‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 3)Chapitre 12 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Découverte de l’électro-magiiétisme. — Son application au jeu des télégraphes. — Télégraphes de Schilling et d’Alexander. — Découverte de l’aimantation temporaire du fer. — Télégraphe de M. Morse. — La télégraphie électrique aux États-Unis.

Tous les essais entrepris avant les premières années de notre siècle pour appliquer l’électricité au jeu des télégraphes ne s’écartaient guère des conditions d’une belle utopie philosophique. L’électricité statique est un agent si capricieux, si difficile à manier, (pie l’on ne pouvait en espérer aucun avantage pour un service régulier cl continu. La découverte de la pile de Volta vint changer subitement la face de cette question. On sait que la pile électrique , découverte par Volta en 1800, fournit une source constante d’électricité, électricité sans tension, c’est-à-dire qui n’a aucune tendance à abandonner ses conducteurs. La pile voltaïque offrit donc un moyen de faire agir ce lluideà travers un espace fort étendu sans déperdition pendant le trajet.

Mais pour appliquer l’électricité fournie par la pile de Volta à la transmission des signaux, il fallait trouver un moyen de rendre sensible à distance la présence du lluide, en provoquant, à l’une des stations, une action mécanique, un mouvement quelconque. Parmi les phénomènes auxquels la pile de Volta donne naissance, celui qui attirait le plus l’attention, au début de cette grande découverte, c’était la décomposition de l’eau. Tel est le fait qui fut choisi comme moyen indicateur de la présence de l’électricité dans le circuit. Le télégraphe électrique que le physicien Sœmmerring fit connaître en 1811, dans une

1Zj6 DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,

séance d’ Académie de Munich, était fondé sur ia décomposition électro-chimique de l’eau. Cet appareil, fort remarquable pour l’époque, offrait les dispositions suivantes. A l’une des stations était établie une pile à colonnes qui constituait la source d’électricité. Cette pile servait à former trente-cinq circuits voltaïques, composés chacun d’un double fil, l’un pour l’aller, l’autre pour le retour du fluide. Sur tout le parcours, ces fds étaient isolés par une enveloppe de soie , et le faisceau résultant de leur ensemble était recouvert d’un vernis isolateur; tous ces fils pouvaient, de cette manière, être parcourus par le fluide sans s’influencer ni se troubler mutuellement. A l’autre station, ces trente-cinq circuits venaient se rendre chacun dans un petit vase plein d’eau distillée : ces différents vases étaient destinés à représenter les vingt-cinq lettres de l’alphabet allemand et les dix chiffres de la numération. Lorsque, à la station où se trouvait la pile, on faisait passer l’électricité dans l’un des circuits, l’eau se décomposait instantanément dans le vase correspondant placé à la station extrême , et l’on pouvait ainsi désigner à volonté et à travers toute distance les différentes lettres de l’alphabet.

Le projet de Sœmmerring eût présenté dans la pratique des difficultés considérables; cependant l’ingénieux physicien qui en avait conçu l’idée avait parfaitement saisi, dès cette époque, les avantages de la télégraphie électrique. Sœmmerring fait remarquer, dans son mémoire, que ce nouveau moyen de correspondance fonctionne de nuit aussi bien que de jour, et que les brouillards ni les nuages ne peuvent retarder son action. Il ajoute que le télégraphe électrique présente sur le télégraphe aérien une supériorité immense, puisqu’il permet d’exprimer les signaux avec une rapidité incalculable, qu’il fonctionne sans que rien décèle au dehors le passage des signaux, qu’il n’exigé la construction d’aucun édifice particulier, qu’il peut aboutir en tel lieu que l’on veuf choisir, enfin , qu’il rend superflu le

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE. \l\l

langage compliqué et le vocabulaire secret de la télégraphie aérienne. Bien qu’il n’eût point déterminé, la vitesse de transmission de l’électricité, Sœmmerring avait reconnu qu’une différence de deux mille pieds dans la longueur du conducteur n’apportait aucun retard appréciable à la décomposition de l’eau ; il concluait de ce fait que l’action de son télégraphe pourrait s’étendre à une distance quelconque sans exiger de stations intermédiaires.

En énumérant les avantages du curieux instrument qu’il . avait imaginé, le physicien de Munich montrait qu’il comprenait tout l’avenir de la télégraphie électrique. Seulement, l’appareil qu’il proposait offrait trop d’imperfection pour être adopté dans la pratique. Le fait de la décomposition de l’eau qu’il avait choisi comme l’indice de la présence du fluide, était insuffisant pour remplir un tel objet. Pour satisfaire aux conditions du problème de la télégraphie électrique, il fallait substituer au phénomène faible et obscur d’une action chimique un effet mécanique d’une certaine intensité.

Un intervalle assez long s’écoula avant que la science put fournir les moyens de satisfaire à cette condition indispensable. Cependant ce dernier pas fut heureusement franchi par la découverte de l’électro-magnétisme. OErstedt observa en 18 '20 le fait fondamental qui sert de base à l’électro-magnétisme. Ce physicien reconnut qu’un courant voltaïque circulant autour d’une aiguille aimantée, agit à distance sur cette aiguille, et la détourne de sa position naturelle. Si l’on fait circuler autour d’une aiguille aimantée un courant voltaïque, on voit aussitôt l’aiguille dévier brusquement, osciller pendant quelques instants, et abandonner sa direction vers le nord. La possibilité d’appliquer ce fait remarquable «à l’art télégraphique fut bien vite saisie par les physiciens. Voici, par exemple, ce qu’écrivait Vmpère le 2 octobre 1820, très peu de temps après la découverte d’Œrstedt :

