CHAPITRE VIII
nptie Hii»-mirtR. — IN)«e du 01 télégraphique entre tlCi)«i*m IB&n. — ReprlHct Ondes trevautcn iB5i. — Télëgtaplie ■nuimirln cnlre l'Angleterre el l'Irlande, enire l'Angleterre f^I la flulitnite, cntie l'Angleterre cl In Belgique. — Télégrophe lous-inatin M Vurni k Srtiiuiopu! i Invdr» lu mer Niitre. — Télégraphe musntiin entre la rranre et l'Algérie. — TenUlIveg faites en JS&7 et IHUI pour relablluenjent d'tili télégraphe snus-tn(irin entre rEuri>po it l'AiDértque. — Iniuccji des opération».
Nous n'avons encore parlé que difs télégraphes électri* qiiCN éUblU sur la terre ; nous n'avons considéré jusqu'ici qut ce» flU milalliques élevés dans l'espace, et abrités par la maisc non conduclrice de l'air, conirc la déperdition du fluide pendant le trajet. Il nous reste h Taire connaître IV-n- Ireprise extraordinaire quia eu pour résultat de créer des cutnmunicalioDs du même (;enrc ù travers l'Océan, c'eslï-ilir« au tiiilicu de la substance la moins propre, en raison de ton exiréine cotiducUbililé électrique, fi servir au Huide de moyen de transmission. Considérée longtemps. comme un beau rfive, cette œuvre glorieuse a été entin réalisée avec un complet bonlietir, et maintenant plusieurs contrées, séparées les unes des autres par la mer sur une dislance roa»idérable, sont en relation électrique continue, el coi^ respondenl d'une manière instantanée, comme si elles n'élaient séparées que par un intervalle de quelques lieues. ,1a lliéôrio dénioulrnil qu'il serait possible d'établirdes 'aiionséU'cIriqucs h Iravers l'Océan, yiiellf que
soil la conductibililé électrique de Teau chargée de sels qui occupe le bassin des mers, un fll métallique n'a besoin pour la franchir, sans laisser disséminer l'électricité qui I anime, que d'être revêtu sur toute son étendue d'une enveloppe isolante. Mais les difficultés pratiques étaient immenses pour la réalisation de ce projet, car les substancet» de nature à servir de fourreau isolateur étaient toutes d'un prix élevé ou éminemment cassantes. Une matière nouvelle qu'apporta en Europe la mission envoyée ei\ Chine par le gouvernement français, la, gutia-percha^ vint fournir la substance si longtemps cherchée. La gutta-percha est on corps qui ressemble beaucoup au caoutchouc, mais qui a sur lui l'avantage, capital dans le cas qui nous occupe, d'être éminemment mauvais conducteur de l'électiicité. M. Walker, en Angleterre, fut le premier à saisir TimporUince des applications que l'on pourrait faire de la gutta-percha à l'isolement des fils d'un télégraphe. Le 10 janvier 1849, il constata, dans une expérience ad hoc, qu'un fil conducteur télégraphique enveloppé dagutta-perchaei placé bous l'eau, dans le port de Folkstone, conduisait parfaitement le con* rant électrique et permettait de former des signaux comme sur la terre.
En Amérique, M. Morse a fait, en 1849, des essais relatifs à la télégraphie sous- marine ; mais le premier télégraphe qui ait été jeté à travers un bras de mer, est celui de la Manche, entre Douvres et Calais : c'est à un ingénieur anglais, M. Jacob Brett, qu'il était réservé d'exécuter celte belle entreprise.
Par une faveur toute spéciale, M. Jacob Brett obtint du gouvernement français le privilège exclusif de l'exploitation du télégraphe électrique qui serait établi entre Douvres et Calais. Un décret, en date du iO août 4849, accorda à M. Brett le droit privilégié d'exploiter pendant une durée çle dix ans h partir du 1" septembre 1850, la comniuoica-
T^-LÉantPHIB ÉLECTRIOCE. loi
lioD léli^gi-Jiphtque entre l'Angleterre cl la Kianrc. llulle aulorisaliun oblenuc, une eom|]agnio angln-rrançni&e se forma pour mcllre le projet à exécution. Un III de cuivre il'am; longueur conlinue de 4S kiloniètres, recuuverl d'une fnvcloppe de gnila-percha de 6 millimèlres el demi d'épaisstur, fui préparé pour servir de conducteur entre les deux villes. Les points choisît pour l'immersion du fil <^.laienl : 1» côte de Douvres en Angleterre; en France, le csp tirinez, situé h sept lieues de Douvres, entre lloukigne H Culaîs.
Tout étant prêt, le 38 août 1850, le bateau à vapeur anglais /e Golinth sortit du port de Douvres pour se rendre à l'extrémité de la jetée. Ou avait disposé au milieu du bateau, un immense treuil, autour duquel s'enroulait loulc U longueur du fil métallique recouvert de son fourreau de gulU-ptrclin. ;Jurlel)fltinicntsG trouvaient, M. Jncob Brell, MM. Wollaslon ctCramplon, ingénieurs chargés de l'exécution dea appareils, MM. Francis Edwards, Rcid el quelques autres savants ou principaux actionnaires de l'enlreprite. La première opération devait consister h amarrer solidemenl le 1)1 conducteur sur la cale. La portion du fil destinée à reposer sur le sol était contenue dans une cnvcloppu (lu plomb de la longueur de 300 mètres, afin de la préserver du rrottcment contre le rivage. Cette opération lercninéc, et le bout du c&ble solidement fixé sur la terre, leCn/to/A, lie dirigea vers lecapGrinez. Au signal de iaii- 1*3 tomber, l'opération du dévidement el de la pose du lii commença. Lcconductcur venait porter, au sortir du treuil, ■ur un rouleau de bois pUcé à l'avant du bateau ; on le retenait de temps en temps, pour en lester les portions sucrcMiTcmcul immergées. A cet eirel, on le chargeait de poidsdc plumbdc s à 12 kilogrammes, destinés à l'enlrotocr an Tond de la mer; le nombre de ces poids éliil de vingl-<|wilre h qiutranle-huil par lieue.
