IV. i
les merveilleux effets de cet instrument produisaient en Europe une impression extraordinaire. Toutes les Académies, toutes les sociétés savantes, suspendirent leurs travaux habituels pour s'adonner à l'étude des phénomènes électriques, à peine connus jusque-là. Les nouvelles découvertes sur l'électricité n'avaient pas tardé à pénétrer jusqu'au vulgaire, dont elles frappaient l'imagination, et les personnes les plus étrangères aux sciences étaient aussi les plus empressées à rechercher le spectacle de ces curieux phénomènes. Des démonstrateurs ambulants allaient, de ville en ville, colportant dans tous les pays Y expérience du choc électrique, et trouvant leur bénéfice à cette propagande banale de la nouveauté scientifique. Les princes et les grands, si peu soucieux d'ordinaire de ce genre de faits, en avaient été les premiers témoins, car c'est dans le palais du roi de France et en présence de toute sa cour que Ton avait vu répéter, pour la première fois, l'expérience de la chaîne électrique.
Par quelle série de circonstances l'étude de l'électricité, languissante jusqu'à cette époque, avait-elle conduit les physiciens à la découverte qui agitait tant d'esprits? Quels travaux précurseurs l'avaient préparée ou annoncée ? Quelle devait être son influence sur les progrès généraux des sciences? C'est ce que nous allons exposer, en remontant à l'origine des premiers travaux sur l'électricité, pour suivre jusqu'à des temps voisins de notre époque la série des découvertes postérieures qui ont révélé dans le fluide électrique tant de propriétés remarquables et qui, de nos jours, sont devenues la source d'un si grand nombre d'applications.
On dit, et l'on répète depuis bien longtemps, que la découverte des premiers phénomènes électriques appartient aux anciens. Cette opinion mérite d'être soumise à un examen sérieux.
Ce fait, que l'ambre jaune, après avoir été frotté, attire vive-
LA MACHINS ÉLICTRIQUI. S
i les corps légers et secs, était connu dans l'antiquité.
n'ignore que c'est du mot grec cXtxrpov (ambre) que
: de l'électricité a tiré son nom. Mais toutes les con-
s des anciens sur l'électricité se sont réduites à la
ttion de ce fait Thaïes, philosophe grec qui vivait en-
) ans avant Jésus-Christ, se borne, dans un passage de
qui a été cité bien souvent, à signaler l'existence de ce
ne, dont il donne une explication à sa manière. Selon
ophe, l'ambre était doué d'une âme, et il attirait à soi
légers « comme par un souffle ».
600 ans après Thaïes, le naturaliste Pline n'en dit pas
e sur le même sujet : « Quand le frottement a donné
trps la chaleur et la vie, il attire les pailles et les feuilles
5 d'un faible poids. » Avant lui, Théophraste, dans son
es pierres précieuses, s'était borné aussi à une simple
de cette propriété attractive, qu'il avait reconnue pour-
uelques autres corps, tels que le lyncuriurn, substance
croit identique avec notre tourmaline.
en ce qui concerne les phénomènes électriques, tout
e que l'antiquité nous a laissé. On avait reconnu le
ène fort simple que présente l'ambre frotté; on déclara
ibre avait une âme, et tout fut dit
xisté et l'on trouve encore une classe d'érudits qui,
de l'antiquité et ne comprenant que cette époque,
, dans leur adoration pour ce qui n'est pas de leur
faire honneur aux Grecs et aux Romains de toutes les
acquisitions de l'intelligence humaine. Ces fanatiques
eurs du passé ont revendiqué en faveur des anciens la
;rte de la plupart des grands faits scientifiques connus de
1rs. Dans son ouvrage sur ['Origine des découvertes
ées aux modernes , Dutens s'est fait l'interprète de ces
Il n'est pas, d'après cet écrivain, une seule de nos dé-
tes scientifiques dont on ne puisse, avec un peu d'érudi-
tion grecque ou latine, signaler les traces ou l'origine dans les écrits des anciens.
Il est étrange que des savants qui ont passé leur vie sur les restes de l'antiquité aient entièrement méconnu le caractère de l'esprit philosophique de cette époque; qu'ils n'aient jamais compris que la philosophie des Grecs et des Romains impliquait la négation absolue de notre esprit scientifique actuel. Les sciences physiques proprement dites ont pour base l'examen des faits et leur comparaison ; elles ont pour moyen l'expérience, c'est-à-dire Fart d'interroger la nature par des observations méthodiques, et de vérifier, par des observations nouvelles, les conjectures tirées d'inductions précédentes. Les anciens n'avaient aucun moyen de se livrer avec suite et succès à ces observations sur lesquelles sont fondées toutes les sciences actuelles. En outre, un grand nombre de leurs philosophes, surtout leurs moralistes, repoussaient cette recherche comme une occupation indigne des esprits élevés. C'est ce qu'il est facile d'établir par un coup d'œil rapide jeté sur les écrits des anciens philosophes.
