‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 3)Chapitre 13 sur 42 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La télégraphie électrique en Angleterre. — Télégraphe électrique à cinq aiguilles, de M. Wheatstone, pour le service des chemins de fer. — Télégraphe à cadran de M. Wheatstone, pour la correspondance générale. — Nouveau télégraphe à aiguilles. — État actuel de la télégraphie électrique en Angleterre.

La plupart des lignes de télégraphie électrique qui fonctionnent aujourd’hui sur les chemins de fer anglais ont été créées par M. Wheatstone, dont le nom mérite une place à part dans l’histoire de la grande invention qui nous occupe. S’il n’est pas prouvé que M. Wheatstone ait le premier conçu l’idée de la télégraphie électro-magnétique, on ne peut lui contester l’honneur d’avoir le premier rattaché deux villes entre elles par un lien de correspondance électrique.

M. Wheatstone, l’un des physiciens les plus distingués de de notre temps, fut conduit à l’invention de ses appareils télégraphiques par les expériences qu’il lit, en 183/t, sur la \ilcsse de transmission de l’électricité. Il s’assura que cette \itesse est de 333,800 kilomètres par seconde, ou, si l’on veut, que l’électricité pourrait faire, dans l’espace d’une seconde, huit fois le tour du globe (1). Pour exécuter ces expériences, M. Wheatstone avait employé des (ils de plusieurs lieues. Les effets produits à d’aussi grandes distances lui prouvèrent que les communications télégraphiques par l’électricité étaient non-seulement possibles, mais très praticables. Il se mit donc à rechercher les appareils les plus convenables pour réaliser ce projet, et il arriva bientôt aux résultats les plus satisfaisants.

Le premier télégraphe construit par M. Wheatstone fut établi, en 1838, sur une partie du chemin de fer de Londres à Liverpool. Fondé, comme les télégraphes d’Alexander et de Schilling, sur le principe de la déviation de l’aiguille aimantée par le courant voltaïque, il se composait de cinq (ils qui servaient à faire apparaître instantanément les diverses lettres de l’alphabet.

dépendant ce télégraphe ne représentait guère que l’enfance de l’art. L’emploi de cinq conducteurs était une source de complications dans le jeu de l’appareil et d’augmentation de dépenses pour sou établissement ; suffisant pour les besoins du service d’un chemin de fer, il n’était point applicable à un service étendu de communications quotidiennes. C’est en effet pour l’usage des chemins de fer que M. W heatstone avait construit cet instrument, qui resta en usage, depuis l’année 1838 jusqu’à l’année 18/t6, sur les railvvays du Great-Western, de

(1) Des expériences récentes ont conduit a élever le chiffre donné par M. Wheatstone pour représenter la vitesse de la lumière.

170 DÉCOUVERTES scientifiques.

Blackwall, de Manchester à Leeds, d'Edimbourg à Glasgow, de Norwick à Yarmouth, et de Dublin à Kingston n.

Les résultats avantageux obtenus, avec les appareils de M. AVheatstone, sur les chemins de fer du Great-M estera et de Blackwall, décidèrent la rapide extension que la télégraphie électrique ne tarda pas à prendre en Angleterre. Pendant l’année 18A(i, il se forma à Londres, sous le nom de Compagnie du télégraphe électrique , une compagnie puissante qui se proposait d’étendre ce genre de communications à toutes les villes importantes de l’ Angleterre et de l’ Écosse. Le système adopté sur la plupart de ces lignes fut le télégraphe à cadran que M. AYheatslone avait imaginé en 18Y1. Ce système, étant un peu compliqué, a besoin d’être décrit avec soin.

Le télégraphe américain dont nous avons donné la description plus haut, est un télégraphe écrivant , c’est-à-dire qui transcrit lui -même sur un ruban de papier les dépêches qu’il expédie. Le télégraphe à cadran est fondé sur une combinaison toute différente. Indiquons d’abord le principe général sur lequel repose son mécanisme.

