Tanreau , les Gémeaui , l'Ecrevisse, le Lion, la Vierge;
La Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons.
On les nomma Signes, parce qu'elles servaient à distinguer les saisons; ainsi l'entrée du soleil dans la constellation du Bélier, marquait, au temps d'Hipparque, l'origine du printemps : cet astre parcourait ensuite le Taureau , les Gémeaux , l'Écrevisse , etc. Mais le mouvement rétrograde des équinoxes changea, quoique avec lenteur, la correspondance des constellations avec les saisons; et à l'époque de ce grand astronome, elle était déjà fort différente de celle que l'on avait établie à l'origine du zodiaque. Cependant l'Astronomie, en se perfec-
tionnant, ayant eu besoin de signes pour indiquer le mouvement des astres: on continua de désigner, comme Hipparque, l'origine du printemps, par l'entrée du soleil dans le Bélier. Alors on distingua les constellations , des signes du zodiaque, qui ne furent plus qu'une chose fictive, propre à indiquer la marche des corps célestes. Maintenant que l'on cherche à tout ramener aux notions et aux expressions les plus simples, on commence à ne plus considérer les signes du zodiaque ; et l'on marque la position des astres sur l'écliptique , par leur distance à l'équinoxe du printemps.
Les noms des constellations du zodiaque, ne leur ont point été donnés au hasard : ils ont exprimé des rapports qui ont été l'objet d'un grand nombre de recherches et de systèmes. Quelques-uns de ces noms paraissent être relatifs au mouvement du soleil : YÉcreuisse, par exemple, et le Capricorne indiquent la rétrogradation de cet astre aux solstices; et la Balance désigne l'égalité des jours et des nuits à l'équinoxe: les autres noms semblent se rapporter à l'agriculture et au climat du peuple chez lequel le zodiaque a pris naissance. Le Capricorne ou la constellation de la Chèvre paraît mieux placée au point le plus élevé de la course du soleil , qu'à son point le plus bas. Dans cette position qui remonte à quinze mille ans, la Balance était à l'équinoxe du printemps; et les constellations du zodiaque avaient des rapports frappans avec le climat de l'Egypte et avec son agriculture. Tous ces rapports subsisteraient encore, si les constellations du zodiaque, au lieu d'avoir été nommées d'après leur lever avec le soleil, ou au commencement du jour, l'eussent été d'après leur lever à l'entrée de la nuit; si par exemple, le lever de la Balance à ce moment eût indiqué le commencement du printemps. L'origine du zodiaque , qui ne remonterait alors qu'à deux mille cinq cents ans avant notre ère, s'accorde beaucoup mieux que la précédente, avec le peu que nous savons , de l'antiquité des sciences et spécialement de l'Astronomie.
Les Chinois sont de tous les peuples, celui dont les annales nous offrent les plus anciennes observations que l'on puisse employer dans l'Astronomie. Les premières éclipses dont elles font mention , ne peuvent servir qu'à la chronologie, par la manière vague dont elles sont rapportées; mais ces éclipses prouvent qu'à l'époque de l'eni-