Interrogez sur le véritable but de la science Platon, l'illustre chef de la philosophie grecque; il vous dira que « le but de la » science, c'est d'imprimer à l'Ame un mouvement qui, du jour » ténébreux qui l'environne, l'élève jusqu'à la vraie lumière » de l'être (1), » ou « de conduire l'homme à la connaissance » de la térité abstraite, essentielle, étemelle (2). »
Dans sa République, Platon passe en revue les arts mécaniques et les sciences pratiqués de son temps. Les arts mécaniques ne lui présentent rien que d'ignoble; la science du calcul, il la trouve utile comme les autres, parce que peut-être « elle élève l'âme à la pure intelligence, » et aussi comme
(1) Rep.y liv. VII. Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin, t. X, p. 79.
(2) Ibidem, p. 82.
LA MACfUXE ÉUCTBlOtC. 5
i l'âme un puissant élan ters la région supérieure gant à raisonner sur les nombres leLs qu'ils sont en tes, sans jamais souffrir que ses calculs roulent sur ces visibles et palpables (1). »
pe de Palamède, qui, dans sa tragédie, attribue les gamemnon à l'exactitude des calculs de ce général : se, Palamède, dans ses tragédies, nous représente Agamemnon comme un plaisant général! Vas-tu irqué qu'il prétend avoir, à l'aide des nombres qu'il ventés, distribué les troupes dans le camp devant i fait le dénombrement des vaisseaux et tout le reste, ri, avant lui, rien de tout cela n'eût été compté ("2) ! * recommande la géométrie, c'est parce qu'elle a pour connaissance de ce qui est toujours et non de ce qui lérit»; parce qu'elle «attire l'âme vers la vérité et n elle l'esprit philosophique, en l'obligeant à |>orter I regards au lieu de les abaisser sur les choses d'ici- . » Quant à l'astronomie, son interlocuteur, (ilaucon, BZ porté à la recommander aux jeunes gens de sa Ilé- , sur cette considération qu'elle donne au laboureur et la connaissance exacte des saisons, des mois et des an- 88 son maître reprend sur ce point le jeune adepte : le ta part bonté pure, dit Platon, et là n'est pas le vériivantage de l'astronomie. Son véritable avantage, c'est ifier, de ranimer un organe de l'âme éteint et aveuglé autres occupations de la vie, organe dont la conservants importe mille fois plus que celle des yeux du corps, ie c'est par lui seul que nous apercevons la vérité (l\). » tas de Tarente, mathématicien célèbre, avait inventé
wms de Platon, traduites par Victor Cousin, t. X, p. 89. >., liv. VII, p. 82, traduction de M. Cousin, iim, p. 92.
km, p. 93-94.
divers appareils mécaniques fondés sur l'application de principes mathématiques. On lui attribue l'invention de la vis, celle de la poulie, de la crécelle et de diverses autres machines simples, la solution de plusieurs problèmes de géométrie, notamment la duplication du cube, enfin l'invention de cette fameuse colombe volante sur laquelle on a tant discuté au moyen âge. Platon ne manqua pas d'adresser de vifs reproches au savant Archytas , disant : « qu'il corrompait la géométrie et lui faisait » perdre toute sa dignité, en la forçant, comme une esclave, » de descendre des choses immatérielles aux objets corporels et » sensibles, » et ajoutant que c'était dégrader l'exercice de l'intelligence que de l'abaisser à des actes propres seulement à des charpentiers ou à des charrons (1).
Si des Grecs nous passons aux Romains, nous y trouverons marqués au même degré ce mépris du travail du corps et cette répugnance à l'examen des objets matériels qui constituent pourtant le moyen fondamental de nos sciences actuelles. Chez les Romains, il était commandé d'abandonner aux esclaves le domaine des choses physiques, qui auraient souillé les mains d'un philosophe et d'un citoyen. On voit, par les Lettres de Sénèque, avec quel mépris superbe les philosophes latins foulaient aux pieds les choses terrestres et le travail manuel : « Je » ne puis accorder, dit ce philosophe, que les arts, qui sont » d'un usage journalier à l'homme, aient été inventés par les » philosophes. C'est un honneur que je ne ferai jamais au travail » manuel (2). »
Mais Sénèque a éjcrit un gros livre sur ces questions mêmes qu'il traite a\ec tant de mépris. Aussi a-t-il bien soin de nous éclairer sur les motifs qui ont présidé à la composition de son (eu vie. A-t-il écrit son livre sur les Questions naturelles pour
(1) Plutarque, Vie de Marcellui, traduction de Ricard, t. Ier, p. 395.
