‹ Exposition du système naturel des nerfs du corps humainChapitre 19 sur 29 · R. FERGUSON · texte numérisé non relu

R. FERGUSON

Mémoire lu devant la Société royale d'Edimbourg, le 21 mars 182 5.

On dirait que la marche et les progrès des sciences, puisqu'il plaît aux hommes de donner ce nom aux pas lents et pénibles que font les connaissances humaines , sont accompagnés d'une disposition naturelle chez l'homme à tourmenter et à repousser celui qui désire se frayer une route nouvelle. Tandis que chacun s'enorgueillit des améliorations qui signalent l'époque , tous les travaux isolés ren-

(1) Ce mémoire ne se trouve point dans l'édition anglaise : il a été envoyé au traducteur par l'auteur lui-même, pour être ajouté à ses autres mémoires. M. Ch. Bell le lut le 21 mars 1825, devant la Société royale d'Edimbourg, et le fît ensuite insérer dans YEdinburgh philosophical journal de Jameson (avril n°. xxiv), pour répondre à un mémoire lu devant la même Société, par M. Brewster, et publié dans son Journal philosophique. (Note du traducteur.)

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contrent une opposition qui approche de l'inimitié. Mais autant vaudrait se tourmenter pour un mal phvsique et inévitable que de se plaindre de cet état de choses. Je ne fais ici ces réflexions que pour m excuser d'abuser du temps de la Société; dans toute autre occasion je ne regretterais pas de me voir amener sur un sujet aussi plein d'intérêt.

On a publié dans les transactions philosophiques de Londres quelques mémoires de moi sur l'anatomie du système nerveux, dans lesquels j'ai cru devoir m'occuper des mouvemens de l'œil. Si je ne suis point entré dans tous les détails nécessaires pour compléter l'intelligence du sujet , ce n'a été que par respect pour le corps savant qui m'écoutait. M. Brewster m'a critiqué sans ménagement devant la Société royale d'Ldimbourg , il espérait qu'en cherchant à affaiblir q ielques-unes de mes preuves il saperait tout mon système. En démontrant combien ces critiques sont peu justes , je ferai connaître en même temps l'inexactitude des « faits xcientific/ues » qu'il a avancés. Ce n'est pas sans un vif sentiment de surprise que je me trouve inopinément en opposition avec un savant aussi habitué aux discussions philosophiques que le docteur Brewster ; et je ne m'expose qu'à regret contre lui sur un élément qui lui est aussi familier; du reste il m'est arrivé plus d'une fois de ne rencontrer sous des formes scientifiques que des choses de peu d'importance , et j'espère montrer ici que les phrases et les figures qui effrayent le lecteur

jettent sur la vérité plus d'obscurité que de lumière.

Je ferai d'abord apprécier toute l'importance du sens de l'action musculaire, sujet où l'exactitude et les raisonnemens de M. Brewster sont si contestables que la question n'en est devenue que plus obscure. Je passerai ensuite à l'examen àes phénomènes optiques. C'est ici que les inexactitudes sont si saillantes que si j étais intéressé dans la discussion où s'est engagé ce savant je ne croirais pas devoir le laisser maître d'aucune de ses positions et je soumettrais4 ses raisonnemens à un examen sévère, de quelques formes mathématiques qu'ils soient enveloppés.

J'ai avancé que non-seulement nos idées sont formées par la comparaison des différens signes , mais qu'il existe en nous un pouvoir qui, bien que n?ayant point reçu le nom de sens, est cependant supérieur à tous les sens , pour la précision qu'il donne à notre perception , en nous fournissant des idées exactes sur la distance , l'espace , la forme et la substance ; que c'est l'appareil musculaire qui nous donne ce pouvoir ; que le sens de la vue dans l'œil est imparfait , tant qu'elle n'est pas aidée par le mouvement musculaire , comme le sens du toucher à la main ne nous apprendrait rien sans les mouvemens de la main ; que la dureté et la mollesse, la douceur et l'aspérité sont des propriétés delà matière que nous ne connaissons pas seulement par le sens du toucher , mais par ce sens aidé des

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mouvemens de la main , mouvemens que nous percevons; que l'exercice entier et complet du sens du toucher comprend la comparaison de l'exercice du nerf du toucher, avec la conscience ou la sensibilité du mouvement musculaire qui l'accompagne , et que sans cette combinaison , le sens du toucher ne mériterait pas le nom de sera géométrique.

En continuant le même sujet j'ai montré qu'il est facile de faire rester l'image d'un objet sur la rétine , après que l'objet lui-même a disparu de devant les yeux ; et que l'image ou le fantôme est stationnaire , tant que l'œil est en repos ; mais que le plus léger mouvement des muscles volontaires de l'œil occasionne un changement dans la position apparente de cette image ; car elle ne suit pas seulement les mouvemens du corps et de la tête, lorsque nous avons la conscience de ces mouvemens , mais même lorsque la tête est fixée , si les muscles de l'œil sont en action , le lieu qu'occupe cette image paraît être changé , tandis qu'elle est réellement fixée sur le même point de la rétine.

Un homme tient une boule dans la main , il ne la voit pas , il ne fait que la sentir , par quel pouvoir peut il connaître s'il tient cette boule devant ou derrière lui? Ici aucun des cinq sens ne peut le servir: il le sait premièrement par la conscience de l'exercice de l'organe , secondement par la sensation de l'action musculaire. L'action des muscles

du bras est combinée avec le sens du toucher dans l'idée formée dans l'esprit. Ainsi, quand l'image est fixée sur la rétine, si les muscles tirent à droite ou à gauche , la position de l'image paraîtra éprouver un changement correspondant , parce que l'esprit contemple deux opérations ; l'impression reçue par le nerf, et l'action des muscles.

Pendant le -cours de mes recherches , j'ai eu dans mon hôpital un malade dont l'œil avait perdu le pouvoir des muscles, sans perdre le pouvoir du nerf optique. La vision était entière, c'est-à-dire, la possession de ce sens qui appartient au nerf optique, opposée aux autres fonctions de l'œil. C'est le raisonnement que le docteur Brewster fait sur ce passage , qu'il qualifie de redactio ad absurdum.

Ce savant n'a pas remarqué la différence qui existe entre la vision non encore exercée, qui n'a pas été instruite , si l'on peut parler ainsi , et l'époque où les impressions reçues par l'œil sont devenues , après une longue expérience, les signes des qualités et des positions des corps dont la connaissance arrive par les autres sens , et par l'action de l'appareil musculaire.

Si je fais du mal à un petit enfant, il peut exprimer de la douleur, mais il ne fera aucun effort pour éloigner ma main. Ce mouvement qui nous paraît si naturel, est l'effet de l'éducation et de l'expérience. La lumière mise devant un enfant , semble animer toutes ses facultés ; mais il ne peut la suivre des yeux , lorsqu'on la change de place , jusqu'à ce

qu'il ait appris par l'expérience à combiner l'action des muscles avec l'exercice du sens.

Si l'œil du malade dont j'ai parlé plus haut, avait été dans son état primitif et d'inexpérience, la vision eut été imparfaite sous tous les rapports , parce que l'image reçue dans l'œil n'eût rien signifié; mais tel qu'il était s on ne pouvait l'appeler parfait , puisqu'il ne pouvait suivre les contours d'une image , ni s'accorder avec l'autre œil.

Nous pouvons poursuivre ce sujet encore plus loin : lorsque dans la campagne nous fixons un objet, nous jugeons de sa distance, et du lieu qu'il occupe par une opération qui ressemble autant que possible à une opération trigonométrique. L'œil se porte de la montagne à l'arbre et du clocher au château ; et par la connaissance de leurs positions relatives , nous voyons quels peuvent être le volume et la situation de l'objet qui est au-dessous d'eux. Il est facile de reconnaître combien nous sont utiles les mouvemens de l'œil , il suffit de rendre inutile l'action de ces muscles en regardant par un tube. Nous jugeons alors imparfaitement l'emplacement et la distance, et nous n'en avons l'idée que par le degré d'obscurité que produit l'atmosphère qui nous en sépare.

C'est encore ce que nous reconnaissons lorsque nous examinons un panorama ; car nous avons devant nous les ombres et les couleurs des objets dont elles sont les signes ; mais comme on a écarté avec soin tous les objets de comparaison , nous

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éprouvons une illusion complète. Enfin il est clair jusqu'à la démonstration que l'œil est dans un mouvement continuel , faisant la comparaison des distances et des angles , et nous apprenant ainsi ce que nous ne saurions jamais sans la combinaison du sens de la vision avec l'exercice des muscles ; et même dans l'examen des plus petits objets l'œil se promène sur leur circonférence, et, passant d'un point à un autre, il en reconnaît la figure au moyen de la même opération qui a fait connaître la distance de cet objet par rapport à nous , et ses rapports avec les autres objets.

Nos mouvemens , soit qu'ils se dirigent vers l'objet , soit qu'ils parlent de l'objet même ,et ceux de la main et de la tête contribuent tous à perfectionner la vision. Dans les mémoires critiqués par Je docteur Brewsîer , n'ayant traité que des nerfs de l'œil , je n'ai eu l'occasion de parler que des muscles de cet organe.

