‹ Exposition du système naturel des nerfs du corps humainChapitre 5 sur 29 · SYSTEME NATUREL DES ISERFS · texte numérisé non relu

SYSTEME NATUREL DES ISERFS

inductions que je tirai de la structure anatomique elle-même ; et le petit nombre d'expériences qui ont été faites , n'ont eu pour but que de vérifier ces idées premières, qui sont devenues les principes fondamentaux du système.

En France où l'on a voulu m 'enlever la priorité de ces découvertes , on a fait sur les animaux vivans de nombreuses et cruelles expériences ; et ce n'est point guidés par les connaissances anatomiques , ou par le raisonnement, que les expérimentateurs ont agi , mais par la manie des expériences, et dans l'espoir, apparemment, de s'emparer de quelques-uns des faits séparés d'un système qu'évidemment ils n'ont pas entièrement compris.

Lorsqu'en faisant des recherches sur un sujet de ce genre, on suit l'ordre naturel des idées et une méthode philosophique , et lorsqu'on examine avec soin les faits que présente l'anatomie , toute expérience est décisive, et la vérité se présente si évidente et si simple, que rien ne peut être plus satisfaisant pour l'observateur.

Je présume que si l'on a aussi peu parlé d'un système qui donne à l'étudiant une telle facilité pour arriver à la connaissance des nerfs , et qui a fait découvrir tant de faits importans à la science de l'économie animale et aux règles de l'art de guérir , c'est que le sujet n'a pas été présenté tout d'abord avec la précision et la clarté qu'on peut lui donner aujourd'hui. La manière dont je considère le système nerveux a été le résultat, non

de conjectures prématurées , mais de recherches longues et laborieuses. Dès la première année que je fis des cours, je m'écartai dans mes démonstrations du cerveau , de la méthode ordinaire , et c'est à cette manière particulière dont j'envisageai les rapports de cet organe , que je fais remonter l'origine de mes opinions , si différentes de celles qu'on avait émises jusqu'ici. A l'époque où je commençai à professer dans l'école de Windmill-Street, je me trouvai capable de suivre dans mes leçons sur les nerfs , une méthode qui a donné un nouvel intérêt au sujet, et qui, par d'imperceptibles degrés , et de nouveaux progrès chaque année , pendant les cours successifs de mes démonstrations , a fini par développer le vaste système que je présente en ce moment au lecteur.

Les plus anciens et les plus diligens de mes élèves > ont pu seuls observer mes pas dans la route où je ne m'avançais qu'avec circonspection ; attirés parl'intérêt du sujet, ils sont revenus chaque année , pour connaître les progrès de mes découvertes. Ils ont vu le système se développer graduellement , ils m'ont entendu annoncer ce qui avait encore besoin d'être éclairci, et résoudre successivement toutes les difficultés ; ils ont vu comment les points qui étaient , une année, les plus obscurs , sont devenus, après les plus patientes recherches , du plus grand intérêt, dans les cours suivans.

Dans le premier des mémoires que je lus , sur ce sujet, à la Société Royale, j'avançai que les anato-

mistes avaient laissé l'étude des nerfs dans une confusion extraordinaire ; et cette opinion, je l'exprimai bien faiblement encore , en comparaison de ce que j'aurais pu faire, avec les pièces de démonstration sous les yeux. En effet, on est presqu'épouvanté en contemplant le vaste réseau que forment les nerfs de la face , du col et de la poitrine ; on ne l'est pas moins , lorsqu'on examine les travaux de Scarpa ou de Walther, et que l'on étudie leurs belles planches des nerfs du thorax. Il est naturel de demander d'où vient cette confusion extraordinaire ; pourquoi les nerfs se réunissent pour former des ganglions; pourquoi l'on en voit partir de différens points pour venir se combiner ensemble ; pourquoi des organes reçoivent plus d'un cordon de communication avec le cerveau ; pourquoi enfin quelques, uns en ont deux , d'autres cinq , et quelques autres un seulement.

Dans ces mémoires, j'ai montré que la grande erreur dans laquelle étaient tombés les anatomistes , vient de ce qu'ils ont suivi , ou à-peu-près , cette ancienne hypothèse, que les nerfs reçoivent leur influence du cerveau , pour la transmettre aux parties éloignées du corps, et qu'ils sont tous doués des mêmes propriétés; mais, soit que nous considérions la complexité des parties que nous présente la dissection , soit que nous cherchions à débrouiller le mystère de la sensibilité et des mouvemens volontaires accomplis par un seul nerf, nous trouvons yne différence complète entre le fait et l'iiypo-

thèse par laquelle ou veut l'expliquer, et le sujet reste dans un état humiliant d'incertitude. L'étudiant est effrayé de sa tâche ; la science de l'anatomiste devient illusoire ; et le philosophe , s'il s'approchait de ce sujet , ne trouverait pas un seul fait ayant rapport aux nerfs , qui pût servir de fondement à une théorie légitime et utile.

