‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 31 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Action de l'électricité dynamique sur l'économie animale. — Expérience de Sultzer. — Observation de Cotugno. — Fait de Swammerdim.

— Impulsion donnée par les découvertes de Galvani à l'étude des effets de l'électricité sur les mouvements organiques. — ExpérieMM de Larrey et de J.-J. Sue sur les contractions provoquées par l'arc de Galvani sur des membres amputés. — Recherches de Bichat. — Essais faits à Turin par Vassali-Endi et Giulio Rossi sur le corps de suppliciés. — Expériences de Nysten à Paris. — La Société galconique. — Expériences faites à Londres par Aldini sur le cadavre d'un pendu. — Résultats obtenus par Aldini à l'École vétérinaire d'Alfbrl

— Galvanisation du cadavre de Carney. — Expériences des médecin de Mayencc sur les corps des suppliciés de la bande de Schinderbannes.

— Résultats extraordinaires obtenus à Londres par le docteur Ire sur le corps de l'assassin Glydsdale. — Conclusion.

On avait observé, avant Galvani, quelques faits de peu d'importance, relativement à l'action qu'exercent sur l'économie animale les métaux placés dans certaines conditions. Mais ces phénomènes n'avaient aucunement attiré l'attention, parce qu'ils ne répondaient alors à rien de connu. D'ailleurs ces manifestations fortuites de l'électricité animale étaient bien faibles.

Kn 1760, Sultzer, professeur à l'Académie de Berlin, décou- \ rit que deux disques de plomb et d'argent mis en contact développent une impression particulière, appréciable à l'organe du goût. Sultzer consigna ce fait dans un écrit qui n'avait aucun rapport avec les sciences physiques, et qui parut dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, sous le titre de Théorie générale du plaisir (1).

(I) Ce mémoire de Sultzer se trouve reproduit au tome III, p. 124, d'une collection qui parut en 1769 à Bouillon, dans les Pays-Bas, iutiluléc : Le Temple dû bonheur ', et qui n'est qu'un recueil des meilleurs traités sur le bonheur.

Là PU H T0LT1. 354

r«B joint, dit Soltzer, deux pièces Je métal, use de al Taotre d'argent, de manière que les de?:x bords forment le plan, et qu'on les approche sur U langue, on sentira

I goût assez approchant au goût de vitriol de fer : au lieu ique pièce à part ne donne aucune trace de ce goût. Il ■s probable queT par cette conjonction des deux métaux, t quelque solution de l'un ou de l'autre, et que les partibsoutes slnsinnent dans la Iac^ue. Il faut donc conclu nk

jonction de ces métaux opère dans Pua ou l'autre, ou «s les deux, une vibration de leurs particules, et que cettr a, qui doit nécessairement affecter les nerfs de la langue. oit le plaisir mentionné. >

rapportant cette expérience, Soltzer n'avait en tue qi><> qner, suivant les idées philosophiques de son temps, les ments agréables qui résultent de nos différentes sensa-

II Tonlait démontrer ce principe, que l'âme ne peut avoir ntions sans un mouvement matériel excité dans les nerfs. E rapporté par Soltzer n'avait donc qu'un rapport tivs \ avec une expérience de physique, et c'est bien à tort un a voulu trouver dans cette observation l'origine de> pertes de Galvaui (1)

vès le Journal encyclopédique de Pologne (2), Cotugno, leur à Naples, disséquant nne souris vivante qu'il tenait main dans une position fixe, éprouva, en touchant avec ■ipei le nerf intercostal de l'animal, une petite commoemblable à celle que produit l'électricité. Ce fait était si jonnel, il était, et il est encore pour nous si étrange, qu'il

[«'idée très mal justifiée de rapporter à SulUer les premières obser i relatives au galvanisme a été émise pour la première fois dan* fiai des Débats, alors à son aurore : « On a prouvé aux physiciens 1 dit dans ce journal, que la découverte du galvanisme se Ironw un ouvrage qui a paru à Bouillon, en 1769, intitulé: la Temi-k mheur. » [Journal des Débats, des 4e et 5e jours complémentaire et celui du 7 vendémiaire an x.) 1786, n° 8 du journal.

no pouvait fixer l'attention d'aucun expérimentateur, ni engager personne à faire des recherches pour l'expliquer.