Mais il faut en revenir aux fonctions de l'œil : cet exercice continuel et ce mouvement scrutateur de l'œil sont dus à une propriété bien connue de la rétine , la sensibilité exquise de h partie de cet organe qui est directement dans l'axe de la vision. Lorsque nous examinons une décoration ou un mur , nous n'en voyons parfaitement qu'une petite partie , tandis que les objets qui l'entourent n'arrivent à l'œil qu'à travers mie certaine obscurité; mais le centre de la rétine se porte successivement par un mouvement aussi rapide que la pensée sur

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tous les objets environnans; et à l'aide d'un coup d'œil , dont nous avons pour ainsi dire à peine la conscience, le tout nous paraît également éclairé. Si cependant , par un effort , nous cherchons à fixer l'œil sur un point , nous reconnaîtrons que nous ne voyons qu'imparfaitement les objets environnons ; et en même temps nous sentirons combien l'œil est impatient d'explorer ce qui est obscur. C'est cette propension à pénétrer ce qui est obscur qui fait rouler continuellement l'œil , lorsque par l'état morbide de la rétine , les objets d'une partie du champ de la vision paraissent couverts d'un nuage, l'œil fait un effort incontestable pour diriger son axe sur les objets ainsi obscurcis ; et c'est de cette manière que nous suivons continuellement ce qui nous paraît être un nuage et qui, par le mouvement de l'œil , nous échappe aussi nécessairement. C'est pour combatre ces idées que M. Brewster se place sur un siège tournant, et prend même la peine de se procurer un cordon et la main d'un ami pour le faire tourner; pour moi, je suis aussi très-embarrassé pour savoir si c'est par une simplicité vraiment philosophique et par naïveté , que le docteur s'est placé dans cette position ; quoiqu'il en soit, voici ce qu'il en conclut : « c'est que la » notion de lieu et de relation dépend des muscles » du bras de celui qui le fait tourner, transportée » par quelqu'action sympathique jusqu'à l'œil de » l'observateur, le long du cordon. — Résultat » vraiment inadmissible » .

Est-il possible que le docteur Brewster, environné des lumières de la Société d'Edimbourg, soit aussi peu éclairé sur cette question? Quand un homme est debout ou assis , il exerce la tension de tout l'appareil musculaire , aux mouvemens duquel il est très-sensible ; et sans cette tension , il tomberait comme un homme mort ou ivre ; s'il se tient debout ou s'il marche, c'est en raison de la disposition qu'il donne à ses muscles pour établir l'équilibre du corps. Il est évident qu'il ne le peut faire sans la conscience ou le sentiment de l'appareil musculaire. C'est par le même pouvoir qu'il reconnait la position de son corps pendant le repos , ou pendant le mouvement ; si on le fait tourner, on fait violence au pouvoir d'équilibre, et on occasione un trouble dans le système musculaire, qui lui transmet une notion de ce changement aussi complète , que s'il la recevait par les cinq sens ; et si l'expérimentateur est placé sur un siège tournant , et qu'il emploie une corde et une main étrangère pour lui imprimer le mouvement, malgréce soin , il aura ioujours le sentiment du changement de position : que pendant ce temps il ferme les yeux ou qu'il les tienne ouverts , il reconnaîtra toujours par la succession de petits mouvemens, qu'il tourne vers les quatre coins du lieu ; et si ses yeux ont reçu l'impression d'une image, cette image lui paraîtra toujours du coté de la muraille vers lequel il est dirigé.

Dans le cours de cette singulière argumentation ,

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le docteur Brewster s'exprime ainsi : « que l'obser- » vateur ferme les yeux après avoir reçu sur la » rétine l'impression d'un objet , et que par l'action » des muscles du cou seuls , il tourne la tête dans » une direction verticale ou horizontale , il remar- » quera que l'image suit les mouvemens de la tête , » et nous en devrons conclure que la notion de » lieu ou de relation dépend de l'action des mus- » clés du col, puisque ceux de l'œil sont restés » dans un repos complet.

J'aurais pu croire que M. Brewster avait voulu s'égayer un instant, si ces paroles n'avaient pas été adressées à cette Société savante. Lorsque l'image il'un objet fixée dans l'œil paraît être devant nous, elle restera toujours dans la même position de quelque côté que nous nous tournions. Cette proposition est si simple qu'on m'excusera de ne l'avoir pas énoncée dans mon premier mémoire..

Je répète ce que j'avais cru nécessaire de prouver ; c'est que l'œil et l'appareil de muscles qui l'environne ont le pouvoir de transporter l'idée de l'image dans des positions différentes selon les actions de ces muscles , et indépendamment des mouvemens de la tète ou du corps.

D'après la résistance extraordinaire que m'a opposée un homme aussi savant, je commence à croire que ma proposition était plus neuve que je ne l'avais pensé.

Je vais examiner maintenant les observations

que le docteur Brewster présente au public savant comme des faits seie/itific/ues.

J'avais dit dans mes mémoires que si nous fixons un objet éclairé, jusqu'à ce que l'image en reste empreinte au fond de l'œil , cette image suit les mouvemens de l'œil , si ces mouvemens sont exécutés par les muscles volontaires de cet organe ; mais que si l'œil est mis en mouvement par le doigt , l'image reste fixe , tandis que l'œil lui même est dans un mouvement passif.

M. Brewster prétend prouver que l'image n'est nullement immobile , et qu'elle n'a que le degré de mouvement qui lui est nécessaire. On voit (pi. 2 iig 1. ) lafigure qu'il emploie pour nous convaincre. » Soit A l'œil de l'observateur, et 0 un objet in- » terne , dont on voit l'image en P le long de Taxe de » vision POM; que l'œil soit ensuite poussé en haut, » supposons d'un dixième de ^pouce dans la po- » sition B, l'objet externe 0 restant fixé. L'image » de 0 sur la rétine , sera alors élevée de P en Q » dans l'œil élevé en B ; et l'objet paraîtra dans » la direction Q O N , ayant monté par l'éléva- » tion de l'œil de M en N. »

» Soit l'œil ramené maintenant à sa première » position A et O la lampe à verre dépoli dont s'est » servi M. Bell , l'image sera reçue alors sur la ré- » tine en P, et restera sur ce point, jusqu'à ce » qu'elle soit effacée. Soit l'œil A élevé en B , l'im- * pression sera encore en P , dans l'œil élevé , ne » s'étant élevée que d'un dixième de pouce , ou

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» de la hauteur dont l'œil lui-même a été élevé par » la compression. Cette petite étendue n'est pas » très-sensible pour un observateur ordinaire. »

Comment M. Brewster s'explique-t-il la possibilité de pousser l'œil sans le faire tourner sur luimême ? Ce qui doit surtout nous frapper dans la position de l'œil , c'est la manière dont il est maintenu en équilibre et préparé à subir un mouvement de rotation par la plus légère action de ses muscles ou par une pression latérale. Je vais démontrer qu'il éprouve cette rotation dans l'expérience citée par M. Brewster.

On observera que , dans la figure qu'il donne , la ligne de l'axe de l'œil , lorsque l'organe a été poussé, est parallèle à la direction dans laquelle il se trouvait avant son déplacement. — Chose impossible.

Si vous vous mettez à une certaine distance d'une lumière et qu'à diverses reprises vous comprimiez ou que vous frappiez l'œil avec le bout du doigt , la lumière paraîtra se mouvoir et danser dans un espace considérable , peut-être un pied. Approchez-vous de là lumière, répétez l'expérience et la lumière ne paraîtra pas se mouvoir de plus d'un demi pouce ; en voici la raison : soit A ( fig. 2 ) , le centre sur lequel roule l'œil , son mouvement de rotation sera accompagné d'une apparence de mouvement dans le corps B au milieu d'une certaine portion de la plus petite sphère de vision C D. Mais si le corps est à la distance de E ,il paraîtra se mou-

voir, comme l'indique la figure dans une portion correspondante d'une sphère de vision plus large FG. C'est précisément le contraire qui arriverait si l'axe de l'oeil était porté d'un parallèle à un autre ; c'est-à-dire que le mouvement de l'œil qui fait croire que l'objet est mu , serait plus grand si l'objet se trouvait plus près de l'œil, et serait presque nul s'il en restait à une certaine distance. Ceci nous prouve que quand l'œil , recouvert ou non par les paupières , est mis en mouvement , il tourne sur son centre , et dès lors la figure qu'emploie M. Brewster quelqu'ingénieuse qu'elle soit , n'est fondée que sur des antécédens faux. Après avoir résolu cette difficulté j'en reviens à mon sujet.

Si la rétine reçoit une impression , que l'œil soit fermé ou soit soumis à un effort volontaire des muscles , l'image ou le fantôme semblera changer de place dans une direction correspondante à l'effort ; mais si l'œil éprouve un changement de lieu ou un mouvement de? rotation dépendant de toute autre cause que d'un effort volontaire , l'image ou le fantôme conservera sa place , l'esprit n'ayant pas eu la connaissance de cette action.

Celle de mes observations que combat ensuite M. Brewster regarde le mouvement des paupières. J'ai avancé que, quand nous clignons ou que nous fermons l'œil pour lubrifier la cornée, l'œil se tourne aussitôt en haut, que sans ce mouvement il ne serait point assez lubrifié , et que le fluide qui resterait sur la cornée obscurcirait la vision.

M Brewster dit ici, «il est fâcheux pour ces idées que la sagesse éternelle n'ait pas employé ce moyen d'enlever le fluide lubrifiant qui reste dans la rainure formée par les bords des deux paupières fermées. Les personnes auxquelles les expériences de ce genre sont familières observeront facilement le fluide qui est accumulé au m'ornent où l'œil s'ouvre , et reprend graduellement son niveau. » À l'entendre ainsi parler , qui ne croirait que M. Brewster et ses savans amis ont vu réellement l'eau à la surface de la cornée , et même dans leurs propres yeux ; découvrant ainsi une imperfection dans l'œil , au moment même où ils se servaient de cet organe avec tant de perfection qu'ils appercevaient ce que nous n'y pouvons voir. C'est là ce qu'on peut appeler une hallucination complète. Les physiologistes ont cru à une certaine époque que les taches et les cercles brillans que nous voyons tomber devant nos yeux étaient causés par l'écoulement de l'eau sur la surface de la cornée ; mais il a été prouvé par une série complète d'expériences que ces taches et ces cercles sont dus à une affection de la rétine , et que leur mouvement apparent est l'effet du mouvement de l'œil.