« D’après le succès de cette expérience, on pourrait, au moyen d’autant de fils conducteurs et d’aiguilles aimantées qu’il y a de lettres, et en plaçant chaque lettre sur une aiguille différente, établir, à l’aide d’une pile placée loin de ces aiguilles, et qu'on ferait communiquer alternativement par ses deux extrémités à celles de chaque fil conducteur, une sorte de télégraphe propre à écrire tous les détails qu’on pourrait transmettre, à travers quelques obstacles que ce soit, à la personne chargée d’observer les lettres placées sur les aiguilles. En établissant sur la pile un clavier dont les touches porteraient les mêmes lettres, et établiraient la communication par leur abaissement, ce moyen de correspondance pourrait avoir lieu avec assez de fai ilité. et n’exigerait que le temps nécessaire pour toucher d’un côté et lire de l’autre chaque lettre (I). »

Cependant les courants voltaïques produisent sur l’aiguille aimantée un si faible effet mécanique, qu’il fut à peu près impossible d’appliquer ce phénomène à l’usage de la télégraphie tant que l’on ne posséda pas le moyen d’augmenter l’intensité de cet effet. Tel est précisément le résultat qui fut obtenu par la découverte du multiplicateur ou galvanomètre. Le physicien Schvveigger reconnut qu’un courant voltaïque circulaire agit par toutes ses parties pour diriger dans le même sens une aiguille aimantée qu’il enveloppe de toutes parts, de telle sorte que si l’on enroule sur lui-même le fd conducteur d’une pile, en l’isolant sur toute son étendue par une enveloppe de soie, cl que l’on place l’aiguille aimantée au milieu de cet assemblage, on peut produire , avec cent tours par exemple , un effet cent lois plus grand qu’avec un fd d’un seul tour. Le galvanomètre de Schvveigger permit donc d’augmenter l’intensité de l’action magnétique d’un courant de manière à le rendre applicable aux usages de la télégraphie.

L action d’un courant voltaïque s’exerçant, grâce à l’emploi du multiplicateur, sur une aiguille aimantée, 11e tarda pas à être

(1) Annales de chimie et de physique, t. XV, p. 72.

mise à profit pour la construction d’un télégraphe électrique. Le télégraphe de Schilling et celui d’Alexander, d’Edimbourg, élaient fondés sur ce principe.

En 1833, le baron Schilling, amateur distingué des sciences, lit à Saint-Pétersbourg plusieurs essais curieux avec un appareil magnéto-électrique. Cet appareil se composait de cinq fils de platine, isolés au moyen de la gomme laque, et contenus dans une corde de soie : ces fils unissaient les deux stations. A la station extrême, se trouvaient cinq aiguilles aimantées placées chacune au milieu d’un multiplicateur. A la station du départ était une espèce de clavier dont chaque touche, en rapport avec l’un des fils, servait à y diriger le courant, et à mettre ainsi on action l’aiguille magnétique correspondante située à la station extrême. Les dix mouvements formés par les cinq aiguilles magnétiques servaient à désigner les dix chiffres de la numération, lesquels, à l’aide d’un dictionnaire spécial, représentaient les divers signaux télégraphiques.

Schilling fit avec ce télégraphe plusieurs expériences sous les yeux de l’empereur de Russie; mais la mort de ce savant, survenue quelque temps après, empêcha de continuer les essais sur une échelle plus étendue.

Le télégraphe d’Alexander, d’Edimbourg, qui ne fut exécuté d’une manière définitive qu’en 1837, se composait de trente fils de cuivre venant circuler, à la station extrême, autour de trente aiguilles magnétiques. Quand on frappait, à la station du départ, l'une des touches d'un clavier semblable a celui d’un piano, le courant s’établissait dans le fil touché, 1 aiguille correspondante était dé\iée aussitôt, et sou mouvement déplaçait un écran qui découvrait la lettre que 1 on voulait designer. On pouvait ainsi montrer à distance, à une personne placée au-devant de l’appareil, les différentes lettres qui composaient les mots d'une dépêche.

Tout le monde voit cependant que ces deux appareils pre-

sentaient un vice capital : c’était la nécessité d’employer un grand nombre de fils métalliques pour faire apparaître les lettres de l’alphabet. On ne pouvait songer à introduire dans la pratique une combinaison si compliquée. Ainsi, le problème n’était pas encore entièrement résolu , et pour atteindre son point de perfection, la télégraphie électrique réclamait de nouvelles découvertes dans les propriétés de l’agent électrique : ces découvertes 11e se firent pas attendre.

En 1820, Arago, répétant l’expérience d’OErstedt, découvrit ce fait fondamental, bientôt étudié dans tous ses détails par Ampère, que l’électricité circulant autour d’une lame de fer doux, c’est-à-dire de fer parfaitement pur, communique à ce métal les propriétés de l’aimant. Arago reconnut que le fil conducteur d’une pile attire, quand l’électricité le parcourt, la limaille de fer, et peut transformer en aimants des aiguilles d’acier ou de petites barres de fer doux. D’après cela, si l’on enroule autour d’une lame de fer doux un long lil de cuivre, recouvert sur toute son étendue d’une enveloppe de soie, substance non conductrice de l’électricité, afin d’isoler les différentes parties du conducteur et d’empêcher l’électricité de passer de l’une des spires à l’autre, • — et que dans ce fil on lasse passer un courant électrique, en mettant ces deux extrémités en communication avec une pile en activité, — aussitôt la lame de fer doux qui 11’a, comme on le sait, aucune des propriétés de l’aimant, acquiert ces propriétés d’une manière instantanée, elle devient un aimant artificiel, et peut, comme 1 aimant naturel, attirer un morceau de fer placé à une certaine distance. Si l’on suspend le passage de l’électricité dans le fil entourant le fer doux, c’est-à-dire si l’on interrompt sa communication avec la pile, le fer doux perd aussitôt son aimantation, il revient à son état naturel, et le morceau de fer, un moment attiré, retombe aussitôt. Tel est l’important phénomène (pie l’on désigne en physique sous le nom d 'aimanta-