Uix deux extrémités de la ligne télégraphique sont installés deux cadrans circulaires parfaitement semblables, et qui portent inscrits sur leur circonférence les vingt-quatre lettres de l’alphabet et les dix chiffres de la numération. Ces deux cadrans communiquent entre eux par le fil conducteur de la pile. A l’aide de dispositions mécaniques que nous décrirons plus loin, chacune des lettres du cadran placé à la station d’arrivée peut, par l’action du courant voltaïque établi ou interrompu, apparaître au-devant d’une sorte de fenêtre. Les deux cadrans sont liés entre eux de telle manière que les mouvements qui s’exécutent sur l’un sont répétés exactement et au même instant par l’autre. D’après cela, si l’on fait passer l’électricité fournie par la pile dans le conducteur qui relie les deux cadrans, et qu’à la station d’où partent les dépêches on amène successn entent les diverses

lettres do l’alphabet devant un point d’arrêt qui existe sur le radian indicateur, les mêmes lettres apparaîtront instantanément à la fenêtre du cadran de la station extrême.

Quelles sont les dispositions mécaniques qui permettent de faire reproduire, sur le cadran de l’une des deux stations, les divers mouvements que l’on imprime au cadran de l’autre station? C’est ce que nous allons exposer en donnant la description complète de l’instrument.

I.a figure que nos lecteurs ont sous les yeux fera saisir facilement les principes sur lesquels repose la construction du télé¬

graphe à cadran. VA, représente un électro-aimant double, formé de deux cylindres do fer doux parcourus, suivant le procédé ordinaire, par un long lil de cunro qui donne passage au courant. Ces deux cylindres ont uni1 longueur d’environ deux pouces et un demi-pouce de diamètre; le fil de cuivre qui les entoure est long de 2ü à 30 mètres : les extrémités de ce lil «, />, communiquent avec les conducteurs de la ligne télégraphique. La pile voltaïque qui donne naissance au courant, et que l’on n’a pas représentée sur la figure, est nécessairement placée sur leur trajet. Quand le courant électrique

vient circuler autour des deux cylindres, il les transforme en aimants artificiels, et par l’effet de l’attraction magnétique, le disque de fer B, placé à quelque distance au-dessus d’eux, est instantanément attiré; lorsque le courant voltaïque est interrompu, l’attraction magnétique cesse, et le disque B est ramené à sa position primitive par l’action d’un ressort d’acier C, qui le relève dès que sa pression n’est plus contre-balancée par l'attraction magnétique. Ainsi, en établissant et rompant alternativement le circuit voltaïque, on peut imprimer au disque B nn mouvement de va-et-vient dans le sens v ertical. Ce mouvement vertical, on le transforme en mouvement circulaire à I l’aide de la disposition très simple que l’on voit représentée sur la figure. Le disque de fer B est muni de deux petites tiges montantes c , cl , dont les extrémités sont en contact avec les dents d’une petite roue à rochet e. Quand le disque s’abaisse, la tige C tire la dent à laquelle elle est fixée ; quand il se relève, la lige cl pousse une autre dent : il résulte de ce double mouvement que la roue e tourne cl’un pas toutes les fois que l’attraction et la répulsion magnétiques sont établies ou suspendues. Or, un disque de papier DD, recouvert d’un cadran portant différentes lettres, est fixé sur celte roue et la suit dans ses mouv ements ; par conséquent, ce disque de papier ou ce cadran tourne autour de ce centre, par l’effet de l’attraction et de la répulsion magnétiques ; il avance d’un pas à chacun de ces doubles mouvements. Sur la circonférence de ce cadran, on a inscrit les vingt-quatre lettres de l’alphabet ou différents autres signes, en nombre double du nombre des dents de la roue d’échappement; enfin une plaque de cuivre, qui ne peut être représentée sur la figure qui précède, est placée au-devant du cadran et porte seulement une petite ouverture cjui ne permet d’apercevoir à la fois qu’un seul des caractères qui viennent successivement apparaître à cette sorte de fenêtre. En établissant ou suspendant le courant voltaïque un nombre suf-

lisant de fois, on peut donc amener à volonté chacune des lettres devant cette ouverture, de manière à les montrer à un employé placé en station devant l’instrument, et chargé de lire les différentes lettres composant la dépêche, à mesure qu’elles apparaissent à la fenêtre du cadran. La partie du télégraphe à cadran que nous venons de décrire porte le nom d 'indicateur: elle est placée à la station extrême où les dépêches sont reçues. La seconde partie de cet appareil, désignée sous le nom de communicateur , est placée à la station du départ; elle est destinée à faire mouvoir à distance les lettres de l’indicateur. Voici la disposition mécanique du communicateur.

