CHAPITRE IX
Description des appareils accessoires de la télégraphie électrique. — Pile voltaïque. — Poteaux. — Supports isolateurs. — Fil conducteur, etf. — Services rendus parla tél^rapliie électrique. ~ Messages télégraphiques.
L'ordre historique que nous avons adopté pour Texposition des faits qui concernent la* télégraphie électriqoe, nous a contraint de négliger certains détails généraux qui se rapportent à la construction et à TinstaHation des appareils. Nous allons réparer cette omission en décrivant, dans ce dernier chapitre, les instruments accessoires qai sont indispensables pour établir un télégraphe électrique, quel que soit d'ailleurs le système que Ton adopte pour le mécanisme destiné à former les signaux.
Pile, — Nous n'avons à entrer ici dans aucun détail pa^ ticulier sur la construction et les effets de la pile voltaïque; tout ce qu'il importe de noter, c'est le genre particulier de pile électrique que l'on adopte selon le système télégraphique dont on fait usage. Ce choix est d'ailleurs assez indifférent, car de tous les instruments qui sont nécessaires au matériel d'un télégraphe électrique, la pile est celui dont on se préoccupe le moins, tant son emploi est simple et régulier^ Bornons-nous à dire que pour mettre en action les télégraphes où Ton fait usage d*un courant électrique assez énergique, on se sert de la pile de Bunsen : un très- petit nombre d'éléments suffit d'ailleurs pour donner au courant voltaïque l'intensité nécessaire. En Amérique, M. Morse f^iil encore usage de la pile de Grove, qui offre cependant dans la pratique moins d'avantages que la
tbiIgraphie électrique. iS8
êcédente. Sur les lignes anglaises, où Ton n'emploie nais que des courants d'une faible intensité, on se sert un appareil générateur, connu sous le nom de pile à sae, et qui se compose d'un assemblage de lames de zinc [ de cuiTre, plongées dans de petites cellules dont les inïnralles sont remplis par du sable imbibé d'une petite oantilé d'eau acidulée par de l'acide sulfurique. Le nomre de couples est proportionné à la distance qui sépare is stations; en général, on emploie vingt-quatre couples oor une .distance de quatre à six lieues, quarante-huit cmples pour une distance de quinze à vingt lieues, etc. loDlée avec soin, une pile de ce genre fonctionne penlani six ou huit mois, sans qu'il soit nécessaire d'y tou-
Fili conducteurs, — Les fils qui servent à réunir les stations télégraphiques peuvent se disposer de deux manières : sur des poteaux élevés à quelques mètres au-dessus du sol, et munis de supports isolants, ou dans une tranchée profonde pratiquée dans le sol. Examinons d'abord la première de ces dispositions, la seule adoptée en France, et la meilleure sans aucun doute^ puisqu'elle dispense d'isoler les fils sur toute leur étendue.
Au début de la télégraphie électrique, le cuivre fui le seul métal employé pour former la matière des conducteurs; on regardait ce métal comme le seul capable, en raison de son extrême conductibilité, de transporter commodément le fluide électrique à des distances considérables. Cependant on ne se sert plus aujourd'hui que de fil de fer, auquel on donne en France 4 millimètres de diamètre. Le fer a été galvanisé, c'est-à-dire plongé dans un bain de zinc fondu : il se recouvre ainsi d'une enveloppe de zinc; ce métal, se combinant bientôt avec l'oxygène atmosphérique, donne naissance à un oxyde qui entoure le fil de toute part, et le préserve d'une oxydation ullé-
12 4 DJOOUVKETBS SCHHTIFIQUES.
Heure. On pensail, à l'origioe, qu'il serait nécessaire recouvrir le fil, siur toute sou étendue, d'une enTeloppefc matière isolante, comme on le fait pour le fil des électto* aimants ; mais on ne tarda pas à reconnaître que celle pifcaution est de tous points superflue, et que des supportSi mauvais conducteurs de l'électricité, disposés sur les p^ teaux, et sur lesquels le fil vient reposer de distance a distance, suffisent pour assurer un isolement parfait. Ses* ' lement, lorsque plusieurs fils sont supportés par le mène poteau, il faut ménager entre eux un certain intervalle,' afin d'empêcher que les différents courants qui parcoureit les fils placés l'un près de l'autre ne s'influencent et ne se troublent mutuellement.