Nous devons ajouter, pour rendre complète cette revue des antécédents de la découverte de Galvani, un fait rapporté par Swammerdam, dans un ouvrage publié à la fin du XYlT siècle, intitulé Biblia naturœ (1), et sur lequel le vénérable M. Duméril a, le premier, attiré l'attention.

c Voici, dit M. Duméril, la description de l'appareil et de l'expérience que Swammerdam fit devant le grand-duc de Toscane en 1 678. Soit un tube de verre cylindrique dans l'intérieur duquel est placé un muscle, dont sort un nerf qu'on a enveloppé dans les contours d'un petit fil d'argent, de manière à pouvoir le sonlever sans trop le serrer ou le blesser. On a fait passer ce premier fil à travers un anneau pratiqué à l'extrémité d'un petit support de cuivre soudé sur une sorte de piston ou de cloison ; mais le petit fil d'argent est disposé de manière qu'en passant entre le verre et le piston, le nerf puisse être attiré parla main et toucher ainsi le cuivre. On voit aussitôt le muscle se contracter. »

Cette expérience ressemble beaucoup à celle de Galvani; mais la manière dont le physicien de Bologne fil sa découverte prouve suffisamment qu'il n'avait pas eu connaissance du faii rapporté par Swammerdam.

Les admirables travaux de Galvani, qui n'avaient eu, comme ou le voit, aucun précédent sérieux, vinrent subitement défiler toute une série de phénomènes encore ignorés dans l'ordre des fonctions animales. Une foule d'expérimentateurs entrèrent dès lors dans cette voie attrayante. Après Galvani. qui exécuta les expériences si variées que nous avons signalées plus haut concernant l'action de l'arc métallique sur les contractions musculaires des animaux, c'est un chirurgien français, le célèbre Larrey, qu'il faut citer comme s'étant occupé le premier de ce genre d'expériences sur l'homme. Kn 1793, Larrev

(1) Tome II, pageftiV*.

■nmuniquait à la Société philomatique le résultat d'uue tpérience très intéressante sous ce rapport Ayant pratiqué imputation de la cuisse à un homme dont la jambe avait été arasée par une roue de voiture, il voulut répéter sur ce memw amputé les expériences de Galvani et de Valli. En couselence, il disséqua avec soin le nerf poplité et toutes ses mifications. Il enveloppa ensuite d'une lame de plomb le onc de ce nerf, et mit à découvert les muscles gastrocnémiens, lorsqu'il toucha à la fois avec une lame d'argent ces musas et l'armature de plomb qui enveloppait le nerf poplité, il ovoqua de très forts mouvements convulsifs dans la jambe même dans le pied du membre amputé (1 ). Le docteur Starck répéta avec le même succès cette expéencedeLarrey; Richerand, Dupuytren et Dumas l'exécutent aussi (2).

Dans l'hôpital militaire établi alors à Courbevoie, la même périence fut répétée par le chirurgien J. -J. Sue, qu'il ne faut g confondre avec P. Sue, bibliothécaire de l'École de médene de Paris, et auteur de Y Histoire du galvanisme. Ayant nputé la cuisse d'un soldat âgé de vingt-six ans, ce chirurim enveloppa le nerf poplité d'une armature de plomb, et nchant avec une lame d'argent les muscles gastrocnémiens l'armature du nerf poplité, il provoqua des mouvements fc prononcés dans tous les muscles de la jambe (3). Un grand nombre de physiologistes s'empressèrent, en France en Italie, de répéter ces expériences. Gomme la pile de ilta n'était pas encore connue, on opérait simplement avec

(1) Bulletin de la Société philomatique, mai et juin 1 793, n" 23 et 24 .

(2) Dumas, Principes de physiologie, t. II, p. 312.

(3) Plusieurs autres expériences semblables faites par Gentili, Crève Starck sur des bras et des jambes amputés , ont été recueillies dans ouvrage de Pfaff publié à Kiel à propos des expériences de M. de Huni-

Idt, et dont on trouve une analyse dans Y Histoire du galvanisme de Sue» tome II, p. 98.

ir M.