(2) Œuvres complètes de Sénèque le philosophe, édition Panckoucke, /. >7, lettre .90, p. 4*7.
impirc de l'homme sur le monde matériel, pour aug-
i jouissances ou soulager ses maux? Nullement, mais
■e parce que cette étude sert à élever l'esprit au-dessus
Dûmes de la vie, à l'isoler du corps, à exercer sa pé-
lans la solution de questions ohscures ; « parce qu 'elle
ice par nous éloigner des objets indignes de nous ,
lar dégager des liens du corps l'âme elle-même (4). »
îve, dans le même ouvrage, un témoignage instructif
uivoque de la manière dont Sénèque et les pliiloso-
m temps traitaient les inventeurs des arts utiles.
pense pas, dit Sénèque, que ce soient les sages qui
couvert le fer et le cuivre, lorsque, du sein de la terre
le par l'incendie des forêts, jaillirent à sa surface les
métalliques en fusion. Pour inventer de pareilles
il faut s'en occuper (ista taies inveniunt quales co-
i Aussi cette question qu'agite Possidonius : « Si
du marteau a précédé celui des tenailles, » paraît-
►eu digne de l'attention que le philosophe lui prête.
ux instruments, dit Sénèque, ont été inventés tous
ir un homme adroit et d'un esprit exercé, mais non
prit remarquable et élevé, comme il en est, du reste,
es les recherches qui exigent que le corps soit courbé
;erre avec son attention aussi, quidquid aliud corpore
ato et animo humum spectante, quœrendum est (2). »
oche à Possidonius de décrire les premiers emplois de
te, et il conteste que le sage en soit l'inventeur. Il
de transformer le sage en boulanger (inpistrinum m-
submittit), parce que Possidomus raconte comment
j'y est pris pour préparer la farine, pétrir et cuire le
Peu s'en est fallu , ajoute-t-il , qu'il ne nous présentât
uvres complètes de Sénèque le philosophe, édit. Panckoucke, u livre III des Questions naturelles, t. VIII, p. 187. ttre 90, t. VJ, p. 4M.
» aussi le métier de savetier comme une invention du sage, » quin sutrinum quoque inventuma sapientibus diceret (1).* Il ajoute enfin : « Tous ces arts ont été , il est vrai , imaginés » par la raison, mais non par la droite raison (omnia etiam » ratio quidem, sed non recta ratio, commenta sunt). Ce sont » des inventions de l'homme, non du sage. »
Possidonius prétend que c'est le' sage qui a inventé Fart de diriger les vaisseaux par le gouvernail, mais qu'ensuite, comme ils étaient indignes d'occuper ses mains, il les a abandonnés à de vils esclaves. Sénèque s'indigne contre cette imputation :
c Je prétends, moi, s'écrie le philosophe, que toutes ces choses » n'ont pas été inventées par d'autres que par ceux mêmes qui » les exploitent aujourd'hui. En effet, ajoute Sénèque, de mon » temps on a fait des découvertes du même genre, comme des » toitures transparentes pour laisser passer la lumière dans toute j> sa pureté, des bains suspendus et des tubes logés dans l'épais- » seur des murs pour diriger et répartir également dans la mai- » son une chaleur douce et égale, des marbres qui font briller j> d'un riche éclat les temples et les maisons particulières, des » pierres arrondies et polies pour servir de base h des portiques » et à de vastes édifices, enfin les caractères de la sténographie, à » l'aide desquels la main sait, sans la moindre peine, recueillir les » discours, quelle que soit la rapidité de la parole de l'orateur. » Mais toutes ces inventions n'appartiennent qu'à de vils esclaves. » La science a une mission plus noble : ses leçons ne s'adressent » pas aux mains, mais à l'âme (2). »
Selon Sénèque, non-seulement le sage n'a pas abandonné les arts manuels après les avoir inventés, mais il ne s'en est jamais occupé. Ainsi, par exemple, Possidonius attribue à Anacharsis l'invention de la roue du potier de terre :
c II n'est pas impossible, dit Sénèque, qu'Anacharsis soit l'in- » venteur de cette machine ; mais , s'il l'a inventée, c'est quoi-
( 1 ) Œuvres complètes de Sénèque le philosophe, t. VI , lettre 90, p.469 . (2) Ibidem, p. 409-471.