/ion temporaire. Ce qu’il y a do très remarquable dans ce fait, c’est la prodigieuse rapidité avec laquelle le fer peut successivement recevoir et perdre l’aimantation. Aucun intervalle appréciable ne peut être saisi entre le moment où l’électricité s’introduit dans le conducteur et celui où commence l’aimantation du fer : la communication n’est pas plutôt établie entre le lil conducteur et la pile, que l'on voit se manifester l’attraction magnétique; dès que la communication est suspendue, le fer revient à son premier état; de telle sorte que, dans une seconde par exemple, on peut produire plusieurs fois, dans le fer, ces alternatives d’aimantation et d’état naturel.

Tous les appareils de télégraphie électrique qui fonctionnent aujourd’hui sont fondés sur ce grand fait de l’aimantation temporaire du fer par les courants électriques. Le lecteur va comprendre comment on peut se servir de ce phénomène pour produire, à travers toutes les distances, un effet mécanique, et résoudre ainsi le problème général de la télégraphie électrique.

Supposons qu’il s’agisse d’établir une communication électrique entre Paris et Rouen. Plaçons à Paris une pile voltaïque en aclhité, étendons jusqu’à Rouen le lil conducteur de la pile; enroulons, à Rouen, l’extrémité de ce fd conducteur autour d’une lame de fer doux et ramenons le conducteur à la pile voltaïque située à Paris. Le fluide électrique, circulant autour de la lame de fer, l’aimantera, et si l’on place au-devant de cette lame, ainsi artificiellement aimantée, un disque de fer mobile, aussitôt ce disque sera attiré et viendra se coller contre l’aimant. Maintenant, que l’on interrompe le courant électrique, en supprimant la communication du lil conducteur avec la pile, aussitôt la lame de fer doux revient à son état habituel, elle cesse d’être aimantée, elle n’attire plus le disque de fer. Or, si pour se porter vers l’aimant, la pièce de fer a eu a vaincre la résistance d’un petit ressort, comme on le voit dans la figure suivante, dès que le courant sera interrompu, le res-

sort R ramènera la pièce de fer mobile F à sa position primitive, car la puissance de l’électro-aimant A ne contre-balancerr,. plus la tension du ressort. Ainsi, chaque fois que l’on établira; et que l’on interrompra le courant, la pièce de fer sera portée en

avant, puis repoussée en arrière; par la seule action de la pile, on pourra exercer de Paris à Rouen une action mécanique qui j donnera naissance à un mouvement de va-et-vient.

L’aimantation temporaire du fer par un courant électrique; donne donc le moyen d’exercer, à travers l’espace, un mouvement d’attraction et de répulsion ; la pile de Yolta permet, à toute distance, de mettre un levier en mouvement. Tel est le principe fondamental de la télégraphie électrique. En effet, ce mouvement de va-et-vient une fois produit; la mécanique fournit vingt moyens différents d’en tirer parti pour l’appliquer au jeu des télégraphes.

Rien de plus varié que les procédés que l’on a mis en œuvre pour utiliser celte action mécanique; les nombreuses combinaisons imaginées pour l’application de l’électricité à l’art des signaux ont donné naissance à autant de télégraphes particuliers qui, bien qu’identiques dans leur principe, diffèrent cependant beaucoup entre eux parles détails de leur mécanisme. Nous n’entreprendrons pas de décrire en particulier chacun de ces instruments. Les personnes que cette question intéresse trouveront la description des divers appareils de ce genre dans l’excellent ouvrage publié sur cette matière par M. Roigno (1).

(1) Traité de télégraphie électrique par M . Moiguo, 1852, 1 vol. in-8, 2e édition.

fl nous suffira d’exposer, selon l’ordre historique, la constitution les systèmes de télégraphie électrique établis successivement aux États-I nis, en Angleterre, en Allemagne et en France.

Le télégraphe électrique qui fonctionne aujourd’hui aux États-Unis a été imaginé et construit par M. Samuel Morse, 'professeur à l’université de New-York. M. Morse a été long-

I temps regardé comme le premier inventeur du télégraphe électrique; cette gloire lui est cependant disputée aujourd’hui par de nombreux rivaux. On nous permettra de ne pas toucher ici à celte question de priorité débattue avec passion de part ■et d’autre. Il est bon, il est juste de rapportera leur véritable, auteur la gloire de ces découvertes immortelles qui changeront un jour les destinées de l’humanité; mais quand une question de ce genre est obscure, complexe, hérissée de difficultés de tout genre, il est permis d’en suspendre l’examen. M. Whealstone disait, en 1838, qu’il avait recueilli pour sa part les noms de soixante-deux prétendants à la découverte du télégraphe électrique. Jusqu’à plus ample informé, nous nous en tiendrons aux allégations de M. Morse, lui laissant toutefois la responsabilité de ses assertions.