Tare métallique tel que Galvani l'avait employé. Mai» eu raison de la faible tension de l'électricité produite par cet appareil élémentaire, les résultats se montrèrent fort variables entre les mains des expérimentateurs. Volta, Mezzini, Valu, Klein, Pfaiî, crurent observer et publièrent que le cœur et tous les organes qui sont hors du domaine de la volonté, étaient insensibles au galvanisme ; tandis que Humboldt et Fowler assuraient avoir fait contracter par le galvanisme le cœur de plusieurs animaux, et que Grapengiesser, de Berlin, disait avoir déterminé, à l'aide du même agent, les mouvements péristaltiques des intestins.

fiiebat a consigné dans ses Recherches sur la vie et la mort les résultats des nombreuses expériences auxquelles il se livra en 1798, pour provoquer avec des armatures métalliques des contractions dans les muscles d'animaux récemment tués. Daus le chapitre où ce grand anatomiste traite de l'influence de la mort du cerveau sur celle du cœur, après avoir avancé que ce n'est point immédiatement par l'interruption de l'action cérébrale que le cœur cesse d'agir, il cherche à confirmer ce fait ens'appuyant sur le galvanisme, afin d'établir par tous les moyens possibles que le cœur est toujours indépendant du cerveau.

Bichat fut le premier qui soumit à l'action du galvanisme le corps de suppliciés. Dans l'hiver de l'an vu (1798), il obtint l'autorisation de faire différents essais sur les cadavres de guillotinés qu'on lui livrait trente ou quarante minutes après l'exécution. Mais comme il n'opérait qu'avec l'arc métallique «Y Galvani, Bichat ne pouvait mettre en jeu qu'une minime force électrique, et cette circonstance explique la variabilité et le peu d'intensité des effets qu'il observa. Sur quelques cadavres, il ne put parvenir à provoquer aucune contraction musculaire. Il en excita sur un certain nombre, surtout quand il agissait sur les muscles soumis à la volonté. Mais le cœur et les organes musculaires soustraits à l'empire delà volonté, restèrent toujours insensibles à cette action.

Les expériences de Bichat, qui firent alors beaucoup d'impression dans le monde savant, avaient pourtant peu de valeur a elles-mêmes, en raison de l'insuffisance de l'agent électrique qui fut employé.

Cependant, Volta ayant découvert la pile, les physiologistes eurent, dès ce moment, entre les mains un agent puissant et certain pour la production de l'électricité dynamique; les expérimentateurs reprirent donc à son aide, et avec une ardeur nouvelle, l'étude de l'électricité animale. Peu d'années auparavant, M. de Humboldt avait réussi à ranimer quelques instants Une linotte expirante, par l'application de deux simples lames le zinc et d'argent (1). Quelle espérance ne pouvait-onpas concevoir, pour l'étude de l'électricité animale, de l'emploi de l'instrument merveilleux découvert par Volta ! Puisque le conact de deux pièces de métal avait suffi pour produire des coumictions musculaires très vives dans les membres mutilés de petits animaux, et principalement d'animaux à sang froid, tels {ne les grenouilles, la pile de Volta devait reproduire le même genre de phénomènes avec une bien plus grande intensité et nir les animaux de toutes les classes. Aussi le physicien de Pavie avait à peine publié la description de son appareil électro-moteur, qu'Àldini et divers autres expérimentateurs italiens s'empressaient d'exécuter avec la pile les expériences de l'éler-

(1) Pour essayer de ramener à la vie , au moyen d'une action galvanique, des animaux près de mourir, M. de Humboldt, qui débutait alors dans la carrière des sciences , prit une linotte sur le point d'expirer. L'oiseau était déjà renversé et avait les yeux fermés ; il était insensible à la piqûre d'une épingle , lorsque le jeune expérimentateur lui plaça dans le bec une petite lame de zinc et dans le rectum un petit tuyau d'argent. Ensuite, il établit la communication entre les deux métaux au moyen d'un fil de fer conjonctif. « Quel fut mon étonnement, y dit M. de Humboldt, lorsque, au moment du contact, l'oiseau ouvrit les » yeux et se releva sur ses pattes en battant des ailes ! » La linotte respira pendant six ou huit minutes, et cessa ensuite de donner aucun signe de vie.

tricité animale que l'on n'avait tentées jusque-là qu'avec l'arc de Galvani.

Vassali-Endi, Giulio el Rossi, physiciens piémontais, furent ] les auteurs des premières expériences faites au moyen de h pile de Volta sur le corps des suppliciés.

Trois individus ayant été décapités à Turin, Vassali-Endi, Giulio et Rossi soumirent à des expériences galvaniques le coq» de ces malheureux. Ils commencèrent par enfoncer dans le canal des vertèbres cervicales une lame de plomb, destinée à armer la moelle épinière ; ils touchèrent ensuite à la fois avec un ire d'argent, l'armature de plomb, la moelle épinière et le cœur, c'est-à-dire qu'ils opérèrent, dans cette première expérience, avec l'arc de Galvani, comme on l'avait fait jusque-là. Mais ofl obtint des contractions musculaires beaucoup plus prononcées en faisant usage de la pile. On reconnut ainsi que le coeur se contractait par l'action du courant électrique, mais qu'il perdait sa contractilité quarante minutes après la mort, et lorsque le même excitant déterminait encore de fortes contractions dans le système musculaire des membres.