LA MACHINS ELICTEIQUI. 9
;t non comme sage (et si fait, sapiens quidem hoc inrrc tanquam sapiens) , comme les sages font beaucoup choses parce qu'ils sont hommes et non parce qu'ils i (sicut mulla sa pi ente s faciunt, quia hotniiiet tunt, iwn ntes). C'est ainsi qu'il peut arriver qu'un philo>oplie à la course; mais il devancera ses rivaux eu tant que is uon en tant que sage (quia velox est, non quia su-
isuite que Démocritc ait inventé les toutes de pierre i falsvm esse) : il est impossible que les toutes conarcade n'aient pas été exécutées avant lui.
tien vrai, ajoute t-il, que Démocritc a inventé l'art île l'ivoire, de fabriquer par l'action du feu des émeraudes es et de colorer par la cuisson diverses pierres ; mais, rai que Démocrite ait fait ces inventions, ce n'est point t sage, car le sage fait forcément beaucoup de choses tent aussi les hommes les plus étrangers à la sagrs>c. *
iur voudra bien excuser la longueur des citations qui Nous tenions à établir ce fait, trop méconnu jusoment, que chez les anciens, la philosophie, leduca- 8 mœurs, éloignaient l'idée des sciences telles que comprenons aujourd'hui, et qu'il serait par consépossible d'aller placer dans l'antiquité l'origine de dssances physiques. Au lieu de se consacrer ù Inobservation de la nature, afin de s'éclairer sur les lois lent l'univers, les anciens préféraient se perdre dans plation de l'idéal. On fermait volontairement les yeux de admirable du monde extérieur pour débattre comanentdes questions abstraites et souvent oiseuses. Quant rie plus simple des phénomènes naturels pour essayer iter à sa cause, cette idée ne pouvait se présenter à
wres de Sénègue, l. VI, lettre 90, p. 475.
l'esprit d'un peuple qui allait apprendre, le plus sérieusement du monde, dans les vers de ses poètes ou de la bouche des personnages du théâtre, que les abeilles naissent du corps putréfié d'un bœuf, et que l'ambre provient de ^incrustation des larmes d'un oiseau de l'Inde pleurant la mort du roi Méléagre.
L'esprit scientifique ne pouvait pas beaucoup plus facilement prendre naissance et se développer à l'époque du moyen âge. La scolastique, trônant dans les écoles, courbait toutes les intelligences sous le joug d'Aristote, c'est-à-dire sous l'empire de l'antiquité. Au lieu de porter les esprits vers l'étude des choses, elle renfermait la science entière dans l'étude et le stérile commentaire des mots. Les principes du christianisme tendaient , dans un certain sens, au même résultat, car le mépris des choses terrestres prêché par l'Église chrétienne avait engendré une philosophie qui détournait les hommes de l'étude minutieuse des faits physiques. Aussi peut-on remarquer que les premières lueurs scientifiques qui, en Europe, apparaissent au milieu des ténèbres de l'ignorance universelle, se lèvent du côté des peuples non chrétiens : elles arrivent par les Égyptiens, par les Arabes et les Maures d'Espagne. Si, en plein moyen âge, un physicien ceignit la tiare pontificale ; si quelques hommes de génie se révélèrent dans le silence des cloîtres et apparurent sous le froc de quelques moines studieux, ce ne furent là, pour ainsi dire, que des inconséquences du siècle, et leurs contemporains le firent bien sentir au pape Sylvestre II, à Albert le Grand, à Roger Bacon, à Raymond Lulle, en accusant ces grands hommes du crime de magie, et dénonçant au monde leur pacte secret consenti avec le prince des ténèbres.
Ces réflexions montrent suffisamment combien il serait illogique de reporter l'origine des sciences modernes à des temps très éloignés des nôtres. La création des sciences physiques date réellement de la (in du xvr siècle, c'est-à-dire de l'époque
LA MACHINE ÉLICTRIQUI. H
re la glorieuse et immortelle trinîté de Galilée, de
de Bacon. Après l'émancipation politique, sociale
5 de l'Europe, les sciences physiques naquirent,
ernier etsupréme bienfait, de la philosophie nouvelle.
ra donc pas surpris de voir la science de l'électricité
i que dans les dernières années du \\ r siècle, c'est -
XHpie même où Galilée publiait ses premiers travaux.
ce moment, le souffle de l'esprit nouveau commence
ur le monde ; la méthode scientifique est fondée ;
de l'expérimentation, dont Galilée \ ient de donner
précepte et l'exemple, semonire-t-ileu même temps
\ points de l'Europe intelligente, en Italie, en France,
pie, en Angleterre.