pereur Yao, plus de deux mille ans avant notre ère, l'Astronomie était cultivée à la Chine , comme base des cérémonies. Le calendrier et l'annonce des éclipses , étaient d'importans objets pour lesquels on avait créé un tribunal de Mathématiques. On observait dès lors, les ombres méridiennes du gnomon aux solstices , et le passage des astres au méridien : on mesiuait le temps par des clepsydres ; et l'on déterminait la position de la lune par rapport aux étodes, dans les éclipses; ce qui donnait les positions sidérales du soleil et des solstices. On avait même construit des instrumens propres à mesurer les distances angulaires des astres. Par la réunion de ces moyens, les Chinois avaient reconnu que la durée de l'année solaire surpasse d'un quart de jour environ , trois cent soixante et cinq jours : ils la faisaient commencer au solstice d'hiver. Leur année civile était lunaire, et pour la ramener à l'année solaire, ils faisaient usage de la période de dixneuf années solaires correspondantes à deux cent trente-cinq lunaisons, période exactement la même que, plus de seize siècles après, Calippe introduisit dans le calendrier des Grecs. Leurs mois étant alternativement de vingt-neuf et de trente jours, leur année lunaire était de trois cent cinquante-quatre jours, et par conséquent plus courte de onze jours et un quart, que leur année solaire ; mais dans l'année où la somme de ces différences aurait excédé une lunaison , ils intercalaient un mois. Ils avaient partagé l'équateur en douze signes immobiles , et en vingt-huit constellations dans lesquelles ils déterminaient avec soin la position des solstices. Les Chinois avaient au lieu du siècle, un cycle de soixante ans; et un cycle de soixante jours, au lieu de la semaine; mais ce petit cycle de sept jours, en usage dans tout l'Orient, leur était connu depuis les temps les plus reculés. La division de la circonférence fut toujours en Chine, subordonnée à la longueur de l'année , de manière que le soleil décrivit exactement un degré par jour; mais les divisions du degré, du joiu-, (les poids et de toutes les mesures linéaires, étaient décimales; et cet exemple donné depuis quatre mille ans au moins, par la plus nombreuse nation de la terre, prouve que ces divisions qui d'ailleurs DJfrent tant d'avantages, peuvent devenir par l'usage, extrêmement populaires.
Les premières observations utiles à l'Astronomie, sont de Tcheou-
Kong dont la mémoire est encore en vénération à la Chine, comme celle de l'un des meilleurs princes qui l'aient gouvernée. Frère de Ou-Ouang fondateur de la dynastie des Tcheou , il régit l'empire après sa mort, pendant la minorité de son neveu, depuis l'an iio4 jusqu'à l'an 1098 avant notre ère. Confucius, dans le Chou-Ring, le livre le plus révéré des Chinois, fait adresser par ce grand prince à son pupille, les plus sages maximes du gouvernement et de la morale. Tcheou-Rong fit par lui-même et par ses astronomes, un grand nombre d'observations dont trois nous sont heureusement parvenues, et précieuses pai- leur haute antiquité. Deux d'entre elles sont des longueurs méridiennes du gnomon, observées avec un grand soin, aux solstices d'hiver et d'été, dans la ville de Loyang : elles donnent pour l'obliquité de l'écliptique, à cette ancienne époque, un résultat conforme à la théorie de la pesanteur universelle. L'autre observation est relative à la position du solstice d'hiver dans le ciel, à la même époque. Elle s'accorde pareillement avec la théorie , autant que le comportent les moyens employés alors pour déterminer un élément aussi délicat. Cet accord remarquable ne permet pas de douter de l'authenticité de ces observations.