Si le conducteur d'un télégraphe peut être isolé par des inoyons fort simples, quand on le tient élevé en l'air aa moyen de poteaux, il n'en est plus de même quand on se propose de l'enfouir sous le sol. La conductibilité de li \vvvo oblige, dans ce cas, d'apporter beaucoup de soin l isoler \v métal sur toute son étendue. Cette opération pré* svwUx longtemps de grandes difficultés, tout en nécessitant des dépenses considérables. On recouvrait le fil de coton et de gomme-laque, on Tintroduisait ensuite dans un petit tuyau de plomb, afin de le préserver de l'humidité du ter rain. Mais la découverte de la gutta-percha est venue simplifier beaucoup les procédés pratiques de la télégraphie souterraine. Aujourd'hui, pour assurer l'isolement dcsfili de cuivre enfouis sous le sol, on se contente de les recon vrir d'une gaîne de gutta-percha vulcanisée y c'est-à-din mélangée, sous rinflucnce d'une haute températui^, à ) ou i pour iOO de soufre. Cette espèce de cordon est cou elle au fond d'une tranchée d'environ 1 mètre de profon deur sur 40 à 50 centimètres de largeur. Les différente portions du fil, qui sont ordinairement d'une longueur d> iOO à 300 mètres, sont réunies par une soudure, et le
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soudures enveloppées de gutta-percha. Le fll est recouvert d'une couche de sable, et l'on s'assure, avant de combler la tranchée, que son isolement électrique est complet. Afin de pouvoir s'assurer toujours de l'état des conducteurs enfouis sous terre, on ménage de distance en distance, sur leur trajet, de petites ouvertures nommées nf/ards. Si la communication électrique vient à être suspendue par la rupture du fil ou parson altération, ces regards servent à rechercher la partie et le point de la ligne où l*accidenl s'est manifesté.
La plupart des lignes établies en Prusse fonctionnent au moyen de conducteurs de ce genre. Les lignes de télégraphie souterraine sont celles de Berlin à Cologne et à Aixla-Chapelle ; — de Berlin à Hambourg ; — de Berlin à Magdebourg, Brunswick, Hanovre; — de Berlin à Stettin; — de Berlin à la frontière d'Autriche; — de Halle à Leipzig et Francfort; — de Berlin à Kœnigsberg et Danlzig.
La Saxe possède des télégraphes souterrains : de Leipzig à Dresde; — de Dresde à Kœnigstein; — de Dresde aux frontières de la Bohême; — de Dresde à Hof. Ils présentent un parcours d'environ 400 kilomètres.
Les télégraphes souterrains achevés n'existent encore, en Autriche, que dans les principales villes, telles que Vienne, Linz, Trieste.
La Russie a fait exécuter un télégraphe souterrain de Moscou à Saint-Pétersbourg, sur un parcours de 200 lieues environ, et Ton en a établi un autre de SaintrPélersbourg à Varsovie.
On a construit, en Irlande, une ligne télégraphique souterraine sur un parcours de 200 milles. Enfin, Londres est traversé par un télégraphe souterrain qui relie cette ville aux diverses stations de la province.
La télégraphie souterraine donne le moyen d'établir les lijfnes électriques dans les pays encore dépourvus de che-
ISn DÉCOUVERTES SGIElfTinQIJES.
inins (le fer : c'est là son principal avantage. Aussi, quand on s'est occupé en France, en 1852, d'établir un réseaa de télégraphes électriques indépendant des voies ferrées, n-t-on examiné avec beaucoup de soin la question de la télégraphie souterraine. On s'est décidé à y renoncer par U crainte de rencontrer, avec ce système, beaucoup de difB- * cultes pratiques, et l'on s'est «irrété à l'établissement des fils sur des poteaux disposés le long des grandes routes. Ce parti était le meilleur^ par cette considération décisive que les poteaux et les fils conducteurs établis sur les routes pourront être transportés sur les chemins de fer, sans nécessiter aucun changeaient, au fur et à mesure de la terminaison de ces nouvelles voies.