ps cette dernière partie; de l'Europe que la science
cité naquit vers les dernières années du xvr siècle.
mr père Guillaume Gilbert, de Golchestcr, médecin
6 Elisabeth d'Angleterre, mort en 1603. Gomme à
pie', tous les phénomènes de la nature sollicitaient
les recherches, la curiosité des observateurs devait
rement se diriger vers les faits qui se distinguaient
or leur singularité. Parmi ces derniers, apparaissait
ier rang le phénomène de l'attraction du fer par
Guillaume Gilbert publia , sous le titre De arte
tt, un livre, vraiment admirable, où les phénomènes
aes sont soumis pour la première fois à un examen
di. Après les nombreuses expériences qu'il avait faites
tire d'aimant, Guillaume Gilbert dut naturellement
r du phénomène d'attraction qui est particulier à
jaune. Gette substance, quand elle a été frottée, atti-
corps légers à la manière des substances magnétiques,
prit à Gilbert comme une variété d'aimant naturel ;
œla, son étude rentrait parfaitement dans l'ordre de
tes qu'il avait entreprises.
Quand le médecin de Colchester commença ses expérien^^c sur J'ambre jaune, toul ce que Ton savait encore, c'est qucoctt* substance attirait les corj)s légers. Seulement, Pline avait annoncé que Je javet jouit de la même propriété. Or, l'ambnt? jaune était une substance que l'on mettait alors au nombre des i
plus précieuses; iJ servait à l'ornement des autels et entrai* dans les parures de luxe. Le jayet était aussi considéré comme un objet de prix ; on le consacrait à iàire des miroirs avant l'invention des glaces. La rareté de ces deux matières fossiles et leur propriété commune d attirer les corps légers axaient fait naître au moyen âge diverses opinions scientifiques que Ton avait formulées plus ou moins clairement. Gilbert présuma avec sagacité que, quel que fût le prix accordé par les hommes ï l'ambre et au ja\,et, la nature n'avait pas départi exclusivement à ees deux sul)stances le privilège de cette sorte d'attraction magnétique. Cette pensée le conduisit à des expériences et à des découvertes qui jetèrent les premiers fondements de la science électrique.
Dans ses recherches sur l'aimant, Gilbert avait remarqué qu'il faut une moindre force pour mettre en mouvement une aiguille mince et légère posée en équilibre sur un pivot bien poli, comme l'est, par exemple, l'aiguille aimantée d'une boussole, que pour déplacer et élever d'une seule ligne le même corps ou un corps beaucoup plus léger. Il mit habilement à profit ctMte disposition |M>ur constater le phénomène de l'attraction électrique dans les substances où elle est trop faible pour se manifester d'une antre manière. Gilbert prit donc une aiguille semblable à celle dont ou se sert jxnir les boussoles, et la |Hisa ('il équilibre sur un pivot; ainsi soutenue, elle était beaucoup plus mobile que tout corps léger appuyé sur une table ou sur un plan quelconque. Il approchait alors de cette aiguille le corps préalablement frotté, dans lequel il voulait constater la Propriété électrique; |M>ur peu que le corps frotté fut doué de
i, clic devenait immédiatement sensible par le moul'aiguille (1).