M. Morse, qui prétend à l’honneur d’avoir le premier conçu l’idée de la télégraphie électrique telle qu’elle est établie aujourd’hui, assure qu’il imagina son télégraphe le 1 9 octobre 1832. Il revenait de France aux États-Unis, à bord du paquebot le Sully. Dans une conversation avec les passagers, on parla d’une expérience de Franklin, qui avait vu l’électricité franchir, dans un instant inappréciable, la distance de deux lieues. Il lui vint aussitôt en pensée que si la présence du fluide

pouvait être rendue visible dans une partie du circuit \oltaïque, il ne serait pas difficile de construire un système de signaux par lesquels une dépêche serait transmise instantanément. Pendant les loisirs de la traversée, cette idée grandit

dans son esprit; elle devint fréquemment l'objet des conversai lions du bord. On opposait à M. Morse difficultés sur difficulté^ il les surmontait toutes. Vu terme du voyage, le problème pra tique était résolu dans sa pensée. En quittant le paquebot, S s’approcha du capitaine "William Poil , et lui prenant ! main :

— Capitaine, dit-il, quand mon télégraphe sera devenu 1 merv eille du monde, souvenez -vous que la découverte en a él< faite à bord du Sully.

Eue semaine après son retour, M. Morse s’occupa de sou mettre à l’expérience sou nouveau système de télégraphie. Cependant, en raison de difficultés aisées à concevoir, ce ne futl que cinq ans après qu’il put faire fonctionner ses appareils. Les premières expériences publiques qu’il exécuta, à l’invitation du Congrès des États-Unis, eurent lieu le 2 septembre 1837, sur une distance de quatre lieues, en présence d’une commission de l’Institut de Philadelphie et d’un comité pris, dans le sein du Congrès. Sur les rapports favorables de ces deux commissions, le Congrès, par un acte passé le 3 mars 1843, accorda à M. Morse une somme de 30,000 dollars (150,000 fr. ) pour de nouvelles expériences sur une échelle plus étendue. C’est à la suite de ces derniers essais, dont les résultats furent sans réplique, que le système télégraphique de M. 'Morse fut établi tel qu’il existe aujourd’hui aux Etats- Unis.

Nous donnerons ici la description du télégraphe électrique américain.

Ce télégraphe est construit de manière à écrire lui-même les dépêches qu’il transmet : c’est un télégraphe écrivant. Les dispositions à l’aide desquelles JM. Morse est parvenu à ce résultat se trouvent indiquées dans la figure ci-jointe.

AA représente un électro-aimant double ; chacun de ces deux électro-aimants se compose, comme on l’a dit plus haut,

l'un long lil de cuivre recouvert de soie, enroulé un grand lombre de fois autour d’une lame de fer doux, laquelle doit aimanter par l’action du courant voltaïque. Au-dessus et à Une aible distance de l’aimant, se trouve \ lacé un morceau de fer IDE offrant h peu près la forme d’un fer à cheval : c’est la ame de fer qui doit être attirée par l’ électro-aimant quand 'électricité circulera dans le conducteur. A ce fer à cheval se l'Olive lié un levier métallique horizontal DFH. Quand lélec-

icité circule dans le fil, ce fer à cheval est instantanément at- 'é, et vient se mettre en contact avec la petite plate-foimc étallique CBE, qui fait partie de l’électro-aimant. Par suite ; cette attraction, le levier horizontal 1)11 bascule auloui du ■ntre auquel il est fixé; pendant que son extrémité I) s'abaisse, m extrémité libre H s’élève. Or, au-dessus de ce levier, eu ■gard et presque en contact avec une pointe II que 1 on a irnie d’un cravon, se trouve disposée une bande de papier. ar suite de son mouvement d’élévation, sous l'm(luonee de

l’attraction magnétique, le crajon H vient donc se mettre en contact avec le papier, et peut y laisser une empreinte. Si loi suspend le passage de l’électricité à travers les spires de l’électro-aimanl, l’aimantation cesse, le fera cheval CDE n’est plu> attiré. Mais le levier I)H, qui fait suite à l’éleetro-aimant, est muni à sa partie inférieure d’un long ressort d’acier FI, qui agit eu sens contraire de l’électro-aimant et, par son élasticité, f a pour effet d’abaisser le levier DH, et par conséquent de re- ' lever le fer à cheval CDE pour le ramener à sa position primitive, dès que l’influence électro-magnétique ne contre-balance' j plus sa propre traction. Ainsi, ces deux effets, d’une part l’at-j \ traction magnétique, d’autre part ie ressort d’acier, s’exerçant' chacun d’une manière alternativ e, ont pour résultat d’imprimer: au crayon H un mouvement successif d’élévation ou d’abaissement, et de le mettre successivement en contact avec le ruban de papier qui entoure le rouleau G. Or, grâce à une combinaison ingénieuse, le ruban de papier qui passe sur le rouleau G est une sorte de lanière continue qui, à l’aide de rouages d’horlogerie, marche continuellement., et vient ainsi présenter à l’action du cravon les différentes parties de sa longueur. Par les contacts successifs du crayon avec ce ruban de papier mobile, ! ou peut donc former sur le papier une série de points ou de signes.

Le mécanisme destiné à produire la marche continuelle du ruban de papier se trouve indiqué dans la figure que le lecteur a sous les yeux et qui représente dans son entier le télégraphe électro-magnétique américain. A est un cylindre de bois mobile autour de son centre. Sur ce cylindre se trouve enroulée toute une provision de papier D, coupée en ruban mince et continu et dont l’extrémité vient passer sur la poulie G. Le poids B met continuellement en action les rouages d’horlogerie CG qui font tourner la poulie G et ont pour effet d’attirer et de dérouler peu à peu le papier disposé autour du cylindre

de bois A, de manière à faire marcher constamment ce papier autour de la poulie et au-devant du crayon.

