CHAPITRE IX
Description des appareils accessoires de la télégraphie électrique. — Pile voltaïque. — Poteaux. — Supports isolateurs. — Fil conducteur, etc. | — Services rendus par la télégraphie électrique. — Messages télégraphiques.
L’ordre historique que nous avons adopté pour l’exposition des faits qui concernent la télégraphie électrique nous a con- ; trahit de négliger certains détails généraux qui se rapportent à
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la construction et à l’installation des appareils. Nous allons réparer cette omission en décrivant, dans ce dernier chapitre, les instruments accessoires qui sont indispensables pour établir | un télégraphe électrique, quel que soit d’ailleurs le système que l’on adopte pour le mécanisme destiné à former les signaux.
Pile. — Nous ne pourrions entrer ici dans aucun détail particulier sur la construction et les effets de la pile voltaïque; tout ce qu’il importe de noter, c’est le genre particulier de pile électrique que l’on adopte selon le système télégraphique dont on fait usage. Ce choix est d’ailleurs assez indifférent, car de tous les instruments qui sont nécessaires au matériel d’un télégraphe électrique, la pile est celui dont on se préoccupe le moins, tant son emploi est simple et régulier. Bornons-nous à dire que pour mettre eïi action les télégraphes où l’on fait usage d’un courant électrique assez énergique, on se sert de la pile de Bunsen, modifiée par M. Archereau, qui constitue la plus énergique de toutes les piles à effets constants : un très petit nombre d’éléments suffit d’ailleurs pour donner au courant voltaïque l’intensité nécessaire. En Amérique, M. Morse fait encore usage delà pile de Grove, qui offre cependant dans la pratique moins d’avantages que la précédente. Sur les lignes anglaises, où l’on n’emploie jamais que des courants d’une faible intensité, on se sert d’un appareil générateur connu sous le nom de pile à *nble. et ([ni se compose d’un assemblage de lames de zinc et de cuivre plongées dans de petites cellules dont les intervalles sont remplis par du sable imbibé d’une petite quantité d’eau acidulée par de l’acide sulfurique. Le nombre de couples est proportionné à la distance qui sépare les stations; en général, on emploie vingt-quatre couples pour une distance de quatre à six lieues, quarante-huit couples pour une distance de quinze à vingt lieues, etc. Montée avec soin, une pile de ce genre fonctionne pendant six à huit mois , sans qu’il soit nécessaire d'\ toucher.
Fils conducteurs. — Les (ils qui servent à réunir les stations télégraphiques peuvent se disposer de deux manières : sur des poteaux élevés à quelques mètres au-dessus du sol et munis de supports isolants, ou dans une tranchée profonde pratiquée dans le sol. Examinons d’abord la première de ces dispositions, la seule adoptée en France, et la meilleure sans aucun doute, puisqu’elle dispense d’isoler les fils sur toute leur étendue.
Au début de la télégraphie électrique, le cuivre fut le seul métal employé pour former la matière des conducteurs; on jj regardait ce métal comme le seul capable, en raison de son extrême conductibilité, de transporter commodément le fluide j| électrique à des distances considérables. Cependanton ne se sert | plus aujourd’hui que de fil de fer, auquel on donne en France 1 h millimètres de diamètre. Le fer a été galvanisé, c’est-à-dire I! plongé dans un bain de zinc fondu : il se recouvre ainsi d’une j enveloppe de zinc; ce métal se combinant bientôt avec l’oxygène atmosphérique, donne naissance à un oxyde qui entoure le fil de toute part et le préserve d’une oxydation ultérieure. On pensait, à l’origine, qu’il serait nécessaire de recouvrir le fil , sur toute son étendue , d’une enveloppe de matière isolante, comme on le fait pour le fil des électro-aimants; mais on ne tarda pas à reconnaître que cette précaution est de tous points superflue, et (pie des supports, mauvais conducteurs de l’électricité, disposés sur les poteaux, et sur lesquels le fil vient reposer de distance en distance, suffisent pour assurer un isolement parfait. Seulement, lorsque plusieurs fils soni supportés par le même poteau, il faut ménager entre eux un certain intervalle, afin d’empêcher que les différents courants (pii parcourent les fils placés l’un près de l’autre ne s’influencent et ne se troublent mutuellement.
Si le conducteur d’un télégraphe peut être isolé par des moyens fort simples, quand on le lient élevé en l’air au moyen ;
de poteaux, il n’en est plus de même quand ou se propose de l’enfouir sous le sol. La conductibilité de la terre oblige, dans ce cas, d’apporter beaucoup de soins à isoler le métal sur toute son étendue. Cette opération présenta longtempsde grandes diflicultés, tout en nécessitant des dépenses considérables. On recouvrait le (il de coton eide gomme-laque, on l’introduisait ensuite dans un petit tuyau de plomb, afin de le préserv er de l’humidité du terrain. Mais la découverte de la gutta-percha est venue simplifier beaucoup les procédés pratiques de la télégraphie souterraine. Aujourd’hui, pour assurer l’isolement des fils de cuivre enfouis sous le sol, on se contente de les recouvrir d’une gaine de gutta-percha vulcanisée, c’est-à-dire mélangée, sous l'influence d’une haute température, à 3 ou A pour 100 de soufre. Cette espèce de cordon est couchée au fond d’une tranchée d’environ un mètre de profondeur sur AO à 50 centimètres de large. Les différentes portions du fil, qui sont ordinairement d’une longueur de 200 à 300 mètres, sont réunies par une soudure, et les soudures enveloppées de gutta-percha. Le fil est recouvert d’une couche de sable, et l’on s’assure, avant de combler la tranchée, que son isolement électrique est complet. Afin de pouvoir toujours s’assurer de l’état des conducteurs enfouis sous terre, on ménage de distance en distance, sur leur trajet, de petites ouvertures nommées regards. Si la communication électrique vient à être supendue par la rupture du fil ou de son altération, ces regards servent à rechercher la partie et le point de la ligne où l’accident s’est manifesté.
La plupart des lignes établies en Prusse fonctionnent au moyen de conducteurs de ce genre. Les lignes de télégraphie souterraine sont celles de Berlin à Cologne et à Aix-la-Chapelle; — de Berlin à Hambourg; — de Berlin à Magdebourg, Brunswick, Hanovre; — de Berlin à Stettin; — de Berlin à la frontière d’Autriche; — de Halle à Leipzig et Francfort; — de Berlin à Komigsberg et Dantzig.
La Saxe possède des télégraphes souterrains : de Leipzig à Dresde ; — de Dresde à Kœnigsting ; • — de Dresde aux frontières delà Bohême; — de Dresde à Hof. Ils présentent un parcours d’environ 400 kilomètres.
Les télégraphes souterrains achevés n’existent encore, en Autriche, que dans les principales villes, telles que Vienne, Lins, Trieste.