M. Brewster éclaircit ensuite la question par une de ces figures imposantes que le plus grand nombre des lecteurs regarde comme une démonstration. « Si l'on dirige l'œil vers un petit point » éclairé, comme l'image d'une lumière diminuée » par la réflexion sur une surface convexe, et qne

» l'on approche cette image de l'œil , de manière à ce que les cônes de rayons qui en partent en » divergeant , aient leur foyer bien loin derrière » la rétine lorsque l'œil est ouvert, l'image de ce » point lumineux sera un disque circulaire ou » une section du cône de rayons formée par la » réfraction de l'oeil. Si lorsque nous fixons ce » disque circulaire A (pi. 2, fi g. 5). Nous fermons » les paupières , et que les ouvrant ensuite gra- » duellement , nous examinions en même temps » la forme du disque,, nous observerons aussitôt » qu'il a pris la forme comprimée B , ce qui est » dû au fluide accumulé sur une ligne , et nous le » verrons ensuite reprendre graduellementsa forme * circulaire. »

Yoici la proposition : c'est qu'il existe un flot de liquide qui s'affaisse ensuite graduellement en s'étendant sur toute la surface de la cornée. On ne le voit pas, mais on conclut qu'il existe d'après un certain changement qu'éprouve l'image d'un objet. Pour nous faire une idée claire du point qui est ici en discussion , supposons que cette accumulation de fluide existe réellement » supposons-la assez considérable pour qu'on la distingue , et voyons quels seront ses effets sur la vision.

Soit A B. (fig. 4) ia convexité de la cornée, et C la section du flot du liquide , il est évident qu'il doit éloigner l'objet par sa convexité ; et comme ce n'est pas une goutte, mais une espèce de sillon , il doit éloigner l'objet et non le grossir régulièrement;

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ainsi l'objet circulaire de M. Brewster changerait donc dans une direction opposée à celle qu'il lui a donnée. Gomme il est à croire que son raisonnement est vicieux , mais son observation juste , nous devons trouver quelque chose qui agit comme un verre concave , au lieu d'un verre convexe. Je supposerais que le fluide attiré par le bord des paupières , a pris une forme concave , de manière à comprimer la figure circulaire représentée par M. Brewster, si je ne savais que la forme même du bord des paupières a dû empêcher les rayons lumineux 'de tomber sur le fluide qui se trouve dans l'angle entre la cornée et la paupière, et je pense que l'effet dont nous nous occupons est dû à une toute autre cause. Il y a dans cette expérience quelque chose qui disperse les rayons , ou qui , pour parler avec plus d'exactitude diminue leur convergence,] et renvoie l'image de l'objet, puisqu'en optique il est permis d'employer cette expression, derrière la rétine. Lorsque le disque est étendu dans un diamètre, les rayons qui en partent doivent avoir été réfractés, de manière à grossir l'objet. Si l'objet paraît diminué , cela dépend d'un état opposé à celui dont nous venons de parler; c'est que les rayons ont été écartés , et l'objet diminué dans ce diamètre. Nous voyons tous les jours les personnes qui ont la vue courte, chercher à diminuer la convergence des rayons lumineux , en lorgnant à travers les paupières à demi -fermées. Dès lors , je dois présumer que quand M. Brewster

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a examine l'objet dont il parle avec les paupières à demi- fermées, les rayons qui partaient de l'objet étaient absorbés par les cils , et c'est pourquoi l'image prit la figure irrégulière qu'il a représentée.

M. Brewster s'épargnera bien des peines si , lorsqu'il verra ce qu'il appelle un essai sur l'organisation humaine, il se persuade, avant de s'en occuper, que cette intention a été entièrement remplie. Quant à l'objet de notre discussion , il peut être persuadé que si l'œil était doué de sensibilité, et que si les paupières pouvaient éprouver un mouvement régulier sous cette influence, la puissance qui a donné la sensibilité , (propriété vitale) n'a pas laissé le mécanisme imparfait, et qu'il ne reste pas de liquide superflu répandu sur la surface de la cornée , à moins qu'il ne soit destiné à d'autres usages essentiels que celui de lubrifier simplement la cornée.

Le dernier point sur lequel M. Brewster m'attaque , c'est la rotation de l'œil en haut au moment où l'on forme les paupières. Tous les jours il me vient de nouvelles preuves qui confirment mon opinion ; mais ne se présentent sans doute pas à lui. Je suis surpris qu'il n'ait pas remarqué ce fait plutôt, et que des savans ne comprennent pas ce qu'on leur met sous les yeux.

Quant aux expériences que l'on fuit pour reconnaître le mouvement rotatoire de l'œil , elles demandent une attention toute particulière.

Si nous prions une personne , avec laquelle nous

nous entretenons , de fermer l'œil, l'axe de cet organe continue à se diriger vers nous, tant que cet'e personne sait que nous laregardons , ou tant qu'elle nous écoute. Lors même que les yeux sont fermés, si la personne est éveillée, l'œil ne cesse pas de se mouvoir , et il se dirige d'après hs pensées qui occupent l'esprit. Dans le clignement des paupières qui a pour but de nétoyer la cornée , le mouvement est plus rapide que la pensée , et difficile à observer ; mais la diminution graduelle de l'empire de la volonté sur l'œil, a l'approche du sommeil ou de l'insensibilité , est un phénomène si curieux par lui-même, que je ne puis m'empêcher d'exprimer ma surprise de ce que des hommes de talent aiment mieux nier le fait que de l'examiner avec soin.

Mais pourquoi M. Brewster en rappelant un cas que j'ai rapporté moi-même , cite-t-il les faits qui semblent en apparence être contre moi, et ne tient-il aucun compte de ceux qui sont en ma faveur? Ne croirait-on pas qu'il ne songe qu'à l'honneur de la victoire , et qu'il défend plutôt sa propre cause que celle de la science? Dans le cas sur lequel il a rappelé l'attention de la Société, le malade avait perdu la faculté de mouvoir l'œil ; mais la circonstance la plus importante qu'il présentait , c'est que lorsqu'il fermait les yeux , l'œil malade recevait la lumière rouge à travers les paupières. Comment peut-on expliquer ceci, à moins que l'on ne suppose que la cornée de l'œil sain s'élevait en liaut, tandis que

celle de l'autre œil restait dans la même position.

Chacun peut s'assurer de ce fait , en fermant les paupières et cherchant à voir au travers, c'est-àdire en faisant attention à la lumière rouge qu'elles laissent pénétrer. Si la personne fait alors un effort comme pour fermer les paupières, aussitôt cette lumière rouge disparaît. Cet effet n'aura pas moins Jieu 9 quoique l'on ait soin de tendre la peau de la paupière avec le doigt, pour l'empêcher de se froncer. Si l'on fait cette expérience surl'œil d'un ami, comme la cornée est visible à travers la paupière, on la verra s'élever à chaque effort qu'il fera pour fermer les yeux.

Dans mon dernier mémoire , j'avais avancé que dans certaines affections du nerf respiratoire de la face , les paupières restent ouvertes et immobiles , pendant que l'œil conserve sa mobilité ; aujourd'hui un de mes amis vient de me communiquer un cas de cette espèce. Le médecin avait cru d'abord , quand son malade voulait fermer les yeux, qu'un œil s'abaissait , tandis que l'autre s'élevait ; mais lorsqu'on lui eût dit d'observer avec plus de soin, il trouva que quand les paupières de l'œil sain étaient fermées , on voyait s'élever la cornée de l'autre œil. ici l'œil remplissait sa fonction , mais les paupières étaient immobiles.

M. Brewster doit être satisfait actuellement que j'aie suivi son avis, et que j'aie examiné ses observations avec une exactitude respectueuse. Si l'on exige la plus grande indulgence de la part de tous

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ceux qui marchent armés au milieu d'une population paisible , combien ne doit pas être plus modéré et plus réservé que les autres personnes qui s'occupent des sciences, le journaliste qui a da,-s les mains une arme si puissante ? Cependant M. Brewster ne s'est pas contenté d'écrire dans un style peu propre à concilier; maïs depuis près d'un an , il annonçait la réfutation de certaines découvertes que Von supposait m9 appartenir^ et quoique ce titre fût par lui-même une attaque directe et une condamnation, il remit la discussion de semaine en semaine, et finit après tout par ne pas faire ce qu'il avait annoncé.

Seconde partie du mémoire sur les mouvemens de l'œil M lue devant la Société royale , le 1 9 juin 1820.

Le but de tous mes efforts dans ces mémoires , est de distinguer les faits que je puis établir, de l'hypothèse qui m'a dirigé dans mes recherches. J'espère que l'importance de ces faits doit donner quelque force aux raisonnemens à l'aide desquels ils ont été découverts , et un nouvel intérêt à l'étude de l'anatomie.

Toutes les difficultés, de mon sujet se présentent, à moi dans les premiers pas que je fais pour classer les nerfs de l'orbite : car , bien que l'on ne reconnaisse proprement que neuf nerfs encéphaliques , six d'entre eux viennent à l'œil : la seconde paire, la troisième, la quatrième, une partie de la cinquième , la sixième et la septième ; tous ces nerfs se rendent dans l'orbite , et sont, on peut le dire , ramassés dans un espace qui n'est pas plus grand qu'une coquille de noix.

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Dans ce genre de recherches il n'est pas toujours possible de démontrer jusqua 1 évidence ou de répondre à une objection par la section du nerf. Ici nous devons être guidés parla connaissance la plus minutieuse de l'anatomie , et par le raisonnement plutôt que par des expériences. Je démontrerai cependant,, ce que j'ai avancé comme une hypothèse dans un autre mémoire 3 qu'il y a un rapport entre les fonctions complexes d'un orgaue et les nerfs qu'il reçoit.

De la fonction du nerf opkthalmique > division de la cinquième paire.