Pour éclaircir plusieurs points demeurés irrésolus dans les observations des physiciens de Turin, Nysten, savant médecin de la Faculté de Paris, entreprit un grand nombre d'expériences dans le détail desquelles nous n'entrerons pas, et qui furent répétées, sous les yeux de Halle, dans les cabinets d'anatomie de l'École de médecine (1).

Il se forma à cette époque, dans la capitale, une Société galvanique pour se livrer exclusivement à l'étude de l'électricité

(l) Nouvelles expériences galvaniques faites sur les organes musculaires de V homme et des animaux à sang rouge, par lesquelles, en classant ces divers organes sous le rapport de la durée de leur excitabilité galvanique, on prouve que le cœur est celui qui conserve le plus longtemps cette propriété, par P. -H. Nysten, médecin, de la Société des observateurs de l'homme et de relie de l'Gcole de médecine. In-8\ an jx.

LA PfU DI TOLTA. 357

(mile. Le docteur Naache était le président de cette société, H exécuta on grand nombre d'expériences, passablement contant sur l'homme que sur les animaux, y compris les lux inférieurs. Les principaux membres de cette société it Bonnet, Nysten, Pajot-Laforest, Dudoyon, Petit-Rade!, i, Lamartillière et le fameux Guillotin. La SncMëyalvaavait obtenu l'autorisation de soumettre à ses études le des suppliciés. Les résultats obtenus dans ces expériences luisirent beaucoup d'impression tur l'esprit des physiolo et les poussèrent à s'engager de plus en plus dans l'exaltai de ces étranges phénomènes (2).

1 (1) On ne lira pas sans émotion les détails suivants donnés par Nysten, 4* circonstances qui accompagnèrent l'une de ses expériences faites 1 14 brumaire an u sur le corps d'un supplicié. Nous citerons textuelment ce dramatique récit, pour donner une idée de l'espèce de lèfre expérimentale qui agitait les médecins de cette époque :

< Qu'il me soit permis , dit Nysten , de faire un récit succinct des eines que je me suis données et des dangers que j'ai courus ce jour-là our satisfaire mon zèle.

• Je sors à dix heures du matin de chez moi , l'appareil vertical do 'oita à la main, pour me rendre à un des pavillons de l'École de mérieine et y continuer mes expériences. En entrant dans la rue de rObserance , j'entends annoncer par un colporteur la condamnation d'un rimmel à la peine de mort. J'achète le jugement et je vois qu'il doit tre mis à exécution le même jour, 14 brumaire. Je me rends chez lo :itoyen Thouret, directeur de l'École. Je lui témoigne le désir que j'ai le tenter sur le cœur de l'homme les expériences que j'ai faites sur le œur de plusieurs animaux. J'ajoute qu'on va supplicier un criminel et (ne si je suis secondé , j'ai résolu de faire toutes les démarches nectaires pour ne pas laisser échapper une semblable occasion. Le citoyen rhouret s'empresse d'écrire à ce sujet au préfet de police. Je nie transite à la préfecture. J'obtiens une autorisation en vertu de laquelle h* torps de celui qu'on allait faire mourir est mis à ma disposition aprfc a décapitation, c'est-à-dire dès qu'il serait conduit au cimetière Sainte- 'Atherine. Muni de l'autorisation de la police , j'arrive bientôt sur la 4ace de Grève, et là, en attendant le malheureux que la justice devait rapper de son glaive, je réfléchis que le chemin qui conduit de ce lieu m cimetière est fort éloigné, qu'une charrette ne va ordinairement qu'au ws du cheval qui la conduit, et par conséquent avec beaucoup de len-

Le physicien Jean Aldini , neveu de Galvani et son auxiliaire pendant la longue lutte soutenue contre Volta, s'était occupé le premier, comme nous l'avons déjà dit, de provoquer des contractions organiques sur les cadavres des animaux, an moyen de la pile de Yolta. Eu 1801, il eut l'occasion de répéter, à Bologne, les expériences faites par les trois physiologistes de Turin, Vassali-Endi, Giulio et Rossi : il galvanisa le corps de deux suppliciés.