\ est un disque de bois mobile autour de son axe, sur lequel on a gravé, entre deux cercles concentriques, deux rangées de lettres et de chiffres. Vutour de sa circonférence , on a planté une série de petites tiges de bois placées en face de chaque lettre; en saisissant une de ces tiges saillantes, on peut faire tourner le disque A de manière à amener une lettre quelconque du cadran en face d’une pièce fixe ou arrêt B. Mais comment peut-on faire répéter, à la station extrême, par le cadran indicateur, la lettre amenée au-devant du point d’ar-

il U DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,

rèt B sur le communicateur? La figure ci-dessous, qui représente une coupe, dans le sens vertical, du communicateur, dont la figure précédente représentait l’élévation, va le faire comprendre.

Au-dessous du disque tournant A, et lui servant de support, se trouve un cylindre métallique BB , mobile autour de son centre, lequel, à l’aide de la tige métallique a, établit la communication avec le fil conducteur du télégraphe. Le cylindre métallique est pourvu, sur sa circonférence, d’un certain nombre de petites bandes de bois ou d’ivoire, corps qui ne conduisent pas l’électricité. Ces bandes sont en nombre exactement

correspondant à celui des lettres du cadran. Ce cylindre est donc formé mi-partie de substances conductrices , et mi-partie de substances non conductrices de l’électricité. Or, une sorte de ressort métallique b auquel est attaché, par son extrémité inférieure, le second fil conducteur de la pile, se trouve en contact immédiat avec ce cylindre formé de substances alternativement conductrices et non conductrices. Quand on fait tourner le disque, le courant voltaïque doit donc être établi, puis interrompu, à chacun des contacts du ressort métallique b avec les différentes bandes conductrices et non conductrices, 'l otîtes les fois, par exemple, que le ressort b touche une des

portions métalliques du cylindre , le courant électrique s’établit dans l’appareil, puisque le circuit est alors tout entier formé de substances conductrices de l’électricité ; lorsque, au contraire, ce ressort est en contact avec l’ivoire, le courant électrique s’interrompt. Le circuit voltaïque est donc alternativement établi ou suspendu, selon qu’il passe devant le ressort b une bande de métal ou une bande d’ivoire. Or, et c’est là le point important à remarquer pour l’intelligence de l’instrument. Les bandes conductrices et non conductrices sont exactement, connue nous l’avons déjà fait observer, en même nombre que les lettres du cadran; il en résulte qu’à chaque lettre qui passe devant le ressort b , le courant voltaïque est établi ou suspendu. Mais on se rappelle que, d’après la disposition de Y indicateur représenté sur la figure de la page 171, à chacune des interruptions (‘t des rétablissements successifs du courant, le cadran de l’indicateur marche d’une lettre; par conséquent, les deux cadrans une fois mis d’accord, toutes les fois que l’on amènera une lettre quelconque au-devant de l’arrêt R dans le communicateur, la même lettre apparaîtra instantanément à la fenêtre du cadran placé à la station extrême : de telle manière qu’il suffira d’amener un signe quelconque en face de ce point d'arrêt à la station du départ, pour que la même lettre apparaisse instantanément à la station d’arrivée sur le cadran de l’indicateur. Admettons, par exemple, qu’on veuille transmettre d’une station à l’autre le mot Paris, voici les différentes manœuvres qu’il faudra exécuter, \vant de transmettre aucun signe, on commencera par mettre d’accord les deux cadrans, c’est-à-dire les disposer tous les deux de telle manière que la lettre qui se montre à l’ouverture du cadran indicateur soit la même (pie celle qui se trouve au point d’arrêt du communicateur. L’instrument ainsi réglé , on fera tourner le disque du communicateur de manière à amener la lettre P au-devant du |x>inl d’arrêt. Ou fera la même manœuvre pour les lettres soi-

17fi DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,

vantes, et toutes ces lettres viendront à tour de rôle se reproduire dans le même ordre sur le cadran de la station d’arrivée Le signe- — porté sur le cadran indique la fin d’un mot; U I point marque la fin d’une phrase.

Telles sont les dispositions principales du télégraphe à cadra qui est surtout en usage aujourd’hui pour le service spéci; a des chemins de fer.

Depuis quelques années, en Angleterre, la Compagnie d\ , télégraphe électrique a renoncé à l’emploi de ce télégraphe 1 en raison des dérangements qui survenaient dans le méc;| û nisnie destiné à faire marcher les cadrans. Le nouveau systèn dont on fait usage aujourd’hui sur la plupart des lignes ai 1 glaises a été imaginé par M. Wheatstone, et diffère en toi1 1 points de celui dont il vient d’être question. Cet apparei | qui porte le nom de télégraphe à deux aiguilles , est l’ii strument télégraphique réduit à sa plus simple expression! fi l’intelligence de l’opérateur y tient, pour ainsi dire, lieu < mécanisme.