Nous devons d'abord rechercher quel est le nerf qui fournit aux membranes et aux surfaces de l'œil la sensibilité générale. En réfléchissant sur ce sujet , nous nous rappelons que les sensations du corps diffèrent autant par leurs espèces que par leurs degrés ; que la sensation de la douleur a pour but d'exciter notre activité , et de nous préserver de la violence , ou , par des moyens plus directs , d'exciter des mouvemens instinctifs , qui prendront l'avance sur les mouvemens les plus rapides de la volonté, et seront comme une sauve-garde plus parfaite. Le nerf trijumeau ou de la cinquième paire fournit à toutes les surfaces de la tête et de la face, tant internes qu'externes, la sensibilité dont jouit tout le reste du corps par le moyen des nerfs spinaux. Mais plusieurs de ses branches,

transmettent aussi ce sentiment distinct à quelques parties , pour faire entrer les muscles en combinaison; telle est , par exemple, cette sensibilité délicate de la surface de l'œil à la présence du plus petit corps , qui excite en même temps l'écoulement des larmes , et fait entrer les muscles en combinaison pour chasser le corps nuisible.

J'ai prouvé par des expériences , dans un des mémoires précédens , que si l'on coupe la branche de la cinquième paire qui va à la joue et aux lèvres , la peau perd la sensibilité , quoiqu'elle reçoive d'autres nerfs , et qu'elle conserve l'activité musculaire. J'ai prouvé la même chose pour la branche ophthalmique; car si l'on fait la section du rameau qu'elle envoie hors de l'orbite sur le front,, la peau sera privée de la sensibilité , tandis que le sourcil conservera tous les mouvemens.

Ces faits ont tant de force que quand on les appuie d'observations pathologiques , il n'est plus permis d'excuser ces dissections profondes et douloureuses sur les animaux vivans, et l'on peut en conclure que toutes les branches de la même division ont la même fonction à remplir , et fournissent la sensibilité aux parties situées à l'intérieur , aussi bien qu'à celles qui sont à l'extérieur.

Le cas suivant qui m'a été communiqué par M. Crampton de Dublin , nous prouvera que le nerf ophthalmique cessant de i emplir sa fonction , les parties qu'il fournit perdent leur sensi-

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bilité. Pour bien comprendre la conséquence de ce court exposé , il suffit de se rappeler que le nerf dont il s'agit passe à travers l'orbite , où il se distribue aux parties qu'elle contient et qu'il envoyé aussi des branches à l'angle de l'œil , aux paupières et au front. « Quelques jours après que l'écoulement de l'oreille eut cessé , l'œil devint entièrement insensible au toucher ; cette perte de la sensibilité s'étendit à toute la muqueuse de la paupière , à la peau qui la recouvre ? et à la peau de la joue et du front dans l'espace d'environ un pouce autour de l'œil ; elle n'allait pas audelà de la ligne moyenne de la face ; quand la malade me dit que son œil était mort ( c'est ainsi qu'elle s'exprima ) pour m'en assurer je promenai mon doigt sur la surface ; et j'étais si loin de lui occasionner de la douleur, qu'elle m'assura ne pas sentir si je la touchais. Pendant ce temps les paupières ne firent aucun effort pour se fermer , mais la conjonctive parut être sensible au stimulus , car je remarquai un certain nombre de vaisseaux qui s'injectèrent aussitôt à la surface de l'œil. »

Nous avons donc ici un exemple de l'insensibilité de l'œil lui-même, accompagnée del'insenbilité de la peau , partie qui comme nous le savons, reçoit la sensibilité de la cinquième paire, et nous en concluons que c'est à l'affection de ce nerf près de sa racine que nous devons attribuer l'insensibilité des surfaces de l'œil et de la peau

2Ô2 DES NEBFS

qui l'environne. Nous devons surtout remarquer que dans ce cas, comme dcins les autres que j'ai observés, la vision qui est la fonction du nerf optique reste entière pendant la perte de la sensibilité générale.

On peut démontrer d'une manièreplus évidente , par des expériences , que la sensibilité de l'œil produite par le nerf ophthalmique, ne donne pas directement à l'organe le pouvoir de combiner les muscles , soit pour la défense de l'œil , soit pour tout autre objet. L'impression doit être envoyée au cerveau , et les muscles excités par leurs propres nerfs. Je n'ai pas pu exciter de mouvemens de l'œil , en irritant la branche ophtkalmi me de la ciuquième paire, après avoir fait la section de ses racines, (i < Et dans le cas que nous venons de citer , les paupières n'éprouvaient pas de mouvement , lorsqu'on irritait la surface de l'œil , parceque le sensorium ne recevait aucune sensation et conséquemment ne transmettait aucun ordre. La jeune dame pouvait voir , et même mouvoir les 3rer«x et les paupières ; l'œil lui-même était irrité par le touch r, comme le prouve l'inflammation qui est survenue. Mais l'insensibilité du nerf ophtbalmiaue avait détruit un anneau nécessaire

(i) Ayant voulu exciter les muscles de l'œil en transmettant le fluide galvanique par la cinquième paire , je fis mouvoir les muscles de la mâchoire.

de l'orbite. 2 35

à l'union de l'action des muscles avec la sensibilité delà surface (1).

Nerfs qui font exécuter les mouvemens involontaires.

Nous venons de voir qu'un' grand nombre de nerfs se rendent sur les paupières et au front , et jusqu'à l'époque où ces expériences furent faites , on supposait qu'ils dirigeaient les mouvemens du front et des paupières; mais j'ai trouvé qu'ils n'entrent pour rien dans cette fonction ; au contraire , c'est une très-petite branche du nerf respiratoire de la face , ce nerf qui sort de devant l'oreille, qui préside aux mouvemens du front et des paupières. Si ce petit nerf est divisé , les mouvemens des paupières cessent et elles restent ouvertes ; si' au contraire , tous les nerfs, c'est-à-dire, la 2e, la 5% la 4% la 5e paire étaient détruites , et que ce petit rameau restât entier , les contractions des paupières resteraient parfaites. Les recherches faites dans la première partie de ce mémoire donnent une juste idée des conséquences de l'imperfection qui résulte de la section de cette petite branche du nerf respiratoire ; elles montrent que l'œil qui n'est pas gardé et lavé, sèche par 1 evaporation et s'enflamme et que la cornée devient opaque. Il estinutile d'indiquer l'importance de ce fait au chirurgien.

(i) "Voyez le cas de Martha Symmonds rapporté plus

bas.

On a demandé pourquoi ce nerf serait appelé respiratoire , et ce que les actions de la respiration ont de commun avec les paupières. J'ai nommé ce nerf respiratoire , afin de fixer l'attention sur quelques rapports importans , et de pouvoir à l'occasion de cette question que je prévoyais , faire remarquer et faire retenir en même temps les connexions de parties éloignées. Ces connexions sont si intéressantes , la connaissance en est quelquefois si utile, et elles ont un rapport si immédiat avec le sujet dont nous nous occupons actuellement , que je puis me permettre de les exposer ici.

Pendant l'état d'excitation des organes respiratoires , il faut un accord très- étendu de l'appareil musculaire pour unir les tissus les uns aux autres, et les soutenir, afin qu'ils puissent agir en même temps pendant les efforts violens du corps, comme dans la toux , l'éternument, etc. Nous allons prendre l'acte de l'éternument comme un exemple familier de la manière dont l'œil est gardé pendant un acte d'expiration violent et subit.

Au moment de cette action convulsive des muscles respiratoires, une violente impulsion est communiquée à la tête , le long de la colonne de sang , dans les vaisseaux de la tête et du col. Chacun sait qu'à ce moment l'œil voit jaillir une lumière; mais on se trompe sur la cause, car on l'attribue à l'impulsion du sang poussé avec force dans l'œil ; tandis qu'elle est due à la contraction des paupières qui doit contrebalancer la force de l'impulsion ,

de l'orbite. 2 55

et soutenir le tissu délicat de l'œil. Si les paupières restent ouvertes pendant l'éternument , cet acte ne sera suivi d'aucune sensation de lumière, parce que la contraction des paupières sur l'œil n'a pas eu lieu.

Pouvons-nous regarder cette action du muscle des paupières combinée avec l'action des muscles respiratoires comme une connexion accidentelle? N'est-ce pas au contraire un moyen de comprimer et de soutenir le système vasculaire de l'œil, et de le garder de l'impulsion violente du sang qui accompagne certains actes de la respiration ? Si nous ouvrons les paupières d'un enfant pour examiner l'œil tandis qu'il crie et se débat avec force , comme nous enlevons à l'œil son soutien naturel , le sang étant en même temps poussé avec violence dans la tête par l'acte de la respiration , nous verrons la conjonctive se remplir subitement de sang > et la paupière se renverser.

Le nerf respiratoire de la face remplit deux fonctions, dont l'une est volontaire, comme de mouvoir les joues et les lèvres dans la parole , et l'autre involontaire, comme de mouvoir les narines dans la respiration pendant le sommeil ou l'insensibilité ; de même la branche du nerf respiratoire qui monte jusqu'aux paupières remplit deux offices ; elle fait contracter les paupières par la volonté , et elle produit aussi ces clignemens involontaires des paupières qui emportent les larmes, et entretiennent la lucidité de la surface de la cornée , en

même temps qu'elle fait correspondre les motivemens des paupières avec l'acte de la respiration (1). J'ai fait observer dans la première partie de ce mémoire que l'acte de la conservation ne consiste pas seulement dans le mouvement des paupières , mais que ce mouvement est accompagné de la rotation de l'œil. Comment s'établit ce rapport entre les paupières et l'œil? Cette question nous conduit à l'examen de la quatrième paire.

La quatrième paire.