On comprend maintenant comment le crayon du télégraphe peut imprimer une série de marques sur le papier quand le courant est successivement établi ou interrompu. 11 reste à indiquer comment on peut à volonté provoquer ces alternatives du courant voltaïque, et produire ainsi les mouvements du crayon. Voici la disposition qui fut d’abord employée par M. Morse pour obtenir ce résultat.

La pile était placée à la station du départ, le télégraphe à la station opposée, le fd conducteur réunissait les detiv stations. A la station du départ, le fil électrique était interrompu sur un point de son trajet «à une petite distance de la pile, et ses deux extrémités disjointes venaient plonger dans une coupe pleine de mercure. Pour établir le courant voltaïque, il suffisait de plonger les deux extrémités disjointes du conducteur dans la coupe remplie de mercure, de qui donnait une commun ica-

1ÔŸV l>É()OÜ\ EUTES SCIENTIFIQUES.

lion instantanée; pour interrompre le courant on retirait hors

de la coupe les deux extrémités du (il.

Il est facile de comprendre que le courant voltaïque, établi ou interrompu par ce moyen, permet de tracer à distance des signes sur le papier mobile placé à la station extrême. En effet, j> quand on établit le courant, en plongeant dans la coupe de mercure les deux extrémités du li! conducteur, la pièce de fer, dans l’appareil télégraphique représenté page 155, est aussitôt aimantée; elle attire le levier (IDE, et, par ce mouvement, le crayon, en s’élevant, \ ient porter sur le papier tournant ; quand le circuit est interrompu, le magnétisme disparaît et le crayon s’éloigne du papier. Lorsque le -circuit est ouvert et fermé rapidement, il se produit sur le papier de simples points; si, au contraire, il reste fermé pendant un certain temps, la plume trace une ligne d’autant plus longue, que la durée du circuit a été plus prolongée; enfin rien n’est tracé sur le papier tant que le courant est interrompu. Ces points, ces lignes et ces espaces blancs conduisent à une grande variété de combinaisons.

Les caractères télégraphiques adoptés par M. Morse, pour représenter les lettres de l’alphabet, sont les suivants :

OP ORS T IJ V W X Y Z etc.

Cependant l’emploi de la coupe de mercure pour établir ou interrompre le courant électrique présentait dans la pratique certaines dillicultés. M. Morse a remplacé celte partie de l’appareil par un instrument plus simple que nous représentons dans la figure qui suit. Il se compose d’une sorte de petite enclume métallique A, dont le bout inférieur placé au-dessous de la plate-forme BC est soudé au (il conducteur de la pile a, et d’une sorte de marteau métallique C , fixé à l’extrémité d’un

TÉLÉ< ; R A PHI K ÈLEf.T R1QUK.

ressort d'acier D , soudé lui-même au bloc métallique E ; le second (il de la pile qui sert à compléter le circuit, est soudé à ce dernier bloc métallique. Lorsque le marteau repose sur l’enclume, le courant voltaïque est établi; il est, au contraire, suspendu quand le marteau est séparé de l’enclume par l’action du ressort qui tend constamment à le soulever. Il suffit donc de toucher légèrement le marteau avec le doigt pour établir le courant , et de retirer le doigt pour l’interrompre. Ce petit instrument est aujourd’hui le seul employé par M. Morse comme clef du télégraphe , c’est-à-dire pour former, par l’établissement ou l’interruption du courant, la série désignés qui correspondent aux lettres de 1 alphabet.

Dans le premier modèle du télégraphe américain, on se servait, pour tracer les signes sur le papier, d’un crayon (le mute ,1e plomb. Comme il fallait it chaque instant aiguiser ce crayon,

on le remplaça par une plume à laquelle un u'scnon oui

sait constamment de l'encre. Cette plume donna d assez bons résultats, mais l'écriture était confuse ; d'ailleurs si 1 instrument s'arrêtait quelque temps, l'encre s'évaporait et laissait dans U plume un sédiment qu'il fallait retirer avant de la mettre nouveau en activ ité. Ces difficultés forcèrent 1 mventeuré cl • cher d'autres manières d'écrire. Après beaucoup d evpertvnces, il s'arrêta à l'emploi d'un levier d'acier il trois pointes qui imprime sur le papier tournant des traces nettes et durables. . les pointes métalliques laissent sur le papier, qm est très épais.

des marques qui ne le percent pas, mais qui s’y impriment en

relief, comme les caractères à l’usage des aveugles (1).

C’est au mois de mai 1844 que fut inaugurée, aux États- Lnis, la première ligne télégraphique; elle était établie entre Washington et Baltimore, sur une longueur de seize lieues. Les nouvelles relatives à l’élection du président furent transmises avec tant de rapidité , que tout le monde fut dès ce moment convaincu des immenses avantages de ce nouveau moyen de communication. Tout aussitôt se formèrent plusieurs compagnies particulières pour doter le pays de cet inappréciable bienfait. La ligne de Washington à Baltimore fut bientôt prolongée jusqu’à Philadelphie et New-York , sur une étendue de cent lieues. En 1845, elle atteignait Boston, et formait la grande ligne du Nord, sur laquelle d’autres lignes vinrent plus tard s’embrancher.

