‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

e de Mussenbroek à Leyde. — Allaman. — Winckler. — répète à Paris l'expérience de Leyde. — Commotion électrique i à Versailles, en présence du roi, à une compagnie de fardesses. — Répétition de cette expérience au couvent des Char- — Popularité de la bouteille de Leyde. — La bouteille d'Ingtnt la canne à surprises, — La bouteille de Leyde au collège ourt.

hysiciens du dernier siècle n'ont pas été unanimes pour

r à Mussenbroek le mérite d'avoir exécuté le premier

ience de Leyde. On a dit tour à tour que Cuneus, riche

)is de Leyde et amateur des sciences, Allaman, physi-

; la même ville, Kleist, chanoine de la cathédrale de

n, auraient exécuté les premiers cette expérience mémo-

)n Ta encore revendiquée en faveur du père de Mussen-

médecin d'Amsterdam, qui l'aurait communiquée et

. aurait bien voulu abandonner l'honneur à son fils, le

seur de Leyde. Mais toutes ces divergences disparaissent

; le récit circonstancié donné de cette découverte par

iey, contemporain de ces divers savants. (1) Il ré-

de son récit que, lorsque Mussenbroek observa, par

du hasard, ce fait extraordinaire, il était entouré de di-

i personnes qui prenaient part ou assistaient à ses expé-

». Parmi elles se trouvaient sans doute Cuneus et Allaman,

Histoire de l'électricité, traduite de l'anglais de Joseph Prîestley. , 1771, t. I, p. 150.

iv. ft%

qui furent d'après cela simples spectateurs, et non les véritables auteurs de l'expérience.

Quoi qu'il en soit, voici par quelles circonstances on fut conduit à la découverte de la bouteille de Leyde. Considérant que les corps électrisés, quand ils sont exposés librement à l'air, y perdent promptement leur état électrique, par suite de la conductibilité de l'air, Mussenbroek pensa que si un corps électrisé était entouré de tous côtés par des corps non conducteurs, il pourrait recevoir une plus grande quantité d'électricité et la conserver plus longtemps. Le verre étant le corps non conducteur, et l'eau le corps électrique le plus convenable pour cet effet, Mussenbroek et ses amis essayèrent d'électriser de l'eau contenue dans un vase de verre. On n'observa d'abord rien de remarquable dans cette expérience; quand on jugea l'eau suffisamment électrisée, on se disposa à retirer le vase de verre qui communiquait avec le conducteur de la machine électrique au moyen d'un fil de fer plongeant dans l'eau. Mais au moment où l'un des opérateurs, tenant d'une main le vase de verre, vint à approcher l'autre main du conducteur, afin de le séparer de la machine, il se sentit aussitôt frappé d'un coup' terrible à la poitrine et sur les bras.

Il est curieux de lire, dans les récits qui ont été donnés de cette expérience, la description des effets que produisit la commotion électrique sur les personnes qui furent les premières à l'éprouver. Sans nul doute, la surprise et l'émotion ajoutèrent beaucoup aux impressions ressenties dans cette circonstance par les premiers expérimentateurs, car les personnes qui se soumirent après eux à la même épreuve furent loin de ressentir les mêmes effets. Mussenbroek, qui fit le premier cette expérience avec un vase de verre de médiocre capacité, et qui n'avait pu accumuler par conséquent de grandes proportions de fluide, ressentit une si terrible impression, qu'il se crut mort; il déclara qu'il ne s'exposerait pas une seconde fois au

U ■OCTULU M UTB*. Al

hoc quand on lu) oflrinit la couronne de France, rslcien de Leyde a donné les détails de cette expérience lans une lettre qu'il adressa a Réaumur le 20 avril ; dont roici le contenu, traduit du latin ;

aux ïoui communiquer, écrit Muisenbroek, une expénivelle, maii terrible, que je tout corneille de ne point us-meme,

Fig.lt.