C'est un petit nerf qui prend son origine dans ïe cerveau ( h. fig. 8 pi. 1 ) , dans un endroit éloigné de tous les autres nerfs qui se rendent dans l'orbite. Il passe au travers des différentes branches des autres nerfs sans les toucher , et se distribue entièrement à un seul muscle, l'oblique supérieur. Nous pouvons observer aussi que cette singularité se remarque chez tous les animaux. Quelle peut donc être la fonction de ce nerf par

(i) Après avoir distingué les fonctions de la cinquième paire de celles de ce système , il nous resterait encore à établir si les différentes opérations de chacun de ces nerfs dépendent de l'exercice de filamens distincts. Je crois que les filamens sont des nerfs distincts réunis, et l'analogie me les ferait, regarder comme capables de fonctions différentes; mais cela ne peut être démontré que pour les nerfs de l'épine , où les racines sont séparées.

DE L ORBITE. 2ôj

rapport à ce seul muscle? Pourquoi sa racine ou son origine est elle différente de celles des autres nerfs , du nerf de la vision , de celui de la sensibilité générale et de celui du mouvement volontaire? C'est ici que nous nous rappelons avec beaucoup plus d'intérêt les fonctions des muscles obliques de l'œil , observant qu'il font exécuter à l'œil un mouvement de rotation insensible , et qu'ils le tiennent dans un état de suspension entre eux. INous avons vu que par la section du muscle oblique supérieur , l'œil est entraîné avec plus de force en haut, et si nous supposons que l'influence de la quatrième paire cause, dans certaines occasions, le relâchement du muscle auquel elle se rend , l'œil doit nécessairement être porté en haut (1 ).

(1) On regarde si généralement les nerfs comme destinés à stimuler les muscles, sans penser à leur action dans le sens opposé, qu'il est nécessaire de donner ici quelques autres détails. C'est par les nerfs que s'établit la connexion entre les muscles ; non-seulement cette connexion par laquelle les muscles sont combinés pour produire un effort 7 mais aussi ce rapport qui existe entre les différentes classes des muscles, et par lequel l'une se relâclie tandis que l'autre se contracte. Je suspendis au tendon d'un muscle extenseur un poids qui s'étendait et le tirait au dehors, et je remarquai que la contraction du fléchisseur antagoniste était accompagnée de l'abaissement du poids , ce qui indiquait le relâchement de l'extenseur. Pour établir cette connexion entre deux classes de muscles , qu'ils soient groupés les uns auprès des autres , comme dans les membres , ou qu'ils soient épars ça et là sur une grande surface , comme les mnscles de la respiration.

La marche que nous suivons dans nos recherches nous porte à observer d'abord le rapprochement de la racine de la quatrième paire, de l'origine du nerf respiratoire de la face , et nous les voyons sortir du même filet de substance fibreuse. La colonne de substance médullaire qui constitue la partie de la moelle allongée d'où sortent les nerfs respiratoires , se termine en haut , ou à son extrémité antérieure , précisément sous les corps quadrijumeaux , et c'est de laque sort la quatrième paire. Est-il donc possible , dirons-nous , qu'il y ait quelque correspondance entre l'acte général de la respiration , et le mouvement de rotation de l'œil ? Conduit ainsi à faire l'expérience , je fus trèssatisfait de voir qu'il était aussi facile d'en donner la preuve. Si l'on se bouche les narines avec un mouchoir , chaque effort que Ton fera pour se moucher sera accompagné d'un mouvement d'élévation rapide, de la cornée sous la paupière supérieure. Toutes les fois que les paupières se contractent par l'influence du nerf respiratoire de la face , comme dans l'éternument , l'œil se tourne en haut, et sans aucun doute , par l'influence de la quatrième paire.

Il doit y avoir des nerfs particuliers et destinés à former ce double nœud , à combiner les muscles dans le relâchement aussi bien qu'à exciter leur contraction. Si c'est par la distribution des nerfs , que s'établit ce rapport entre les muscles des paupières, et le muscle oblique supérieur de l'œil , l'un se relâchera , tandis que l'autre se contractera.

DE I/OREITE. 209

Je pourrais peut-être me contenter d'avoir observé ces deux faits , d'abord l'existence de la combinaison des mouvemens de l'œil et des paupières que j'ai indiquée , et ensuite la réunion à leurs racines des nerfs qui meuvent les paupières et du nerf du muscle oblique de l'œil s mais ce sujet intéressant mérite bien certainement que je continue mes recherches.

Il est évident que nous devons considérer les nerfs et les muscles des paupières sous le double rapport de leurs mouvemens volontaires ou involontaires ; sous le premier, les mouvemens des paupières se combinent avec tous les muscles de l'œil , comme nous pouvons le voir dans les contractions volontaires et dans la pression de l'œil. Mais il n'y aurait pas de sympathie entre les mouvemens insensibles et involontaires des paupières , et les muscles de l'œil , etconséquemment aucune union dans le mouvement de ces parties, sans un nerf de la nature de celui de la quatrième paire; c'est-à-dire un nerf qui s'étant écarté de la racine des nerfs respiratoires se dirige vers les muscles obliques. En un mot , l'origine des racines de ce nerf en indique la fonction.

L'expression de l'œil dans la passion prouve que ce rapport est établi par un nerf respiratoire , et conséquemment par un nerf de l'expression. Dans la souffrance , dans les peines d'esprit , et dans toutes les passions du même genre , les yeux sont élevés et tirés , d'accord avec les changement que-

prouvent les autres traits. Si Ton demande actuellement , comme on le faisait , il y a plusieurs siècles, pourquoi la quatrième paire se rend dans l'orbite, qui reçoit tant de nerfs, pourquoi son origine est si éloignée de celle des autres nerfs, pourquoi elle ne fournit aucune branche et va toute entière à un seul muscle de l'œil , on pourra répondre que c'est pour présider à la rolation insensible et instinctive de l'œil , pour associer ce mouvement de l'œil avec ceux du clignement des paupières ; pour établir un rapport entre l'œil et le système respiratoire, fonctions qui tendent toutes à la sûreté ou à la conservation de l'organe luimême.

Les nerfs volontaires.

Les nerfs volontaires de l'œil sont ceux de la troisième et de la sixième paire. Celui de la troisième paire sort du pédoncule du cerveau, cette bandelette de substance médullaire d'où partent tous les nerfs qui n'appartiennent qu'à la volonté 11 se distribue en même temps aux muscles de l'œil ; mais aux muscles seulement. C'est pour cela que nous lui conservons le nom de Motor Oeuli que lui a donné Willis , quoique les raisons pour lesquelles il l'a appelé ainsi soient imaginaires et insuffisantes. La cinquième paire j, fournit par sa branche ophthalmique des rameaux aux muscles de l'œil, mais non aussi profusément qu'aux par-

DE i/oRBITE* 24 i

tîes qui les entourent , elle ne donne que ce qui est nécessaire pour qu'ils aient le degré de sensibilité que possède généralement la substance musculaire. Puisque les branches de cette cinquième paire, qui se distribuent aux muscles des paupières et du front , ne contribuent nullement à l'action musculaire , il serait insoutenable de supposer que dans l'orbite ils président à l'action des muscles. D'après ces raisons , je crois que la troisième paire est celle qui fournit le mouvement volontaire aux muscles de l'œil , et que, de tous les nerfs du corps , c'est celui qui est le plus parfaitement et le plus directement sous l'influence de la volonté.

On appelle le nerf de la sixième paire ahducens et motor externus 9 (nerf moteur externe ). Il n'y a aucune obscurité sur l'origine et la distribution de ce nerf; il sort de la même bandelette do substance médullaire qui donne naissance aux nerfs du mouvement 5 et se distribue à un muscle volontaire , le droit externe. Sous ce rapport , il semble être une sousdivision de la troisième paire , et , sans aucun doute , il appartient à la volonté ; mais il existe dans ses connexions une circonstance que je ne puis expliquer. Ce nerf reçoit une grosse branche du grand nerf appelé grand sympathique. Ce dernier en montant par la base du crâne, s'unit avec celui de la sixième paire à l'endroit où il entre dans l'orbite. Quelques personnes arrivées à ce point , seraient peut-être disposées à appeler ceci une connexion accidentelle, et ainsi à l'abandon-

g4â CES NERIS

ner ; mais les recherches que je fais sur le même sujet depuis bien des années m'ont convaincu que dans le corps humain , il n'y a pas d'accident et l'anatomie comparée nous prouve que cette connexion existe régulièrement.

Pour en revenir à la considération de ces nerfs du mouvement dans leur rapport avec l'œil , nous affirmerons que, bien que privés de sensibilité d'après l'acception ordinaire du mot, ils fournissent sans aucun doute à l'esprit les rudiments de certaines sensations, et sous ce rapport ressemblent aux nerfs des sens. D'après les expériences quo j'ai rapportées dans la première partie de ce mémoire , il paraît que nous sommes sensibles au degré d'action exercé par les muscles volontaires de l'œil. Ces nerfs , la troisième et la sixième paire, quoique ne recevant aucune impression externe, sont néanmoins lès agens qui fournissent les perceptions de lieu ou de relation , pour aider la sensibilité dont jouissent le nerf optique et la rétine.

Je terminerai ces observations par un cas qui va servir d'exercice anatomique au lecteur.