Le télégraphe à deux aiguilles de M. Wheatstone se compo: t tout simplement de deux aiguilles fixées chacune au cent d’un cercle ; ces aiguilles peuvent se mouvoir autour du cerc 3 on s’arrêtant à volonté à l’un des points de sa circonférenc Elles sont mises en mouvement à l’aide de deux manivelles < poignées que l’opérateur tient dans les mains. Grâce à un ni 1 canisme analogue à celui que nous avons décrit pour le tél graphe à cadran, le mouvement imprimé aux manivelles étab ou interrompt le courant électrique, et l’aiguille peut, de cet •> manière, prendre sur la circonférence du cercle la place q ï l’on désire. Ces deux aiguilles et leurs cadrans sont fixés s \ le panneau antérieur d’une sorte de grande boîte offrant à pr j près l’aspect d’un tombeau antique.

La figure suivante représente l’ensemble du télégraphe 1 double aiguille de M. Wheatstone. AA sont les deux aiguill j

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE, ue mettent en mouvement, par l’intermédiaire du courant lectrique, les deux manivelles B, B. La caisse supérieure (. enferme la sonnerie , ou le timbre qui, par sa résonnance, oit attirer l’attention de l’employé ; D est une autre manivelle lui fait agir la sonnerie en mettant son conducteur en comim incation avec la pile.

les positions combinées que peuvent prendre les deux

A, un coup à gauche de l’aiguille à gauche. I», deux coups de la même aiguille à gauche. U, trois coups de la même aiguille à gauche.

I), quatre coups de la même aiguille à gauche.

E, un coup de l’aiguille de gauche et deux de l’aiguille ii j droite.

F, un coup de l’aiguille de gauche et trois de l’aiguille (I droite.

C’est, comme on le voit,, un alphabet de sourd et. muet; (ij forme, avec les aiguilles du télégraphe, des signes analogïitl à ceux que le sourd-muet exécute avec ses doigts. M. Wheaj stone a compté sur l’adresse, sur l’habileté particulière d< employés pour suppléer à l’insuffisance du mécanisme de so instrument. L’expérience a justifié la confiance que l’invei teur avait mise dans les ressources de l’organisation but maine servie et réglée par l’intelligence. Le moyen physiolol gique supplée ici assez heureusement à l’imperfection de ljjj combinaison mécanique. Il importe d’ajouter pourtant que de erreurs se glissent assez fréquemment dans les messages transi

mis de cette manière, et que si l’appareil télégraphique anglai

est le plus simple que l’on connaisse, il est bien loin d’être l| plus parfait. Ajoutons qu’exigeant l’emploi de deux fils cou; duclcurs pour faire marcher les deux aiguilles, il a Pinçon vél nient de doubler les dépenses d’installation. Aussi cet apparej n’a-t-il été adopté par aucune autre nation de l’Europe pouj le service télégraphique.

Pour faire manœuvrer les aiguilles des cadrans, on a chois de jeunes garçons de quinze ou seize années; on comptait avis raison sur la vivacité et la délicatesse de mouvements naturelle; à cet âge, pour se plier plus vite aux conditions si nouvelles cl si particulières de ce service. Ces enfants n’ont pas tardé, cij effet, à acquérir une habileté prodigieuse à comprendre 1« vocabulaire télégraphique et à exécuter les signaux qui le corn posent. Rien n’égale leur dextérité dans le maniement pratiqu» de ce langage de sourd et muet. Les aiguilles s’agitent sou: leurs doigts avec la promptitude de la pensée; les mouvement:

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRJOIK. 79

il si pressés cl si rapides, que l’œil a delà peine à les suivre, lit en gros caractères sur les murs de la salle : <> Xe déran-

I: pas les employés quand ils sont occupés à. leurs appareils. » t a\is est assez superflu, car on \oil les enfants, pendant le ns de leur travail , causer, rire, et s’occuper de ce qui se ise autour d’eux, comme s’ils exécutaient la besogne la plus lilîérente; il leur arme même, pendant l’expédition d’un •ssage, de faire des aparté télégraphiques, et d’assaisonner dépêches qu’ils sont occupés à transcrire de quelques plaiîteries à l’adresse de leur camarade.