D'après ma manière de considérer les nerfs du corps humain , il y a , outre les nerfs de la vision , de l'odorat et de Touie, quatre ordres de nerfs qui se combinent pour n'en former qu'un seul. Entièrement différens par leurs fonctions, les nerfs de ces ordres se répandent dans tout l'organisme : ce sont ceux du sentiment , ceux du mouvement volontaire , ceux du mouvement respiratoire , et enfin , les nerfs qui , parce qu'ils manquent des qualités qui caractérisent les trois autres ordres , semblent réunir le corps en un tout , pour l'accomplissement des fonctions de la nutrition , de l'accroissement , du décaissement et de tout ce qui est directement nécessaire à l'existence animale. Ces nerfs de divers ordres marchent quelquefois séparés, d'autres fois réunis; mais, dans aucun cas, ils ne nuisent ni ne participent mutuellement à leur influence.

Si nous examinons un nerf (pi. 1. fig. 1. ), nous trouvons qu'il est formé de filets particuliers ; mais il n'est rien dans ces filets qui puisse les faire distinguer l'un de l'autre, ou faire connaître leur emploi. Cependant, il est possible que l'an d'eux soit pour la sensation , un autre pour h

mouvement musculaire , un troisième pour combiner l'action des muscles dans la respiration. Mais on découvrira la destination de tous ces filets , en les suivant , et en observant leurs relations , et surtout leur origine dans le cerveau ou la moelle épinière. D'ailleurs leur substance ne présente rien de particulier : ils paraissent également contenir tous une matière pulpeuse , molle, enveloppée de tissu cellulaire ; et ce tissu les entoure de manière que le filet présente une continuité de matière pulpeuse depuis l'extrémité qui répond au cerveau , jusqu'à celle qui se termine dans un muscle ou à la peau.

Avant mes observations , on supposait que les filets d'un nerf tel que je viens de le décrire , étaient semblables ; on les supposait des branches de la même racine , et capables d'exciter un muscle ou de transmettre une sensation.

On trouvera la clef de mon système dans cette seule proposition : chaque filet de matière nerveuse est doué d'une propriété particulière ? indépendante de celle des autres filets qui se trouvent liés avec lui, et il la conserve dans tonte son étendue. Si nous prenons un filet d'un nerf (par exemple, B. fig. 1. pi. i. , l'un de ceux qui forment le nerf composé A. ) qui soit chargé de transmettre la sensibilité, il conservera cette propriété dans tout son trajet, partout où il pourra être suivi ; et partout où , sur le trajet de ce filet , au pied, à la jambe, à la cuisse, à l'épine ou au

cerveau , on pourra le pincer ou le toucher d'une manière quelconque , il en résultera une sensation et non un mouvement ; et la perception qui en suivra l'impression , sera rapportée à la partie de la peau où se distribue la dernière extrémité du filet.

La substance du nerf est partout la même , et s'il présente quelques variétés dans son trajet, elles n'existent que dans le tissu cellulaire délié qui en forme l'enveloppe ; ce tissu est mou lorsque le nerf est à l'abri du frottement ; quand celui-ci est exposé à la pression, le tissu est dur et sous forme de cordon» C'est pourquoi j'ai désiré employer quelqu'expression qui puisse être applicable au même fdet de substance nerveuse dans toutes ses parties 9 et de quelque point que l'on parte pour le suivre.

Les stries blanchâtres de matière nerveuse que l'on remarque dans la substance du cerveau , peuvent être désignées par le mot tractus , puisque cette expression est déjà en usage dans le langage anatomique.

Lorsque le trajet d'un nerf n'est pas seulement distinct par sa couleur ou par la direction de son tissu , mais qu'il présente une saillie ou une convexité externe , de forme cylindrique , on peut se servir du mot colonne ou baguette ( rod ).

Lorsqu'une colonne se divise en filets distincts qui s'en séparent , j'ai cru pouvoir désigner ces derniers par le mot cordons (funiculi) , et lorsque ces cordons entrent en combinaison , je les ap~

pelle faisceaux (fascis). Nous conserverons le mot nerf, quoique cette expression soit , à proprement parler , vicieuse. Contentons-nous donc de distinguer le nerf composé du nerf simple. Le nerf simple est celui dont les filets ou cordons qui en forment la racine , sortent sur une même ligne du cerveau ou de la moelle épinière ; le nerf composé est celui dont les filets qui se réunissent pour en constituer les racines s élèvent sur deux rangées , chaque rangée partant d'une colonne différente de substance nerveuse. Par exemple, le nerf de la neuvième paire est simple , un nerf de l'épine est composé.

