INÉDITES
SUR LES MOUVEMENS DE L'OEIL (i).
A Monsieur Ch. Bell.
Monsieur ,
Je vous prie de vouloir bien recevoir le cas suivant qui jeté une grande lumière sur les découvertes que vous avez faites sur le système nerveux.
J'ai l 'honneur , etc.
"Wm. JACKSON.
Sheffield , fér. i8a5.
Marie Unwin , âgée de 22 ans , est environ au septième mois de sa seconde grossesse ; elle est d'une forte constitution , les traits ne sont point effilés , et la face , loin d'être amaigrit , présente au contraire de l'embonpoint , ou plutôt de la tendance à la pléthore; depuis quelque temps elle s'est plainte de spasmes qu'elle éprouvait , surtout dans les muscles des extrémités in-
(1) Ces observations ont été envoyées par l'auteur au traducteur , pour être mises à la suite du Mémoire sur les mouvemens de l'œiL ( Note du traducteur. )
férieures , et l'état de constipation , où elle se trouvait , a fait employer de violens purgatifs pour le soulagement de ces spasmes. Elle assure d'abord qu'elle n'a jamais éprouvé aucune affection particulière à la tête; mais quand on l'interroge de nouveau, elle répond qu'elle a eu pendant quelque temps une pesanteur sur les yeux. A l'exception de ces incommodités qui sont trèsfréquentes dans cet état , sa grossesse avance d'une manière favorable. Le 5 février elle est venue me consulter pour une affection singulière de la face. En examinant sa figure , on est frappé aussitôt d'une distorsion remarquable des traits , la bouche est tirée à droite , et le nez s'incline évidemment du même côté. On lui dit de faire agir le muscle occipito-frontal , comme pour froncer le sourcil et l'on vit aussitôt le côté droit du front sillonné par des rides, tandis que le côté opposé resta uni et dans une inaction complète. Dans le sommeil , les paupières du côté droit sont fermées comme à l'ordinaire , mais l'œil gauche reste découvert , car elle parait n'avoir aucun pouvoir sur les muscles qui font agir les paupières de l'œil gauche. Il n'y a que peu , ou même point de différence dans la sensibilité des deux côtés de la face.
La vision du côté gauche est quelquefois obscurcie , ce que l'on peut attribuera ce que le globe de l'œil n'est pas lubrifié par les larmes comme l'est celui de l'autre côté.
La malade rapporte qu'elle éprouve de la douleur du côté gauche du col , et au-dessous de l'oreille du même côté : mais on ne voit dans ces parties ni tuméfaction 3 ni signe évident d'inflammation. Si l'on comprime la portion dure de la septième paire , ou comme vous l'avez appelée , le nerf respiratoire de la face , surtout dans l'endroit où il traverse la glande parotide , la malade n'en éprouve aucune incommodité. Les mouvemens de l'iris sont en rapport avec la stimulation de la lumière. La langue a conservé tous ses mouvemens comme dans l'état naturel et enfin les parties que nous avons indiquées , ci-dessus , sont affectées de paralysie , ce sont , je crois , celles qui reçoivent l'influence nerveuse de la portion dure. J'ai été guidé dans le traitement de ce cas par les progrès que vos importantes découvertes ont fait faire à la pathologie des affections paralytiques partielles. Ainsi au lieu de craindre que la compression du cerveau vînt compliquer cette affection , je la regardai comme entièrement bornée à un nerf particulier. Autrefois on eût eu recours à des saignées excessives ; pour moi , je n'ai employé que quelque légers laxatifs , et des stimulans locaux.
Si tous voulez recevoir de plus amples détails sur ce cas , ou en connaître la terminaison , je serai heureux de pouvoir répondre à vos désirs.
Monsieur,
J'ai attendu long-rtemps pour répondre aux questions que vous m'avez adressées sur l'état des mouvemens de l'œil , chez la malade affectée d'une paralysie partielle de la face , dont j'ai eu l'honneur de vous communiquer l'observation , il y a quelque temps.
Lorsque la malade veut fermer les paupières , la paupière supérieure du côté droit obéit à la volonté , mais celle du côté gauche reste immobile, et l'on voit en même temps l'œil gauche se tourner en haut , au point de cacher la cornée , presqu'entièrement et quelquefois même complètement.