Ou a observé, en effet, que les jeunes employés du téléiphe finissent par faire, en quelque sorte, connaissance avec irs correspondants des autres stations. Cette; espèce d’intimité si bien établie entre eux, qu’ils savent reconnaître, aux entiers mouvements des aiguilles, celui de leurs camarades i se dispose à leur écrire. On entend quelquefois un des rployésde Londres s’écrier, en remarquant les mouvements son appareil que l’on commence à faire agir de Manchester, r exemple : «Ah! voilà George revenu! » Un autre, en vaut les premières oscillations de ses aiguilles que l’on fait archer de Liverpool, prend sa place d’un air de contrariété de mauvaise humeur, en disant : « Allons , c’est encore ce ulal de John qui est là-bas! » Ces sentiments d’antipathie ti s’établissent ainsi entre les employés d’une même ligne >nt quelquefois au point de forcer l’administration à les sépar; c’est ce que l’on a fait récemment sur la ligne de Londres Birmingham, où deux jeunes gens étaient sans cesse occupés se quereller et à échanger des injures par le télégraphe.

Le langage télégraphique permet d’obtenir une vitesse de, ansmission telle, que l’on expédie facilement en trois secondes a mot d’une longueur ordinaire, ce qui revient à une ngtaine de mots par minute. En cas d’accident arrivé à l’apireil , on peut écrire avec une seule aiguille au moyen d’un

alphabet dilféreiit préparé pour ces sortes de cas. Mais alors ; vitesse n’est plus que de huit à neuf mots par minute.

On lira peut-être avec intérêt le récit suivant, donné par I ! journal Household- Words, d’une visite faite au bureau centr j des télégraphes de la Compagnie du Sud-Est :

« Dans la salle du télégraphe, à Tonbridge, point central d<j télégraphes de la Compagnie du Sud-Est, nous avons trouvé, il le Household-Words , le directeur, M. Walker, assis devant uil table couverte de papiers et qui ne présente rien de particulii ! au premier abord. L’appartement est petit, la science n’a besoi; que de peu de place. Sur une tablette sont disposés quelques spé : cimens de divers appareils. Le long d’un des côtés de lamurailkj 1 s’étendent de nombreux fils de métal qui viennent se réun’ au-dessus d’une espèce de buffet ou de comptoir d’acajou, si lequel se trouve disposée une rangée d’instruments télégraph ques, et qui rappelle assez, par sa forme, la façade d’une petit église avec une grande horloge.

Au-dessous de ce meuble, vous pouvez apercevoir un cerlai nombre de batteries galvaniques, baquets de bois remplis altei nativement de lames de cuivre et de zinc, qui plongent dans d sable saturé d’acide sulfurique et d’eau. Ces batteries produises le fluide électro-galvanique qui parcourt les fils de métal, et dof la course interrompue sert à mettre en mouvement l’aiguille desi tinée à transmettre les communications sur tous les points fil la voie.

— Demandons à Douvres de nous lire quelques lignes du journal paru ce matin, dit M. Walker à son aide, le jour de la visite qu nous lui limes à Tonbridge.

L’employé se dirigea aussitôt vers le meuble que nous avon décrit.

— Appelez Douvres, dit M. Walker.

Ici se fit entendre le petit bruit sec de la machine. Douvre est appelé.

— Douvres répond : >£ Allez », dit l’employé.

— Dites-lui de faire sonner notre cloche.

En un instant la cloche placée dans la salle de Tonbridge fiij mise en branle et commença à s’agiter de la plus étourdissant» façon. Le fluide électrique faisait consciencieusement son devoir

Quand la cloche fut arrêtée, le directeur transmit une autre

nvitation :

- — Demandez à Douvres de lire le premier article du journal le ce matin.

En une seconde la demande fut transmise. Nous avons pris, de notre côté, un numéro qui se trouvait sur la table pour suivre l’expérience; l’employé s’était placé devant le cadran, l’œil lixé sur l’aiguille pour y lire la réponse de Douvres, et, à chaque mot qui se succédait, il agitait les poignées pour signaler qu’il comprenait le sens de ce qui lui était dit.

L’aiguille se balançait, et l’employé, la main sur les poignées, lisait les mots épelés par Douvres : les sons nous les transmettaient aussi rapidement qu’on eût pu les lire dans un livre même.

— « La — (bruit de la machine) — chambre — (nouveau bruit)

— des communes... »

Il y eut un instant d’arrêt.