Le réseau télégraphique embrasse aujourd’hui aux États- Unis un territoire immense; il relie le golfe du Mexique aux forets du Canada. L’une des lignes télégraphiques partant de Burlington-Vermont , sur la frontière du Canada, traverse Boston, New-York et Washington , en passant par Baltimore et Philadelphie; elle parcourt la Virginie, la Caroline, la Géor-

(1) L’emploi du crayon est cependant bien préférable à celui des pointes d’acier, auxquelles M. Morse a cté contraint d’avoir recours, par suite de la difficulté qu’il a éprouvée à faire retailler le crayon à mesure qu'il s’use par le travail. M. Froment a beaucoup mieux résolu cette difficulté. 11 a construit un appareil de ce genre portant un crayon qui se taille lui-même en écrivant, parce qu’il tourne continuellement sur sou axe, tout en exécutant ses mouvements; ce frottement contre le papier >ise le crayon dans le sens convenable pour l’entretenir constamment taillé. Les signes formés par ce télégraphe présentent la forme suivante:

UUMMMJ1AJ1 - (ffin/K IM fWU IMftT UUL—JlMi - UW1T“ n n n n n r

AW Lfui/iM/ui — mm - fi/i — LjnjinjmAiWL ru\/L wv — \i\r

D après le nombre de ces traits, on peut construire un alphabet en chiffres qui suffit a toutes les nécessités de la correspondance.

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE. l(i|

gie, et descend par Richmond, Raleigh, Colombia, Augusta et Mobile jusque vers le golfe du Mexique, et jusqu’à l’embouchure du Mississipi , qu’elle atteint à la Nouvelle-Orléans. Une seconde ligne principale part de cette dernière ville et remonte les vallées du Mississipi et de l’Ohio jusqu’à Louisville. Quelques autres partent des côtes de l’Océan pour se diriger vers le centre du pays , en remontant vers les grands lacs qui le bornent au nord. La ligne de Burlington-Vermont présente une étendue considérable, en raison de la grande distance qui sépare les diverses villes qu’elle embrasse. Entre Burlington-Vermont et Boston, elle a 116 lieues à parcourir; entre Boston et New- York, 102 lieues; entre New-York et Washington, 137 lieues; entre Washington et Colombia, 205 lieues; entre Colombia et la Nouvelle-Orléans, 685 lieues. La ligne de la Nouvelle-Orléans à Louisville présente, y compris les embranchements, une étendue de 660 lieues.

Dans les divers États de l’Union américaine, la télégraphie électrique occupait au mois de juillet 1869, d’après un relevé officiel, une étendue totale de 11 ,051 milles ou 6,666 lieues de France.

Il faut ajouter, comme renseignement plus récent, qu’il résulte d’un rapport adressé en novembre 1852, par M. Jules Coutin, au ministre de l’intérieur à Paris, que la longueur totale des lignes de télégraphie électrique dans les Etats-Unis et le Canada, est de 19,000 kilomètres (6,750 lieues de France). Ce réseau met en communication environ 550 centres de population, grands ou petits.

On a dit, enfin, mais sans invoquer de relevés authentiques, qu’au commencement de 1856, le télégraphe électrique parcourait 61,392 milles dans les États-Unis.

Depuis l’année 1865, dans les Etats de 1 Union américaine, le télégraphe électrique a été mis à la disposition du public .

Vu mois de décembre 1866, M. Morse écrivait au Congrès des

États-Unis pour l’engager à s’emparer du télégraphe électrique dans un but d’intérêt général et comme source importante de revenu pour le trésor. Quelques mois après, le Comité des routes , dans un rapport au Congrès, concluait au monopole du télégraphe électrique par l’État, en le considérant comme une branche nouvelle du post-office (poste aux lettres), et par suite, comme un cas prévu par la Constitution. Mais l’existence d’un tel monopole s’accordait mal avec les habitudes et les mœurs libérales de la république américaine. Le Congrès rejeta cette proposition, abandonnant à la concurrence industrielle l’exploitation du service général de la nouvelle télégraphie; le gouvernement se réserva seulement l’usage d’un ou de deux lils sur les lignes établies. Aussi la concurrence n’a-t-elle pas tardé à multiplier singulièrement le nombre des lignes et à perfectionner les appareils. Lntre certaines \illcs, il existe quelquefois deux ou trois établissements rivaux pour l’exploitation de la correspondance électrique.

Par suite de ces faits, la télégraphie électrique a pris aux Ktat-lJnis un développement immense, et depuis plusieurs années, elle rend au commerce, à l’industrie, aux relations privées des citoyens, des services qui sont de tous les jours et de tous les instants. Grâce à cet agent merveilleux, les commerçants américains sont instantanément informés du départ et de l’arrivée des navires dans les ports de l’Océan, des mercuriales, du prix des cotons et des cafés dans les différentes villes du littoral et de l’intérieur. Les producteurs du pays qui expédient des blés, des cotons, des bestiaux et dos fourrures, par les lleuves l’Ohio et le Mississipi, sont avertis, pendant tout h* cours de cette longue navigation, des différentes particularités et des accidents qui peuvent signaler le voyage, des variations du temps pendant la traversée, et du moment précis de l’arrivée des bateaux. Les particuliers ont très fréquemment recours au télégraphe électrique; cet instrument est pour eux une

tonde poste aux lettres qui, souvent, n’est guère moins oeil pée que son aînée. Aussi la plupart des lignes télégraphiques,

Irtont dans les villes importantes, telles que New-York, Boston Washington, sont-elles presque toujours employées au ser- :e public. Il faut souvent attendre plusieurs heures son tour transmission, et il arrive quelquefois que les bureaux doint rester ouverts une partie de la nuit. Les journaux amériins, si nombreux et si utilement remplis, donnent chaque ur un grand nombre de renseignements arrivés par la même ie. il est même assez remarquable que, grâce au télégraphe ‘Ctrique, les nouvelles d’Europe sont connues à New-York ■ux jours avant l’arrivée du bateau-poste d’Europe, et voici miment : en arrivant en Amérique, le paquebot touche à llaax ; là, on fait rapidement un résumé des nouvelles qu’il ap- >rte, et ce résumé, immédiatement transmis à New- York par télégraphe électrique, arrive par conséquent dans cette derière ville avant le paquebot lui-même, qui doit employer deux >urs pour cette dernière traversée.