•ant de cette manière, Gilbert reconnut que la pro-
ttirer les corps légers, après des frictions préalables,
exclusivement propre à l'ambre et au ja\et, mais
commune à la plupai t des pierres précieuse, trille
nant, le saphir, le rubis, l'opale, l'améthyste, l'aigue-
cristal de roche. 11 la trama aussi dans le verre, la
le soufre, le mastic, la cire d'Ksjugne, la résine,
le sel gemme, le talc, l'alun de roche. Toutes ces
quoique avec différents degrés de force, lui parurent
i-seulement les brins de paille, mais tous les corps
mine le bois, les feuilles, les métaux en limaille ou en
) pierres, les terres et même les liquides, tels que
iuilÇ|
a fait encore une foule d 'observations de détail sur stances qui accompagnaient l'attraction électrique ubstances où il l'avait reconnue. Toutes ces ohsenaéparses sans doute, et le lieu qui doit les rattacher ître pas encore; mais l'impulsion était donnée, et la inerte par ce physicien ne devait pas tarder à se rem-
, qui fut le père delà science électrique, l'avait laissée auce. Ce qui arrêtait ses premiers pas, c'était le manque ireil à l'aide duquel elle pût s'exercer et procéder h tigations précises. A cette science nouvelle il fallait iment, il fallait à l'électricité sa machine. Ce fut l'ilto de Guericke, bourgmestre ou consul de; Magde-
aites, dit Guillaume Gilbert , une aiguille de quelque mêlai oit , de la longueur de deux ou trois pouces , légère et très iur un pivot, à la manière des aiguilles aimantées ; approchez »s extrémités de cette aiguille, de l'ambre jaune ou une pierre e légèrement frottée, luisante et polie, l'aiguille se tournera hamp a {De orte magnetied.) iv. 2
bourg, qui dota la science électrique de sa première machine
Un simple tube de verre que Ton frottait avec une étoffe d laine avait suffi à Gilbert pour ses expériences électriques. Oit de Guericke forma avec un globe de soufre une machine plu commode et plus puissante. Le soufre est une substance qu s'électrisc beaucoup par le frottement; en lui donnant la form d'une sphère et disposant cette sphère de soufre de manière pouvoir lui imprimer un mouvement de rotation rapide, Otfc de Guericke obtint une machine propre à servir aux expérience électriques. L'opérateur tournait d'une main la manivelle qu imprimait au globe de soufre son mouvement de rotation ; d l'autre main, il tenait un morceau de drap, qui servait à opère le frottement.
Telle? est la première machine électrique que la physique ai possédée. On sait qu'Otto de Guericke est aussi l'inventeur d la machine pneumatique. Ces deux découvertes, d'une impor tance égale, assurent, dans l'histoire des sciences, uue plac hors ligne au physicien de Magdebourg.
La ligure suivante (fig. 1) représente la machine électriqu telle qu'elle se trouve dans l'ouvrage latin d'Otto de Guericke Expérimenta nova Magdeburdica.
L'auteur expose dans les tennes suivant . la manière de s procurer cette machine :
« Prenez une sphère de verre, ou, comme on Taj-pelle, un » fiole de la grosseur d'une tète d'enfant; placez-y du soufi » concassé en morceaux dans un mortier, et approchez-la d » feu, de manière à faire fondre le soufre. Le tout étant rc » froidi, cassez le globe de verre pour en retirer la sphère <3 » soufre, que vous conserverez dans un lieu sec; il faut ensuit » percer ce globe de manière à faire traverser son axe d'un » tige de fer. Le globe sera alors préparé (1). »
(1) « Si cuidam placuerit, ille spheeram vitri, quod vocant phiolan » sumat magnitudine ut caput infautis ; in eam sulphur in mortario coi
la machine éurcniom. 45
oomène lumineux qui accompagne le frotleuienl du onfre, c'est-à-dire l'étincelle électrique, avait parti-
Fig.l.
Dt occupé le bourgmestre de Magdehourg; c'est là qu'il ai ail pu constater au moyen de la machine elé- Jont nous venons de donner la description. Mais Otto ke fit en même temps quelques observation:) qui, développées et variées, devaient servir de base à la ; l'électricité.
sicien de Magdchourg remarqua , le premier, ce Tait l'un corps léger attiré par le globe de soufre électrisé, a touche ce globe, est aussitôt repoussé. Il avait rc-
jicial, ac igni admoLum liquefacial satis ; noque refrigeraln frangat ac globum eiimat, locoque sicco non liumido ronseribeat, illuni quoque foraininc quodam perfore!, ut radia terrer} luodam circum agi qucal : atque Hoc modo prteparalus erit 11. ■ (Ollo de Guericke , Expérimenta nova, lib. qiiarliis, p. 1«.)
••rtii nu «ni.")!- in 'mr'iii -w «."•s rcrs Shçoïv ainsi réponse ni» ;:iiii-at i?T" i»j :iiïir -fan irrirv ?ac ï».1 zfobe que lorsque! hfrttr: .iil iv ait inetuir.' V '••:urai:: d'ua corps non électifs! fcnnV. . ii .iv i.- m :om»m t »:";«• V> j-wï> de phuiic et aulr *v,rm u-ï'-r-î. • il ? ^«i^ia.T1" :"". lit oe. 1-2 Pï^-ntaient constao nvrit la rû«"-rfw; fa«v.