Poteaux, — Hien de plus simple que les moyens employés aux États-Unis pour élever au-dessus du sol le fil télégraphique. Des poteaux de bois, plantés le long de la voie des chemins de fer, chacun à la distance de 20 à 30 mètres, le maintiennent en r«iir à la hauteur de â à 3 mètres. Chaque poteau est muni, à son sommet, soit d'un anneau de verre, soit d'une plaque de porcelaine ou de terre cuite, substances niciuvaises conductrices de l'électricité, et dont rinlerposilion suffit pour maintenir l'isolement du fil. De 500 mètres en 500 mètres, on place des poteaux plus forts, nommés poteaux de traction, sur lesquels on établit des espèces de cabestans, propres à tendre le fil, et à prévenir de trop grandes inflexions.
Cependant cette disposition pour la pose des conducteurs n'est pas la seule adoptée aux États-Unis. Comme on recherche avant tout l'économie, dans le but de multiplier les lignes, on prend en général la voie la plus courte, et l'on n'hésite pas à placer les conducteurs sur le boni des grandes routes, ou môme à travers champs. Sur le trajet des routes, le fil est soutenu, comme le Igng des chemins de fer, par des poteaux de bois de sapin. Si la ligne prend
TttttàKAVmi ÉLECTRIOCE. I!7
,ln«rr.s U campagne, on utilise souvent [es urines aw élague les branches, et le tronc, resté debout, ipporl au fil léléRiaphique. Si l'on rencontre une on liras de mer qu'on ne puisse franchir, on relie (Il "le gulta-perclia, el on le place loul siniple- Tcau. C'est ainsi que le télégraphe de New- York iglon a seize lieues de Gl plougé sous l'eau salée, les Bis élablis iIuds les olianips ont besoin d'ittre aneilléft, un a înléressé h leur conservation les proprié- (Ics lcrr;itns Imversés, en leur accordant la faculté 4r Uaasmetlre gratuitement les dépêches qui lesconcer- . En retour de cet avantage, dont ils sont Irès-jnloux, ils gardent et surveillent avec soin la portion de ligne établie sur leurs terres.
Lni ligne» télégriiplitques américaines traversent souvent dtnttes forCls el d'immenses étendues de terrains incultes H déserts. Le sj^tème de suspension et d'isolement du conducteur est alors plus simple encore que le précédent. DrluDipt clous h Ifite recourbée -sont plantés dans les .irbres des forêts ; à ces clous, on suspend un anneau de wrre qui donne passage an RI. Noua avons déjà fait remarquer que ce système, par trop simple, de suspension, détient une ïourcc d'interruptions dans le service de la ligne. U s£ve végélale, qui vient mouiller le conducteur, rend l'isolemenl imparfait, el les communications sont en outre fréquemment arrêtées par la clmte des troncs d'arbres pourris, par les ouragans el les orages.
Kn France, les poleaux télégraphiques sont faits de boi» Je pin ou de sapin, de 6 à 9 mètres de longueur, que l'on a préalabletnent injeclés, sur pied, d'une dissolution de lulfale de cuivre, selon le procédé du docteur Boucherie, altn il'aut^menler leur durée. On les fiche en terre, les plus pcliU, k une profondeur de 1 mètre t/î; les plus élevés, k oae profondear de 2 mètres : le sulfate de cuivre préserve
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DiCOUYERTES SCIBNTinODES.
de toute altération la partie enfouie dans le sol. Quand on doit franchir, sur un chemin de fer, un passage de niveau, ou passer par-dessus les bfttiments d'une station, on donne au poteau une longueur de 9 mètres et demi.
Le support destiné à isoler le fli est une sorte de clochette de porcelaine, que nous représentons dans les deux figures ci-jointcs. Dans l'intérieur de la clochette, onscelle^ au moyen du soufre, un crochet de fer dont rextrémité libre se contourne de manière à venir former un anneau dans lequel passe le conducteur. En même temps qafb assurent l'isolement du (il, ces petits toits de porcelaine le
protègent contre la pluie. Celte précaution est d'ailleurs indispensable, car s'il arrivait qne les ' poteaux fussent mouillés et que les supports isolateurs le fussent également, l'isolement serait imparfait, il s'établirait des courants dérivés, et il faudrait des piles beaucoup plus énergiques pour conser^'er au courant principal une intensité sufflsanté. A chaque demi-kilomètre on place un poteau de traction muni d'un' petit treuil qui est destiné à maintenir et à assurer la tension parfaite du fil conducteur.