Martha Symmonds , âgée de 5i ans , Salle Xortbumberland , fut admise à l'hôpital pour une affection qui paraissait avoir son siège dans l'orbite gauche. Neuf mois avant, elle avait eu une attaque de paralysie, avec perte du pouvoir sur son bras droit, et elle perdit la sensibilité du bras, du col et de la face du même côté ; elle perdit aussi le pouvoir de la parole , excepté seulement pour « ba-

de l'orbite. 245

bïller, * selon sa propre expression. Elle se releva de cette attaque , et entra en service. Il y a environ huit ou dix semaines, elle fut effrayée par une obscurité qui commença à se répandre sur les deux yeux , et elle fut obligée de quitter sa place à cause de l'obscurcissement de sa vue. Les deux yeux étaient également affectés, et l'on ne pouvait distinguer dans aucun des deux , ni rougeur , ni opacité. Elle se confia aux soins d'un médecin, parce qu'elle craignait le retour de la paralysie. Il y a environ six semaines , la paupière supérieure de l'œil gauche tomba, et elle ne put plus l'élever. À cette époque elle éprouvait au-dessus de l'œil gauche, une grande douleur qui s'étendait sur le: côté gauche du front ; elle perdit en même temps la vue de ce côté , quoiqu'elle pût encore distinguer le jour de la nuit; elle pouvait à cette époque diriger aussi facilement les mouvemens de cet œil que ceux de l'autre , et l'apparence de l'œil était naturelle.

Cinq jours avant qu'elle fût admise à l'hôpital , elle éprouva une violente douleur pulsative dans l'œil gauche,, et depuis ce temps, l'œil, comme elle dit , a grossi , au point de faire une saillie considérable hors de l'orbite. Deux jours avant son admission , elle avait complètement perdu la vue de ce côté, et elle était privée de la sensibilité sur l'angle interne du nez, et sur le côté gauche du front.

Aujourd'hui l'œil gauche est recouvert par la

paupière supérieure , et s'avance considérablement hors de sa position naturelle. La paupière inférieure est renversée , ce qui est une suite de la projection du globe de l'œil , et la conjonctive est tuméfiée et saillante. Elle ne peut élever la paupière supérieure, mais si elle la relève avec le doigt, elle peut la faire retomber de nouveau, et elle cligne par un mouvement qui correspond naturellement avec celui de l'autre œil. On peut demander si le globe de l'œil est augmenté de volume , ou seulement porté en avant. La pupille est plus large que dans 1 état naturel , et l'iris est sans mouvement : elle ne peut mouvoir l'œil dans aucune direction : tout l'œil est insensible : on lui a scarifié la paupière inférieure , et elle n'a pas éprouvé de douleur. Elle nous laisse aussi appuyer sur la surfacede l'œil sans se plaindre , -et sans cligner , quoiqu'elle puisse cligner comme nous l'avons dit déjà , et qu'elle cligne de cette paupière -, lorsqu'on menace l'autre œil.

6 octobre. — Aujourd'hui on a examiné de nouveau la face et la tête de cette femme , pour s'assurer de l'étendue de l'insensibilité. Nous avons dit dans la première partie de l'observation , qu'elle avait perdu la sensibilité de la surface de l'œil et des paupières , dans l'angle du nez et sur le front. Elle dit qu'actuellement la perte de la sensibilité est moins complète dans ces parties , parce que, lorsqu'on lui a scarifié la paupière, l'autre jour , elle a éprouvé une douleur qu'elle n'avait

pas sentie la première fois qu'on la lui a scarifiée L'œil semble aussi avoir diminué de volume. (

De plus la malade aperdu presque complètement la sensibilité de la joue au-dessous de l'orbite ,plus bas du côté gauche du nez et de la lèvre supérieure, ainsi que de la cavité gauche du même côté. Cependant si on applique la pointe d'une épingle vers l'oreille , sur la peau qui recouvre la mâchoire inférieure , elta éprouve alors de la douleur. On roula un morceau de linge pour l'introduire dans la narine gauche , elle nous laissa le pousser aussi haut qu'il nous fut posssible , et pendant cette opération , elle nous dit seulement qu'elle le sentait. Nous ne pûmes la faire éternuer en le tournant dans la narine. Quand nous essayâmes la même expérience sur l'autre narine , elle ne put supporter le chatouillement produit par l'extrémité libre des fils de l'étoffe , avant qu'elle fût introduite dans la narine. Elle m'apprend dans ce moment qu'elle a l'habitude de prendre du tabac , et non seulement elle n'en éprouve pas comme de coutume une sensation agréable , mais elle n'en reconnaît pas même la présence dans le côté gauche du nez : nous venons de lui boucher la narine droite , et nous lui avons fait respirer de l'esprit d'ammoniaque très-fort ; ensuite nous avons répété ra même expérience sur l'autre narine. Il y a .une différence très-sensible dans les effets produits par l'ammoniaque sur les deux côtés du nez. Elb nous a dit qu'elle le sentait des dtux côtés ; mais elle ne

pouyait supporter la présence de îa bouteille qui renfermait l'ammoniaque aussi long-temps à la narine droite que nous avons remarqué qu'elle le faisait à la gauche. Lorsqu'on mettait la bouteille sous la narine droite , l'odeur piquante l'affectait de suite au point qu'elle ne la pouvait soutenir; au contraire, elle la laissait pendant longtemps sous îa narine gauche , et même elle l'aspirait avec force , avant d'être disposée à l'éloigner. Pendant ces expériences ? nous observâmes que l'œil droit se couvrit de larmes , la surface de l'œil gauche au contraire parut rester sèche.

Afin de connaître d'une manière plus certaine jusqu'à quel point était affecté le sens de l'odorat, nous essayâmes l'effet de quelques substances qui n'ont pas une odeur piquante. Ayant approché de l'essence d'à nis de sa narine gauche , tandis que la droite était fermée , nous la vîmes l'aspirer avec force ? mais elle ne sentit aucune odeur. Nous essayâmes ensuite la même chose avec un morceau d'assa fœtida, mais elle n'éprouva encore aucune espèce de sensation , agréable ou désagréable. Elle reconnaissait ces odeurs par la narine droite. Nous examinâmes l'état de la bouche, nous appuyâmes avec l'extrémité d'un pinceau sur les gencives supérieures du côté gauche de la bouche, en-dedans de la joue , à l'endroit où elle se sépare de la gencive et la malade parut n'éprouver qu'une légère sensation ou même n'en éprouver aucune. Elle consentit à mettre une cuillerée de moutarde entre les genci-

DE I/OKBITE» 2^

ves et la joue; et elle ne parut pas très incommodée par cette expérience ; la sensibilité des autres parties de la bouche était naturelle.

Les différentes circonstances de ce cas se sont; compliquées tellement qu'il est difficile de déterminer exactement quel est le siège de l'affection , qui produit ainsi la destruction du nerf optique , de la troisième et de la quatrième paire, de la première et de la seconde branche de la cinquième et enfin de la sixième paire. Aces nerfs nouspourrions ajouter l'olfactif, maïs on demandera peut-être si la fonction de ce nerf est affectée directement ou indirectement : c'est ce qui sera probablement décidé à la terminaison du cas \ cependant l'état des parties situées hors de l'orbite , nous montre que le pouvoir de fermer la paupière et de cligner est conservé lors-même que la paupière ne peut plus être élevée , et que la sensibilité des paupières et de l'œil lui-même est complètement perdue. C'est la portion dure qui se distribue au muscle orbicuiaire de la paupière, et lui donne le pouvoir de cligneiv Nous voyons aussi que la malade peut inspirer avec force , et mouvoir parfaitement les muscles qui appartiennent à la narine et à la lèvre supérieure du côté gauche , tandis que la peau qui recouvre ces parties est insensible ; ce pouvoir appartient encore à la portion dure. Ce nerf qui fait un détour pour arriver à la face , et qui dès-lors n'est pas lésé par la compression qui existe dans l'orbite, lui donne la faculté de mouvoir la narine

gauche \ et le côté gauche de la bouche , en même temps que l'autre côté de la face ; bien que la première et la seconde division de la cinquième paire participent à l'affection , et soient détruites avec les nerfs de la première , de la seconde, delà troisième , de la quatrième et de la sixième paires. ( Rapports non publiés de l'hôpital de Middlesex).

Je crois avoir enfin débrouillé la confusion des nerfs de la tête , et assigné exactement à chacun d'eux la fonction qui lui est propre. Dans nos ouvrages d'anatoinie , les nerfs sont énumérés d'après la méthode de Willis , classification qui fut faite dans l'ignorance des fonctions distinctes des nerfs , et établie simplement sur l'ordre de succession dans lequel ils paraissent à leur sortie du cerveau.

Le nerf de la première paire est sensible aux émanations , et il est appelé avec raison le nerf olfactif.

Le nerf de la seconde paire , est le nerf optique , et toutes les impressions qu'il reçoit , n'excitent que des sensations de lumière.

Le nerf de la troisième paire se rend aux muscles de l'œil seulement et c'est le nerf volontaire qui dirige l'œil vers les objets.

La quatrième paire fait exécuter à l'œil les mouvemeus insensibles de rotation ; elle combine les mouvemens de l'œil et des paupières , et unit 3'œilavec le système respiratoire.

DE IÂ3RBITE. 2^$

La cinquième paire est le nerf universel de la sensibilité à la tête et à la face, à la peau, aux surfaces de l'œil , aux cavités du nez , à la bouche et à la langue. (1)

Le nerf de la sixième paire est un nerf musculaire et volontaire de l'œil.

Le nerf de la septième paire est le nerf acoustique, et la division nommée portion dure est le nerf moteur de la face et des paupières , le nerf respiratoire , et celui duquel dépend l'expression de la face.

La huitième paire et le nerf accessoire sont des nerfs respiratoires.

Le nerf de la neuvième est le nerf moteur de la langue.

La dixième paire est la première des paires de l'épine; elle a une double racine et remplit deux fonctions ; elle appartient en même temps au mou-

: l m—— —m ■. ■■ n».ll«imi.llillr-iia .«■— 3— »■■ lu m: ■■ i h»jjmmuu^m»

(i) En parlant ici de la cinquième paire j'ai passé sous silence sa ressemblance avec les nerfs de l'épine , mais si nous avions passé de l'étude des nerfs spinaux à celle des nerfs de la tète , nous aurions vu alors que la cinquième paire est le nerf spinal de la tête ; qu'elle a un ganglion près de son origine -, qu'elle a deux racines , et que d'après son pouvoir sur les muscles des mâchoires et de la mastication, elle a deux fonctions à remplir, puisque c'est elle qui fournit la sensibilité, en même temps qu'elle envoie des branches aux muscles primitifs ou réguliers , c'est-à-dire , à la classe des muscles qui sont communs à tous les animaux à quelqu'ordre qu'ils appartiennent; sous tous ces rapports elle ressemble aux nerfs spinaux.