La Russie a fait exécuter un télégraphe souterrain de Moscou à Saint-Pétersbourg, sur un parcours de 200 lieues environ, et l’on se dispose à en établir un autre de Saint-Pétersbourg j à Varsovie.
On s’occupe en ce moment , en Irlande, de la construction d’une ligne télégraphique souterraine sur un parcours de 200 milles d’Angleterre. Enfin, Londres est traversé, comme nous l’avons déjà vu, par un télégraphe souterrain qui relie cette ville aux diverses stations de la province.
La télégraphie souterraine donne le moyen d’établir les lignes électriques dans des pays encore dépourvus de chemins de fer : c’est là son principal avantage. Aussi quand on s’est occupé, en France, d’établir un réseau de télégraphes électriques indépendant des voies ferrées, a-t-on examiné avec beaucoup de soin la question de la télégraphie souterraine. On s’est décidé à y renoncer par la crainte de rencontrer, avec ce système, beaucoup de difficultés pratiques, et l’on s’est arrêté à l’établissement des fils sur des poteaux disposés le long des grandes routes. Ce parti était le meilleur, par cette considération décisive que les poteaux et les fils conducteurs établis sur les routes pourront être transportés sur les chemins de fer, sans nécessiter aucun changement, au fur et à mesure de la terminaison de ces nouvelles voies.
Poteaux. — Rien de plus simple que les moyens employés aux Etats-Unis pour élever au-dessus du sol le fil télégra-
phique. Des poteaux de bois plantés le long de la voie des chemins de fer, chacun à la distance de ‘20 «à 30 mètres, le maintiennent en l’air à la hauteur de 2 à 3 mètres. Chaque poteau est muni, à son sommet, soit d’un anneau de verre, soit d’une plaque de porcelaine ou de terre cuite, substances mauvaises conductrices de l’électricité, et dont l’interposition suffit pour maintenir l’isolement du fil. Do 500 mètres en 500 mètres, on place des poteaux plus forts nommés poteaux de traction , sur lesquels on établit des espèces de cabestans propres à tendre le fil et à prévenir de trop grandes indexions.
Cependant cette disposition pour la pose des conducteurs n’est pas la seule adoptée aux États-l ois. Comme on recherche avant tout l’économie, dans le but de multiplier les lignes, on prend en général la voie la plus courte, et l’on n’hésite pas à placer les conducteurs sur le bord des grandes roules, ou même à travers champs. Sur le trajet des roules, le fil est soutenu, comme le long des chemins de fer, par des poteaux de bois de sapin. Si la ligne prend à travers la campagne, on utilise souvent les arbres sur pied ; on élague les branches, et le tronc, resté debout, sert de support au lil télégraphique. Si l’on rencontre une rivière, un bras de mer qu’on ne puisse franchir, on recouvre le fil de gutta-percha, et on le place tout simplement sous l’eau. C’est ainsi que le télégraphe de New-York à Washington a seize lieues de lil plongés sous l’eau salée. Connue les fils établis dans les champs ont besoin d’être surveillés, on a intéressé à leur conservation les propriétaires des terrains traversés, en leur accordant la faculté de transmettre gratuitement les dépêches qui les concernent. En retour de cet avantage, dont ils sont très jaloux, ils gardent et surveillent avec soin la portion de ligne établie sur leurs terres.
Les lignes télégraphiques américaines traversent souvent de vastes forêts et d'immenses étendues de terrains incultes et déserts. Le système de suspension et d’isolement du conduc-
DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES, leur est alors plus simple encore que le précédent. De longs : clous à tète recourbée sont plantés dans les arbres des forêts ; ; à ces clous on suspend un anneau de verre qui donne passage j au fil. Il est inutile de faire remarquer que ce système, par trop j simple, de suspension, devient une source d’interruptions dans le service de la ligne. La sève végétale, qui vient mouiller le conducteur, rend l’isolement imparfait, et les communications sont en outre fréquemment arrêtées par la chute des troncs j d’arbres pourris, parles ouragans et les orages (1).
En France, les poteaux télégraphiques sont faits de bois de pin ou de sapin, de 6 à 9 mètres de longueur, que l’on a préalablement injectés, sur pied, d’une dissolution de sulfate de cuivre, selon le procédé du docteur Boucherie, afin d’augmenter leur durée. On les fiche en terre, les plus petits à une profondeur de 1 mètre 1/2, les plus élevés à une profondeur
de 2 mètres : le sulfate de cuivre I préserve de toute altération la partie enfouie dans le sol. Quand on doit franchir, sur un chemin de fer, un passage de niveau, ou passer par-dessus les bâtiments d’une station, on donne au poteau une longueur de 9 mètres 1/2.
Le support destiné à isoler le fil est une sorte de clochette de porcelaine, que nous représentons dans les deux figures ci*
(1) Pour surveiller les fils et les poteaux établis loin îles villes ou îles lieux habités, on répartit un certain nombre de gardes sur divers points de la ligne. Ces cantonniers sont munis des outils nécessaires pour réparer les fils en cas de dommage. Dans les pays où la population est assez compacte, on place ces surveillants à d’assez grandes distances, à 10 ou 20 lieues l’un de l’autre. Mais sur les lignes qui traversent les épaisses forêts du sud, on a reconnu prudent de ne pas les séparer de plus de 30 à 40 kilomètres.
dessus. Dans l’inlérieur de la clochette, on scelle, au moyen du soufre, un crochet de fer dont l’extrémité libre se contourne de manière à venir former un anneau dans lequel passe le conducteur. En même temps qu’ils assurent l’isolement du lil, ces petits toits de porcelaine le protègent contre la pluie. Cette précaution est d’ailleurs indispensable, car s’il arrivait que les poteaux fussent mouillés et que les supports isolateurs le fussent également, l’isolement serait imparfait, il s’établirait des courants dérivés, et il faudrait des piles beaucoup plus énergiques pour conserver au courant principal une intensité suffisante. A chaque demi-kilomètre on place un poteau de traction muni d’un petit treuil qui est destiné à maintenir et à s’assurer l’extension parfaite du (il conducteur.
La figure ci-jointe représente le poteau le plus employé en Angleterre comme soutien du fil télégraphique. Une plaque
Ide bois posée sur une plaque pareille de faïence brune qui sert de corps isolant, est fixée contre le poteau à l’aide de boulons de fer. Cette plaque porte quatre petits cvlindres de faïence. Les fils conducleurs traversent l’axe de ces cylindres et se trouvent ainsi parfaitement isolés. Un pa-
Ireil système est établi de l’autre côté du poteau, qui peut de cette manière supporter huit fils. Les deux plaques fixées de chaque côté du poteau sont maintenues au moyen d’une vis commune et de deux écrous. Enfin un petit toit de faïence on d’ardoise recouvre le poteau et l’abrite contre la pluie.