La figure qui suit représente le poteau le plus employé en Angleterre comme soutien du fil télégraphique. Uneplâque de bois posée sur une plaque pareille de faïence bmne qui sert de corps isolant^ est fixée contre le poteau k l'aide de boulons de fer. Cette plaque porte quatre petits cylindres de faïence. Les fîls conducteurs traversent l'axe de ces cylindres et se trouvent ainsi parfaitement isolés. Un pareil système est établi de l'autre côté du poteau, qui peut de cette manière supporter huit fils. Les deux plaques fixées dechaque côté du poteau sont maintenues au moyen d'une vis
Fig. 9.
TÉLÈbHJtPIIIE KLECTMQii;. lis
'l de deux écious. (înfin onpelil toit de faïence M<J'»rdoise rerouvre le poleaii et i'abrileconlre la pluie. Une parlirularilé de la Mgure 10 n'échappera point au Irrteur : c'est la poinle métallique qui wnnonle le loît du poteau. Celle partie i» l'appareil est loin H 'dire indifTérente; |l»t un vérilahle parafoudre destiné & frtu-nir les elTeta pcrlurbateurs que Nlectricilé atmosphérique pourrait Dereer sur le courant qui traverse les b.
L'électncilé qui existe à réLil libie iiBs l'atmosphère peut en effet exercer cctiaine influence sur les conduct«ars «électriques; celte question offre '^'
ïwi d'îniportanco pour élre ici examlntc en passant. Les perturbalionsque l'électricité météorique peut inliodiiire dans le jeu des jippareils télégraphiques varient sc- Inol'éUl de i'almoBpht,>re. Par un ciel serein, l'électricité iquodas dans l'air o'ciierce aucune action appréciable sur ÎBatrumonts. Sculemenl, si le vent vient brusquement Idunger, il s'établit un courant qui iulluence faiblement k cuodnelcur : dès lors l'appareil parle, c'est-à-dire que H Ngoaux, subitement mis en jeu, exécutent peudaoL pMlqiws inslants de brusques oscillalions. Si le ciel est et les nuages rortcmeul électrisés, quand lèvent i les chasser dans 1» direction du fil, ces nuages IfisKfll sur le conducteur, et les signaux se meltenl en- Breen branle. Dans ces deux cas, cepeudani, ces effets de lïchcus; ils ne peuvent aucmicinenl troubler Icwrvice, car les employés tiennent aisément compte de tri perturbation!) pissagj^i-es.
j la foudre échile, si l'étincelle électrique, partant forlenienléicctrisé, vient à frapper le so\, Va ti\.
métallique du télégraphe offrant à Técouleinenl du tl un passage facile, le conducteur peut étire foudroyé. C sont les effets de ce coup de foudre? Quelquefois le iil rompu, les communications sont alors interceptées ei les deux stations; mais ces événements sont extrêmem rares, le fil étant d'un trop fort diamètre pour être ai ment fondu. Dans tous les cas, si le fil est fondu, il ne V jamais que sur quelques points de sa continuité, et tout borne à cette rupture. Le plus souvent la foudre, enfn pant le conducteur, n'a d'autre effet que de fondre, à Tui lies stations télégraphiques, le iil très-fin qui s'enroule ai tour de l'électro-aimant, c'est-à-dire de l'appareil qu forme les signaux ; alors les communications sont arrêtées Quand la foudre vient frapper un conducteur, tout le dommage est habituellement supporté par les poteaux. Us sont renversés ou mis en pièces. Le 17 août i849, sur la li- ^ne de Vienne, un orage qui avait éclaté à OUmûtz se propagea jusqu'à Triebitz, c'est-à-dire aune distance de iO milles : un ouvrier occupé à cette station à monter les fils ressentit une douleur qui le renversa, et éprouva une véritable brûlure aux doigts qui avaient touché le métal. Le 25 août, par suite d'un autre orage à OUmûtz^ l'électricité, conduite par les fils du télégraphe, foudroya un support aux environs de Brodek. Une partie du courant s'échappa dans le sol le long de ce support, une autre piartie fila jusqu'à Prague ; on put s'en assurer par l'inspection du conducteur dont l'extrémité était fondue. Dans la nuit du 48 au 10 juin 4849, un violent orage éclata entre BrOnnet Reigen; la foudre brisa complètement deux supports et en endommagea neuf autres. Le 9 juillet, la foudre anéantit trois poteaux situés entre Kindberg etKricglach, dans la Styrie, et respecta le conducteur. C'est encore aux environs de Kindberg que le tonnerre détruisit les supports lélégniphiques le 19 juillet i8t>0. Les ouvriers occupés i
Tl:LkUH41'lll£ ÉLUirJllUtE. Ul
éprouvèrent ud éblouisse ment, el l'oiiobservii, à retlréniilé diin des lils silaés le long d'un poteiiu, une «grelte lumineuse. Ainsi, dans ces divers cas, les poteaux 4e bois avaienl seuls supporté les elTets de la décharge ilecln{]up.