Pendant le sommeil , les yeux sont encore dans le même état: l'œil droit est fermé , et la paupière supérieure du côté gauche reste comme dans l'état ordinaire de la vision , tandis que l'on aperçoit à peine le bord inférieur de la cornée : ainsi le côté paralysé présente l'état d'une personne à l'agonie. Pendant les violens efforts respiratoires de l'accouchement , les muscles du côté gauche de la face, furent privés de leur action et de leur expression , ce qui donna à la figure un aspect singulier.
C'est avec peine que j'ajoute que l'état de la malade ne présente que peu d'amélioration.
Il m'est bien agréable d'avoir contribué à prou- Ter par un fait pathologique aussi rare qu'important la vérité d'une partie de vos découvertes sur la physiologie du système nerveux.
J'ai l'honneur , etc.
Monsieur ,
Wm. JACKSON.
Cas extrait par l'un de mes élevés de son cahier d'observations.
Pendant les derniers cours de l'école de Windmill-street , et au moment même ou M. Bell en était arrivé dans ses leçons à nous parler du système nerveux , un jeune homme qui avait étudié , mais dans une autre école d'anat&mie de Londres , vint consulter M- Bell pour lui-même. Il présentait le face grippée d'un côté ; les muscles de l'autre côté étaient complètement paralysés , tandis que toute la face conservait sa sensibilité. Nous reconnûmes exactement le cas que, f>eu de temps seulement avant, M. Bell nous avait décrit comme une affection de la portion dure de la septième paire.
Nous remarquâmes que l'œil du même côté participait à l'affection; lorsqu'il clignait, l'œil se tournait en haut et en dedans , et comme les paupières de
cet œil restaient ouvertes, lors même que celles de l'autre se contractaient , on ne pouvait avoir le moindre doute sur ce mouvement , ni la moindre difficulté à l'observer. Il attribuait la cause de cette maladie des muscles de la face, à ce que, dans une belle soirée , il s'assit imprudemment sans son habit , auprès d'une croisée ouverte., pour lire , après s'être échauffé et fatigué ce jour-là par une longue course à cheval ; il éprouva presqu'aussitôt la première attaque de cette paralysie partielle des muscles de la face,, et une grande roideur du col.
Nous lui montrâmes une préparation des nerfs de la face qui avait été faite pour la leçon de ce jour-là , il l'examina avec une attention toute particulière , et paraissait regarder comme une chose nouvelle pour lui l'explication de sa maladie.
Monsieur,
Ayant appris de M. Shaw que vous désirez avoir quelques notes que j'ai prises sur un cas de paralysie partielle de la face , je prends la liberté de vous les transmettre.
J. Nicolas, âgé de 35 ans, matelot. Pendant trois ans il a été affecté de différentes maladies scrophu* leuses.
Il remarqua pour la première fois , il y a deux ans , qu'il était sourd de l'oreille gauche , et depuis il a eu un écoulement par cette oreille.
XI y a environ neuf mois qu'il se forma des abcès
2û6 DES MOUVEMENS
sur différens points de son corps, dont un s'ouvrit précisément entre l'apophyse mastoïde et l'angle de la mâchoire du côté gauche. La cicatrice est encore douloureuse au loucher. Enfin, après la formation de cet abcès on remarqua que le côté gauche de la face était paralysé* les paupières étaient ouvertes et le malade ne pouvait les fermer, quelque désir qu'il en eut.
Il dit qu'une portion de la partie charnue de la joue de ce côté lui parait enflée , quoiqu'il sache très-bien qu'il n'en est rien. L'aile gauche du nez est aussi paralysée ; car lorsqu'il est couché sur le côté , la tête appuyée sur l'oreiller , il est obligé d'ouvrir la narine gauche avec les doigts afin de pouvoir respirer librement. Il dit aussi qu'il lui semble qu'il ne peut rien retenir du côté sain de la bouche. On voit encore très-facilement que, lorsqu'il boit il porte le verre du côté paralysé.
La mastication se fait également bien des deux côtés , et le sens du tact est parfait dans toutes les parties de la face ; l'œil du côté gauche ou côté paralysé est sensible au toucher et aux autres stimulus •]
J'examinai les mouvemens de l'œil avec MM. North , Stewart , et Griffiths , et il est évident pour chacun de nous que , quand le malade veut fermer les yeux, l'œil gauche se tourne en haut. En tirant de force les paupières du côté droit , pour examiner l'œil de ce côté , nous l'avons toujours trouvé dans la même position qve le gauche.
DE LOEIL. 207
Il est bon, je crois, dédire, qu'il ferme toujours les paupières de l'œil gauche avec les mains , afin , dit-il , de le tenir chaud.
J'ai l'honneur , etc.