104 DÉCOUVERTES SCIElfTI PIQUES.
Les deux opérations du déroulement »du fil et de son chargement s'exécutèrent avec une grande précision. Le Goliath était précédé d'un autre bateau à vapeur, le Widgeon, qui indiquait par des bouées flottantes la ligne à suivre. La profondeur de l'eau aux points choisis pour la submersion variait de 10 à 75 mètres. Tout en se dévidant et allant se fixer ainsi sur le fond de la mer, le fil conducteur était entretenu en communication constante, avec la station de Douvres, et servait à envoyer et à recevoir des dépêches qui indiquaient les phases successives de la submersion.
Aux abords de la station de Douvres, se pressaient no nombre immense de curieux, avides de suivre, de minute en minute, la marche de l'opération. L'enthousiasme fat grand dans cette foule palpitante d'émotion et d'anxiété, lorsque, à huit heures du soir^ une dépêche télégraphique partie du cap Grinez, sur la côte de France, vint annoncer à Douvres l'heureuse fin de ce travail.
Pendant les jours suivants, un échange de correspon* diince s'établit entre les deux points unis par le magique lien. Mais, hélas! quelques jours après, une dépêche partie de Douvres ne parvenait pas à sa destination ; le télégraphe restait muet, la dépêche s'était noyée dans le détroit. On reconnut bientôt que le fil s'était brisé près des côtes de France. Là se trouvent des écueils et des rochers constamment battus par les vagues. On avait cru que le tube de .plomb enveloppant le fil le préserverait des chocs résultant de l'action des lames contre les rochers situés près du rivage; mais ce moyen de défense n'avait pas suffi.
Cet accident, qu'il eût été facile de prévenir, compromit le succès de cette grande entreprise et amena la dissolution de la société formée par M. Jiicob Brett. Cependant, dix mois après, une compagnie nouvelle, autorisée par charte
tël£gbaphib ËLEcraiotE. 10»
r'>yu!e.#t-iilcon5[iln6eavec un capital de 2,^00,000 francs. Un ijoiivrau Ul fui consiruit, qui préscnlait cette fois des conditions rigoui-euses de solidilé. Ce I appareil, qui devait r^SuDirà une résistance considérable assez de souplesse [tour s'enrouler sans peine autour d'un treuil, était disposé àe la maDÎëre suivante. Quatre fils de cuivre de la grosseur 11 de sonnette ordinnîre, contenus dans une gaine do Tcha, étaient entrelacés avec quatre cordes de ', el le tout (!tait réuni par un mélange de goudron ;niir. de mauiéreà former un cordon unique d'envinm 3ccoUaièlres de diamètre. Une seconde corde de cbaRTrc pareille à la précédente, sauf l'absence des fils de caiiTe, enveloppait la première et lui servait de fourreau. En6D, pour préserver de rupture l'appareil intérieur, le Imtl était fortcnienL serré au moyen de dix ills de fer gai- TJinUés. Ce système composait une sorte de cAble mélallique, souple cl solide àla fois, offrant quatre pouces et demi de diami'ln*. 11 avait été construit dans les ateliers de H. Bloke. k Wapping, et cotltait plus de 300,000 francs.
MM. Wollastonet Crnmpton, les deux ingénieurs charph par 1.1 vOm|>agnie d'exécuter toutes les opérations relatives k l'installation du télégraphe sous-marin, choisirent p»ur ie point d'uiTivée du (It sur la cAlc de la France, une dune située près du village de Sangatle, à une lieue et demie de Calais. Enfoui dans le sable à su sortie de la mer, k conducteur devaitcheminersous terre jusqu'il la station (te Calais. Lu point choisi sur la c6le anglaise fut le cap Soatberiand, prés de Douvres. Le bout du câble, enfermé dxQii un tuyau, descend perpendiculairement sous le sol pur un puits creusé dans la falaise, et se dirige ensuite Tort la mer par un petit tunnel formant un angle droit avec II- puits; il s'avance de cette manière juscpi'à une assez grande lUsIancc dans la mer el se trouve ainsi préservé du rhoc dL>4 lames qui déferlcnl sur la pillée.