Un nerf est donc un espèce de corde formée de substance nerveuse et de tissu cellulaire ; le corps du nerf est divisé en fils particuliers , et ces fils sont réunis dans leur trajet, jusqu'à leur distribution , et peuvent posséder des propriétés tout-à-fait dissemblables.

S'il était possible de suivre avec succès une corde nerveuse prise à sa dernière ramification , supposons dans un muscle de l'avant-bras , on trouverait d'abord un simple filet , de là on le suivrait dans un nerf composé, peut-être le nerf cubital , que nous appelons composé , parce qu'il contient des filets du mouvement et des filets de la sensibilité réunis. A la racine du nerf axillaire, 0:1 le verrait marcher au milieu d'un faisceau où il forme la racine antérieure d'un nerf de 1 épine; poursuivi plus loin , il s'enfoncerait dans la colonne a-ntétieute

de la moelle vertébrale, et si on le suivait jusqu'à la base du cerveau > on le reconnaîtrait sous la forme d'un filet (tract us) , ou strie blanchâtre , distinct de la substance qui l'environne , jusqu'à ce qu'il se disperse en quelque sorte, et se perde dans la substance grise. Dans toute cette étendue , quoique combiné et réuni à d'autres , il constitue un organe particulier et préside à une fonction spéciale : Il dirige l'activité d'un muscle de la main , ou d'un doigt ; cependant, même sous ce rapport, son action n'est pas parfaitement simple, car, en même temps qu'il agit sur le muscle pour changer son état, que nous appellerons état de contraction ou de relâchement , il porte aussi au sensorium une sensation de l'état de ce muscle (1).

Et de même , si nous suivons d'autres faisceaux ou fiJamens , qu'ils soient destinés au sentiment ou qu'ils soient destinés au mouvement, chacun d'eux conserve sa propriété depuis une extrémité jusqu'à l'autre; et l'on ne trouve entr'eux aucune communication , ni changé de propriétés , si ce n'est qu'un petit filet peut se combiner avec des filets doués d'une propriété différente , et procurer au nerf ainsi constitué, une propriété nouvelle, celle dont il jouit lui?-même.

(i) C'est là? et il serait facile de le prouver, une considération très -importante dans l'étude des organes des sens»

ÎO SYSTEME NATUREL.

Cause de la complexité des nerfs.

Le principal but des mémoires qui vont être publiés ici pour la seconde fois , est d'expliquer la cause de la confusion apparente des nerfs de la face, du col et du thorax ; mais indépendamment des causes de cette complexité que nous devons exposer , on trouve encore les suivantes. Il est facile de comprendre que la composition [des nerfs doit occasioner un certain degré d'irrégularité dans leur distribution , mais la principale cause est la nécessité de disposer et de combiner un grand nombre de muscles pour leurs différentes fonctions. Si nous suivons les nerfs du mouvement , nous trouverons qu'avant de pénétrer dans les muscles , ils font un échange mutuel de leurs branches et forment une masse confuse de nerfs , ou ce qu'on appelle un plexus. La complication de ce plexus est en proportion du nombre des muscles qu'il doit fournir , et de la variété des combinaisons dans lesquelles entrent ces muscles , tandis que les fdets des nerfs qui vont à la peau , se rendent régulièrement en divergeant à leur destination. Les nerfs de la face et ceux des parties latérales du col forment des plexus ; mais les grands plexus sont près des origines des nerfs des extrémités supérieures et inférieures ; et depuis la nageoire du poisson jusqu'au bras de l'homme , la complication

du plexus augmente avec la variété ou l'étendue des mouvemens que doit exécuter l'extrémité.

L'explication que je viens de donner de la formation des plexus est fondée sur ce fait ? que la combinaison des muscles est due à l'échange des filamens. Non-seulement les classes des extenseurs et des fléchisseurs se trouvent dans le plexus , mais c'est encore là que se forment toutes les variétés de combinaisons , et que s'établissent les rapports curieux qui existent entre les muscles antagonistes , ou plutôt entre la contraction d'une classe et le relâchement de l'autre (1).