Cependant l'événeiueiit a pi-ouvé que la foudre, conduite pirles&lsconducteurs, peut pénétrer dans l'inlérieur d'une statiou télégraphique el y provoquer des dommages d'une <rerliiue gravite. Un fait de ce geuie fut observé, le il juin 1803, ïur la ligne télégraphique de Poitiers à Tourï. Le Jottrual de Châtelicrault a donné & ce sujet les détails winols :
■ Hardi 21 juin, vers trois heures de l'aprës-inidi, la Toudic, 4«fil les éclairs el le« détonations étaient à la \ms\ inlcnsescl M rapprochtis. est tomliêe enire tngrande et Ctiàte Hérault.
» C'c«l ïur l'un des ponts du chemin de ter, le plus rapproché de bi»taliun d'Ingrandc, que s'est fait Eenlir la plus forte com- DMitioii. (^n ponts sont construits en pierre, en fer el en boiii. (Chaque culée ou butée est formée par une maçonnerie trës-solidemeM(étal>liecn pierre durcdeChauvigny, aïcc de petits païapt!t* de cuuronnemeni, dont les pierres cubent 75 ccntiniëtrc:!. Kolrc CCS culées se trouve jeté un tablier de fonte surmonté du ^01 ratnpes faisant l'otTice de garde-fou.
■ Pmjelée sur ces conducteurs métalliques, la foudre s'est rendue dans les postes télégraphiques. Celui de la statiun d'InmiU)dc>1ui n'était diiitant que d'environ 800 mètres du rojcr de rexpiMiun, a été violemment atteint. I.cs employée avaient <|uitté la salle et s'étaient réfugiés à l'étage supérieur de la nation, lorsque tout à coup une délonation semblable h celle d'on coup de pistolet se 01 entendre et reraptil l'uir el les appartMQrnls dir fumce, en ébranlant toute l'habitation.
• La foudre, amenée dans l'intërleur du poste par les tilsconéuclcun, avait biisé ceui-cl, et, renuontraut des lUs plus finsà mc*urD lu'ellu se rapprodiall de l'appareil télégraphique, elle le» avait brilles en mettant tout d'abord en fusion les petits tili bisanl office de pan tunuerrc, et isolés à l'inléricur de cylindres de vcrrs; les buuseoles fuient cassées, une aigitillu fondue,
• «i DECOrVKRTES SCIKRTIFIQL'ES.
le< bobèches ^ur lesquelles sont enroules les fils de Ter cntortilh lie nU de sole Turent brûlées.
' Pendant que tous ces éTénements se passaient au pont et Il station dlngrande, voici ce qu^éprouvait, de son côtë^ le posi wiéçraphique de Chàtellerault. Dans le même moment^ etpresqu i la même heure où le tonnerre grondait si fort, les employa ctiient occupés à faire passer une dépêche, lorsque l'un il*ea] trè$-expèrimentêy reconnut, à certains pétillements de l'appard! qu il y avait une surcharge d'électiicité. « Retirons-nous, mei «ieurç. s'écria- t-il, il pourrait y avoir du danger.
« A peine étaient-ils sur le seuil de la porte, qu'une détooi tion \iolente avec production de flamme se fit entendre. On n «:irde. ei l'on constate que l'appareil télégraphique est brisé, sa piratonnerre bnilé, les cylindres de verre sont jetés à distaocf Chi>so remarquable, l'électricité avait laissé la trace de soi pass..ice sur le mur en ligne droite, en enlevant le papier pi ricochets et en sens opposé des autres conducteurs, restés in tjcts et dans une direction qui était œlle du calorifère du ca bir.eî.