— Allez donc! cria M. Walker.

Mouvement de la machine.

— Douvres dit, répondit l’employé, que quelqu’un frappe à sa

porte.

— Demandez qui c’est?

— Douvres répond qu’il était occupé à nous parler lorsqu’un exprès apportant un message est venu frapper chez lui, et l’on faisait tant de bruit qu’il a été contraint de s’arrêter. 11 va faire passer le message à Londres, et il reprendra ensuite l’entretien.

Tout cela était dit aussi rapidement que si Douvres se fût trouvé réellement dans la même pièce que nous, et nous eût donné toutes ces explications de vive voix.

Nous avons déjà vu que Douvres et Londres ont des poignées différentes sur l’instrument, mais il faut observer, de plus, que la main de chaque employé, dans une station où ils sont deux ou trois, est aisément reconnue à la manière plus ou moins rapide dont il fait fonctionner la machine.

Il y eut encore un temps d’arrêt.

— Douvres cause maintenant avec Londres, dit M. Walker. 11 avait à peine prononcé ces paroles, que le signal fut donné : « Attention ! j» et l’entretien recommença.

« 11 — était — quatre — heures — du — matin — quand — la — séance — s’est — terminée — par — le — vote. »

— Le mot « vote ? b demanda M . Walker.

— Oui. attention ! lut la réponse.

Mais avant que ces mots fussent prononcés, Douvres avait repris notre histoire. Il nous en lut à peu près trente lignes.

C’est alors que, nous tournant vers l’horloge et faisant notre calcul, nous nous aperçûmes que deux cent trente-sept mots avaient été transmis et lus dans un espace d’à peu près quatorze minutes. »

Personne n’ignore qu’en Angleterre la télégraphie électrique est exploitée aujourd’hui sur une échelle considérable. Depuis 1 846, la Compagnie du télégraphe électrique a fait élever un établissement magnifique dans la cité de Londres , à proximité de la Bourse et du quartier de la Banque. Ces bâtiments forment le point de jonction où viennent aboutir les lignes télégraphiques qui rayonnent de soixante villes importantes. Londres se trouve ainsi en communication instantanée avec Cambridge, Norwich, Portsmouth; avec Birmingham, Stratford, Derby, Nottingham, Liverpool, Manchester, Glasgow, Edimbourg, etc. ; il communique aussi de la même manière avec Folkstone et Douvres. Le bureau central de la Compagnie se trouve relié avec toutes les têtes des chemins de fer qui ont des bureaux de télégraphie électrique, par des fds qui passent dans les rues à travers des conduits souterrains. Ce bureau central communique ainsi avec toutes les lignes électriques d’Angleterre, et il correspond dans ce moment .avec cent dixhuit stations ou bureaux électriques situés dans Londres et les autres villes importantes de la Grande-Bretagne. Depuis l’année 1867 jusqu’à cette année, la Compagnie a étendu d’une manière remarquable les fils du réseau électrique. D’après un relevé donné en 1850 par M. AValker, 2,218 milles anglais (917 lieues de France) étaient déjà occupés parles fils du télégraphe électrique.

Depuis cette époque, le réseau télégraphique a presque doublé d étendue. La Compagnie télégraphique a établi les

■'ommnnications sur une étendue de 4,265 milles. La longueur lotaie des fils est de 25,233 milles. Dans les six mois qui nuisaient en juin 1855, elle avait communiqué près de 36,000 messages, et reçu plus d’un million et demi de francs.

L’administration anglaise a mis, quatre années avant nous, e télégraphe électrique à la disposition du public. La ( 'ompajnie du télégraphe électrique , qui, en Angleterre, a le monovoie de toutes les communications télégraphiques, est chargée le l’exécution de ce service. Les correspondances du gouver-

inement ont lieu, comme celles du public, par le bureau central de la Compagnie; seulement le gouvernement obtient, par iéférence, la priorité pour le passage des scs dépêches. On issure même que ce privilège peut lui être contesté.

Comme l’organisation désétablissements publics de télégraphie élertrique est de nature à intéresser nos lecteurs, nous donnerons une idée des dispositions intérieures du Télégraphe | rentrai de Londres.