h'- rr-s di\«.-rs fait?. iïou~ !f ^fii.f:" "•' pn>*enait que d'il rilwrvftrioii in«:\acte. Otro d«- »Jiu»Bri«:k-.B rira de* conclusio in;»l friiirllrs, mais qu'il n'i.sr £a.< sivs ::•£:>£ de connaître po .i|i)»i/-MfT l;t liarrlifssi% L'acthiri} il:;. a .mi*-: qui distinguaient j.Aiii/' rli- iv. \A\\\\r\<*\\. Dans les j;hi:iiocui::£it> successifs de V iinr lion H du la répulsion que b» slobe ti»f ?ou:rv tk-ctiisé ex< /;iif sur Ir-s ror|>n légers placés dans *}u ^:isi*:a^e. Otlo ffMf'rirkr'crnt toir une imitation pariait c~< attractions et pulsion* qiu* If ulolx» terrestre rVTei1 >ur L^'s •::>rr* situés d« <a s|iln-rr d"ji lion. Il ]i#-usaîf que la in*V.<. cause di-terminc pliifnt^ nimtivMis par le dorx» à lui profiter :iM>caninient riMiL.'- la» «■. il la luiif à ni'sntivr lou:« urs V -.i-io. h»*nii>ph A \à ?»-ne l
l.'aiuln^ii iiiîii- !•> attiacti'T.s rii.cît:qut< et i-.s atiraclii
: 'ir/Uin^ i Lr.: nul :'■ :-.tK .. . t-jt- làrtrc«*îi»»ti pia::0:a:re e>t p
;/,r\«c/.- i.v a \.\ iii.iN.xi- v'-;> c,'î;>. :a:uli> qu»- raur>:tit»n él
.'./;*- .. .->.: ; ^j^'.i: *:*.!ï . ij:; .». -:,;u.">urtaiv. Mais ?: l»»ra|f
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LA MACHINE ÉLECmiQCtE. 17
inc du consul do Magdchourg no donnait que cli*
3 manifestations électriques : l<*s étincelles étaient îles que leur clarté surpassait à peine l'espère de >horesccnte qu'émet le sucre fm|>f)é ou cassé dans
Pour apercevoir cette faibli» lueur, il fallait frotter os un lieu obscur, et , pour entendre le bruit et le
de l'étincelle, tenir l'oreille tout près du glolie. 1 n anglais nommé llauksbée, qui écrirait (*n 1709.
effets électriques neaueoup plus considérables çant le globe de soufre d'Otto de (îuerirke par *e de xerre auquel il imprimait mécaniquement ment de rotation tandis qu'on le frottait a\ec la
odifiéo, la machine électrique présenta la figure sui-
; nous empruntons h l'ouvrage de llauksbée lig. 2 .
îachine constituait un grand perfectionnement sur
ode Guerickc; elle permit d'observer de curieux
es. Remarquons néanmoins que, dans les expériences
us a transmis le récit, llauksbée ne nous parie des
a machine que sous le rap|X)rt de la production de la
Il s'était surtout proposé de répéter et d'étendre |<s
es faites précédemment par llohert Boyle, qui avait
, sans y ajouter beaucoup, les observations d'Otto de
sur les effets lumineux du gIol>c électris.». llauksbée
donc particulièrement d'observer les diverses manifes-
î la lumière électrique quand on excitait l'étincelle
, dans le vide ou dans différents milieux, ta machine
lus bas, d'après l'ouvrage de Hauksbée, se compose,
n le voit, de deux cvlindres de verre rentrant l'un dans
t que l'on peut mettre en mouvement, séparément ou à
l'aide d'une roue mue par une inaim elle. Le <\ lindre
était pourvu d'un robinet, parce qu'on le plaçait préa-
tt sur la machine pneumatique, afin d'aspirer l'air
18 DÉCOUVEBTBS SCHNTItiQUES.
contenu dans son intérieur quand on voulait observer les effets
de l'étincelle électrique excitée dans le vide(l).
Fig. 2.
(I) La citation suivante donnera uns idée juite de l'objet et du but îlot expérience! entrepriies pur Hauk.sb.ee avec ion appareil Électrique. M. de Hrémond , de l'Académie des sciences, s'exprime comme il suit, il propos îles expériences d'Hauksbée sur l'électricité, dans le Discours liitlorigite et raisonné qu'il a mis en tiHede la traduction des ouvres de ce physicien :
ic C'est à M. Hauksbéc que nous sommes redevables de la première application îles globes ou des cylindres de verre, aux expériences électrique*. A peine avant lui savait-on d'une manière bien décidée que le
ie, dans ses Eléments de physique, donne U et la figure d'une machine électrique construite ièle de celle de Hauksbée. Cet appareil se coni|)ose de cristal monté sur deux douilles de cuivre. Une mprime un mouvement de rotation très rapide au stal, que Ton frotte au contact de la main appuyée
:orps électrique. Les académiciens de Florence le relouent >rps dont la vertu s'annonce par des effets peu sensibles. it pas tiré un meilleur parti du globe que du tube qui nous me physicien , cependant les expériences qu'il a faites par ivaient ouvert avantageusement la route , et ses succès en des plus brillants encore. Mais MM. Grey et Dufay aban- >p légèrement le globe pour se borner uu tube. C'est de nos s physiciens d'Allemagne l'ont repris ; ils <»u ont augmenté considérablement les effets.