faisais quelques recherches sur la force de l'électricité, t effet, j'avais suspendu A deux fils de soiebleue un canon kB qui recevait par communication l' électricité d'un globe e que l'on faisait tourner rapidement sur son axe pendant i frottait en y appliquant les mains ; à l'autre extrémité I! librement un lil de laiton dont le bout était plongé dans* de verre D rond, en partie plein d'eau, que je tenais dans

fiS DÉCOCVBBTBS SCIENTIFIQUE?.

ma main droite, et arec l'autre main E j'essayais de tirer. des étincelles du canon de fer électrisé. Tout d'un coup ma main droite fut frappée avec tant de violence, que j'eus tout le corps ébranlé comme d'un coup de foudre; le vaisseau, quoique frit d'uu verre mine*, ne se casse point ordinairement, et la maûi n'est point déplacée par cette commotion; mais le bras et tout le corps sont affectés d'une manière terrible que je ne puis exprimer ; en un mol, je croyais que c'était fait de moi. Mais voici des choses bien singulières : quand on fait cette expérience avec un verre d'Angleterre, l'effet est nul ou presque nul; il faut que le verre soit d'Allemagne, il ne suffirait pas même qu'il fût de Hollande ; il est égal qu'il soit arrondi en forme de sphère ou de toute autre ligure; on peut employer un gobelet ordinaire, grand ou petit, épais ou mince, profond ou non ; mais ce qui est absolument nécessaire, c'est que ce soit du verre d'Allemagne ou de Bohême: celui qui m'a pensé donner la mort était d'un verre blanc et mince, et de cinq pouces de diamètre. La personne qui fait l'expérience peut être placée simplement sur le plancher; mais il faut que ce suit la mémo qui tienne d'une main le vase D, et qui, de l'autre main, excite l'étiucelle ; l'effet est bien peu considérable si cela se fait par deux personnes séparées. Si l'on place le vase D sur 110 support de métal (torté sur une table de bois, en touchant ce métal seulement du bout du doigt et tirant l'étincelle avec l'autre main, ou ressent encore un très grand coup (I). »

Mlauian, qui avait assisté à l'expérience de Mussenbroek, ayant \oulu la répéter, ressentit une impression tout aussi forte, bien qu'il ne se fût servi que d'un verre à bière rempli d'eau, \ase d'une capacité nécessairement médiocre. En communiquant ce résultat a l'abbé \ollct : « Vous ressentirez, lui » dit-il, un coup prodigieux, qui frappera tout votre bras, » et même tout votre corps : c'est un coup de foudre. La pre- » tnière fois que j'en fis l'épreuve, j'en fus étourdi au point que » je perdis pour quelque moment la respiration (2). »

(1) Mémoires de mathématùiue et de physique de V Académie royale des teiences de Paris pour 1746, p. 2.

(2) lhdem% p. 3.

ts sont encore dépassés par celui que donna le proickler des sensations qu'il éprouva en répétant cette . Winckler assure que, lorsqu'il se soumit pour la )is à la commotion électrique , il fut pris de convultout le corps. Il se sentait la tête aussi pesante, que rté une pierre dessus, et il eut le sang tellement 1 craignît d'être attaqué d'une fièvre chaude. Il ajoute ut obligé, pour la prévenir, « d'avoir recours à des rafraîchissants. »

:ra surprenant sans doute, qu'après avoir été si maire électricien ait eu le courage de revenir à la charge, >oser de nouveau à une si rude secousse. Mais où pas l'insatiable curiosité du savant? Winckler répéta ! périlleux essai, qui lui occasionna deux fois une ape nasale.

ne du professeur, qui, sans doute, avait reçu tout à la irtage et la curiosité de son sexe et le courage du ilut aussi s'exposer au choc électrique. Elle en fut si nt frappée, qu'elle demeura huit jours ayant à peine e se mouvoir. Au bout de ce temps, la curiosité l'émir la crainte, elle brava un deuxième choc, qui ne lui a cette fois qu'un saignement de nez, touchante idenmptômes avec ceux que venait d'éprouver son docte