A Entin. quatre des poteaux de sapin servant de supports aa )i.:nc$ tcU^raphiques,et qui étaient voisins du pont d'ingrande i^t oto ronver^ès, l'un d'eux tordu sur lui-même et les troi autres bi i>ôs on éclats, déchirés avec torsion des fibres ligneuse sur elles-mêmes et jusqu'au centre deTarbre résineux. »
Vi\ accident du même genre fut observé au mois de juil lot I8.%5 sur la ligne d'Orléans. On lisait à ce sujet les dé (ails suivants dans un journal :
« 1.0 9 juillet is:i5, versonie heures du matin, une décharg électrique a eu lieu sur les fiL^ télégraphiques de Paris à Orléaoj à \\'i) mètres environ de la station de Château-Gaillard, ver Artonay. à 7 kilomètres do la magnifique ferme de la Grange uieendioo au mémo instant par la foudre. Trois poteaux ontél brisés. ol les |H>rcelaines sur lesquelles roulent les fils ont volé c eeUts sur la voie. I.e fiuido, parcourant los fils, est entré dans I bureau du chef de gare en fiiisant une explosion épouvantable S<Mi cours a été arrêté par le iniratonnerre, dont il a noirci c quoique peu émoussé les dentures de la touche de terre, san pourtant les avoir endommagées. Les aiguilles des deux boussole ont été mise» hors de service.
TELEOQAPIIIï. ÙLECTniOCJE. i II I
• Le conlouDier a resscnli, <lan$ sa maison, située ix peu dl I diTUnotr, une violente cominolioD.et U a vu,dil-il, un glolic d« 1 Tt» tumbiT »MT les fila. Le lendemain matinales poleaux et les I aiguille» dl» boussoles ont dâ être remplaces
Si le coup de foudre n'a pas assez de violence pour en- 1 doiBiuager les supports placés le long de la voie, ou pour 1 Mmpre le III de l'éleclro-aimant, il peut cependant pro- ï duire encore ccrLiiiis effets fli!-sagréables. La présence, 1 dso» tes conducteurs, d'un excès d'électricité étranger bal que réteclro-nimantesl h diverses reprises fortemenl alUré. et qu'il s'établit ainsi, dans l'appareil destiné à furreer les signaux, une série d'oscillations folles qui persistent pendant plusieurs minutes. Sur le télégraphe de Morse, qui, comme on le sait, écril lui-même ses dépûc&es, on voit quelquefois rinslnimcnt, subilement mis en «diuD par l'électriL-ilé atmosphérique, inscrire sur le pjtpier une série de i^igncs confus et précipités ; c'est l'éclair I qoi envoie son message et qui consigne lui-même sa pré- | wBce pur écril.
Ajoulous enliii que l'appareil télégraphique peut élre 1 inOocncéi bivn que la foudre n'ait pas directement frappé 1 te conducteur. Quand un nuage électrisé se décharge à | quelque distance du fîl du télégraphe, il s'étahlit aussitAt | d»M le conducteur un de ces courants électriques que l'on I nomme courant d'indwtîon, et qui esl provoqué par le 1 TOitinage de la décharge atmosphérique; ce nouveau c rant lail encore parler les appareils, mais ce dernier acci- I tient n'a aucune iniporLince.
En résumé, el si l'on fait absiruction de quelques événe- I nients accidcnteU dont la gravité ne peut être prise comme 1 téftie, il est permis d'afOrmerque les troubles occasionné! dftiu les appareils ti^légraphiques par l'électricilé de l'a mophtTC n'ont hnbilueUcment rien de grave, et ne p Dl compromettre lej
rience a bien vile éclairé les employés sur la nature de ces perturbations, et la transmission des dépêches ne peul jamais en être compromise d'une manière durable. Pour combattre les mauvais effets de la présence de l'électricité atmosphérique sur les fils conducteurs, il suffit presque toujours d'augmenter l'intensité du courant de la pile, an point de le rendre supérieur au courant perturbateur. Aussi les irrégularités du genre de celles qui nous occupent n'ontelles été remarquées que dans les télégraphes où le courant électrique se trouve réduit k la plus faible intensité possible; dans ceux où l'on emploie des courants énergiques, les troubles de ce genre sont 'rares ou iqsignifiants, C'est pour cela que sur les lignes francises où l'on fait usage, comme nous l'avons dit^ de courants électriques d'une intensité notable, on se dispense de munir les po-. tcaux d'appareils destinés à combattre les effets de ce genre. Les pointes métalliques qui, sur les lignes télégraphiques de l'Angleterre, surmontent les petits toits placés sur chaque poteau, suffisent pour détruire l'influence de l'électricité météorique. Comme ces pointes communiquent avec la terre par le poteau qui les supporte, l'électricité atmosphérique s'écoule ainsi, comme par un petit paratonnerre, dans la masse conductrice du sol, et ne peut exercer sur les appareils aucune action fâcheuse. Ce petit instrument peut même préserver le poteau d'un coup de foudre, quand la décharge atmosphérique n'est pas trop violente.