L'incendie des livres chinois, ordonné par l'empereur Chi-Hoanti, vers l'an 2i3 avant notre ère, fit disparaître les vestiges des anciennes méthodes du calcul des éclipses et beaucoup d'observations intéressantes : pour en retrouver qui puissent être utiles à l'Astronomie, u faut descendre d'environ quatre siècles depuis Tcheou-Rong, et se transporter en Chaldée. Ptolémée nous en a transmis plusieurs : les plus anciennes sont trois éclipses de lune, observées à Babylone, dans les années 719 et 720 avant notre ère, et dont il a fait usage pour déterminer les mouvemens de la lune. Sans doute, Hipparque et lui n'en avaient point de plus anciennes, qui lussent assez précises pour servir à ces déterminations dont l'exactitude est en raison de l'intervalle qui sépare les observations extrêmes. Cette considération doit dimiiuier nos regrets de la perte des observations chaldéennes qu'Aristote, si l'on en croit Porphyre cité par Simplicius, se fit communiquer par l'entremise de Calisthène, et qui remontaient jusqu'à dix-neuf siècles avant Alexandre. Mais les Chaldéens n'ont pu découvrir que par une longue suite d'observations , la période de
6585 jours i , pendant lesquels la lune fait 2^3 révolutions à l'égard du soleil, 239 révolutions anomalistiques, et 241 révolutions par rapport à ses nœuds. Ils ajoutaient -^ de la circonférence, pour avoir le mouvement sidéral du soleil dans cet intervalle, ce qui suppose l'année sidérale de 365 jours ^. Ptolémée, en rapportant cette période , Tattribue aux plus anciens mathématiciens ; mais l'astronome Géminus, contemporain de Sylla, désigne les Chaldéens comme inventeurs de cette période, et il explique la manière dont ils en ont conclu le mouvement diurne de la lune, et la méthode par laquelle ils calculaient l'anomalie lunaire. Son témoignage ne doit laisser aucun doute, si l'on considère que le saros chaldéen , de 223 mois lunaires, qui ramène la lune à la même position à l'égard de ses nœuds, de son périgée et du soleil, fait partie de la période précédente. Ainsi les éclipses observées dans une période , fournissaient un moyen simple de prédire celles qui devaient avoir lieu dans les périodes suivantes. Celte période et la manière ingénieuse avec laquelle ils calculaient la principale inégalité lunaire, ont exigé un grand nombre d'observations comparées entre elles avec adresse : c'est le monument astronomique, le plus curieux avant la fondation de l'école d'Alexandrie. Voilà ce que l'on connaît avec certitude, de l'Astronomie d'un peuple que l'antiquité regarda comme le phi& instruit dans la science des astres. Les opinions des Chaldéens sur le système du monde, ont été très variées, comme cela devait être à l'égard d'objets que l'observation et la théorie n'avaient point encore éclairés. Cependant, (juelques-uns de leurs philosophes plus heureux que les autres, ou guidés par des vues plus saines sur l'ordre et sur l'immensité de l'univers, ont pensé que les comètes étaient ainsi que les planètes , assujetties à des mouvemens réglés par des lois éternelles.
Nous avons très peu de renseignemens certains sur l'Astronomie des Egyptiens. La direction exacte des faces de leurs pyramides vers les quatre points cardinaux, donne une idée avantageuse de leur manière d'observer; mais aucune de leurs observations n'est parvenue jusqu'à nous. On doit être étoimé que les astronomes d'Alexandrie aient été forcés de recourir aux observations chaldéennes, soit que la mémoire des observations égyptiennes ait dès lors été perdue, soit que les Egyptiens n'aient pas voulu les comintmiquer, par un senti-