ADO DIS NKRFS

•veme'ût et à la sensibilité ; elle donne des rameaux aux parties du front et des tégumens de la tête qui ne reçoivent pas de branehes delà cinquième paire. Si j'avais pris les nerfs de tout autre organe complexe que ceux de l'œil , mon travail eut été plus facile. Si j'avais pris les nerfs de la langue, par exemple , j'aurais pu prouver,, par des expériences et de la manière la plus directe que les trois nerfs appartiennent à trois fonctions différentes , et se rapportent à trois classes distinctes des parties; j'aurais montré que le goût et la sensibilité dépendent de la cinquième pair , le mouvement volontaire de la neuvième , et la déglutition du nerf glosso-pharyngien de la langue.

En terminant ces mémoires , j'espère qui! me sera permis de dire quelques mots en faveur de i'anatomie , science beaucoup plus propre aux découvertes que les expériences. La question est poséeentre l'observation et l'expérience ;et elle peut être éclairée par l'astronomie et la chimie. Dans la première, comme les objets sont hors de notre portée, nous faisons des observations et non des expériences ; et la science finit par arriver à un état de perfection qui élève dans notre estime l'intelligence humaine. Dans la seconde ,1e plus souvent les objets sont hors de la portée de l'influence mutuelle ; ils doivent être annexés l'un vers l'autre par l'art , et la chimie devient une science d'expérience. Mais ranatomic a plus de rapports avec

la première qu'avec la dernière de ces sciences , puisque les objets sont devant les yeux. Les parties du corps animal présentent des tissus distincts et sont disposées dans un ordre naturel et parfait. Il ne s'agit que de suivre les troncs , ou d'observer l'ordre symétrique des cordons nerveux pour découvrir leurs usages respectifs. Les mouvemens de toutes les parties , soit iluides , soit solides , sont si réguliers et si uniformes , que le tout présente un sujet à l'observation et à l'induction. Déjà des étourdis et des ignorans sont prévenus contre l'anatomie. Que ceux , au moins , qui sont chargés de la professer ne s'exposent pas sans nécessité à la censure des profanes. Les expériences, n'ont jamais conduit à des découvertes , et l'examen de ce qui a été fait en physiologie pendant les dernières années nous prouve que l'ouverture des animaux vivans a plus contribué à perpétuer Terreur, qu'à confirmer les vues saines tirées de l'étude del'anatomîe et des mouvemens naturels.

Dans une revue étrangère de mes premiers mémoires , on a considéré les résultats que j'annonçais, comme une nouvelle preuve en faveur des expériences. Ce sont , au contraire, des conséquences tirées de l'anatomie , et quand j'ai eu recours aux expériences, ce n'a point été pour former mes propres opinions , mais pour les faire adopter à d'autres. Ce qui doit m'excuser , c'est que mes efforts pour persuader, furent perdus , tant que je ne m'appuyai que sur l'anatomie. J'ai fait peu d'expérien-

25~2 BEB NERFS

ces , elles ont été simples , facilement exécutées et j'espère décisives.

Si nous passons en revue les opinions sur le cerveau et les nerfs reçues en différens temps , nous trouvons une théorie qui a régné depuis les auteurs grecs, jusqu'au temps de Willis, et qui, depuis lui, a été transmise avec peu de changemens aux écrivains modernes. On supposait que le cerveau sécrétait un fluide nerveux , et que les nerfs étaient les canaux qui servaient à le transporter. Dans tous les temps , le cerveau a été considéré comme le sensorium commune , et on a cru tous les nerfs capables de transporter la sensibilité , à l'exception de ceux qui sont pourvus de ganglions. S'ils avaient des ganglions , dès-lors on les regardait comme entièrement séparés du cerveau ; et ce sont ces nerfs si distincts que l'on appelait nerfs de la vie : ils ne servaient ni à gouverner les muscles , ni à transporter les sensations. Avec cette simplicité de doctrine apparente , on n'a jamais présenté un aussi grand nombre d'erreurs dans l'histoire d'aucune science.

Ces notions étaient évidemment fondées sur la croyance erronée que le même nerf remplissait différentes fonctions , et que le même fluide se portait en dehors pour stimuler les muscles , et en dedans pour transporter la sensation des impressions externes. Ces opinions sont tellement opposées à la structure des parties , que la dissection la plus simple en prouve la fausseté.

Tant s'en faut qu'il soit vrai que les ganglions interceptent les sensations , que j'ai au contraire , prouvé par des expériences que tous les nerfs, sans aucune exception , qui président à la sensibilité , depuis le sommet de la tête jusqu'à l'extrémité des orteils, ont des ganglions sur leurs racines; et ceux qui n'ont pas de ganglions ne sont pas des nerfs de la sensibilité, mais sont employés à faire agir l'appareil musculaire.

L'hypothèse que le fluide s'écoule de la grande officine par les nerfs , a eu une influence fâcheuse sur la direction des travaux des expérimentateurs. Dans le dernier siècle, elle entraîna les disciples de Haller dans des recherches sur l'influence des nerfs : de nutritions imprimis nervosâ , et de nervorum in arterias imperio , et l'intérêt de cette ques* tion n'a pas diminué, au contraire, il a augmenté parmi nous.

Cette notion d'un fluide qui se meunt en arrière et en avant dans les tubes des nerfs, également propre à produire le mouvement et la sensibilité , a perpétué cette fausse opinion que les différens nerfs de la sensibilité sont appropriés à leurs fonctions par la contexture de leurs extrémités , « qu'il j» existe un certain rapport entre la mollesse des » extrémités nerveuses et la nature des corps qui » produisent une impression sur eux. » Au contraire chaque nerf d'un sens est limité dans son exercice et ne peut servir qu'à certaines perceptions. Quelle que soit la nature de l'impulsion communi-

quée a un nerf, que ce soit pression, vibration, chaleur ou électricité, la perception excitée dans l'esprit se rapportera à l'organe exercé et non à ï'impression qu'il a reçue. Le feu ne donnera la sensation de la chaleur qu'au nerf qui est disposé pour cela à la surface. Quelque délicate que soit la rétine , elle ne sent pas comme la peau. La pointe qui est appuyée sur la peau donne la sensation d'une piqûre ; enfoncée dans la rétine , elle occasionera une étincelle de feu, ou lepassage d'une flamme. La langue jouit de deux sens , le tact et le goût ; mais en choisissant l'extrémité d'un nerf particulier, ou ce qui est la même chose, une papille particulière , nous pouvons exercer séparément l'un ou l'autre de ces sens. Si nous appuyons une aiguille contre un nerf du toucher , nous en sentirons la pointe, et nous connaîtrons la partie de la langue qui sera en contact avec la pointe ; mais si nous touchons un nerf du goût, nous n'aurons aucune perception de forme ni de lieu \ nous n'éprouverons qu'un goût métallique.

Les innovations du célèbre Bichat, cette autorité du Continent si vantée , ne nous ont pas fait avancer d'un seul pas vers la vérité. Quand en même temps il rejeta tout respect pour ses contemporains , et l'autorité de ceux qui l'avaient précédé ; il négligea également les faits de l'anatomie. 11 peut y avoir du mérite à considérer un sujet sous de nouveaux rapports , mais Bichat prenait toujours une chose par le côté vicieux , et la présentait

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sous un aspect si singulier , qu'il mettait chacun dans l'embarras , lorsqu'il s'agissait de dire si c'était la même chose que Ton connaissait depuis long-temps ; aussi appela-t-il système ganglionnaire , ce que jusqu'à lui on avait nommé le système du nerf grand sympathique, quoique cependant il ne soit pas plus remarquable par les ganglions que les autres nerfs sur lesquels on trouve des ganglions distincts par leur volume a leur nombre et leur régularité. On ne doit pas rejeter complètement du système ces ganglions , simplement parce qu'ils sont contenus dans le crâne et dans le canal vertébral ; cette circonstance doit plutôt faire remarquer leur importance.

Bichat se persuada que le système des ganglions était isolé et subsistait par lui-même ; tandis qu'au contraire , les rapports de cette partie avec le système nerveux sont universels. La cinquième paire si étendue et les trente paires de l'épine fournissent à ce système de grosses et visibles racines. On voit ses rameaux s'étendre universellement.

Ce fut une méprise encore plus fâcheuse de cet ingénieux physiologiste , de supposer que le nerf grand sympathique était le même que celui que l'on voit chez les animaux inférieurs (les vers) s'étendre depuis une extrémité du corps jusqu'à l'autre. Dans la sangsue ou le ver, ces nerfs produisent l'union et l'enchaînement des mouvement involontaires, et président aussi bien a la sensibilité qu'au

mouvement ; et cependant il n'a vu dan? le système du grand sympathique du corps humain , que le développement de ce même système de nerfs , quoiqu'il connût bien que chez l'homme le nerf grand sympathique ne fournit ni sensibilité, ni pouvoir locomoteur.

Bichat annonça son système avec une éloquence populaire , qui eut une influence très-remarquable sur toute l'Europe. Les physiologistes entraînés par lui , ne reconnurent pas l'importance des différentes parties du système nerveux ; et même les expériences multipliées de Legallois ne purent les convaincre de la nature de la moelle vertébrale.