I ne particularité de la figure précédente n’échappera point au lecteur : c’est la pointe métallique qui surmonte le toit du poteau. Cette partie de l’appareil est loin d’être indifférente ; c’est un véritable purafoudre destiné à prévenir les effets per-
lurbateurs que l’électricité atmosphérique pourrait exercer sur le courant qui traverse les fils.
L’électricité qui existe à l’étal libre clans l’atmosphère peut en effet exercer une certaine influence sur les conducteurs électriques; cette question offre assez d’importance pour être ici examinée en passant.
Les perturbations que l’électricité météorique peut introduire dans le jeu des appareils télégraphiques varient selon l’état de l’atmosphère. Par un ciel serein, l’électricité répandue dans l’air n’exerce aucune action appréciable sur les instruments. Seulement, si le vent vient brusquement à changer, il s’établit un courant qui influence faiblement le conducteur : dès lors l’appareil parle, c’est-à-dire que les signaux, subitement mis en jeu, exécutent pendant quelques instants de brusques oscillations. Si le ciel est couvert et les nuages fortement électrisés, quand le vent vient à les chasser dans la direction du fil, ces nuages agissent sur le conducteur, et les signaux se mettent encore en branle. Dans ces deux cas, cependant, ces effets n’ont rien de fâcheux ; ils ne peuvent aucunement troubler le service, car les employés tiennent aisément compte de ces perturbations passagères.
Mais si la foudre éclate, si l’étincelle électrique, partant d’un nuage fortement électrisé, vient à frapper le sol, le fil métallique du télégraphe offrant à l’écoulement du fluide un passage facile, le conducteur peut être foudroyé. Quels sont les effets de ce coup de foudre ? Quelquefois le fil est rompu, les communications sont alors interceptées entre les deux stations ; mais ces événements sont extrêmement rares, le fil étant d’un trop fort diamètre pour être aisément fondu. Dans tous les cas, si le fil est fondu, il ne l’est jamais que sur quelques points de sa continuité, et tout se borne à cette rupture. Le plus souvent la foudre, en frappant le conducteur, n’a d’autre effet que de fondre, à l’une des stations télégraphiques, le fil très fin qui
■ enroule autour de l’électro-aimant, c’est-à-dire de l’appareil ni forme les signaux; alors les communications sont arrêtées.
Quand la foudre vient frapper un conducteur, tout le domlage est habituellement supporté par les poteaux. Ils sont eu versés ou mis en pièces. M. Baumgartner a rapporté quelnes faits de ce genre observés sur la ligne de Vienne. Le 7 août 1 869, un orage qui avait éclaté à Ollmütz se propagea usqu’à Triebitz, c’est-à-dire à une distance de 10 milles: un >uvrier occupé à cette station à monter les iils ressentit une louleur qui le renversa, et éprouva une véritable brûlure aux toigts qui avaient touché le métal. Le 25 août, par suite d’un Mitre orage à Ollmütz, l’électricité, conduit!! par les lils du élégraplie, foudroya un support aux environs de JKrodek. Une
! >artie du courant s’échappa dans le sol le long de ce support, nie autre partie fda jusqu’à Prague; on put s’en assurer par inspection du conducteur dont l’extrémité était fondue. Dans ja nuit du 18 au 19 juin 18Û9, un violent orage éclata entre irunn et Reigein ; la foudre brisa complètement deux supports ■t en endommagea neuf autres. Le 9 juillet, la foudre anéantit rois poteaux situés entre Kindberg et Krieglach , dans la Styrie, et respecta le conducteur. C’est encore aux environs li le Kindberg que le tonnerre détruisit les supports télégraphiques le 19 juillet 1850. Les ouv riers occupés à proximité '•prouvèrent un éblouissement, et l’on observa, à l’extrémité l’un des lils situés le long d’un poteau, une aigrette lumineuse. Ainsi, dans ces divers cas, les poteaux de bois avaient seuls supporté les effets de la décharge électrique.
Cependant l’événement a prouvé que la foudre, conduite par les lils conducteurs, peut pénétrer dans l’intérieur d’une [ station télégraphique et y provoquer des dommages d’une certaine gravité. Un fait de ce genre a été observé, le 21 juin 1853, sur la ligne télégraphique de Poitiers à Tours. Le Journal de Châtellevault a donné à ce sujet les détails suivants:
« Mardi 21 juin, vers trois heures de l’ après-midi, la foudre dont les éclairs et les détonations étaient à la fois si intenses et a rapprochés, est tombée entre Ingrande et Châlellerault.
» C’est sur l’un des ponts du chemin de fer, le plus rapproch de la station d’ingrande, que s’est fait sentir la plus forte coin] motion. Ces ponts sont construits en pierre, en fer et en bois Chaque culée ou butée est formée par une maçonnerie très soli; dement établie en pierre dure de Chauvigny, avec de petits parai pets de couronnement, dont les pierres cubent 75 centimètres: Entre ces culées se trouve jeté un tablier de fonte surmonté djj deux rampes faisant l’office de garde-fou.
» Projetée sur ces conducteurs métalliques, la foudre s’ed rendue dans les postes télégraphiques. Celui de la station d’in! grande, qui n’était distant que d’environ 800 mètres du foyer d; l’explosion, a été violemment atteint. Les employés avaient quitl, la salle et s’étaient réfugiés à l’étage supérieur de la stations lorsque tout à coup une détonation semblable à celle d’un couj de pistolet se fit entendre et remplit l’air et les appartements dj fumée, en ébranlant toute l’habitation.
» La foudre, amenée dans l’intérieur du poste parles fils con|? d licteurs, avait brisé ceux-ci, et, rencontrant des fils plus lins n mesure qu’elle se rapprochait de l’appareil télégraphique, elle lej avait brûlés en mettant tout d’abord en fusion les petits fils fai] saut office du paratonnerre, et isolés à l’intérieur de cylindres d verre ; les boussoles furent cassées, une aiguille fondue, et le] bobèches sur lesquelles sont enroulés les fils de fer entortillés dj fils de soie furent brûlées.
» Pendant que tous ces événements se passaient au pont et | la station d’ingrande, voici ce qu’éprouvait, de son côté, le postj télégraphique de Châtellerault. Dans le même moment, et presque à la même heure oû le tonnerre grondait si fort, les employé? 1 étaient occupés à faire passer une dépêche, lorsque l’un d’eux très expérimenté, reconnut à certains pétillements de l’appareil qu’il y avait une surcharge d’électricité. « Retirons-nous, mesj sieurs, s’écria-t-il, il pourrait y avoir du danger. »
» A peine étaient-ils sur le seuil de la porte, qu’une détonatioil violente avec production de llamme se fit entendre. On regarde! et l’on constate que l’appareil télégraphique est hrisé, son paralonnerre brûlé, les cylindres de verre sont jetés à distance. Chose remarquable, l’électricité avait laissé la trace de son passage sut!
; mur en ligne droite, en enlevant le papier par ricochets et en ens opposé des antres conducteurs, restés intacts et dans une irection qui était celle du calorifère du cabinet.