106 DÉGOinriXlTES SCIENTIFIQOÉS.
Ces dispositions parfaitement entendues faisaient présager le succès qui couronna l'entreprise. Le 24 décembre 1851, le câble métallique fut enroulé sur le bateau i vapeur le Blazer, autour d'un vaste treuil où il formait un énorme cylindre de 10 mètres de hauteur. Le lendemaiOj au point du jour, l'opération de la pose du filcommeDÇâ sous la direction de MM. WoUaston et Gramptou. Dans la soirée, le conducteur était déroulé tout entier, et reposait sur le fond de la Manche. Mais l'opération terminée, oo reconnut avec douleur que la longueur du fîl avait été mal calculée et que son extrémité s'arrêtait à prés d'un kilomètre de la côte de France. La nuit arriva ; la mer était mauvaise, le câble exerçail'sur le bateau à vapeur une traction violente qui menaçait à chaque instant de le faire chavirer ; il fallut se décidera abandonner le Ûl à lui-môme. On attacha donc une bouée à son extrémité, et on le laissa tomber, non sans appréhensions, au fond de la mer. Oo prit sur-le-champ les dispositions nécessaires pour préparer en toute hâte un bout de câble provisoire. Ce câble supplémentaire ne fut terminé que le jour suivant. Tout faisait craindre que l'agitation de la mer et le choc des vagues contre le câble, abandonné deux jours au fond delà mtT, n'eussent fait perdre le fruit de tant de travaux. Heureusement la bouée fut retrouvée à sa place, retenant encore parfaitement intacte l'extrémité du câble métallique. On hissa à bord ce bout libre. Une dernière fois, on essaya de tirer sur le conducteur, de manière à le rapprocher des côtes de France. N'ayant rien pu obtenir parce moyen, on se contenta d'attacher fortement au câble la corde provisoire préparée la veille ; c'était un petit câble enveloppé d'un mélange de goudron et de gutta-percha, et renfermant dans son intérieur quatre fils de cuivre qui furent soudés aux fils du câble principal. On put ainsi atteindre le cap de Sangatte.
kTHLXGBAPIllE ÉLECTlllOUt. 107
L (les dépCrhes t'urenl échan^jOi's entre Calais <'t kinres ; les appareils Iransmirenl los cumtnunicaliont. ncc une entière facilité.
I Pradant la semaine snivantf , on s'occupa de fabriquer ■ bout ttecAble définit if nécessaire pour compléter le eonpcleor : ce morceau supplémentaire Tul substitué à la mtAe provisoire, et le 13 novembre 18S1, s"eD'eclua l'infercssante cérémonie de rioauguralion du télégraphe sousbrin. Ce joiu^b, le courant éleclrique, parti du rivage haçais, vînt niclire le feu à un canon placé sur le rempart Ir Doutrcs. Une correspondance s'établit imniédialemenl pire la station anglaise et les bureaux du ministi'-re de l'inlérieur h Paris, et l'on célébra à Douvres, dans un ban- ■nrl solennel, le succès de cette merveille de notre sittcle. |U première dépêche éleclrique expédiée d'Anplelerre îi Invcr.i l'Océan Fut déposée entre le&mains du Président |lc la népuWicpie française, juste hommage rendu au prin(.e pckiré dont le persévérant concours avait ]iuissammenL Efinlribné h la réalisation de celte belle entreprise.
Pendant prés d'une année les communications entre l'.Vogleterru et la France se sont fuites exclusivement de Douvres à Calais. Pour atteindre Londres ou Paris, les dépêches devaient passer de chaque station sous-marinc il la Bpie télégraphique de Douvres à Londres, ou de Calais h P>ris. Depuis U I" novembre 1852, les stations intermédiaires de Douvres et de Calais ont été supprimées, el le fil Klégraphiquc, k l'ojdc de travaux nouveaux et de disposi- Uoo» convenables, se trotive réuni à la ligne ordinaire du télégraphe, de manière fi faire communiquer Londres el P^rifl sans aucune station intermédiaire sur la cûtc.
Aujourd'hui le télégraphi' électrique fonelionne de Londres k Paris, à Ir.ivcr» rOcéan, avec une facilité mervell- Irase. Un courant iuressaiit de pensées s'échange d'un 1»k l'antre, el ce lieu qui r^Kache les deux i'\va%ti& «%V
coiume une main fraternelle que se tendent deux peuples amis à travers la mer qui les sépare. Perdu au fond de rOcéan, cet humble iil de métal semble un obstacle bien fragile, mais que des circonstances, dont tout contribue à écarter la pensée, viennent jamais à se produire, et Ton verra quelle barrière puissante il dresserait aussitôt contre tout esprit de divisions et de guerre !
Le succès du télégraphe sous -marin de Douvres à Calais, la certitude de braver avec ce merveilleux messager Tinsuite des flots et la fureur des tempêtes, ont amené l'extension rapide de cet admirable système de communication. Un télégraphe sous-marin semblable à celui de Douvres à Calais réunit aujourd'hui l'Angleterre et l'Irlande, entraversant le canal Saint-George, sur une distance supérieure encore à celle qui sépare Douvres et Calais. Le fil est établi entre Hoiyhead et Howlh. Le câble ne se compose point de quatre fils métalliques, comme celui de Douvres; il consiste en un seul fil de laiton isolé au moyen de la guttapercha, et recouvert extérieurement d'un assemblage de fil de fer galvanisé qui le préserve de toute atteinte extérieure. Afin de le mettre à Tabri du contact des rochers et de l'agitalion produite par la marée, le câble est recouvert, sur chacun des deux rivages, d'une double enveloppe de fil de fer, et celte enveloppe se prolonge autour du fil jusqu'à une étendue considérable dans la mer.