Il n voyageur anglais, M. Yatkin, a publié récemment, en ngleterre, un ouvrage plein d’intérêt sur les divers Etats de l nion américaine; cet ouvrage renferme, au sujet de la télé- I raphie électrique, quelques renseignements curieux que nous Jeproduisons :

t Le télégraphe électro-magnétique, dit M. Vatkin, a opéré •arlout une révolution, mais aucun pays n’a éprouvé ses effets oinme l’Amérique; aucun autre ne possède une aussi longue igné télégraphique, et ne peut se vanter d’autant de bon marché •t de régularité dans la transmission des dépêches, (.liez nous, la elégraphic a été jusqu'à présent l’instrument de la bourse, 1 esclave les commerçants et des riches, plutôt qu un agent universel emdoyé par toutes les classes de la population.

» J’ai vu avec intérêt les grandes perches rouges ou blanches, 'Urmontées par des isoloirs, liées ensemble par de longues lignes le lils télégraphiques, et plantées comme des arbres dans les pria-

cipales rues de New-York, de Boston , de Philadelphie, de Bal ti more. A travers les forêts, loin de toute contrée défrichée, le Ion des chemins qui sortent en droite ligne des bois pendant plusieui; milles, il y avait aussi de simples perches et un seul petit i s’élançant au loin dans l’espace; il y avait des fils sous et sur lu rivières, à travers les prairies et sur les montagnes. Le 111 ték graphique simple, élevé au prix de 20 à 30 livres par mille, chi mine partout en avant de la population , sorte de pionnier de civilisation.

» Il y a maintenant plus de 11,000 milles de ligne télégr; phique aux Etats-Unis. Vous pouvez transmettre une dépêche <! Québec à Montréal au nord , à la Nouvelle-Orléans au midi (di: tance de 2,000 milles, ou de 4,000, aller et retour), et vous ave la réponse dans deux heures environ, tout compris. Vous pouvç écrire parle télégraphe de New-York à Fond-du-Lac, à NVisconsi (distance télégraphique de 1 ,500 milles, ou 3,000, aller et retour et recevoir la réponse dans une heure, tout compris. En Am<] rique, on se sert du télégraphe pour vendre, pour acheter, poi commander son lit dans les hôtels, pour faire venir de chez s<[ son linge propre, pour tous les besoins domestiques urgents c’est comme une baguette magique au moyen de laquelle le! parents et les amis éloignés peuvent se parler, comme s’ils étaiei à leur fenêtre ou à leur porte. Une vieille femme, mère d’un labou reur de Wisconsin, me demandait, sur le bateau à vapeur du la Érié, de m'informer si le télégraphe allait jusqu’à Fond-du-Lac Elle était venue seule de quelque lieu écarté du Maine, et se ren dait à Fond-du-Lac pour rejoindre son (ils ; elle désirait lui écrir par le télégraphe de New-Buffalo , sur la côte orientale du la Michigan, de venir la voir à Chicago. Or, New-Buffalo est sépar de Chicago par 60 milles d’eau, et Fond-du-Lac est à 350 mille au nord de Chicago. Fond-du-Lac est un endroit créé d’hier, e déjà, pour les relations, il est à quelques minutes de New-York de Boston ou de Philadelphie .

» Le point de vue le plus important de cette question est ! relation du télégraphe avec la presse. Il y a, en Amérique, enviroi 2,500 journaux publiés par jour, par semaine, ou avec uneautr; périodicité. La circulation totale de ces journaux est, en moyenne d’un million d’exemplaires par jour. Voyez maintenant le résulta! du bas prix du télégraphe. Le bateau à vapeur venant d’Angle terre arrive à New-York, par exemple, à deux heures; à quatre

pures moins un quart, les principaux articles île nouvelles sont îprimés et mis en circulation à New- York, dans 30,000 numéros 1 soir. Dans deux heures, les mêmes nouvelles sont transmises, iiprimées et en circulation dans toutes les parties de l’Union on y a un télégraphe et un journal quotidien... Les communicaons télégraphiques ne sont dépassées que par la diffusion de la anière; et comme dans ce beau phénomène de la nature, la rapiité du progrès conduit à l’universalité , l’Union entière, partout, i l’on peut parvenir, est ainsi frappée en même temps des mêmes its, pleure des mêmes malheurs, se réjouit des mêmes succès, discute le même jour les mêmes nouvelles politiques. »

A ces renseignements nous pouvons ajouter les suivants, puliés à la même époque, dans un de nos journaux politiques, par I. de Courcv:

« Aux États-Unis , dit M. de Courcy, l’industrie particulière r est emparée de cette idée nouvelle, et il n’y aura bientôt plus de illage qui ne soit relié aux grands centres par un télégraphe , omme il l’est déjà par une voie de fer ou par un lleuve. De plus, i concurrence élève déjà plusieurs lignes entre les mêmes points.

existe trois télégraphes entre New-York et Boston, et trois utres compagnies desservent la ligne de New-York à Philadelphie, en est résulté une baisse de prix à l’avantage du public, et le mf est maintenant, entre les villes, de 1 franc par dix mots, an eu d’être de 2 fr. 50, comme il y a quelques années.