» Enfin, quatre des poteaux de sapin servant de supports aux ignés télégraphiques, et qui étaient voisins du pont d’ingrande, mt été renversés, l’un d’eux tordu sur lui-même et les trois aures brisés en éclats, déchirés avec torsion des fibres ligneuses ur elles-mêmes et jusqu'au centre de l’arbre résineux. »
Lu accident du même genre a été observé au mois de juillet 1855 sur la ligne d’Orléans. On lisait à ce sujet les détails suiauts dans un journal :
« Le 9 juillet 1 853, vers onze heures du malin, une décharge lectrique a eu lieu sur les fils télégraphiques de Paris à Orléans, i 400 mètres environ de la station de Château-Gaillard, vers Arenay, à 7 kilomètres de la magnifique ferme de la Grange, inendiée au même instant par la foudre. Trois poteaux ont été >risés, et les porcelaines sur lesquelles roulent les fils ont volé en clats sur la voie. Le fluide, parcourant les fils, est enï\ré dans le jureau du chef de gare en faisant une explosion épouvantable, 'on cours a été arrêté par le paratonnerre, dont il a noirci et |uelque peu émoussé les dentures de la touche de terre, sans Pourtant les avoir endommagées. Les aiguilles des deux boussoles )ul été mises hors de service.
» Le cantonnier a ressenti, dans sa maison, située à peu de listance, une violente commotion, et il a vu, dit-il, un globe de eu tomber sur les fils. Le lendemain matin, les poteaux et les aiguilles des boussoles ont dû être remplacés. »
Si le coup de foudre n’a pas assez de violence pour endomnager les supports placés le long de la voie, ou pour rompre e lil de l'électro-aimant, il peut cependant produire encore certains effets désagréables. La présence, dans les conducteurs, l’un excès d’électricité étrangère, fait que l'électro-aimant esta liverses reprises fortement attiré, et qu’il s’établit ainsi, dans 'appareil destiné à former les signaux, une série d’oscillations
folles qui persistent pendant plusieurs minutes. Sur le télé- , graphe de Morse, qui, comme on le sait, écrit lui-même ses dépêches, on \ oit quelquefois l’instrument, subitement mis en i action par l’électricité atmosphérique , inscrire sur le papier une série de signes confus et précipités : c’est l’éclair qui envoie son message et qui consigne lui-même sa présence par écrit.
Ajoutons enfin que l’appareil télégraphique peut être influencé, bien que la foudre n’ait pas directement frappé le: conducteur. Quand un nuage électrisé se décharge à quelque , distance du fil du télégraphe, il s’établit aussitôt dans le con- T docteur un de ces courants électriques que les physiciens appellent courant d'induction , et qui est provoqué par le voilà- j nage de la décharge atmosphérique ; ce nouveau courant fait encore1 parler les appareils, mais ce dernier accident n’a aucune importance.
Kn résumé, et si l’on fait abstraction de quelques événements accidentels dont la gravité 11e peut être prise comme règle, il est permis d’affirmer que les troubles occasionnés dans les appareils télégraphiques par l’électricité de l’atmosphère n’ont habituellement rien de grave, et ne peuvent que très rarement compromettre le service. L’expérience a bien vite éclairé les employés sur la nature de ces perturbations, et la transmission des dépêches ne peut jamais en être compromise d’une manière durable. Pour combattre les mauvais effets de la présence de l’électricité atmosphérique sur les fils conducteurs, il suffit presque toujours d’augmenter l’intensité du courant de la pile, au point de le rendre supérieur au courant perturbateur. Aussi les irrégularités du genre de celles qui nous occupent 11’ont-elles été remarquées que dans les télégraphes où le courant électrique se trouve réduit à la plus faible intensité possible; dans ceux où l’on emploie des courants énergiques, les troubles de ce genre sont rares ou insignifiants. C’est pour cela que sur les lignes françaises où
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>n fait usage, connue nous l’avons «lit, de courants électriiies d’une intensité notable, on se dispense de munir les poaux d’appareils destinés à combattre les effets de ce genre, es pointes métalliques qui , sur les lignes télégraphiques d< Angleterre, surmontent les petits toits placés sur chaque >teau , suffisent pour détruire l’influence de l’électricité étéorique. Comme ces pointes communiquent avec la lene ir le poteau qui les supporte, l’électricité atmosphérique écoule ainsi, comme par un petit paratonnerre, dans la masse inductrice du sol, et ne peut exercer sur les appareils aucune tion fâcheuse. Ce petit instrument peut même préserver le >teau d’un coup de foudre quand la décharge atmosphérique est pas trop violente.
N, ms voudrions, pour terminer cette exposition, donner uriques indications précises sur les frais d'installation des téleraplies électriques; mais ces données varient trop, selon les a\s, pour se prêter à une évaluation géneiale. (.est ainsi ,,'auv États-Unis les frais d’établissement des télégraphes tangent selon la contrée ; dans l'ouest , où la main-d'œuvre I les matériaux sont d'un prix élevé, la ligne télégraphique .crient à 466 francs par kilomètre; dans l'est, ou osniatciiaiix ont sans valeur, mais où la inain-d leuvie i si i n ie, < I élève à 503 francs par kilomètre. Selon Al. Jules .ou in, I irix moyen d'évaluation pour une ligne dans des contküom orbitaires serait fixé, en Amérique, à 621 francs par kilométra.
En Angleterre, le télégraphe électrique, monté sur poteaux,
evient à 770 francs par kilomètre.
En France, la «instinct . 'une ligne elerlru , ' n n
le cinq «ils de fer revient, dit-on. avec es appamls, la po* les fils, etc., à environ SOU traites !»>
Les frais d’établissement poui laiiUr, 1
té évalués à 848 francs pour la même distance.
Toutefois les frais de construction d’un télégraphe électriqi fussent-ils beaucoup plus considérables qu’ils ne le sont, cet considération ne pourrait, dans aucun cas, opposer à son ét ■ blissement un obstacle sérieux. La question des frais d’inste; lation est ici entièrement secondaire, car les télégraphes, livr< au public , deviennent pour l’État la source d’un revenu in portant qui couvre une grande partie de ses avances. D’u autre côté, la vitesse prodigieuse de l’expédition représente ur autre source d’économie. La télégraphie aérienne, quand el était en usage, coûtait annuellement près d’un million au but! gel ; mais le gouvernement ne s’en inquiétait guère, car cctï dépense était couverte en grande partie par les économies qu l’on réalisait sur les estafettes et les courriers. Qu’est-ce don aujourd’hui où la vitesse est centuplée, et quand le télégraph peut fonctionner en toute saison, à toute heure de la nuit, à tout heure du jour, sans rien perdre de sa prodigieuse rapidité?
