‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 8 sur 45 · IV · texte numérisé non relu

IV

Vi DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.

expériences faites dans le public avec la bouteille de Leyde, on nous permettra de citer le suivant, bien que d'uue époque un peu postérieure à Tannée 17/(7, à laquelle se rapporte ce qui précède. C'est le physicien Sigaud de la Fond qui la raconte dans son ouvrage sur l'électricité.

Sigaud de la Fond était professeur au collège d'Harcourt, à Paris. En répétant l'expérience de la chaîne électrique sur les élèves de s% classe, composée de soixante jeunes gens, il remarqua que, bien que la bouteille fût assez fortement éleo trisée, la commotion ne se fit sentir que jusqu'à une demidouzaine de personnes. Il rechargea la bouteille et répéta de nom eau l'expérience, mais le résultat fut encore le même: l'électricité s'arrêtait toujours à la sixième personne du côté de celui qui tirait l'étincelle. Tout le monde s'en prit alors au jeune homme placé à ce rang de la chaîne, et qui semblait mettre obstacle à la propagation du fluide; on l'accusa d'être la cause de l'insuccès de l'expérience. On soupçonnait depuis longtemps ce jeune élève, nous dit Sigaud de la Fond, « de » n être pas pourvu de tout ce qui constitue le caractère dis- » tinclif de l'homme. » Il se ht à ce sujet un si graud tumulte, que force fut d'abandonner l'expérience et de renvoyer les jeunes gens clans leurs salles.

Quelques jours après, Sigaud de la Fond, dans le cours de physique qu'il faisait publiquement à Paris, se hasarda à mettre en a\ant cette hypothèse, que l'électricité n'a aucuue action sur les personnes que la nature a maléficiées dans le sens du jeune homme dont il vient d'être question. Sigaud de la Fond, à ce qu'il nous assure, énonçait cette idée, non comme un fait réel, mais comme un simple soupçon à vérifier, toutefois, ce bruit se répandit bientôt dans Paris, et la renommée, qui ne sait pas tenir compté des réserves des savants, publia partout la curieuse remarque de notre physicien. U se trouva alors des gens bien informés qui prétendirent, à l'appui de cette observa-

» le même fait avait été constaté sur un célèbre chanteur dont l'état n'était point équivoque, et qui était dédomrar une voix ravissante, du triste état ou il se t minait

îc de Chartres (depuis duc d'Orléans), informé de ces

s, résolut de s'assurer du fait par lui-même. Il se rend

chez Sigaud de la Fond, et lui témoigne son désir de

océder sans retard h une expérience décisive sous ce

» Le physicien essaye en vain de résister au vœu du

Toute observation étant inutile, il dut se rendre sur le

muni de ses appareils, au l'alais-Koyal, où il trouva

r» savants que l'on avait invités dès la veille 2t être

! de l'expérience. Trois musiciens de la chapelle du roi,

situation physique était connut1, devaient être les sujets

e épreuve.

orma donc une chaîne composée de vingt personnes, le 5 Chartres en tête d'un côté, et de l'autre le physicien. ios trois sujets n'interceptèrent aucunement le passage de, ni de la commotion électrique. Ils parurent même msiblcs à son impression que les autres personnes qui ivèrent avec eux. Cet excès de sensibilité provenait sans de la surprise que dut occasionner aux trois virtuoses un iment qu'ils n'avaient jamais ressenti, car ils étaient resque-lît sans aucune idée de l'électricité. i expérience aussi concluante semblait devoir terminer linguliere discussion. Mais il se trouva de grands raisonqui prétendirent qu'il fallait poser une distinction entre nonnes mutilées par l'art, et celles envers lesquelles la nantie s'était montrée marâtre, de sorte que, les premières nt demeurer sensibles à l'électricité, il était bien possible aœcondesfussentimpropresàéprouverson action. Comme t difficile de se procurer un sujet qui se trouvât positivedans le cas exigé , et qui voulût se prêter h l'expérience,

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la discos6ioo reprit de pfais belle sur ce thème engageant Ce ne fut qu an bout de six mois qne tout finit par s'expliquer. Sigaud de la Fond reconnut, un peu tard sans doute, mais enfin il reconnut que, dans la partie de la cour du collège où l'expérience avait été faite, et à la place même qu'avait occupée le jeune homme suspecté, l'humidité du sol était considérable, et avait suffi sans doute pour détourner le courant électrique. En effet, la même expérience, répétée en cet endroit, échouait toujours, quelle que fût la personne occupant cette place; h commotion se faisait au contraire parfaitement sentir quand on faisait monter les élèves sur les bancs. Ainsi tout fut expliqué, justice fut rendue à l'élève incriminé, et en attendant qu'Os fussent proclamés égaux devant la loi, tous les hommes lurent reconnus les mêmes devant l'électricité.

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