,e les physiciens de Paris furent-ils instruits de l'étonénomène qui venait de se révéler en Allemagne, mirent en devoir de le reproduire. L'abbé Nollet réremier l'expérience de Leyde. Une seule circonstance 'impatience de ce physicien. Comme on l'a vu dans sa >portée plus haut, Mussenbroek, en décrivant son ex- , recommandait expressément d'employer une bouteille d'Allemagne et non d'ailleurs. Or, il n'était pas facile ocurer à Paris, du jour au lendemain, du verre d'Aile-

magne; celui de Hollande même était proscrit par Mussenbroek. En désespoir de cause, Nollet se décida à essayer l'expérience avec du verre ordinaire de France, c'est-à-dire avec un simple flacon de son laboratoire. Toutefois, d'après l'assertion de Mussenbroek, il comptait peu sur le résultat, et 3 n'opérait que par manière d'acquit Mais le vase dont il faisait si peu de cas le servit, on peut le dire, fort au delà de ses désirs, si bien que notre expérimentateur eût peut-être souhaité que le verre de France fût un peu moins propre à l'expérience de Leyde. Il éprouva en effet un choc des plus violents :

a Je ressentis, nous dit-il, jusque dans la poitrine et dam la entrailles une commotion qui me fit involontairement plier le corps et ouvrir la bouche, comme il arrive dans les accidents où la mpiratiôn est coupée : le doigt index de ma main droite, qui tirai l'étincelle, reçut un choc ou une piqûre très violente ; mon fam gauche fut secoué et repoussé de haut en bas, au point de me foire quitter le vase à demi plein d'eau que je tenais (\ ). »

D'où provenait donc Terreur de Mussenbroek sur la qualité de verre qui convenait à son expérience? Tout simplement de ce qu'il avait opéré avec un vase d'Allemagne bien sec, tandis que les vases de France dont il s'était servi pour reproduire l'expérience étaient humides à l'extérieur, la présence de l'eau sur la paroi externe des vases de verre étant, comme on le reconnut plus tard, un obstacle à la réalisation du phénomène.

Quand le résultat de l'expérience de Nollet fut connu dans II capitale, il y excita un intérêt et une curiosité extraordinaires. On se rendit en foule chez le complaisant physicien du collège de Navarre; des personnes de tout sexe et de tout rang imploraient la faveur d'être soumises à la commotion électrique. Les terreurs que les premiers électriciens avaient éprouvées au

(1) Mémoires de l'Académie royale des wiencet pour 1746, p. 4.

Ute expérience étaient alors singulièrement oubliées; ait en ridicule les firaveurs de Mussenbroek, et Ton . la pusillanimité du physicien de Leyde les nobles et [ sentiments du professeur Boxe, de Wittemberg, lit avec un héroïsme philosophique: « Je ne regret» oint de mourir d'une commotion électrique, puisque de ma mort fournirait le sujet d'un article aux Médé l'Académie royale des sciences de Paris. » s le nombre des personnes empressées de recevoir la in de la bouteille de Leyde augmentait tous les jours, ne pouvait suffire à satisfaire les désirs de tant d'amapressés, l'abbé Nollet eut l'idée de faire ressentir le trique à un grand nombre d'individus à la fois. Il dis- ; en une chaîne continue un certain nombre de perle tenant chacune par la main, et pouvant, de cette recevoir successivement la décharge de la bouteille . Après avoir préludé par des essais convenables à cette $ expérience, Nollet l'exécuta solennellement à Verîvant le roi et la Cour.