Nous n’avons pas la prétention d’étonner nos lecteurs et leur parlant de la merveilleuse promptitude avec laquelle le dépêches sont transmises par le télégraphe ^électrique. Nous ni pouvons cependant nous dispenser de citer ici quelques exeni pies susceptibles de donner, en quelque chose , la mesure d< celle vitesse. Nous nous bornerons toutefois à un petit nombn de faits, dont la plupart même se rapportent à l’époque det débuts de la télégraphie électrique.
Le discours prononcé en 1846 par le président des États Luis, annonçant la déclaration de guerre contre le Mexique, discours qui occupait deux longues colonnes en petit caractère, dans un journal de. la plus grande dimension, fut transmis en entier par le télégraphe de M. Morse, et copié en moins de trois heures. Pendant cette longue communication , le télégraphe transcrivait 84 lettres par minute, c’est-à-dire le double de ce (pie l’inventeur avait promis.
Le discours de Henri Clay sur la guerre du Mexique, prononcé en 1849, dans le congrès des Etats-Unis, fut transmis en deux heures de Cincinnati à New-York, avec une exactitude inappréciable, quoique le résumé n’occupât pas moins d’une colonne et demie d’un journal, petit-texte.
En 1849, le volumineux message du président Folk, contenant plus de 50,000 mots, fut transporté en un jour de Baltimore à Saint-Louis, alimentant de copies sur son passage dix-sept villes des États-Unis. Encore faut-il en déduire deux heures perdues à la suite d’un ot age.
Le discours du roi des Belges, à l’ouverture des chambres de 1849, était entièrement parvenu à Anvers quarante-sept minutes après avoir été prononcé à Bruxelles. Ce discours ne comprenait pas moins de 842 mots formant 4,000 lettres. La transmission de cette dépêche avait donné lieu à 11,660 mouvements télégraphiques.
Le discours de la reine d’Angleterre pour la prorogation du Parlement, en 1849, fut expédié de Londres à Norwich, à la distance de 61 lieues, en moins de dix-huit minutes.
La nouvelle de la mort de l’empereur Nicolas, en 1855, est parvenue de Saint-Pétersbourg à Londres en quatre heures et quart. On a remarqué, à cette occasion , que la dépêche annonçant la mort de l’empereur Paul, en 1801, avait mis vingt et un jours à arriver à Londres.
Citons maintenant quelques-uns des nombreux services rendus jusqu à ce jour par le télégraphe électrique.
Cet instrument a déjà été mis à profit pour la détermination des longitudes. Au mois de juin 1844, la différence de longitude entre "Washington et Baltimore fut déterminée par ce moyen, sous la direction de M. Morse. I n signal télégraphique permit à deux personnes eu station , l’une à W ashington , l’autre à Baltimore, de comparer au même instant deux horloges mises respectivement à l’heure exacte de chacune de (<s
villes. Le même moyen a été employé au mois de mai 1 855 par MM. Airy et Le Verrier, directeurs des observatoires de Greenwich et de Paris, pour déterminer la différence de longitude entre ces deux villes.
Le télégraphe électrique est quelquefois employé sur les longues lignes américaines pour annoncer les tempêtes. Il y a peu de temps le télégraphe électrique de Chicago signala aux patrons de navires des ports de Cleveland et de Buffalo, ainsi qu’aux navires cpii parcouraient le lac Ontario, l’approche d’une tempête venant du nord-ouest. L’ouragan 11e traverse l’atmosphère qu’avec une rapidité d’environ 25 lieues à l’heure; il est donc facilement devancé par le télégraphe électrique. Un navire qui s’apprête à partir de New- York pour la Nouvelle-Orléans peut apprendre, par ce moyen, vingt heures à l’avance, qu’une lempête règne dans le golfe du Mexique.
Sur les chemins de fer, le télégraphe électrique est d’une ; utilité immense. Les services qu’il rend dans ce cas particulier I sont beaucoup plus étendus qu’on ue l’imagine. On pourra s’en convaincre en lisant les pages suivantes empruntées an Manuel de télégraphie électrique de M. Walker.
« La télégraphie électrique, dit M. Walker, est grandement redevable aux chemins de fer pour la main amicale qu'ils lui ont tendue, et pour la protection qu’ils lui ont donnée : sans eux, cette invention serait restée longtemps à l’état de conception sans application ; ils lui ont offert des sentiers tout tracés qui ont permis de mettre sa valeur en évidence. Mais l’enfant n’a pas été ingrat envers son père : il lui a rendu dix fois plus qu’il n’en a reçu. Les paisibles poteaux et les conducteurs, le zinc et le vitriol, le cuivre, l’ivoire, la poterie et la gutta-percha entrent pour une plus grandp part dans l’économie d’un chemin de fer que ne peuvent le supposer les actionnaires.
» Pour avoir une idée des services que peut rendre celte invention aux chemins de fer, prenez le travail fait à la station de Tonbridge pendant les trois mois d’août, septembre et octobre 1848. En se rapportant au livre des messages, où il est d’habitude
d’inscrire tonies les communications, on voit qu’il est passé dans ••et intervalle plus de quatre mille messages, que j’ai soigneusement classés comme suit :
1° Concernant les trains ordinaires . 1 ,468
2° — les trains spéciaux . 429
•1" — les voitures et différents ustensiles. . . 795
4° — les employés de la compagnie . 607
5° — les machines . 150
6° — les divers sujets . 162
7° Messages adressés à d’autres stations . 499
Total . 4,110
'> 11 serait trop long de faire l’analyse complète de ces sept groupes ; le lecteur s’imagine facilement qu’en ce qui concerne les convois, tout ce qui touche à la marche ou à la sûreté d’un train a été mille fois l’objet des signaux télégraphiques, et cela depuis l’instant de son départ jusqu’à ce qu’il ait atteint le but de son voyage. Ces messages annoncent la marche et l’arrivée du convoi d’une manière aussi distincte et aussi palpable aux yeux de l'esprit que si on le voyait réellement passer avec ses propres yeux. Cela est si vrai, que nous sommes habitués à dire : Je vois passer le convoi à tel ou tel endroit, quand, en réalité, nous ne voyons que le signal télégraphique. Si les trains sont en retard, la cause en est connue; s’ils sont en détresse, ils ont bientôt du secours; s’ils sont pressés et s'ils ne vont que lentement, ils demandent du renfort qu’on leur envoie ou qu’on leur prépare; s’il y a quelque chose d’extraordinaire sur la ligne, ils en sont prévenus, et par conséquent mis à l’abri de tout embarras; s’ils sont arrêtés faute de pouvoir marcher, on n’a plus besoin d’envoyer une machine à la découverte : quelques déviations d’aiguilles donnent tous les renseignements nécessaires.