nient de jalousie qu'a pu faire naître la faveur des souverains pour l'école qu'ils avaient t'ontlée. Avant cette époque, la réputation de leurs prêtres avait attiré les premiers philosophes de la Grèce. Thaïes , Pythagore, Eudoxe et Platon allèrent puiser chez eux, les connaissances dont ils enrichirent leur patrie; et il est vraisemblable que l'école de Pythagore leur fut redevable de quelques-unes des idées saines qu'elle professa sur la constitution de l'univers. Macrobe leur attribue expressément, la pensée des mouvemens de Mercure et de Vénus autour du soleil. Leur année civile était de trois cent soixantecinq jours: elle était divisée en douze mois de trente jovirs, et ils ajoutaient à la fin, cinq jours complémentaires ou épagomènes. Mais suivant l'ingénieuse remarque de M. Fourier, l'observation des levers héliaques de Syrius, la plus brillante des étoiles, leur avait appris que le retour de ces levers retardait alors, chaque année, d'un quart de jour; et ils avaient fondé sur cette remarque la période sothique de 1461 ans, qui ramenait à peu près aux mêmes saisons, leurs mois et leurs fêtes. Cette période s'est renouvelée dans l'an iSg de notre ère. Si elle a été précédée d'une période semblable, comme tout porte à le croire , l'origine de cette période antérieure remonterait à l'époque où l'on peut supposer avec vraisemblance que les Égyptiens ont donné des noms aux constellations du zocHaque, et où ils ont fondé leur Astronomie. Ils avaient observé que dans vingt-cinq de leurs années, il y avait trois cent neuf retours de la lune au soleil; ce qui donne une valeur fort approchée de la longueur du mois. Enfin on voit par ce qui nous reste de leurs zodiaques, qu'ils observaient avec soin la position des solstices dans les constellations zodiacales. Suivant Dion Cassius, la semaine est due aux Égyptiens. Cette période est fondée sur le plus ancien système d'Astronomie, qui plaçait le soleil, la lune et les planètes, dans cet ordre de distances à la terre , en commençant par la plus grande; Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune. Les parties successives de la série des jours div isée chacun en vingt -quatre parties, étaient consacrées dans le même ordre à ces astres. Chaque jour prenait son nom , de l'astre correspondant à sa première partie. I^a semaine se retrouve dans l'Inde parmi les Brames, et avec nos dénominations; et je me suis assuré que les jours nommés par eux et par nous de la même manière, répondent aux mêmes ins-
tans physiques. Cette période qui était en usage chez les Arabes , les Juifs, les Assyriens, et clans tout l'Orient , s'est renouvelée sans interruption et toujours la même, en traversant les siècles et les révolutions des empires. Il est impossible parmi tant de peuples divers d'en connaître l'inventeur : nous pouvons seulement affirmer qu'elle est le plus ancien monument des connaissances astronomiques. L'année civile des Égyptiens étant de 365 jours; il est facile de voir qu'en donnant à chaque année le nom de son premier jour, les noms de ces années seront à perpétuité ceux des jours de la semaine. C'est ainsi qu'ont dû se former ces semaines d'années , dont on voit l'usage chez les Hébreux , mais qui appartiennent évidemment à un peuple dont l'année était solaire et de 365 jours.
Les (Connaissances astronomiques paraissent avoir été la base de toutes les théogonies dont l'origine s'explique ainsi de la manière la plus simple. En Chaldée et dans l'ancienne Egypte, l'Astronomie ne fut cultivée c|ue dans les temples, par des prêtres qui fondèrent sur elk, les superstitions dont ils étaient les ministres. L'histoire fabuleuse des héros et des dieux qu'ils présentaient à la crédule ignorance, n'était qu'une allégorie des phénomènes célestes et des opérations de la nature, allégorie que le pouvoir de l'imitation, l'un des principaux ressorts du monde moral, a perpétuée jusqu'à nous dans les institutions religieuses. Profitant pour consolider leur empire, du désir si naturel de pénétrer dans l'avenir, ils créèrent l'Astrologie. L'homme porté par les illusions des sens, à se regarder comme centre de l'univers, se persuada facilement que les astres influent sur sa destinée, et qu'il est possible de la prévoir par l'observation de leurs aspects au moment de sa naissance. Cette erreur chère à son ainoiu--propre, et nécessaire à son inquiète curiosité, est aussi ancienne que l'Astronomie : elle s'est maintenue jusqu'à la fin <le l'avant-dernier siècle, époque à laquelle la connaissance généralement répandue du vrai système (kl monde, l'a détruite sans retour.