t appareil que nous venons de décrire, M. Hauksbée fit des très intéressantes. Lorsqu'il appliquait sa main sur le réci- ,ur, tandis qu'il avait reçu un mouvement rapide, la lumière r le frottement s'élançait par des ramifications surprenantes ie du récipient intérieur. Elle avait plus d'éclat et de force Duvement était imprimé aux deux récipients en môme temps : ut du même sens, soit que ce fût en sens contraire, soit que ix fut plein ou vide d'air. Lorsque les deux récipients, après ttés quelque temps, étaient en repos, et qu'on approchait la rre extérieur, des éclats de lumière se répandaient sur la écipient intérieur.
■eil fut changé : on ajusta sur la machine de rotation un
ï d'air ; et auprès de ce premier globe , sur une semblable
. la distance d'un peu moins d'un pouce , on fixa un autre
d'air. Dès qu'on eut communiqué le mouvement à ces deux
ppliqué la main sur celui qui était plein d'air, les émanations
excitées par le frottement se portèrent sur le globe eu
;, vide d'air, et qui n'avait reçu aucun frottement. M. Hauksbée
lue le mouvement du globe non frotté était une circonstance
et même, jusqu'à un certain point, nécessaire pour que la
rût se répandre dans l'hémisphère , qui touchait presque le
é. Cependant il vint à bout d'exciter des traits éclatants dan*
a de verre, dont l'air avait été pompé , lorsqu'il le présentait
distance du globe frotté et en mouvement. Alors il paraissait
ière électrique, en se propageant dans les globes vides d'air,
mait par le choc de ses propres parties.
Dbe vide d'air, adapté sur la machine de rotation, devint très
20 DÉf.fH VEITE5 5CIITriFlCLT>.
contre ce globe. Ce dernier est monté Mir une table «le bois ^ la liaiiteur de la main de l'opérateur ' I .
Il est bien à regretter qoe la machine imaginée par Hauksbé^^ ait été abandonnée après lui. Soit que le savant anglais n*< pas suffisamment iusisté sur les aianta^es qu'il devait offrit pour l'étude des phénomènes électriques, soit qu'on le trou — vât embarrassant ou difficile à transporter, cet excellent appa — reil ne fut pas adopté par les physiciens . qui continuèrent; de se servir, comme l'avait fait Gilbert, d'un sinqile ttib^ tenu à la main et frotté avec un morceau d'étoffe de laine. Ce fut là mie circonstance fàclteuse pour les progrès de l'électricité. Si la machine de Hauksbée était devenue alors d'un emploi général, elle aurait bientôt conduit à beaucoup d'observations importantes, que Ton ne fit que trente, années plus tard, lorsqu'on reprit cet appareil à l'instigation et d'après l'exemple des physiciens allemands.
lumineux dans l'intérieur, lorsqu'on appliqua la main sur la surface extérieure et qu'on lui communiqua un mouvement rapide ; mais à mesure qu'on remplissait d'air la capacité du globe , en tournant un robinet pratiqué, comme nous l'avons vu, dans un des pivots, l'intensité de la lumière s'altérait de plus en plus. M. Hauksbée remarqua avec beaucoup de sagacité que la différence des nuances de la lumière, dans le vaisseau plein d'air et vide d'air, était la même que celle qu'il avait observée entre les lumières produites par le mercure quand il le secouait dans un ballon vide d'air ou plein d'air.
» L'air étant rentré dans le globe , des taches lumineuses , sans un éclat bien vif, s'attachaient aux doigts des observateurs, ou s'élançaient à un pouce de distance sur une bande de mousseline effilée par une de ses extrémités. A mesure qu'on faisait rentrer l'air, les faisceaux des ramifications , qui paraissaient dans l'intérieur, étaient plus déliés et prenaient mille formes différentes : au lieu que daus le vide ces rayons étaient plus uniformes et inoins éparpillés. On aperçoit aisément la cause de ces effets. »
(1) Éléments de physique démontrés mathématiquement et confirmés par dos expériences , ou Introduction à la philosophie newlonienne% ouvrage traduit du latin de (•uillaume Jacob (iravesaiido. In-i. Leyde, 17IG, lomi» 11, p. 87.