» Les trains spéciaux ne peuvent être réellement spéciaux que sur un chemin de fer ayant un télégraphe. .Mon idée d’un tel train est qu’on puisse l’avoir à souhait , et que le chemin soit libre devant lui. Sur un chemin de fer comme celui du Sud Ksi, qui est la grande voie entre le continent et l’empire britannique, des courriers peuvent débarquer à toute heure, sans qu’on en soit nullement averti, cl avoir besoin de se rendre immédiatement à Londres. Si le bateau à vapeur arrive à Folkstone avec des dé-
1)ÉC0U\ EUTES SCIENTIFIQUES.
pêches pour les journaux du matin, remplies de grands événements nouveaux qui se rapportent à la guerre ou aux apparences de guerre, aux trônes qui chancellent ou aux couronnes qui tombent, circonstances qui n’étaient pas rares dans l’année 1848, le courrier ne doit pas redouter de manquer le train, ni craindre d’arriver trop tard à Londres pour la première édition. S’il ne trouve pas de machine à Folkstone, le télégraphe lui en aura bientôt fait venir une d’où il s’en trouve en réserve ; bien plus, il fera encore tenir la voie libre devant lui, en prévenant à temps le train qui le précède, de se ranger pour qu’il passe. Sur une ligne comme celle-ci, le voyageur qui se trouve dans le train en avant n’a pas à craindre qu’une machine impétueuse, portant avec elle la destruction et la mort, s’élance subitement sur lui. Les conducteurs de son train sont avertis par le télégraphe de ce | qui vient derrière; ils savent l’heure et l’endroit où il faudra se ; ranger pour déblayer le chemin.
» Une somme donnée de travail s’accomplit avec un moindre i fonds de roulement sur un chemin de fer à télégraphe que sur un autre qui n’en est pas muni; on y dépense beaucoup moins de travail à parcourir inutilement la ligne. Cette économie produite par le télégraphe est grande. Journellement, et presque à tout moment, les stations ont des besoins imprévus de voitures ou d’autres objets que peuvent leur procurer d’autres stations averties par le télégraphe. Dans l’espace de trois mois, il a été récemment fait environ mille demandes de voitures et autres objets. L’urgence et l’opportunité de ces demandes sont parfois singulières. A une petite station, dite Leadcorn, il arriva inopinément une quantité de houblon du voisinage ; il n’y avait ni trucks ni bâches, les dernières venaient d’être renvoyées, le temps était sombre et menaçant, de grosses gouttes commençaient à tomber; le magasin et les tentes étaient pleins. On fit savoir l’embarras dans lequel on se trouvait à Ahsford, sans résultat; à Cantorbéry, ( presque en vain ; à Tonbridge, qui ne put envoyer que quelques trucks, mais sans bâches pour les couvrir; au dépôt enfin, d’où l'on envoya tout ce qu’il fallait. Si toutes ces allées et venues s’étaient laites par lettres, envoyées par un train, le mal aurait été fait quand les objets destinés à l’éviter seraient arrivés, car la lettre aurait d’abord été adressée à l’administration générale, j à Londres, où elle serait probablement restée jusqu’au départ du train pour une des stations, Cantorbéry, par exemple, où l’em-
ployé sait, par les rapports de mouvements, que les objets demandés se trouvent. A Cantorbéry, l’objet aurait pu se trouver occupé, ou même, en supposant qu’on pût le prêter, on n’aurait pas eu immédiatement à sa disposition les moyens de l’envoyer.
» l'ius de six cents messages, eu trois mois, entre l’administration, les directions et les subordonnés, prouvent assez l’espèce d’omniprésence que peut donner le télégraphe à une direction de chemin de fer. Il lui épargne de longues heures d’attente, des voyages, des allées et venues qu’il faudrait faire, et lui abrège ainsi bien des inquiétudes. Il résulte de ce fait beaucoup de confiance dans le service, parce que l’administration peut toujours donner les instructions inopinément nécessaires, et être à chaque instant consultée, au besoin, par ses employés •le toutes les parties de la ligne. »
Les journaux anglais et américains se plaisent à raconter des faits particuliers qui viennent, par intervalles , prouver d’une manière frappante tous les avantages du télégraphe électrique dans les rapports privés des citoyens.
En 1848, un convoi du chemin de fer avait apporté à Norwich la nouvelle de la chute du pont suspendu de Yarmouth. Qu’on juge de l’inquiétude et de beffroi des habitants! Ils avaient presque tous leurs enfants en pension à Yarmouth. Ils coururent en foule à la station du chemin de fer, demandant à grands cris des nouvelles de leurs enfants : « Tous les enfants sont sauvés! » dit le télégraphe électrique.
Au mois d’octobre 1846, un déserteur du v aisseau américain la Pensylvania , en rade à Norfolk, emporta au comptable du navire une somme de 3,001) francs, et prit, avec le produit de ce vol, le chemin de fer de Baltimore. Le fait reconnu, le comptable se rendit en toute hâte à la station télégraphique de Washington , et lit transmettre à Baltimore le signalement du coupable, avec ordre de l’arrêter. Dix minutes après, la police de Baltimore tenait entre ses mains l’ordre d’arrestation, et au boni d’une demi-heure arrivait à Washington la dépêche soi-
vante : <> Le déserteur est arrêté, il est en prison ; que faut-il
en faire? »
On a vu plusieurs fois, en Amérique et en Angleterre, deux amateurs d’échecs, placés à cinquante lieues de distance, faire leur partie par le télégraphe aussi facilement que s’ils étaient assis en face l’un de l’autre. « Pendant l’affreuse tourmente du 5 décembre 1866, dit M. Vail, au milieu de l’obscurité de la uuit, pendant que la pluie tombait h torrents et que le vent soufflait avec rage, une société assise tranquillement autour d’une table dans une chambre, «à AVashington, jouait paisiblement une partie d’échecs avec une autre société aussi commodément assise à Baltimore; le télégraphe agissait malgré le vent, la pluie, l’orage et l’obscurité (1). »
Un mariage fut célébré en 1866, par l’intermédiaire du télégraphe électrique , entre deux personnes dont l’une habitait Boston et l’autre Baltimore , et qui trouvèrent commode d’arranger, sans se déplacer, cette petite affaire. Mais la validité d’un tel mariage devint, h bon droit, la cause d’un procès.
Pendant la célébration d’une messe de mariage dans une paroisse d’Angleierre , l’une des demoiselles d’honneur de la mariée s’esquiva de l’église, et disparut avec l’un de ses admirateurs. Le télégraphe électrique fut aussitôt mis en réquisition sur toutes les lignes de chemins de fer, pour donner l’ordre d’arrêter les fugitifs, fortement soupçonnés d’aller invoquer l’assistance du forgeron de Gretna-Green. Le télégraphe ne fonctionna que trop bien , car en même temps que les coupables étaient rejoints , quatre couples de jeunes époux, très légitimement unis dans la matinée, se trouvaient arrêtés sur d’autres points de la même ligne, et voyaient leurs excursions matrimoniales désagréablement suspendues par l’intervention de la police.
(I) Le télégraphe électro-magnétique américain, par M. A. Vail.