« De toutes les expériences exposées dans la section précédente, dit Aldini dans son grand ouvrage : Essai sur le galvanisme , on pouvait conjecturer, par analogie , l'effet de l'action du galvanisme sur un sujet plus noble, sur l'homme, unique but de mes recherches; mais pour juger sûrement de ce que peut réellement sur lui cette cause merveilleuse, il fallait s'en tenir à de certaines conditions, et l'appliquer après la mort. Les cadavres d'hommes qui avaient succombé à une malade

teur, enfin qu'il est possible qu'une circonstance imprévue retarde quelque temps son départ après l'exécution . Ces difficultés pouvant s'opposer à la réussite de mon expérience , je crois devoir courir au palai* de justice dans l'intention de les lever, si j'en trouve les moyens. Je franchis les barrières que m'opposent les sentinelles postées à la grille du palais ; j'engage le conducteur de la charrette à faire aller son cheval le plus promptement possible de la place de Grève jusqu'au cimetière, et je lui promets de lui en témoigner ma reconnaissance. Dans le même but, je vais trouver le brigadier des gendarmes qui devaient escorter le triste convoi, je fais plus, je parle à l'exécuteur. Il ne me reste que le temps nécessaire pour retourner au lieu de l'exécution. A peine y suis-jo arrivé que je vois tomber le coup fatal. Un spectacle si affreux me fait frémir d'horreur. Cependant je me recueille et cours au cimetière. Je présente au concierge mon autorisation et lui demande un local. Il me répond qu'il n'en a pas et m'objecte que je ne puis me livrer à un travail anatomique dans un endroit public où il arrive à chaque instant ûv< convois. J'aperçois au milieu du cimetière une large fosse rôceinm mi. creusée et de la profondeur de 50 à G0 pieds. Je prie le concierge du m'en accorder un petit coin. Après plusieurs objections, ii se rend a nus instances. Une portion de cette fosse n'était encore creusée q l'.i 15 pieds du sol. C'est à cette espèce d'étage que je donne la préférence ; il me procurait l'avantage de profiter encore pour quelque temps de h

Aient peu propres à mou objet, parce qu'il est à présumer que i développement du principe qui conduit à la mort détruit tous tt ressorts de la fibre ; d'où il résulte même que les humeurs mut viciées et dénaturées. Il fallait donc saisir le cadavre humain fais le plus haut degré de la conservation des forces vitales qrès la mort ; et pour cela je devais, pour ainsi dire, me placer à côté d'un échafaud, et sous la hache de la loi, pour recevoir de la main d'un bourreau des corps ensanglantés, sujets seuls iniruent propres à mes expériences. Je profilai donc de K occasion de deux criminels décapités à liologne, que le gouvernement •ecorda à ma curiosité physique La jeunesse de ces suppliciés, leur tempérament robuste, la plus grande fraîcheur des parties aaimales, tout cela m'inspira l'espoir de recueillir des résultats Utiles des expériences que je m'étais auparavant proposées. Jnoiqne accoutumé à un genre pacifique d'expériences dans mon sabinet de physique , quoique éloigné de 1 habitude de faire des lûsections anatomiques, l'amour de la vérité et le désir de •épandre quelques lumières sur le système du galvanisme remportèrent sur toutes mes répugnances, et je passai aux expériences suivantes (I). >

'chelle qu'une

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odeur sépulcrale vient frapper mon odorat et que l'atmosphère humide de ce séjour des morts , arrêtant tout d'un coup la sueur qui ruisselait de tous les points de la surface de mon corps, me fait éprouver une sensation semblable a celle d'un bain de glace. Qu'on juge par là du danger auquel ma santé était exposée ! Mais ce n'est pas tout : mon laboratoire considérablement rétréci par un énorme monceau de pierres, avait tout » au plus six pieds de long sur quatre de large, et le sens de sa longueur était dans la direction du fond de la fosse, de manière que lorsque je voulais passer d'un côté du cadavre à L'autre , je me trouvais au bord d'un précipice affreux où j'ai été sur le point de tomber plusieurs fois pendant le cours de mes expériences. Je passe sous silence les incommodités relatives à l'expérience elle-même , telles que la situation du cadavre sur la terre, mon bureau composé de trois ou quatre pierres posées les unes sur les autres, le siège vacillant de mon appareil galvanique, et la terre que des ouvriers travaillant au-dessus de la fosse faisaient à chaque instant tomber sur n.a tête. » (Expériences faites sur le cœur et les autres parties d'un homme décapité le i A brumaire an XL Brochure in -8°, an xi, chez Levrault.) (I) Essai théorique et eospérmental sur le galvanisme, p. 69.