L'origine de l'Astronomie en Perse et dans l'Inde, se perd comme chez tous les peuples, dans les ténèbres des premiers temps de leur histoire. Les Tables indiennes siipposentune Astronomie assez avancée; mais tout porte à croire qu'elles ne sont pas d'une haute antiquité. Ici je m'éloigne avec peine, de l'opinion d'un illustre et malheureux
ami dont la mort , éternel sujet de regrets, est ime preuve affreuse de l'inconstance de la faveur populaire. Après avoir honoré sa vie , par des travaux utiles aux sciences et à l'humanité, par ses vertus et par un noble caractère ; il périt victime de la plus sanguinaire tyrannie, opposant le calme et la dignité du juste, aux outrages d'un peuple dont il avait été l'idole. Les Tables indiennes ont deux époques principales qui remontent, l'une à l'année 3i02 avant notre ère, l'autre à i/jgi. Ces époques sont liées par les mouveraens du soleil, de la lune et des planètes, de manière qu'en partant de la position que les Tables indiennes assignent à tous ces astres à la seconde époque, et remontant à la première au moyen des Tables, on trouve la conjonction générale qu'elles supposent à cette époque primitive. Le savant célèbre dont je viens de parler, Bailli a cherché à établir dans son Traité de l'Astronomie indieiuie, que cette première époque était fondée sur les observations. Malgré ses preuves exposées avec la clarté qu'il a su répandre sur les matières les plus abstraites, je regarde comiTie très vraisemblable qu'elle a été imaginée pour donner dans le zodiaque, une commune origine aux mouvemens des corps célestes. Nos dernières Tables astronomiques, considérablement perfectionnées par la comparaison de la théorie avec un grand nombre d'observations très précises , ne permettent pas d'admettre la conjonction supposée dans les Tables indiennes ; elles offrent même à cet égard, des différences beaucoup plus grandes que les erreurs dont elles sont encore susceptibles. A la vérité , quelques élémens de l'Astronomie des Indiens , n'ont pu avoir la grandeur qu'ils leur assignent, que long-temps avant notre ère : il faut , par exemple, remonter jusqu'à six mille ans, pour retrouver leur équation du centre du soleil. Mais indépendamment des erreurs de leurs déterminations, on doit observer qu'ils n'ont considéré les inégalités du soleil et de la lune, que relativement aux éclipses dans lesquelles l'équation annuelle de la lune s'ajoute k l'équation du centre du soleil , et l'augmente d'une quantité à peu près égale à la différence de sa véritable valeur, à celle des Indiens. Plusieurs élémens, tels que les équations du centre de Jupiter et de Mars, sont très différens dans les Tables indiennes, de ce qu'ds devaient être à leur première époque : l'ensemble de ces Tables, et surtout l'impossibilité de la conjonction gé-
nérale qu'elles supposent, prouvent qu'elles ont été construites, ou du moins rectifiées dans des temps modernes. C'est ce qui résulte encore des moyens mouvemens qu'elles assignent à la lune par rapport à son périgée, à ses nœuds et au soleil, et qui plus rapides que suivant Ptolémée, indiquent qu'elles sont postérieures à cet astronome; car on sait par la théorie de la pesanteur universelle, que ces trois mouvemens s'accélèrent depuis un très grand nombre de siècles. Ainsi ce résultat de la théorie, si important pour l'astronomie lunaire , sert encore à éclairer la chronologie. Cependant l'antique réputation des Indiens ne permet pas de douter qu'ils aient dans tous les temps , cultivé l'Astronomie. Lorsque les Grecs et les Arabes commencèrent à se livrer aux sciences, ils allèrent en puiser chez eux, les premiers élémens. C'est de l'Inde que nous vient l'ingénieuse méthode d'exprimer tous les nombres avec dix caractères , en leur donnant à la fois, une valeur absolue et une valeur de position; idée fine et importante, qui nous paraît maintenant si simple, que nous en sentons à peine, le mérite. Mais cette simplicité même, et l'extrême facilité qui en résulte pour tous les calculs, placent notre système d'arithmétique au premier rang des inventions utiles; et l'on appréciera la difficulté d'y parvenir, si l'on considère qu'il a échappé au génie d'Archimède et d'Apollonius, deux des plus grands hommes dont l'antiquité s'honore. ;)'- ■ -
Les Grecs n'ont commencé à cultiver l'Astronomie , que long-temps après les Égyptiens et les Chaldéens, dont ils ont été les disciples. Il est difficile , à travers les fables qui remplissent les premiers siècles de leur histoire , de démêler leurs connaissances astronomiques. Leurs nombreuses écoles offrent très peu d'observateurs avant celle d'Alexandrie : ils y traitèrent l'Astronomie, comme une science purement spéculative, et en se livrant à de frivoles conjectures. Il est singulier qu'à la vue de cette foule de systèmes qui se combattaient sans rien apprendre, la réflexion très simple, que le seul moyen de connaître la nature, est de l'interroger par l'expérience, ait échappé à tant de philosophes dont plusieurs étaient doués d'un rare génie. Mais on en sera moins étonné, si l'on considère que les premières observations ne présentant que des faits isolés sans attrait pour limagination impatiente de remonter aux causes, elles ont dû se succéder avec une
extrême lenteur. Il a fallu qu'une longue suite de siècles en accumulât un assez grand nombre, pour faire découvrir entre les phénomènes, des rapports qui s'étendant de plus en plus, réunissent à 1 mtérèt de la vérité, celui des spéculations générales auxquelles l'esprit humain tend sans cesse à s'élever.