TÉLÉCi IIAPHIE ÉLECTRIQUE. 247
Le télégraphe électrique a été mis quelquefois au service de h médecine. Le malade et le médecin étaient installés chacun «à lune des stations, le malade transmettait les symptômes de son mal, et le docteur donnait la réplique par l’envoi de son ordonnance. On lisait, dans un journal américain, l’article suivant :
« Hier, avant midi, un monsieur entra dans le cabinet du [élégraphe, à Buffalo, et témoigna le désir de consulter le docteur Steven, résidant à Lockport. Prévenu de ce désir, ledocieurse rendit au cabinet télégraphique de Lockport. Le monteur lui annonça alors que sa femme était gravement malade, 't lui lit connaître les symptômes caractéristiques de la maladie. |Le médecin indiqua les remèdes à employer. Tous deux continrent ensuite, si la malade n’allait pas mieux, de se retrouver fie lendemain matin aux extrémités de la ligne télégraphique. Le lendemain le monsieur ne parut point. Sans doute, la consultation avait amené une guérison subite. » — Ou bien encore, ‘osons-nous ajouter, la malade était morte.
Le 1er janvier 1850, le télégraphe électrique prévint en Angleterre une grave catastrophe. I n train vide s’étant choqué à Gravesend, le conducteur fut jeté hors de la machine, et celle-ci continua à courir seule et à toute vapeur vers Londres. Vv is fut immédiatement donné par le télégraphe à Londres et aux stations intermédiaires; ensuite le directeur s’élança sur la ligne, avec une autre machine, à la poursuite de l’échappée; ‘il l’atteignit et manœuvra de manière à la laisser passer; puis il se mit en chasse après elle. Le conducteur de la machine réussit enfin à s’emparer de la fugitive et tout danger disparut. Onze stations avaient déjà été traversées, et la locomotive n’était plus qu’à deux milles de Londres quand on l’arrêta. Si l'on n’avait pas été prévenu de l’événement, le dommage causé par la locomotive aurait surpassé la dépense de toute la ligne télégraphique. Ainsi le télégraphe paya ce jour-là le prix de son installation.
Un second fait du même genre arriva , pendant la même année, sur le chemin de fer de Londres au Nord-Ouest. Parmi de ces jours sombres et brumeux si communs en Angleterre, une locomotive abandonnée par inégarde à elle-même prit tout d’un coup son essor, et s’élança, en pleine vapeur, avec une vitesse effrayante, vers la gare d’Easton. Tous ceux qui la1 virent s’échapper sans guide, sur un chemin parcouru par de nombreux convois, s’attendaient à des accidents terribles. Mais le télégraphe électrique eut bientôt dépassé la fugitive, et en quelques minutes l’événement était transmis à la station de Camden. On eut le temps de tourner les aiguilles de manière à diriger la locomotive égarée sur une voie latérale, où elle ne, rencontra que quelques wagons de charge qui arrêtèrent sa course désordonnée.
Le 22 décembre 1854, il se passa sur le chemin de fer de Ition à Dax , dans le département des Landes , un épisode des plus émouvants. Dans un wagon occupé par plusieurs voyageurs se trouvait une dame des environs de Dax, avec sa fdle, âgée j d’environ trois ans. Celle-ci, dans un brusque mouvement, se jette contre la portière, qui s’ouvre; l’enfant tombe sur la voie. ' La mère, éperdue, veut se précipiter après sa fille ; mais les v oyageurs la retiennent, et joignent leurs cris à ceux de celte infortunée pour faire arrêter le train. Malheureusement ces cris ne sont pas entendus, et l’on arrive à la gare de Dax, où se trouvait le père de la petite fille, attendant la venue du convoi. On juge de la poignante scène qui se passa entre cette mère éplorée et son mari.
Mais déjà le télégraphe électrique avait signalé l'événement sur la ligne, et arrêté à Rion un nouveau convoi qui se mettait ; en route. Une locomotive de secours est expédiée, de la gare , de Dax, sur le lieu de l’accident. En approchant de l’endroit désigné, la locomotive ralentit sa marche, et bientôt les éclairems aperçoivent la petite tille endormie sur la voie, la tète
lippu ur sur mi rail, lille est aussitôt recueillie, et la locomotive | retient à toute vitesse à son point de départ. L’enfant, à son arrivée, se jette dans les bras de sa mère, et après l’avoir cou- ^ \erte de baisers lui dit :
— J’ai faim, maman, donne-moi du pain!
Les journaux anglais ont raconté avec beaucoup de détails le fait suivant, qui produisit à Londres une vive sensation, et qui fournit, en effet, une preuve éclatante de l’utilité du télégraphe électrique.
Vu mois de janvier un horrible assassinat fut commis à Salthill. L’assassin, nommé John Tavvell, s’étant rendu précipitamment à Slough, y prit une place pour Londres dans le train du chemin de fer, qui passait, à celte station, à sept heures quarante-deux minutes du soir. La police, avertie du crime, était déjà à sa poursuite. Elle arriva à Slough , sur les traces du coupable, presque au moment où le convoi du I chemin de fer devait entrer dans Londres. Mais le télégraphe électrique fonctionnait, et pendant que le meu trier, confiant dans la vitesse extraordinaire du convoi, se croyait en sûreté parfaite, le message suivant volait sur les (ils du télégraphe :
Un assassinat vient d’être commis a Salthill. On a vu celui
qu’on SUPPOSE ÊTRE l’ASSASSIN PRENDRE UN BILLET DE PREMIERE
! classe pour Londres, par le train qui a quitté Slough a
SEPT HEURES QUARANTE-DEUX MINUTES DU SOIR. Il EST VÊTU EN ! QUAKER AVEC UNE REDINGOTE BRUNE QUI LUI DESCEND PRESQUE SUR LES TALONS. Il EST DANS LE DERNIER COMPARTIMENT DE LA SECONDE VOITURE DE PREMIÈRE CLASSE.
Vrrivé à Londres, John Tavvell se hâta de monter dans l’un des omnibus du chemin de fer. Blotti dans un coin de la voilure, il se croyait dès ce moment à l’abri de toutes les atteintes de la justice. Cependant le conducteur de l’omnibus, qui n’était
autre chose qu’un agent de police déguisé, ne le perdait pas de vue, sûr de tenir son homme, comme un rat dans une souricière. Parvenu dans le quartier delà Banque, John Tawell descendit de l'omnibus, se dirigea vers la statue du duc de Wellington et traversa le pont de Londres; il entra ensuite au café du Léopard, dans le Borough, et se retira enfin dans une maison garnie du voisinage. L’agent de police qui. attaché à ses pas, l’avait suivi dans toutes ses évolutions, entra après lui, et tenant la porte enlr’ouverte, lui demanda d’un ton calme :
— N’êtes-vous pas arrivé ce soir de Slough?
A cette question si effrayante pour le coupable, John Tawell se troubla et balbutia un non qui était l’aveu de son crime. Arrêté aussitôt, il fut mis en jugement, condamné comme assassin et pendu.