360 DÉCOUVERTES SCIKNT1K1QUIS.

Aldini décrit eusuite les résultats qu'il obtint avecle secows . .

des médecins et physiologistes qui l'assistèrent dans ses obeer-

\ ations.

Mais de toutes les expériences faites par Jean Aldini, cdk qui ût le plus de bruit eut lieu à Londres, le 17 janvier 1803. pendant le voyage qu'il avait entrepris pour faire connaître c» curieux phénomènes.

Forster, pendu comme meurtrier, fut le sujet de cette expérience. Il était âgé de viugt-six ans et d'une constitutioo robuste. Après l'exécution, son corps fut exposé pendant m* heure sur la place de Newgate par un temps très froid. 1/ cadavre fut remis à M. Koate, président du Collège des chirurgiens de Londres, qui procéda, de concert avec Aldini, aux essais de galvanisation du cadavre au moyen d'une pile à!co lonne de cent vingt couples, zinc et cuivre.

Deux fils métalliques conducteurs communiquant avec les deux pôles opposés de la pile, ayant été appliqués, l'un à la bouche et l'autre à une oreille du cadavre, préalablement humectés d'une dissolution de sel marin, les joues et les muscles de la face se contractèrent horriblement, et l'œil gauche s'ouvrit de toute sa grandeur. On observa, en graduant l'intensité de l'agent électrique, que la violence des contraction* musculaires était en proportion du nombre des couples métalliques mis en action.

Les arcs conducteurs de la pile étant mis en contact avec les deux oreilles, tous les muscles de la tête furent agités dp frémissements ; l'action convulsive se propageant à la face, les 1 traits du cadavre furent en proie à des contractions désordonnées ; les paupières ne cessaient de clignoter et les coins «V la bouche d'être tiraillés hideusement

En appliquant les conducteurs de la pile à l'une des orcillw H au rectum, les muscles an tronc, même les plus cloigiifa des points de contact des deux conducteurs, étaient agités (!<•

mouvements si vifs, que le cadavre semblait reprendre la vie.

L'intensité des contractions organiques fut encore exaltée, lorsque Aldini vint à associer des stimulants chimiques à Taclion du galvanisme. En versant de l'ammoniaque dans les puînés et dans la bouche du cadavre, tandis que le courant Bectrique traversait les muscles de la face, les convulsions se propageaient jusqu'aux muscles de la tête et du cou, et même osqu'au deltoïde, c'est-à-dire à l'extrémité supérieure du iras. Les contractions étaient si violentes, si analogues aux aouvements naturels, « qu'il semblait, dit Aldini, que par impossible, la vie allait être rétablie. »

Aldini conclut de ces expériences que le galvanisme pourrait «ut-être agir efficacement pour rappeler à la vie les asphyxiés t les noyés, c'est-à-dire les individus chez lesquels la vie n'est as encore absolument éteinte, et ce moyen a été depuis assez savent mis en pratique.

Des expériences semblables furent faites à Londres par Jdini, dans l'amphithéâtre de l'hôpital de Guy et Saint- Chômas, en agissant sur des animaux décapités.

C'est dans Y Essai théorique et expérimental sur le galvan$me, publié à Paris en 1804, et dédié au premier consul Bonaparte, qu'il faut chercher les détails des étonnants résultats obtenus par l'expérimentateur italien en faisant agir le plvanisme sur les animaux récemment tués (1). On peut voir dans ce curieux ouvrage comment, avec une pile à colonne composée d'une centaine de couples, tous les mouvements de h vie furent reproduits avec une effrayante énergie, soit sur des chevaux, des bœufs, des veaux, récemment abattus, soit

(1) Essai théorique et expérimental sur le galvanisme, avec une série i expériences faites en présence des commissaires de l'Institut national A France et en divers amphithéâtres anatomiques de Londres , par Jean Aldini, professeur de l'université de Bologne. 1 vol. in- 4°, avec flanches. Paris, an xn (1804).

iv. 31

sur les cadavres d'hommes qui avaient succombé à une mon naturelle. Sur des tètes séparées du tronc, surtout quand la sujets étaient des chevaux, animaux qui se prêtent le plus facilement à ce genre d'expériences, on vit les lèvres s'agiter, te paupières se rouvrir, les yeux rouler dans leur orbite. À\ec |J des cadavres humains, on vit le tronc agité de mouvements violents, se soulever à moitié, comme si l'individu allait mar- Il cher ; les bras fléchir et s'étendre alternativement le long du y* corps, l' avant-bras se lever, tenant à la main un poids de quelques livres, les poings se fenner et battre violemment la table qui supportait le cadavre. Les mouvements naturels de la respiration furent artificiellement rétablis, et parle rapprochement subit des cotes, une bougie placée devant la bouche fat éteinte à plusieurs reprises.