Cependant, au milieu des rêves philosophiques des Grecs, on voit percer sur l'Astronomie, des idées saines qu'ils recueillirent dans leurs voyages et qu'ils perfectionnèrent. Thaïes né à Milet, l'an 640 avant notre ère, alla s'instruire en Egypte : revenu dans la Grèce, il fonda l'école Ionienne, et il y enseigna la sphéricité de la terre, l'obliquité de l'écliptique, et les véritables causes des éclipses du soleil et de la lune. On dit même qu'il parvint à les prédire , en employant sans doute, les méthodes ou les périodes que les prêtres égyptiens lui avaient communiquées.
Thaïes eut pour successeurs, Anaximandre, Anaximène et Anaxagore. Les deux premiers introduisirent dans la Grèce, l'usage du gnomon et des cartes géographiques. Anaxagore fut persécuté par les Athéniens, pour avoir enseigné les vérités de l'école Ionienne. On lui reprocha d'anéantir Tinfluenc^ des dieux sur la nature, en essayant d'assujettir ses phénomènes à des lois immuables. Proscrit avec ses enfans, il ne dut la vie, qu'aux soins de Périclès son disciple et son ami, qui parvint à faire changer la peine de mort, en exil. Ainsi la vérité pour s'établir sur la terre, a souvent eu à combattre des erreurs accréditées qui, plus d'une fois, ont été funestes à ceux qui l'ont foit connaître.
De l'école Ionienne sortit le chef d'une école beaucoup plus célèbre. Pythagore né à Samos vers l'an Sgo avant notre ère, fut d'abord disciple de Thaïes qui lui conseilla de voyager en Egypte où il se fit initier aux mystères des prêtres, pour connaître à" fond leur doctrine. Ensuite, il alla sur les bords du Gange, interroger les Brachmanes. De retour dans sa patrie, le despotisme sous lequel elle gémissait alors, le força de s'en exiler, et il se retira en Italie où il fonda son école. Toutes les vérités astronomiques de l'école Ionienne furent enseignées avec plus de développement dans celle de Pythagore; mais ce qui la distingue principalement, est la connaissance des deux mouvemens de la terre, sur elle-même et autour du soleil.
Pythagore l'enveloppa d'un voile, pour la cacber au vulgaire ; mais
elle fut exposée dans un grand jour, par son disciple Philolaiis.