« A quelques mois de là, dit le journal The family librar> y, nous faisions le trajet de Londres à Slough, par le chemin de 1er, dans une voiture remplie de personnes étrangères les unes aux autres. Tout le monde gardait le silence, comme c’est assez généralement l’usage des voyageurs anglais. Nous avions déjà parcouru près de quinze milles sans qu’un seul mot eût été prononcé, lorsqu’un petit monsieur, à la taille épaisse, au cou court, à l’air d’ailleurs très respectable, qui était assis à l’un des coins de la voiture, fixant les yeux sur les poteaux et les fils du télégraphe électrique, qui semblaient voler dans un sens opposé au nôtre, murmura tout haut, en accompagnant son observation d’un mouvement de tête significatif:
» — Voilà les cordes qui ont pendu John Tawell !
LA GALVANOPLASTIE
ET
LA GALVANOPLASTIE
ET
On a dit souvent que la sagesse et le génie de la création se manifestent avec autant d’évidence dans les faits les plus humbles du monde physique que dans les plus imposants phénomènes dont la nature étale à nos yeux la magnificence et l’éclat. La structure intime du germe contenu dans un fruit, l’admirable disposition des yeux microscopiques de certains insectes, les premiers linéaments de la vie apparaissant au sein de la trame végétale, toutes ces actions presque invisibles qui s’accomplissent dans un espace inappréciable à nos sens, révèlent avec autant de force la prévision infinie de la nature que le brillant aspect de nos campagnes décorées des riches présents de Dieu. Cette pensée ne perd rien de sa justesse, transportée dans le domaine des sciences. Pour comprendre toute la v aleur des sciences modernes, il n’est pas nécessaire d’invoquer leurs plus imposantes créations. Ai la locomotive ardente courant au fond de nos vallées, ni le navire immense se jouant sur les Ilots, grâce à la secrète impulsion de la vapeur, ni ces machines admirables, où la force d’un seul homme, appliquée au bout d’un levier, se trouve, par es combinaisons infinies de la mécanique, centuplée à l’autre extrémité, aucun de ces grands
'2 J h DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,
spectacles si justement admirés n’est nécessaire au but dont nous parlons. Pour deviner toute la portée future des inventions de notre époque, il suffit de jeter les yeux sur une plaque métallique de quelques centimètres : sur une lame d’argent portant une empreinte daguerrienne, ou sur une épreuve de cuivre galvanoplastique. La science qui , dans un instant indivisible, a su imprimer sur une surface inerte cette merveilleuse image des objets qui nous entourent; celle qui, par l’action obscure et insaisissable d’un courant électrique, a plié le métal rebelle à tous les caprices, à toutes les fantaisies de la volonté, est évidemment destinée à accomplir un jour des prodiges dont tous les progrès réalisés aujourd’hui seraient impuissants à nous fournir la mesure.
La galvanoplastie est, en effet, de toutes nos inventions, celle qui prépare à l’avenir les plus singuliers, les plus étonnants résultats. Dans un temps plus ou moins prochain, elle menace les formes et les procédés actuels de l’industrie de perturbations profondes. Par elle, la pile voltaïque, descendue du laboratoire du savant, est venue s’asseoir dans l’atelier, et les procédés scientifiques ont trouvé leur place dans les opérations des arts. Le rôle de la pile, comme agent de l’industrie, est destiné à acquérir tôt ou tard une importance infiniment plus sérieuse, et le moment n’est peut-être pas très éloigné où les courants électriques et les traitements par les réactifs remplaceront, dans nos usines , les grandes opérations par le feu. Alors les ateliers de la métallurgie présenteront un spectacle extraordinaire. Au lieu de ces foyers immenses qui dressent éternellement vers le ciel leurs tourbillons enflammés, un instrument presque informe, composé de l’assemblage de deux métaux sans valeur, accomplira les mêmes opérations sans dépense, sans bruit, sans appareil visible. Au lieu de ces bruyantes armées d’ouvriers qui s’agitent jour et nuit dans une fournaise ardente, consumés par le feu. noircis par la fumée, livrés aux
( . Ai.V A MJl’LASXIli.
i labeurs les plus rudes, ou verra, dans une série de beaux laboratoires, une légion de tranquilles opérateurs s’appliquer à manier en silence les appareils d’électricité , et soumettre les minerais et les métaux au jeu varié des aflinités chimiques.
Celte pensée paraîtra sans doute à bien des lecteurs empreinte, pour ne rien dire de plus, d’une singulière cxagéra-
!tion. C’est qu’en effet la galvanoplastie est encore parmi nous k peu près inconnue. II nous suffira donc, pour justifier notre pensée, de décrire ses procédés, l’état présent de cet art nouveau, et les applications qu’il a reçues. On comprendra, d’après les résultats obtenus aujourd’hui, ce que l’avenir peut attendre de cette nouvelle et brillante application des travaux scienti- I fiques de notre époque.
On donne le nom de galvanoplastie à un ensemble de i moyens qui permettent de précipiter sur un objet, par l’action d’un courant galvanique, un métal en dissolution dans un liquide, de manière h former à la surface de cet objet une couche t continue qui représente exactement tous les détails de l’ori- [ ginal.
Ces opérations galvanoplastiques permettent de reproduire § les médailles, les monnaies, les sceaux, les cachets, les timbres, les bas-reliefs et les statues. Les chefs-d’œuvre de la sculpture, reproduits à peu de li ais, peuvent ainsi devenir populaires, et, multipliés indéfiniment, braver les injures du temps et les atteintes des hommes. La galvanoplastie est donc k la sculpture ce que l’imprimerie est k la pensée humaine. Elle peut encore multiplier k volonté une planche de cuivre gravée, et rendre ainsi éternel le type primitif sorti des mains de l’artiste. Elle est en mesure d’apporter de sérieux perfectionnements k 1 art déjà si avancé de la typographie : elle donne le moyen de fabriquer des moules pour la fonte des caractères d imprimerie et même des caractères pour l’impression. Dans une sphère différente,
: la galvanoplastie vient en aide aux besoins de la vie, en recou
vranl, par des procédés simples et peu coûteux, nos Ustensiles domestiques, d’une couche protectrice d’un métal inaltérable, comme l’or, le platine ou l’argent. Enfin, se prêtant à tous les caprices de l’art, elle permet de reproduire en cuivre les moules ; obtenus avec toute espèce d’objets naturels, tels que des fruits, des végétaux , des parties d’organes empruntées aux animaux . ou aux plantes.
Tels sont, en quelques mots, les principaux objets qui forment le domaine de la galvanoplastie. Essayons maintenant [i d’exposer les recherches qui ont amené la création de cet art U nouveau; nous ferons connaître ensuite les principes scienti- [I fiques qui lui servent de base, et les applications principales | qu’il a trouvées jusqu’à ce jour dans la pratique des arts.