En reconnaissance du zèle que Jean Aldini avait apporté i ces expériences, les chirurgiens et les élèves de l'hôpital de Guy lui firent hommage d'une médaille d'or qui portait d'un côté les armoiries de l'établissement, et de l'autre une légende en* tourée d'une guirlande de chêne (1).

Aldini fit en France des expériences semblables, mais en opérant seulement sur de grands animaux. Les plus important» eurent lieu à l'École \étérinaire d'Alfort. On soumit à un courant électrique la tète d'un bœuf détachée du tronc et placée sur une table. On vit cette tète ouvrir les yeux et les rouler avec furie, enfler ses naseaux, secouer les oreilles,

(I) Voici cette légende:

Johanni Aldino

piîrclaro pliysico diguo (îalvani nepoti recens expcriincntis commonstratis professores et scholares IS'osocom. S. Thomu! et Gu\

li Le ri ter pcrsolvunl

MDCCCiu. Londiui.

LÀ pile DE VOLTà. 303

mnme si l'animal eût été vivant. Sur une autre table, les Uades du cadavre d'un cheval faillirent blesser plusieurs assistants, et brisèrent les appareils disposés auprès. On trouve la leftcription très détaillée de ces expériences dans l'ouvrage TAldini, auquel nous renvoyons les personnes qui veulent se Erfre une idée exacte des étonnants effets qu'exerce l'électricité nr le corps des animaux.

Pendant plusieurs années, on s'attacha, dans diverses parties le l'Europe, à reproduire les phénomènes mis en évidence par •habileté expérimentale de Jean Aldini.

En Angleterre, l'anatomiste Carpne obtint de très curieux •ésultats sur le cadavre de l'assassin Michel Carney (1). iomme ces phénomènes ne présentèrent rien de plus remarquable que ceux qu'Aldini avait obtenus sur le corps de torster, nous les passerons sous silence pour arriver aux essais tn même genre, qui furent faits peu de temps après par une {union de médecins de Maycncc.

Le 21 novembre 1803, le fameux chef de brigands Schinlerbannes fut exécuté avec dix-neuf de ses complices, sur la )lace publique de Mayence, alors ville française. Grâce à la irotection des autorités, plusieurs médecins de cette ville Mirent les mesures nécessaires pour faire profiter la science le cette rare et triste occasion de recherches physiologiques.

Le but des médecins mayençais était de déterminer quels Bont les degrés d'action et d'énergie de l'agent galvanique sur tes divers organes du corps humain, et de rechercher en même temps si l'électricité statique, développée par les machines à frottement, produit, dans ces circonstances, le même effet que l'électricité dynamique donnée par la pile de Volta.

A cent cinquante pas de l'échafaud, on disposa une cabane

(1) Bibliothèque britannique, nM 207-208, p. 373 (Scienceset Arts). *— Sue, Histoire du galvanisme, t. III, p. 248.

destinée à recevoir les décapités ; elle était pourvue de tous les instruments nécessaires pour soumettre les corps, que Von devait y apporter successivement, à l'action de l'électricité sU- \' --\ tique et dynamique. Le jour de l'exécution, l'atmosphère était humide et nébuleuse, la température de la cabane était de 1 5 degrés centigrades.

Le premier cadavre fut apporté quatre minutes après h I décollation ; il était jeune, robuste et encore très chaud; les muscles se contractaient spontanément ; les artères du cou battaient visiblement, et le sang jaillissait encore à chaque pulsation.

Le second cadavre ne fut apporté que vingt-deux minutes après l'exécution ; il conservait encore un reste de chaleur.

Le troisième n'arriva que plus tard. Il était vieux et froid et avait perdu presque toute irritabilité.

Le quatrième ne fut apporté que deux heures après Texécntion; il était par conséquent plus froid que les précédents. C'est sans doute en raison de cette circonstance que les expérimentateurs se contentèrent d'opérer sur ces quatre corps et abandonnèrent le reste des individus suppliciés.