Dans cette manière de considérer les nerfs , j'insiste sur leurs distinctions internes et radicales , plus que sur rénumération de leurs origines , et la description de leur marche tortueuse dans tout le corps , choses qui n'ont servi jusqu'ici qu'à embarrasser l'observateur. Nous devons donc commencer l'exposition du système par la description de la moelle épinière. C'est en disposant méthodiquement les connaissances déjà acquises, et en fixant

(i) Selon M- Bellingeri , les faisceaux postérieurs de la substance blanche de la moelle épinière , donnent naissance aux. nerfs qui président à l'extension, et c'est des faisceaux antérieurs que partent les nerfs qui président à la flexion.

( Note du traducteur ).

l'attention sur quelques faits remarquables , que l'on comprendra bien la base de ce système.

La moelle de l'épine est particulière aux animaux vertébrés. Il suffirait pour les observateurs superficiels de dire que cela doit être ainsi , puisque l'épine n'existe nécessairement que pour cacher et protéger la moelle ; mais les rapports que l'on trouve entre ces deux parties font naître beaucoup d'autres considérations. L'épine formée de vertèbres appartient essentiellement à la constitution du thorax , afin qu'il s'acquitte de ses mouvemens et de la respiration ; et la moelle de l'épine est également nécessaire à la forme et à la distribution du système nerveux , qui doit associer et combiner les muscles de la respiration. Sans le mécanisme de l'épine et des côtes, le thorax et l'abdomen ne pourraient pas s'élever et s'abaisser dans cet acte , et sans la moelle épinière , la disposition des nerfs qui est nécessaire pour régler les mouvemens du tronc dans ce même acte , n'existerait plus. Ainsi , 3a moelle épinière , l'épine , les côtes et les muscles de la respiration sont inséparables , puisqu'ils constituent les différentes parties d'un grand système servant à la respiration.

La moelle vertébrale est formée de la combinaison de différentes colonnes de substance nerveuse. ( fig. 2. pi. î.) Chaque portion latérale de la moelle épinière est composée de trois faisceaux ou colonnes; un pour le mouvement volontaire, un pour le sentiment, et un pour l'acte de la respira-

tion : en sorte que la moelle épinière comprend en tout six colonnes intimement unies l'une à l'autre , mais distinctes dans leurs fonctions , et la moelle allongée forme le sommet de cette colon ne composée.

On découvre ces six colonnes de la moelle vertébrale, en examinant ce corps à sa partie antérieure, (fig. 2. pi. 1.) — Mais on ne peut douter que ces fortes colonnes ne contiennent dans leur intérieur plusieurs subdivisions. Si nous enlevons la moelle épinière du cervelet , et que nous l'examinions à sa partie postérieure, nous verrons des cordons plus nombreux , dont un jour on découvrira les fonctions.

Ces idées toutes nouvelles sur la moelle épinière , me portèrent à faire des expériences qui furent suivies de la découverte des fonctions distinctes remplies par les différentes racines des nerfs de l'épine. Mais nous laisserons de côté ces expériences et leurs résultats , pour continuer notre sujet.

La colonne antérieure de chaque division latérale de la moelle de l'épine , est destinée au mouvement, la colonne postérieure à la sensibilité , et la moyenne à la respiration. Les deux premières montent jusque dans le cerveau , où elles s'écartent et se perdent: car leurs fonctions ont des rapports avec le sensorium; mais la dernière s'arrête dans la moelle allongée , étant indépendante de la raison par la nature même de sa fonction qu'elle peut remplir sans la participation du cerveau ^ ou même en étant séparée.

l4 DE LA MOELLE VERTEBRALE

C'est cette colonne moyenne, c'est-à-dire , celle de la respiration, qui distingue la moelle de lepine du long nerf central des animaux invertébrés , et qui est nécessaire chez ceux dont la forme du tronc admet les mouvemens delà respiration.

Chez les animaux qui ne respirent pas par un mouvement uniforme et général du corps , il n'existe pas de moelle épinière ; il existe seulement un long nerf composé pourvu de ganglions , qui s'étend dans tous le corps pour le sentiment et le mouvement.

Chez ces animaux, ce cordon nerveux ne fait pas exécuter des mouvemens alternatifs de dilatation et de contraction. Il peut bien exister un mouvement dans quelque partie chargée de faire entrer l'air dans une cavité et de l'en chasser, ou d'agiter l'eau ( mouvement qui peut servir à l'oxigénation du sang) ; et il est possible aussi que cet appareil reçoive un nerf doué de la sensibilité , et de la propriété qui convient à la fonction à laquelle il préside , nerf ressemblant pour son usage à notre paire vague ; mais on ne trouve pas une distribution correspondante et régulière du système respiratoire des nerfs des deux côtés du corps , ni une disposition d'os et de muscles, pour un mouvement général et régulier , comme celui qui a lieu dans les animaux vertébrés , et qui est nécessaire à leur mode d'existence.

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