C'est le i" juin 1852 que la communication électrique a été complétée entre l'Angleterre et l'Irlande. On lisait dans le Moming Advertiser du 2 juin l'article suivant :
« Le Britannia et le Prospéra ont quitté, hier matin, Hoiyhead à quatre heures; le premier suivait le fil métallique avec une rapidité moyenne de cinq milles par heure, tandis que l'antre pilotait la marche. Le steamer ayant le câble à bord a atteint la chaussée est de Howlh peu après huit iieures du soir; alors a
TÊL^GRAFUIE ÉLEC^TBIUrC. I*» I
imméilulemfiil rflecluiie la Jonction ■«rc U terre, e1 U j a otmr-lc-chxuii) i^cliaDge de measagct entra Uowlfa et Hol^tieâd. nb <|ar If Brilaniiia a eu attciut la cûte d'Irlande, le fait a i\é communiqué i Holjhead. Alors le fil ra(^lalli<[uc a Hé *ppU<)aé« l'un des cations du navire, el la note transmîac i Hi>l;bâd a reçu prcHiue ausfilAl une réponse par la d<ïtâaation de Pan des ctnons du b&limeut. «
Une cofninuiiicition du même genre a (té établie entre 1 l'Angleterre et la Hollande. Le 1 juin 1853, le bateau k ' «-apriir ihe Monareh disposait le cdble t^-Iégraptiique, qui, parlant <l'0xreri1nes&, sur la cale de SufTolk, ea Angle- 1cm, sbnutil ii Srhcvening, en Hollunde. Ce cÂble a une longnear de lt5milleï.
KaBn, la compagnie établie à Londres, pour l'esploila- | lion de la télégraphie sons-manat^ {Sub-marine leltgroiik. ] Cvmpeng), n JDlé un conducteur sous-raarin entre l'Angle- J lerre fl la Belgique : ce télégraphe part de Douvres pour J abttuliràOstende, 1
1^ 13 avril I8M, un câble télégraphique fut jeté à Ira- j vers U mer Noire, reliant la Turquie avec la Crimée; il par^ j lait fl(^ Varna pour aboutir au camp des alliés devant Se- j bastupol. Malgré l'immense élendne de celle ligne cl tes \ diniciill^sdcla navignlionsiirla mer Noire, l'exéculiondea ] trataux ne renconlra aucun obstacle, et quelques jours 1 tuAircnl pour terminer les opération<<. 1
Iji longueur du ci'kblc éleclrique qui Tut déposé au Tond 1 (If la mer Noire, était de 377 milles anglais, ou en nombre 1 rond de GOO kilomètres (1^0 lieues de 4 kilomètres), c'est- I à-dire environ les trois quarts de la distance de Paris ft I Marseille. 1
Le télégraphe éleclrique de la mer Noire a fonctiouné I »ins interruption avec le plus complet succès jusqu'à lui prise de Sébastopol. Après la conclusion de la paix avec ta 1 Hutiie, celte ligne a été supprimée. I
110 DECOCV£RT£S SCIENTIFIQUES.
Nous avons à parler maintenant du télégraphe sousmarin qui relie la France et le continent européen à l'Afrique Française. Commencée en 1854, arrêtée par deux insuccès en 1855 et 1856, cette belle ligne sous-marine a été menée à bonne un au mois de septembre 1857. Quelques détails sur les diverses phases des opérations accomplies ou essayées pendant ces trois années ne seront pas déplacés ici.
Quand il fut question pour la première fois de relier électriquement l'Afrique française au continent européen, deux plans furent proposés au gouvernement français pour la réalisation de cette entreprise hardie. Une compagnie française offrait d'établir la ligne télégraphique en traversant TEspagne, de manière à diminuer autant que possible rétendue du câble sous-marin. Le fil partant de Perpignan serait descendu le long du littoral méditerranéen de l'Espagne jusqu'à Gala ou Almeria. Arrivé là, il aurait plongé dans la Méditerranée pour aboutir à Oran; le fil sousmarin aurait présenté, dans ce cas, une longueur dô 140 kilomètres (35 lieues de terre). D'un autre côté, une compagnie anglaise, sous la direction de M. John Walkins Brett, proposait une autre direction, ayant cet avantage pour l'Angleterre de permettre de pousser ultérieurement la ligne télégraphique le long du littoral de l'Afrique et de l'Asie, de manière à atteindre jusqu'à l'Australie et aux possessions anglaises dans les Indes orientales.
Une loi promulguée le 10 juin 1853 accorda la préférence au projet de la compagnie anglaise. Voici donc quel fut le trajet adopté pour la ligne télégraphique sous-marine, destinée à relier avec l'Afrique le continent européen.
Partie de Douvres, la ligne télégraphique sous-marine aboutit à Ostende, en mettant à profit le télégraphe sousmarin établi entre ces deux villes. Arrivé en Belgique, il traverse ce pays et atteint Cologne, d'où il descend, le long
TELEGRAPHIE ELECTRIQUE. 1 1 1
des possessions allemandes, de Cologne à Carisruhe et Bâie. La Suisse et les États sardes sont ensuite traversés ; le fil télégraphique descend de Chambéry à Turin, et de Turin au port de la Spezzia, situé en face de la pointe septentrionale de la Corse. C'est en ce point que le 01 s'enfonce dans la mer pour aller toucher au cap Corse. L'ile de Corse est traversée,, du nord au sud, par une ligne de télégraphie terrestre. Le détroit de Bonifacio, qui sépare la Corse de la Sardaigne, est franchi ensuite au moyen d'un câble sous-marin. La Sardaigne franchie, le fil descend de nouveau dans la Méditerranée ; enfin il part du cap Teulada pour plonger dans la Méditerranée et pour aborder à la côte d'Algérie entre la ville de Bone et la frontière de Tunis. L'étendue totale de la partie sous-marine de celte ligne est de 449 kilomètres (110 lieues terrestres).