Comme les moyens opératoires employés par les physiologistes mayeuçais ne différèrent point de ceux que nous avons précédemment décrits, nous nous contenterons de rapporter, sous forme de conclusions, les résultats obtenus, et qui peuvent se formuler comme il suit :

\ ° Les contractions musculaires que l'on provoque, avec la pile de Volta, sur le corps des individus récemment décapitas, sont semblables à celles qui se produisent pendant la vie.

2° La pile de Volta agit d'une manière beaucoup plus prononcée sur les muscles soumis 5 l'empire de la volonté que sur ceux qui sont soustraits a cette influence. Les contractions les plus fortes furent produites dans les muscles de la face, de la vitrine, des membres et dans le diaphragme, ; c'est là ce qui

feplique le peu de sensibilité à l'influence électrique de la

nique musculaire des intestins et des parois du cœur.

" 3° La pile de Volta exerce une action d'autant plus marquée

tron applique les conducteurs plus exactement suivant la ction des nerfs.

Li 4* L'électricité statique produit, mais à un plus faible degré, ks mêmes effets que l'électricité dynamique.

Les expériences faites par les médecins de Mayence, sur les Criminels décapités, furent répétées identiquement sur des animaux à sang chaud, et donnèrent les mêmes résultats (1).

Au tableau qui précède nous ajouterons un dernier trait qui peint bien l'époque où furent accomplies ces étranges recherches.

On avait beaucoup agité en France, peu de temps auparavant, à l'instigation et d'après les assertions expérimentales de Sue, la question de savoir si des individus décapités souffrent quelques minutes après la décollation, et si les organes des lens qui résident dans la tête sont encore accessibles, pendant quelque temps, aux impressions externes.

Pour décider si le sentiment du moi persiste quelque temps après la décapitation, deux jeunes médecins, de l'association de Mayence, s'étaient placés sous l'échafaud, et recevaient successivement les têtes à mesure qu'elles tombaient sous le couteau fatal. L'un prit entre ses mains la première tête, et tous deux, l'ayant considérée attentivement pendant quelques instants, ils n'y aperçurent aucun mouvement, aucune contraction sensible : les yeux étaient à demi-fermés. Alors, l'un des expérimentateurs cria, tantôt dans l'une, tantôt dans l'autre des deux oreilles, ces mots : M* entends-tu ? pendant que son com-

(1) Ces diverses observations sont rapportées dans une dissertation iDemande : Expériences galvaniques et électriques faites sur des hommes et des animaux, par une société de médecins établis à Mayence, iépartement du Bas-Rhin (Galvanische und eléktrische Versuche an Menschenund Thier Kôrpern, etc., in-4°, Frankfurt am Mein, 1804^

pagnon, qui tenait la tête, observait attentivement l'effet <ptf ces cris auraient pu produire. Mais aucun mouvement ne ht observé dans toute l'étendue de la face.

Une seconde tête fut soumise à la môme épreuve; seulement les expérimentateurs changèrent de rôle : celui qui avait tenu la tête, dans l'essai précédent, fut chargé de crier ; l'autre, au contraire, d'observer. Mais il ne se manifesta pas plus de sensibilité dans ce cas que dans le précédent

Cinq têtes subirent successivement cette triste épreuve. Les résultats furent constamment les mêmes, les veux de tout» les têtes abattues ne firent jamais le moindre mouvement; fls demeurèrent fixes, immobiles et ouverts

Détournons les yeux de cet affreux tableau dont aucun sentiment de curiosité philosophique ou scientifique ne peut voiler l'horreur !

C'est dans les années 1803 et 1804 que s'étaient accomplies les étranges expériences que nous venons de rappeler. Pour terminer ce sujet, nous rapporterons une dernière observation du même genre qui eut lieu en Angleterre plusieurs années après, etdans laquelle les effets qui nous occupent prirent une effroyable énergie. Il s'agit des expériences galvaniques qui furent faites le l\ novembre 1818, à Glasgow, sur le corps de l'assassin Clydsdale, par le docteur Andrew Ure et quelques autres physiologistes anglais, qui avaient acheté du criminel condamné à mort son propre cadavre, afin de le soumettre aux épreuves de la pile de Volta.

L'individu qui fut le sujet de cette expérience était un homme d'environ trente ans, de moyenne taille et de formes athlétiques. Il demeura pendant près d'une heure attaché au gibet, sans faire aucun mouvement On le porta à l'amphithéâtre anatomique de l'université, dix minutes environ après qu'on l'eut détaché de l'instrument du supplice. La face avait un aspect naturel et le cou n'offrait aucune dislocation.

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