Le Télégraphe électrique central est situé dans la rue liOthburv , en face du mur extérieur de la Banque. Quand on «entre dans l’établissement, on trouve d’abord une grande salit* ■commune éclairée par le haut et contenant trois galeries super-

I posées. \ ii milieu de la salle, règne une longue table divisée par des rideaux verts en six compartiments ou pupitres. C’est là que le public est admis à écrire les communications destinées à être expédiées par le télégraphe. Les messages doivent être inscrits sur une feuille de papier à lettre, dont près de la moitié est déjà remplie par une formule imprimée, avec des blancs destinés à recevoir le nom et l’adresse de l’expéditeur, celui de la personne à qui la communication est adressée, le prix du ■message et celui de la réponse, la date et l’heure de la réception de la dépêche, enfin la date et l’heure à laquelle la transmission 1 a été commencée et terminée.

A mesure que les messages sont écrits, ils sont passés l’un

après l’autre, par un guichet vitré, dans une petite pièce nom méc bureau d' enregistrement. Là on en prend note , et on les i marque d’un numéro d’ordre ; l’employé qui vient de faire cei enregistrement les place ensuite dans une petite boîte et tire le * cordon d’une sonnette. Au même instant la boîte s’envole par une espèce de cheminée de bois et transporte son contenu à la partie supérieure de l’édifice dans la salle des instruments.

Si l’on rejoint la dépêche en suivant la voie plus lente, mais plus commode, de l’escalier, on arrive dans une assez grande pièce où se trouvent disposés huit appareils télégraphiques destinés à transmettre les messages dans les différentes directions. Chacun de ces appareils porte les noms de six ou huit stations avec lesquelles il correspond. Un employé suffît pour desservir trois de ces appareils.

Quand les différents messages sont arrivés à l’étage des instruments, on les place sur l’appareil qui doit en faire l’expédition, et le jeune garçon chargé de ce travail se met aussitôt à l’œuvre. Il commence par faire sonner, à l’aide du courant électrique , une petite sonnette , qui donne simultanément l’éveil à toutes les stations de la ligne. Mais tout en attirant ainsi l’attention des agents placés à chacune des stations , le bruit produit par les sonnettes cesse presque immédiatement partout, excepté à la station vers le nom de laquelle l’enfant dirige l’aiguille indicatrice. A ce signal, l’agent de celte station sait que le message qui va arriver n’est adressé qu’à lui , et, au moyen d’un signal correspondant , il fait savoir à la station de Londres qu’il est à son poste , prêt à recevoir la communication annoncée. Notre jeune garçon saisit alors de ses deux mains les deux manivelles qui font mouvoir les aiguilles , et se met à transcrire la dépêche, en faisant rapidement manœuvrer en divers sens cette poignée , qui imprime à ses aiguilles et à celles de son correspondant des mouvements saccadés désignant telle ou telle lettre de l’alphabet électrique. Le message, reçu à

la station où il a été envoyé, est immédiatement copié et porté à son adresse par un piéton attaché à l’établissement.

Les dépêches expédiées des différentes stations du royaume | et aboutissant à Londres sont reçues clans la même salle aux !r. instruments , dont nous venons de voir partir un message. La manœuvre pour la réception est tout aussi simple que celle de l’envoi. Deux employés se tiennent au-devant de l’appareil qui transmet la dépêche. L’un d’eux lit les mots h mesure qu’ils se présentent, et les dicte à son camarade. Cette dictée est si rapide que la plume a de la peine à la suivre. Quand un mot n’a pas été bien compris, l’employé en informe son correspondant par un signal particulier, et celui-ci recommence. La dépêche terminée, celui qui l’a reçue relit le manuscrit pour s’assurer qu'aucune erreur n’a été commise. L’heure et la minute de la réception sont notées; la copie est signée et elle descend au bureau d’enregistrement, où elle est transcrite sur un registre, et enfin envoyée à son adresse par un facteur.

Il nous reste à faire connaître les prix adoptés par la Compagnie du télégraphe électrique pour la transmission des dépêches. Ces prix, encore assez élevés, ont été jusqu’ici un obstacle à l’emploi très général du télégraphe électrique. Le tarif anglais devra subir de grandes réductions, si l’on veut que la correspondance électrique rende en Angleterre les services infinis qu’elle procure aujourd’hui en Amérique.

Le tarif anglais actuel n’admet que deux taxes, suivant la distance des stations. Dans la première classe on range les villes les plus rapprochées de Londres, pour lesquelles la taxe d’une dépêche de vingt mots est fixée à 3 fr. 25 c. ; dans la seconde sont comprises les \illes plus éloignées, et pour lesquelles la taxe est de 6 fr. 50 c. pour le même nombre de mots.

ifi.