La première partie de cette ligne sous-marine fut exécutée au mois de juillet 1854. Des câbles télégraphiques furent dépQsés, à cette époque, dans la Méditerranée, reliant la France avec la Corse et la Corse avec la Sardaigne, de telle sorte qu'il ne restait plus dès lors qu'à continuer la ligne sous-marine entre la Sardaigne et le littoral de l'Afrique. Cette première partie de l'opération a présenté assez d'intérêt pour que nous en rappelions ici les détails.
Dès le commencement du mois de mai 1854, les deux conducteurs se trouvaient prêt : ils avaient été construits dans les ateliers de Walkins Brell à Greenwich. Le câble est composé de six fils de cuivre réunis de la manière suivante : les six fils de cuivre sont chacun enveloppés dans un tube de gutta-percha ; puis, tous les six sont fortement unis en faisceau par un assemblage de cordages et de goudron, de façon à former un premier câble d'un centimètre cinq millimètres; vient par là-dessus un faisceau de douze liges de fer; chacune d'elles a un diamètre de huit millimètres; elles sont cerc}ées autour du câble; Veusem\i\ii à^
ce système présente donc un diamètre d'environ deux ceDtimùtres et six millimètres. La longueur totale du conducteur construit à Greenwich était d'environ quarante-cinq lieues, d'une seule pièce.
Le bâtiment à vapeur Harbinger fut frété pour transporter cet immense conducteur sur la côte du Piémont et procéder aux travaux de la pose du fil entre le Piémont et le rivage de la Corse. Ge navire allait partir lorsque le gouvernement anglais le mit en réquisition pour un transport de troupes en Orient. Il fallut donc en chercher un autre. L'arrimage d'un câble de plus de quarante lieues de longueur et d'un poids de huit cents tonneaux rendait assex difficile le choix du navire ; on ne put en trouver un qu'au commencement de juin : c'était le Perstan, du port de huit cents tonneaux. En raison du poids de son chargement, ce steamer ne put prendre de charbon que pour la traversée jusqu'à Gibraltar. On mit à la voile avec le câble électrique enroulé autour d'un immense treuil installé sur le pont.
Mais, après une courte traversée, le Penian^ atteint par le gros temps, fut obligé de relâchera Plymouth, et, pour réparer ses avaries, il dut s'alléger de soixante kilomètres de câble. On ne pouvait songer à se procurer un autre bâtiment, car les transports pour l'Orient absorbaient en ce moment tous les navires convenables. On se borna donc à réparer le Persian^ qui, complètement remis en état, repartit le 18 juin, renouvela à Gibraltar sa provision de cha^ bon, el arriva le 18 juillet à Gênes, d'où il se mit en route pour le Piémont; le 18 juillet, il touchait au càp de la Spezzia, qui forme le point de départ du télégraphe sousmarin.
Le 21 juillet, à trois heures et demie, le câble fut déposé à terre au cap Santa-Croce; et tout aussitôt commença l'opération de la pose du fll, qui fut continuée par le Per^ sian jusqu'à huit heures et demie du soir; le travail fut
TfLâGHAPIIIB ÉLBlmiOrE.
ft(lu pendant la nuit : le b&liment n'avait alors pcMir nrrc ilc retenue que le câble électrique.
Le ilétidemenl cl \a pose du fil rureni repris le lendeouun mnlîD h huit heures; à midi, trente kilomètres étaienl placés; à quatre heures du suir, la sonde indiquait uue pro- Tondeiir de deux cent trente brasses (460 mètres). Mais, ea M! monicnl. le cfthle se précipita avec une telle vitesse que c'était à peine si les hommes employésà ce travail pouvaient panrenir à l'arrËlcr: on y réussit cependant, et ou le rendît Sl« au moyen de poulies. On Tut obligé lie cunper la partie dac&ble endommagée par ces acridents, e( de réunir entuile les deux bouts. T>enle-six heures furent employée!
I 4«eUe opération.
^^^■âS, on se disposa à reprendre l'opération de la pose ^^^B; la sonde indiquait une prorondeur de pins de sii
II ''tee sondages pratiqués quelques mois auparavant sur «elle partie du trajet du cable télégraphique, n'avaient potaiacinjsé l'exislence de celle vallée sous-m.irine qui surpassait de deux cents mètres les plus grandes profondeurs qoe les ingénieurs avaient signalées entre le Piémont et la Cor«e; elle dépassait aussi de beaucoup les profondeur» que l'on avilit rencontrées dans l'établissement du télégraphe sous-marin entre Douvres et Oïlais, comme entre l'Angleterre et la Belgique. Dans ces deux cas, les profondeurs n'avaient pas dépassé un maximum de soixante mètres. Aussi tout le monde étnit-il convaincu, à bord du Pertian, que le cAble allait se briser sous l'énorme pression qu'il aorail à supporter dans les couclies d'eau voisine» du sol. Les ofBciers de la marine sarde, qui prenaient part à celte grande opération, conseillaient de Tiiirc un détour
fit milles pour aller chercher les lies de liorgona el Irpujn, oit In mer n'a qu'une profondeur de deux f métrés; il était il craindre, si l'on persistait B>
I 1 4 DECOUVERTES SCfElfTIPIOOKS.
continuer ropération, de voir le câble éleclrique se briser, et de perdre ainsi tous les travaux exécutés jusque-là.