» Dans les premiers mois de cette réduction , les finances des onipagnies s’en sont ressenties ; mais l’augmentation du nombre es dépêches, résultat inévitable de toute baisse de prix , a déjà lit relever les recettes, et les trois lignes se maintiennent conurreinment. L’une de ces lignes, celle de New-York à Boston, ont j’ai visité en détail les livres, les appareils et les opérations, si établie sur un capital de 500, 000 francs, divisé par actions, •e premier semestre, où elle avait le monopole, elle a réparti un ividende de 7 pour 100 entre ses actionnaires, l’intérêt de leur rgent compris. Le second semestre, où elle se trouva en présence e deux lignes rivales, elle ne déclara pas de dividende, mais elle >ut présenter un excédant de 10,000 francs sur ses dépenses, aujourd’hui, malgré la concurrence, elle promet un dividende •onr l’exercice suivant.

» La ligne de New-York à Boston a 250 milles (455 kilc mètres); elle transmet une moyenne de 500 communication particulières par jour, la plupart ne dépassant pas le minimui de dix mois, soit 500 francs de recette ; elle a, de plus, la soirc et la nuit employées à télégraphier les nouvelles pour les jour naux, et elle leurfournit ainsi chaque nuitde 4,000 à 8,000 roots raison de 5 centimes par mot. C’est donc une recette de 800 fi par jour, ou 290,000 francs par an pour une seule ligne de télé graphe, et il y en a une douzaine convergeant toutes vers New York. La presse de chaque ville forme une association, et la mêin rédaction de nouvelles électriques est distribuée à tous les jour naux. La première page est chaque jour entièrement couverte d dépêches télégraphiques reçues de tous les points de l’Union oij du Canada. Lorsque des débats importants ont lieu à Washington ou àÀlbany, les discours entiers, remplissant plusieurs colonnes sont transmis par cette voie, et le bourgeois qui déploie sa feuill le matin, apprend à la fois ce qui s’est passé la veille au soir . New-York, aussi bien que l’événement intéressant de Saint-Louis, de Québec ou de la Nouvelle-Orléans, à 500 lieues de distance.

» 11 y a en ce moment 15,000 milles (27,000 kilomètres) de télégraphes en opération aux États-Unis, et le capital engagé dans cette industrie est évalué à 20 millions de francs, répartis entn cinquante compagnies. Le télégraphe de Halifax (Nouvelle-Écosse, à la Nouvelle-Orléans (Louisiane), passant par New-York, est la ligne la plus importante de toutes; elle n’a pas moins d< 1,300 lieues de longueur. C’est la grande artère commerciale de.- États-Unis; les vapeurs qui vont de Liverpool à Boston touchent à Halifax deux jours avant d’atteindre le terme de leur traversée; et aussitôt le télégraphe est en opération pour transmettre en Louisiane et dans toute l’Union les cours commerciaux de la Crande- Bretagne. Quand quelques centimes de hausse ou de baisse dans le prix de la livre de colon peuvent causer la fortune ou la gêne de toute une contrée, on conçoit l’importance de la promptitude des nouvelles, et la quantité des communications qui doivent être expédiées sur ce sujet. Aussi deux des compagnies, sur cette route, répartissent annuellement de 12 à 16 pour 100 de dividende, et quoique tontes ne soient pas également prospères, quoiqu il s’en trouve dans le nombre de mal administrées, qui travaillent à perte, l’industrie des télégraphes est reconnue comme étant essentiellement lucrative aux Etats-Unis. La ligne de Halifax

ki Nouvelle-Orléans, dont je viens de parler, est partagée entre uit différentes compagnies , dont les tronçons se relient l’un à autre. A chaque extrémité du parcours d’une de ces entreprises jarticulières, il y a solution de continuité dans le fil de fer, et le . Message doit être copié à la main pour être confié à la ligne suianle. Ce travail amène un ralentissement obligé dans la Irans-

dssion des dépêches; mais cependant, grâce à la bonne organiition du service, la vitesse ne laisse guère à désirer, et j’ai loi-même écrit de New-York à la Nouvelle-Orléans à neuf heures u matin et reçu la réponse à trois heures le même jour : c'est ne distance de 3,500 milles entre le départ et le retour. »

La faible élévation des prix du tarif américain pour translission des dépêches électriques peut expliquer en partie la ipide extension de ce procédé de communication et l’usage équent qu’en font les particuliers. Le tableau suivant rerésente les tarifs adoptés par les compagnies américaines:

De Washington à New- York.

l)e W iiihinglou à :

i altimore .

tics Premiers

Chaque mol

’renson (New-Jersey) .

riiicetown (ld.) . . .

'•cvv-York .

<eorges-lovv » ....

jvlevandria (Virginie), redericksburg (/;/.).

lichmond (ld.) . . .

Vtersburg (ld. ).

inleigh (Caroline du No

inii les.

dix mots. en

JlluS.

1 0 cents ( 1 )

1 cent

eic -Orléans ( Louisia ne) .

1 cent,

l; Le ilollai vaut o fr. 42 c., et le cent O fr. 034 c.

Nom lu »>

Premiers

Choque mol

des milles.

dix mots.

en plus.

Fayetteville .

HO

57 cents.

3 cents

Cheraw (Caroline du Sud)..

Cambden (Id.).. ....

Columbia (Id.) .

Charles-town ( Id.) .

Augusta (Géorgie) .

Savannah (ld.) .

Macan(/d ). . v .

Columbus (Id.) .

Montgommery (Alabama). .

Cahawba .

Mobile .

New-Orléans (Louisiane). .

Le prix; moyen d’uue dépêche n’est que la moitié du tari! français, et le tiers environ du tarif anglais.

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