Liste des villes pour lesquelles la taxe est de 3 fr. 23 c., en partant de Londres.

Banbury.

Glocester.

Portsmouth.

Birmingham.

Gosport.

Rugby.

Brighton.

Hersford.

Southampton.

Buckingham.

Leicester.

Stamford.

Cambridge.

Lowestoff.

Tamwortb.

Chelmsford.

Macclesfield.

Tring.

Cheltenliam.

Mellon.

Winchester.

Chesterfield.

Newmarket.

Wisebeach.

Colchester.

Norwich.

Wolwerton.

Goventry.

Oxford.

Yarmouth.

Do rch ester.

Peterborough.

FJy.

Poole.

Liste des villes

pour lesquelles la taxe est de 6 fr. 50 c., en parlant de Londres.

B an go r.

Haddington.

Noltingham.

Berwick.

Halifax.

Rocbdale.

Birkenhead.

Harrogate.

Scarborough.

Bradfort.

Holyhead.

Sbeffield.

Burton.

Hudersfield.

Shields (South).

Chester.

Hull.

Stafford.

Conway.

Leeds.

Stockport.

Crewe.

Leith.

Sloke-on-Trent.

Darlington.

Lincoln.

Sunderland.

Derby.

Liverpool.

Swinton.

Durham.

Malton.

Uttoneter.

Edimbourg.

Manchester.

Wakefield.

Gateshead.

Matlock.

Walsall.

Glasgow.

Newcastle.

York.

Granton.

Narmanton.

Si la dépêche excède vingt mots , son prix est déterminé en ajoutant une demi-taxe pour chaque dix mots. Ainsi une dépêche composée de trente mots, de Londres à Liverpool, par

exemple, coûterait 9 fi\ 75 c. ; une dépêche de quarante mots, 13 francs, etc. ïl faut ajouter à ce prix le port du message au domicile du destinataire. Ce port est de 1 fr. 25 c. , aux diverses stations delà province. Dans l’intérieur de Londres, le prix delà remise du message varie selon l’éloignement du quartier : 1 fr. 25 c. pour le premier mille, 1 franc de plus par chaque mille en sus (1).

Indépendamment de la transmission des messages particuliers, la Compagnie du télégraphe électrique a établi, au centre des principales villes du royaume, des bureaux où l’on peut recevoir et d’où l’on peut expédier à toutes les autres stations des renseignements cl des communications de différente nature. Jl y a, à chacune de 'ces stations, une salle pour les abonnés, dans laquelle on affiche sur des tableaux, au fur et 5 mesure qu’elles arrivent , toutes les informations d’un intérêt public ou commercial, telles que le cours de la bourse de Londres, les mercuriales des différents marchés, le prix courant des marchandises dans les principaux centres manufacturiers, l’état de la mer et de l’atmosphère pris à neuf heures du matin dans les divers ports, l’arrivée et le départ des navires, les sinistres de mer, les nouvelles du sport g t du parlement, les nouvelles générales, etc. Les communications de cette nature sont confiées, dans l’établissement central de Londres, à un

i département spécial nommé dépw'tcment des nouvelles , distinct du département des messages privés , et qui a pour mission exclusive de fournir des nouvelles aux salles de souscription d’ Edimbourg, de Glasgow, de Liverpool , de Leeds, de Manchester, de Hull, de Newcastle, etc. A sept heures du natin, tous les journaux de Londres sont apportés au chef de :e département, (pii eu extrait, pour être transmises sous

i (i) Le mille terrestre anglais, comme le mille américain, est de kilomètre 009,3 mètres.

forme abrégée, aux différentes stations provinciales, les informations qu’il juge devoir être plus particulièrement utiles à chacune d’elles. Les journaux de ces diverses localités attendent pour mettre sous presse l’arrivée des dépêches électriques, et c’est ainsi que le négociant de Manchester reçoit, à huit heures du matin, des nouvelles que le chemin de fer n’apporterait qu’à deux heures moins un quart, et qui ne parviendront à Edimbourg, par cette même voie, qu’à neuf heures et demie du soir. La plupart des journaux de la province ont des abonnements au télégraphe électrique de Londres pour recevoir instantanément les nouvelles de la journée. Il en résulte pour eux une avance notable sur les journaux de la capitale.

Telles sont les dispositions intérieures de l’établissement central du télégraphe électrique à Londres.

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