Ce parti était sans tloute le plus prudent à adopter; cependant M. Brett ne jugea pas à propos de le suivre. 11 fit comprendre, avec beaucoup de raison, que le moment était venu de décider une fois pour toutes une question capitale pour la télégraphie sous-marine. En effet, la ligne que Ton s'occupait à établir ne devait point s'arrêter à la pointe de la Corse ; elle ne représentait que le début de la ligne grandiose qui, s'élançant de la Corse à la Sardaigne et de la Sardaigne à TAfrique, ne doit se terminer qu'au fond des Indes. On aurait à rencontrer, dans ce parcours immense, des mers dont la profondeur serait plus considérable encore ; il était donc nécessaire de constater tout de suite si l'opération était possible. On se mit résolument à l'œuvre, et le câble fut abandonné à son poids. Il parut d'abord descendre sur la pente d'une montagne sousmarine longue de plusieurs milles, jusqu'à une profondeur de trois cent soixante à quatre cents mètres ; ensuite, on crut sentir qu'il se trouvait tout à coup sur le bord d'un précipice dont le fond n'était pas à moins de sept cents mètres, profondeur qui excédait de plus de cent brasses celle que les cartes indiquaient sur la route suivie jusque-là. Le câble se précipita alors avec une rapidité effrayante, non sans faire courir des dangers et occasionner de graves avaries au navire ; s'il n'avait pas été construit avec une solidité parfaite, sa rupture était Inévitable. On fmit cependant par rencontrer le fond, et la nuit fut em-
pLoyée à réparer les avaries occasionnées au bâtiment par cette opération dangereuse. Le câble fixé au fond de la mer servait seul d'ancre de retenue, et, certes, jamais ancre d'une telle longueur n'avait servi à aucun navire depuis l'époque où le premier navigateur, au cœur armé
. TBiiGRAPHlB ÉLECTRIQUE. M 5
d'un triple acier, osa, selon le poète, braver les dangers de Télénrient perfide.
Deux jours après, la pose du fil était complètement terminée >; le 25 juillet, à la hauteur de la tour d'Aguelto, le câble éleclrique fut attaché au cap Corse.
Ainsi, tout allait bien de ce côté, et pour continuer la grande entreprise si heureusement commencée, il fallait s'occuper de la ligne de télégraphie terrestre qui devait traverser la Corse pour faire suite à ce premier conducteur. Mais, en arrivant en Corse, M. Brett y trouva les ingénieurs et ouvriers de la ligne terrestre malades des fièvres intermittentes qui sévissent dans ces climats. Tous les travaux étaient suspendus; on ne put les reprendre et les terminer qu'au bout d'un mois. Cependant, le 26 août, la ligne terrestre de la Corse, entièrement construite, put commencer à fonctionner.
Le 20, à quatre heures et demie du matin, le Persian procéda à la pose du fil électrique dans le détroit de Honifacio, entre la Sardaigne et la Corse; à dix heures du soir, Topération était entièrement terminée, et le Persian, ayant définitivement accompli sa tâche, reprit la roule de Gênes pour rentrer ensuite à Liverpool.
La seconde partie du câble sous-marin de l'Algérie a présenté beaucoup plus de difficultés dans son établissement que la première, en raison de la grande distance à franchir, de la profondeur de la mer et des brusques iné- ^'alités du fond. Deux tentatives faites en 1855 et 1850 échouèrent complètement. Le 25 septembre 1855, l'aviso français ie Tartare, aidé du bâtiment anglais the Hesult^ commença l'opération, qui consistait à déposer le câble de Cagliari à Bone ; mais le 26 celui-ci se rompit par suite de sa trop grande vitesse de déroulement résultant de l'existence d'une profonde vallée sous-marine.
Un insuccès analogue fut le résultat de la seconde len-
11 G DÉCOUVERTES SCrSHTmODES.
tative faite en 1856 pouria pose du câble télégraphique de la Sardaigne à la côte d'Afrique. Commencée le 7 août, cette opération se termina le 15 par la perte du'càble. Des courants avaient fait dévier le bAtiment dans sa marche, et le conducteur, arrivé près du terme du voyage, ne se trouva pas assez long pour atteindre le rivage de l'Afrique. Pendant que l'aviso le Tartat^ s'empressait, à toute vslpeur, d'aller prendre à Alger les chalands ou bouées nécessaires pour relenir le bout libre du câble, la mer, devenue très-forte, brisa et emporta le conducteur.
Enfln, la troisième tentative faite en 1857 pour achever cette œuvre difficile, a pleinement réussi. Les opérations commencèrent le 7 septembre, sous la direction de MM. Newal, ingénieurs anglais, et se terminèrent heureusement le 9. La distance de Gagliari à Bone est de 150 milles marins. Le câble est formé, comme celui de la Corse à l'ile deSpezzia, de quatre fils de cuivre protégés par une enveloppe convenablie et pouvant servir par conséquent à expédier quatre messages par le môme conducteur (1).