ompagnie des gardes-françaises, formée de deux cent soldats, qui se tenaient par la main, fut rangée dans lu château : l'abbé Nollet se plaça à l'un des bouts de ; l'un des soldats, à l'autre bout, tenait k la main la bouine d'eau électrisée. Quand l'abbé vint à toucher de sa fil de fer plongeant dans la bouteille, et à établir de inière la communication entre les surfaces interne et du vate électrisé; aussitôt la commotion se fit sentir ute l'étendue de la chaîne: toute la compagnie des rançaises tressaillit et sauta en même temps. pies jours après, l'abbé Nollet répéta l'expérience dans mt des Chartreux. U fit ranger toute la communauté chaîne qui occupait une étendue de neuf cents toises, tcun des acteurs de cette nouvelle scène commuai-

quait a\ec son voisin au moyen d'un fil de fer d'une certaine longueur tenu dans la main. Dès que le courant fol établi, la commotion électrique fut ressentie au même instant par tous les membres de la respectable congrégation, qui n'avaient peut-être pas l'habitude d'une telle unanimité d'un- \i pression.

Poursuivant ensuite les mêmes expériences 4n anima vili, l'abbé Nollel frappa de la décharge électrique des oiseaux et des poissons. Les poissons furent tués dans l'élément liquide. Un moineau et un bruant, les premiers oiseaux qui aient reçu la commotion électrique, furent étourdis au premier coup. A une seconde décharge, le moineau périt, le bruant résista. Quand on examina le corps du moineau, on crut remarquer que toutes les veines du petit cadavre étaient crevées. Le fait ne parut pas néanmoins établi d'une manière suffisante, et il s'éleva parmi les anatomistes et les physiciens de longues discussions sur ces veines de l'oiseau crevées ou intactes: on disserta pendant huit jours sur ce grand sujet. Époque heureuse et naïve où la science préoccupait assez les esprits pour faire disserter pendant huit jours sur l'état des veines d'un moineau (1)!

L'intérêt et la curiosité qu'excitait à Paris l'expérience de la commotion électrique se propagea bientôt dans l'Europe entière. Ce divertissement d'un nouveau genre resta à la mode un grand nombre d'années. Pendant que les savants colportaient dans les salons la bouteille de Leyde, les bateleurs h promenaient dans les rues. Des physiciens improvisés allaient, de \ille en ville, montrer le spectacle de ce singulier phénomène.

On avait simplifié, pour le rendit* portatif, l'appareil qui ser-

v|ï Abrw des Transactions philosophiques, vol. X, p. 336 (texte ungbhO — Mémoires de mathèmatr}ac et de physique de l'Jcûdémio éf* temetf p J*r 1 746, p. 22.

écuter l'expérience. Oq vendait, sous le nom de boufngenhouz, un instrument qui réunissait tout à la fois Me de Leyde et la machine électrique nécessaire pour er. Réduite à de petites dimensions, la bouteille se lit dans un étui. Quant à la machine électrique, elle se it tout simplement d'un morceau de peau de lièvre et an de soie recouvert d'un vernis résineux. Kn frottant i de taffetas verni avec la peau de lièvre, on y dévele l'électricité ; promenant ensuite le bouton métalr la garniture intérieure de la bouteille, on chargeait rnière d'une quantité de fluide électrique suffisante ater une commotion.

mdait aussi, sous le nom de canne électrique, un vérijtrument à surprises : c'était un tube de verre rempli ïeur d'une substance conductrice de l'électricité et pé presque jusqu'à son extrémité su]>éricurc d'un tube lanc; le tout était peint, au dehors, d'une couleur de ? manière à simuler une canne ordinaire. Après avoir ;, au moyen du ruban et de la peau de lièvre, cette e de Leyde dissimulée, on l'offrait à la personne à laon voulait occasionner la surprise. Quand cette persans défiance, saisissait la canne par la pomme qu'on lui ait, sa main, se trouvant à la fois en contact avec le tube e extérieur et la garniture métallique intérieure, réunisdeux surfaces interne et externe de l'instrument, et elle , t ainsi, à l'improviste, la commotion électrique. C'était, oit, une variante scientifique de la manière de s'amuser été sans se fâcher.

iant cette diffusion banale des nouvelles découvertes de dque, bien des accidents singuliers durent être observés, t à regretter que les mémoires du temps n'en aient pas . un plus ample souvenir, mi les événements bizarres auxquels donnèrent lieu les

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