Les expériences de Legallois furent aussi grossières que possible. Il coupait en travers la moelle vertébrale , ou la détruisait en traversant le canal vertébral avec des broches , et en observait les effets , comme si la moelle de 1 épine était un corps simple ; par cette destruction de la substance , les ganglions primitifs qui forment une série le long de l'épine devaient se trouver lésés. La bandelette de substance nerveuse d'où sortent les nerfs de la sensibilité , celle aussi qui fournit les racines du mouvement volontaire, et la colonne latérale qui est liée avec les fonctions de la respiration, doivent avoir été toutes détruites dansées expériences grossières; et nous ne devons pas être surpris que les résultats en aient été obscurs et contradictoires.

Mais le système qui s'éloigne le plus de toutes

les manières légitimes de raisonner, quoiqu en apparence appuyé sur des recherches anatomiques, c'est celui de M. Gall. Il suffit de dire , que sans comprendre les grandes divisions du système nerveux , sans aucune notion des propriétés distinctes des nerfs en particulier , et sans avoir établi de distinction entre les colonnes de la moelle de l'épine , sans même s'être assuré de la différence du cerveau et du cervelet, M. Gall s'est occupé à décrire le cerveau comme composé de plusieurs organes particuliers et indépendant, et il a placé dans chacun la résidence de quelque faculté spéciale.

Lorsqu'on réfléchit à la popularité dont ont joui ces doctrines , on peut aisément concevoir combien il m'a été difficile, pendant leurs importations successives, de maintenir mes élèves sur les traces de nos grands concitoyens. Certainement , il est temps que les écoles de ce royaume soient distinguées de celles delà France (1). Que les physiologistes de ce pays nous empruntent et suivent nos opinions par des expériences (2) ; mais pour nous ,

(1) L'auteur nous prie dédire ici que ces expressions lui ont été arrachées dans Un premier mouvement, lorsqu'il apprit qu'on lui disputait le mérite de ses découvertes.

( note du traducteur. )

(2) Voyez les expériences de M. Mageadie sur les distinctions des racines des nerfs.

continuons d'élever cet édifice , qui a été commencé dans les travaux des Monro et des Hanter, (i)

(i) Tandis qu'on imprimait les dernières feuilles de cette édition de mes mémoires , je pris l'ouvrage de M. ïïunter sur l'économie animale pour le consulter sur la distribution des nerfs au nez. Je fus aussi surpris à la lecture du passage suivant que si je ne l'eusse pas encore lu. Cet ouvrage de M. Hunter est un des premiers que j'achetai lorsque j'étudiais la médecine; depuis je l'ai souvent parcouru avec le plus grand intérêt, et je crois que je pourrais faire remonter jusqu'à ces lectures l'origine de mes premières réflexions, quoique depuis vingt ans je n'aie pas pensé que j'en fusse redevable à M. Hunter. J'ai souvent examiné avec la plus grande attention les planches de Monro, persuadé qu'on pourrait y découvrir la cause de la confusion apparente du du système nerveux ; mais je ne connaissais pas aussi bien ce dont j'étais redevable à M. Hunter. Je suis heureux d'avoir remarqué ce passage aussi à propos , et de trouver un appui a. mes opinions dans une si grande autorité.

« S'il existe encore tant de filets nerveux qui nous sont inconnus , c'est sans doute à ce que les nerfs sont la partie la plus difficile du corps à disséquer que nous en devons attribuer la cause. Si la connaissance des nerfs, celle de leur origine , de leur union et de leur réunion a quelques rap ports avec leur physiologie , plus on mettra de soin à les étudier , mieux on comprendra leurs fonctions. Je suis persuadé que , si nous avions une connaissance suffisante de la physiologie des nerfs, nous reconnaîtrions que leur distribution et leur complication dépendent si immédiatement de leurs usages particuliers qu'elles expliqueraient facilement les

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Toute l'histoire de la littérature médicale prouve qu'on ne peut retirer aucun avantage , pour la

nombreuses singularités qui nous semblent si difficiles aujourd'hui à comprendre. Ce qui conduit naturellement à cette opinion c'est que les origines et le nombre des nerfs ne varient jamais, et que des nerfs particuliers sont destinés invariablement à certaines parties : la quatrième et la sixième paire en sont des exemples remarquables j et nous pouvons conclure raisonnablement que chaqae partie a des branches qui lui sont particulières , et que, quelque compliquée que soit leur distribution , cette complication est toujours régulière. H y a des nerfs qui se distinguent par leur trajet, comme la corde du tympan et le nerf récurrent ; d'autres qui sont destinés à des sensations particulières comme ceux quî*se rendent aux quatre organes des sens de la vue , de l'œil, de l'odorat et du goût7 et nous pouvons sans inconvénient y comprendre le cinquième sens ou sens du toucher, quelques parties du corps ayant des sensations particulières (comme l'estomac et la verge). Cette uniformité générale dans le trajet des nerfs, dans leurs connexions et leur distribution nous fait supposer qu'elles ont un autre but que la simple convenance de la disposition mécanique. On a décrit, dans les dissections des nerfs, beaucoup de variétés anatomiques qui sont plutôt dues f je crois , aux me'" prises des anatomistes qu'à aucune irrégularité réel'e dans le nombre, le mode de ramification , le trajet, la distribution ou les connexions de ces nerfs. * Nous n'observons pas la

* «On doit faire attention qu'ici je ne parle pas des connexions latérales, comme lorsque deux branches réunies en un seul cordon se di< visent ensuite, ou lorsqu'une branche se rend à une partie soit simple soit double, car c'est toujours le même nerf ; ou lorsqu'une branche s'unit à une autre un peu plutôt ou un peu plus lard , car c'est toujours la même branche. Ces effets peuvent dépendre plutôt d'une variété dans la forme des corps auxquels appartiennent ces nerfs , que d'aucune variété réelle des nerfs eux-mêmes. »

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science en général, ou pour l'art Je la médecine en particulier / des expériences physiologiques , lors-

même uniformité dans les differens vaisseaux charges de transporter les fluides j mais nous trouvons que les variétés qu'ils présentent dans leurs origines et leur distribution répondent à des besoins particuliers. L'artère pulmonaire n'a pas la même destination que l'aorte dans la circulation du sang; et cependant toutes les deux partent du même organe , le cœur. Le trajet des artères est disposé de la manière la plus favorable à la circulation du sang , et dès îors il n'est pas aussi nécessaire qu'il soit uniforme ; car il est peu important pour une partie que le sang y arrive par tel canal ou par tel autre s quoique, dans quelques cas particuliers, une variété dans l'origine ou la distribution puisse répondre à une destination particulière , comme on le voit dans le testicule cbez les quadrupèdes. Ce que je viens de dire des artères est applicable également aux veines , et encore plus aux vaisseaux absorbans dans lesquels une uniformité parfaite est encore moins nécessaire que dans les veines. Celui qui a découvert une nouvelle arière, une nouvelle veine , ou un nouveau vaisseau lymphatique n'a que peu ajouté à la masse des connaissances physiologiques -, mais celui qui découvre un nouveau nerf ou donne une description plus exacte de ceux qui sont déjà connus nous éclaire sur les points qui doivent, le plus probablement, nous conduire à une connaissance complète du système nerveux : car si nous considérons combien sont différentes les origines des nerfs , quoiquétant toutes dans le cerveau, et combien sont variés leurs rapports , nous sommes obligés de supposer que de cette structure particulière dépendent

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qu'elles ne sont pas liées à l'anatomie. Négliger l'anatomie du système nerveux , ou ne l'examiner qu'en général, faire une nouvelle science de la vie, et, influencé par une fausse analogie, l'appeler un fluide, chercher à la diriger le long d'un ccrdon ou d'un fil , c'est violer toutes les règles des recherches philosophiques ; et nous en verrons résulter rapidement la décadence des études anatomiques. On les considérera comme imposant une contrainte au génie; ou bien on les rejettera comme inutiles, et avec elles tomberont en discrédit la pathologie , et les étud s les plus nécessaires à la science de la médecine.

des usages differens ; et si nous réfléchissons sur les actionsque produit immédiatement la volonté , et sur les affections de l'âme , nous verrons que l'origine, les connexions et la distribution des nerfs doivent être régulières, puisqu'il y a des parties dont les actions dépendent immédiatement de ces circonstances. »

FÏN,

Lorsque nous examinons une préparation récente des nerfs de la face , du col et de la poitrine , lorsque nous nous perdons au milieu de la confusion qui règne entre les branches des septième, huitième et neuvième paires , entre celles des nerfs cervicaux , du grand sympathique , du diaphragmatique, du spinal-accessoire , et des nerfs respiratoires inférieurs externes, c'est alors que nous sommes disposés à reconnaître l'avantage des planches qui se trouvent ici. Le lecteur comprendra aussitôt que le système dont les planches peuvent lui donner quelqu'idée, n'est pas seulement remarquable par les grands progrès qu'il fait faire dans la connaissance de la structure et des fonctionsdu corps des animaux, mais aussi par les services qu'il rend à l'anatomie pratique , en facilitant beaucoup l'étude des nerfs.

Voici ce qu'on remarque : La moelle de l'épine présente une division qui correspond au cerveau et au cervelet et la partage en deux colonnes: chaque nerf régulier a deux racines, l'une qui lui vient de la colonne antérieure, l'autre de la co îonne postérieure. Telles sont : la cinquième paire, le sousoccipal , les sept paires cervicales, les douze dorsales , les cinq lombaires et les six sacrées- ce qui donne trente deux paires de nerfs parfaits , réguliers , ayant une double racine. Ce sont ces nerfs que l'on voit dans la planche II. Ils sont communs à tous les animaux depuis le ver jusqu'à l'homme; ils sont chargés de la sensibilité générale, du mouvement et des actes volontaires ; ils se rendent latéralement aux divisions régulières du corps , et ne se dirigent jamais dans le sens de la longueur du corps.

D'après cette classification, les autres nerfs ont été appelés

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