D'après les plans et le projet du gouvernement anglais, le télégraphe sous-marin, maintenant parvenu en Afrique, doit se diriger vers l'Egypte et Alexandrie, pour être ultérieurement poussé jusqu'aux Indes. Deux moyens se présentent pour atteindre l'Egypte. On peut déposer les conducteurs télégraphiques dans les bas-fonds, le long des côtes de la Méditerranée, ou bien enfouir sous les sables, le long du rivage, un fil souterrain. M. Brett assure, d'après les rapports des ingénieurs envoyés sur les lieux, que l'un ou l'autre de ces deux moyens, et mieux tous deux ensemble, peuvent être employés sans que l'on ait rien à
(1) Voyex, pour les détails des diverses tentatives faitea en 1856 et l8r>7 pour l'établissement du télégraphe sous -méditerranéen de la France à l'Algérie, notre ouvrage intitulé l'Année scientifique et induHrielie, |re et 2« année.
craindre i«>ur la sûreté de lu ligoc en ces contrées loinlaines.
Pour ta finir nvei' celle étonnante réalisation de réVi que l'on croiniit empruntés aux orientales chimères des mUe et une IVuHa, nous parlerons du télégraphe sousmarin iRinsatlanlique, destiné à relier l'Europe avec le continent américain.
Depuis les premiers succès de la télégraphie fousrine, depuis que l'expiirience eut démontré avec quelle simplicité, avec quelle régularité admirables fonclionneut los RU tonducleurs déposés sur le Tond des mers, le ^iHqai< projet de relier les deux mondes par un c&ble électrique saus-murin n'a pas cessé un moment d'occuper le«i>.spriU> en Angleterre et eu Amérique.
Celle entreprise, a paru longtemps devoir présenter des obslncles insurnionlables, En admettant que l'on pût rencontrer, sur le bassin de l'Allanliquc, un trajet oi'i la fondeur de l'eau ne fût pas trop considérable pour recevoir le cAble, comment Irouver un temps assez calme, une ms^z paisible, un conducleur assej: long, des moyens de Iranupcirt assez puissants pour rétablissement d'une telle lii;ne ? Rt, ces obstacles aplanis, pouvail-on espérer que réleclrictté dég.igép par une pile vol laïque aurait asse piiiss.ince pours'ébnccr,»ims interruption, d'une estrémità i l'autre de cet immense Irnjel 7 ileaucoup de savants n'hénilnient pas h répondre négativement sur ces questions, et particulij^rement en ce qui concerne le dernier point, c'est- ^•dire la possibilité de faire traverser à l'électricité, sans déperdition du lliiide, t'espace entier de l'Oci^an. TcUe étail, par exemple, l'opinion de l'un de nos physicien» IpçnU, de M. Babinet.
jendant l'induslrie ani^laise el l'industrie américaine, it uuk raUon. tiennent ordinairement peu compte de* 1,
118 DBGOUYERTES SGIENTIFIQITBS.
craintes des savanls. En 1853, une compagnie américaine, d'après les ordres du département de la marine aux États- Unis, et avec des bâtiments de TÉtat, fît procéder aux premières études relatives à Texécution de ce projet Ces études furent entreprises sous la direction du lieutenant Maur}, Tun des physiciens les plus distingués de TAroérique. Des premiers travaux de ce savant, il résulta que la voie de Tlrlande à Terre-Neuve, dans TAmérique septentrionale, serait la plus convenable à adopter pour établir les fils télégraphiques. A la fin de Tannée 1853, le lieutenant Berryman exécuta une série de sondages depuis les côtes de Terre-Neuve jusqu'à celles de l'Irlande. Ces opérations hydrographiques eurent pour conséquence de prouver que l'établissement d'un télégraphe électrique sous-marin était possible, ou, du moins, ne pouvait être empêché par les obstacles matériels que présenterait le fond de la mer.
De Terre-Neuve jusqu'en Irlande, en effet, la distance la plus courte est de 2Qf40 kilomètres, et le fond de la mer, entre ces deux points, est une sorte de plateau très-propre à recevoir et à conserver, sans dommage, les fîls télégrapbi* ques (1). Il est assez profond pour que les fîls, après qu'ils auront été posés, soient à jamais en sûreté contre les atteintes des ancres, des glaces ou de tous les corps flottants ; et néanmoins la hauteur de l'eau n'est pas assez considérable pour que l'immersion du conducteur puisse présenter des difficultés sérieuses.
La profondeur du bassin de l'Océan entre Terre-Neuve et l'Irlande croît, par une pente régulière, depuis 2 740 mètres, sur les côtes de Terre-Neuve, jusqu'à 3660 mètres, sur celles d'Irlande. A cette profondeur, les eaux de TAllan-
(t) Du cap Frëels, à Terre-Neuve, jusqu'à Erris-Head, en Irlande, on compte 3&93 kilomètres, et du cap Chailes, dans le Labrador, jusqu'en Irlande, au cap Saint-Louis, la distance est estimée 2576 kilomètres.
T<Li61APHI£ ELECTRIQUE. ^119
tique sont aassi calmes que celles d'un étang, et le fil, une fois déposé sur le fond, s'y trouvera à l'abri de toute cause de rupture.