Suivant les Pythagoriciens, les comètes elles-mêmes sont en mouvement comme les planètes , autour du soleil : ce ne sont point des météores passagers formés dans notre atmosphère, mais des ouvrages éternels de la nature. Ces notions parfaitement justes du système du Monde, ont été saisies et présentées par Sénèque,avec l'enthousiasme qu'une grande idée sur l'un des objets les plus vastes des connaissances humaines , doit exciter dans l'âme du philosophe : a Ne » nous étonnons point, dit-il, que l'on ignore encore la loi du » mouvement des comètes dont le spectacle est si rare ; et qu'on ne » connaisse ni le commencement ni la fin de la révolution de ces as- » très qui descendent d'une énorme distance. Il n'y a pas quinze » cents ans que la Grèce a compté les étoiles , et leur a donné des
» noms Le jour viendra que par une étude suivie de plusieurs
» siècles, les choses actuellement cachées paraîtront avec évidence; » et la postérité s'étonnera que des vérités si claires nous aient » échappé. » On pensait encore dans la même école, que les planètes sont habitées, et que les étoiles sont des soleils disséminés dans l'espace, et les centres d'autant de systèmes planétaires. Ces vues philosophiques auraient dû par leur grandeur et par leur justesse, entraîner les suffrages de l'antiquité ; mais ayant été accompagnées d'opinions systématiques , telles que l'harmonie des sphères célestes, et manquant d'ailleurs de preuves qu'elles ont acquises depuis par leur accord avec les observations; il n'est pas surprenant que leur vérité contraire aux illusions des sens, ait été méconnue.
La seule observation que l'histoire de l'Astronomie nous offre chez les Grecs avant l'école d'Alexandrie, est celle du solstice d'été de l'an 4'52 , avant notre ère, par Méton et Euctemon. Le premier de ces astronomes se rendit célèbre par le cycle de dix-neuf années correspondantes à deux cent trente-cinq lunaisons, qu'il introduisit dans le calendrier, La méthode la plus simple de mesurer le temps , est celle cpii n'emploie que les révolutions solaires; mais dans le premier âge des peuples, les phases de la lune offraient à leur ignorance, une division si naturelle du temps, qu'elle fut généralement admise. Ils réglèrent leurs fêtes et leurs jeux, sur le retour de ces phases; et
quand les besoins de l'agricultare, les forcèrent de recourir au soleil, pour distinguer les saisons ; ils ne renoncèrent point à l'ancien usage de mesurer le temps par les révolutions de la lune dont on pouvait ainsi connaître l'âge , par les jours du mois. Ils cherchèrent à établir entre les révolutions de cet astre et celles du soleil , un accord fondé sur des périodes qui renfermassent des nombres entiers de ces révolutions. La plus simple est celle de dix-neuf ans; Méton établit donc un cycle de dix-neuf années lunaires dont douze étaient communes ou de douze mois ; les sept autres en avaient treize. Ces mois étaient inégaux et ordonnés de manière que sur les deux cent trente-cinq mois du cycle, cent dix étaient de vingt-neuf jours, et cent vingt-cinq de trente jours. Cet arrangement proposé par Méton, à la Grèce assemblée dans les jeux olympiques , fut reçu avec un applaudissement universel, et unanimement adopté. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir qu'à la fin d'une période, le nouveau calendrier retardait d'environ im quart de jour sur la nouvelle lune. Calippe proposa de quadrupler le cycle de dix-neuf ans, et d'en former une période de soixante et seize ans, à la fin de laquelle on retrancherait un jour. Cette période fut nommée Calippique , du nom de son auteur : quoique moins ancienne que le saros des Chaldéens, elle lui est inférieure pour l'exactitude. .. '.
Vers le temps d'Alexandre , Pytéas illustra Marseille sa patrie , comme géographe et comme astronome. On lui doit une observation de la longueur méridienne du gnomon, au solstice d'été dans cette ville : c'est la plus ancienne observation de ce genre, après celle de Tcheou-Rong. Elle est précieuse en ce qu'elle confirme la diminution successive de l'obliquité de l'écliptique. On doit regretter que les anciens astronomes n'aient pas fait un plus grand usage du gnomon qui comporte bien plus d'exactitude que leurs armilles. En prenant quelques précautions faciles , pour niveler la surface sur laquelle l'ombre se projette, ils auraient pu nous laisser sur les déclinaisons du soleil et de la hnie, des observations qui seraient maintenant fort utiles.
38o EXPOSITION
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