Quels que soient, en effet, l'agitation et le tumulte des flots à la surface de la'mer, le mouvement des vagues ne se fait plus sentir à une certaine profondeur au-dessous du niveau de l'eau. Ce résultat important a été mis en évidence par une observation en apparence bien futile, mais qui donne une preuve frappante de la liaison qui existe entre tous les &its scientiflques, et qui montre bien que les remarques les plus insignifiantes au premier aperçu peuventconduire quelquefois auxplusintéressantes inductions.
En examinant au microscope les débris ramenés du fond de la mer par la sonde pendant les opérations du lieutenant Berryman, le professeur Baily reconnut que ces débris ne consistent qu'en coquillages excessivement petits, sans aucune parcelle de sable ou de gravier. Or, comme l'a fait remarquer cet observateur, s'il existait au fond de TAtlantique, sur les points où ont été opérés les sondages, des courants sensibles et de nature à offenser les câbles té- ' légrapbiques, ces courants entraîneraient des parcelles enlevées au fond, telles que du limon ou des grains de sable, et mêleraient ces débris aux coquillages. L'absence de tout débris de ce genre dans les coquillages examinés démontre donc qu'à cette profondeur les eaux de l'Océan n*éprouvent aucune agitation.
Ainsi se trouvait avantageusement résolue la première partie du problème, qui consistait à trouver un tracé convenable pour la direction de la ligne de télégraphie transatlantique.
Un point plus difficile à décider, c'était la possibilité de faire franchir au courant électrique la distance de près de 3 000 kilomètres qui sépare l'Irlande de Terre-Neuve. Mais les faits connus permettaient d'espérer la solution de cette
itO^ DÉCOUVERTES SGIERTIFIOUES.
difficulté. En effet, sur le territoire immense des États- Unis, les lignes télégraphiques fonctionnent à des distances de i 280 à 1 600 kilomètres (320 à 400 lieues). On est même parvenu à faire exécuter des signaux par un courant électrique sur la ligne non interrompue de Boston à Montréal, qui embrasse une distance de 2414 kilomètres. EnQn le télégraphe a pu jouer, sans aucune interruption dans le conducteur, sur l'étendue totale de la ligne téiégraphiqae qui s^étend entre New-York et la Nouvelle-Orléans, par Gharlestown, Savannah et Mobile, et qui a une longueur de 3164 kilomètres (790 lieues).
La difflculté de transporter la masse énorme du cAble transatlantique, dont le poids s'élèverait à 121 800000 kilogrammes, ne pouvait non plus sérieusement arrêter. On n'avait qu'à employer un nombre de bAtiments suffisant pour le transporter en plusieurs fractions. Enfin il ne devait pas ôtre impossible de trouver un temps favorable pour l'immersion de ce conducteur, puisque l'on a rencontré des circonstances assez propices pour pratiquer, sur toute cette ligne, des opérations délicates de sondage et d'hydrographie.
Tous ces faits, toutes les études dont nous venons de rappeler le résultat, parurent suffisants, en Angleterre et en Amérique, pour tenter, avec espoir de succès, la réalisation de ce projet admirable. En 1855, deux compagnies, l'une anglaise, l'autre américaine, se réunirent pour le mettre à exécution. La Compagnie transatlantique de télégraphie sous-marine, composée de capitalistes anglais et français, conclut avec la compagnie américaine àe New- York, Netv-foundland and London telegraphy^ un traité en vertu duquel la première s'engage à construire et à poser, h ses risques et périls, un câble sous-marin destiné à relier l'Irlande à Saint-Jean de Terre-Neuve. Le cftbie devait Otrc installé pendant l'été de 1857.
A l'époqae qui avait été arrêtée par Ifl compagnie angloaméricaine, le conducteur du télégraphe transatlantique étiût terminé. Onavait préparé dans les usines deM. NewaI, I à Birkenhead, et de MM. Glass et Rhol, à Greenwich, les 95SO milles de cftbie jugés nécessaires pour l'opération qni consistait à rattacher électriquement 111e de Terre- Neuve et l'Irlande à travers la distance de 2640 kilomètres ou 1640 milles anglais (660 lieues terrestres de 4 kilomètres) qui sépare en ce point l'Amérique de l'Europe.
Le 31 juillet 1857, une escadrille formée de deux frégates américaines et de trois frégates anglaises commença l'opération difficile du dévidement et de la pose du fil télégraphique an fond de l'océan Atlantique. Hais le succès ne couronna point cette entreprise grandiose. Le 4 août, ao moment où Tescadrille se trouvait déjà à la distance de 280 milles de llrlando, le fil conducteur se brisa par suite de l'énorme profondeur de la mer qui dépassait 2000 brasses et par l'action descourants sous-marins qui avaient fait dévier une grande longueur de câble. Le poids énorme qui résultait de la suspension du fil au milieu des eaux sans toucher le fond, amena sa rupture, ainsi qu'il arrive à une corde qui, tendue à ses deux extrémités, se rompt quand ses dimensions en longueur dépassent certaines limites, parce qu'elle ne peut plus supporter son propre poids.
Une nouvelle tentative, faite en i858, a également échoué. \je câble fut jeté d'une extrémité à l'autre de son immense parcours, mais il ne fonctionna que quelques heures (1).
0) Voir, pour plus de détails sur l'entreprise du télégraphe (ransatiintiquep sur la confection du câble, et sur les circonstances qui ont Bccooipagné sa rupture» V Année scientifique et industrielle^ 2* année.
122 DÉCOUVERTES SaBlfTIFIQUES.