Nous voudrions, pour terminer cette exposition, donner quelques indications précises sur les frais d'installation des télégraphes électriques; mais ces données varient trop, selon les pays, pour se prêter à une évaluation générale. C'est ainsi qu'aux États-Unis, les frais d'établissement des télégraphes changent selon la contrée. Dans l'ouest, où la
TÉllGRAPHIfi iLBCTRTQDE. 135
main-d'œuvre el les matériaux sont d'un prix élevé, la ligne télégraphique revient à 466 francs par kilomètre; dans Test, où les matériaux sont sans valeur, mais où la main-d'œuvre est chère, le prix s'élève à 503 francs par kilomètre. Selon M. Jules Coutin, le prix moyen d'évaluation, pour une ligne dans des conditions ordinaires, serait fixé, en Amérique, à 621 francs par kilomètre.
En Angleterre, le télégraphe élec Inique, monté sur poteaux, revient à 770 francs par kilomètre.
En France, la construction d'une ligne électrique, formée de cinq fils de fer, revient, dit-on, avec les appareils, la pose des fils, etc., à environ 800 francs par kilomètre.
Les frais d'établissement pour la télégraphie souterraine ont été évalués à 848 francs pour la fnôme distance.
Toutefois, les frais de construction d'un télégraphe électrique fussent-ils beaucoup plus considérables qu'ils ne le sont, cette considération ne pourrait, dans aucun ras, opposer à son établissement un obstacle sérieux. La question des frais d'installation est ici entièrement secondaire, car les télégraphes, livrés au public, deviennent pour l'État la source d'un revenu important qui couvre une grande partie de ses avances. D'un autre côté, la vitesse prodigieuse de l'expédition représente une autre source d'économie. La télégraphie aérienne, quand elle était en usage, coûtait annuellement près d'un million au budget; mais le gouvernement ne s'en inquiétait guère, car celte dépense était couverte en grande partie par les économies que l'on réalisait sur les estafettes et les courriers. Qu'est-ce donc aujourd'hui, où la vitesse est centuplée, et quand le télégraphe peut fonctionner en toute saison, à toute heure de la nuit, à toute heure du jour, sans rien perdre de sa prodigieuse rapidité?
Nous n'avons pas la prétention d'étonner nos leeVevw^
en leur parlant de la merveilleuse promptitude avec laquelle les dépêches sont transmises par le télégraphe électrique. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de citer ici quelques exemples susceptibles de donner en quelque chose la mesure de cette vitesse. Nous nous bornerons toutefois à un petit nombre de foits^ dont la plupart même se rapportent à l'époque des débuts de In télégraphie électrique.
Le discours prononcé en J846 par le président des États- Unis, annonçant la déclaration de guerre contre le Mexique, discours qui occupait deux longues colonnes en petit caractère, dans un journal de la plus grande dimension, fut transmis en entier par le télégraphe de M. Morse, et copié en moins de trois heures. 'Pendant cette longue communication, le télégraphe transcrivait 84 lettres par minute, c'est-à-dire le double de ce que l'inventeur afail promis.
Le discours de Henri Clay sur la guerre du Mexique, prononcé en 1849, dans le congrès des États-Unis, fut transmis en deux heures de Cincinnati à New-York, avec une exactitude inappréciable, quoique le résumé n'occupât pas moins d'une colonne et demie d'un journal, petittexte.
En i849, le volumineux message du président Polk, contenant plus de .^0000 mots, fut transporté en un jour de Uallimore à Saint-Louis, alimentant de copies sur son passage dix-sept villes des États-Unis. Encore faut-il en déduire deux heures perdues à la suite d'un orage.
Le discours du roi des Belges, à l'ouverture des Chambres de i849, était entièrement parvenu à Anvers quarantesept minutes après avoir été prononcé à Bruxelles. 6e discours ne comprenait pas moins de 842 mots formant 4 GOO lettres. La transmission de cette dépêche avait donné lieu à il 600 mouvements télégraphiques.
T^I.râRArillE Él.ïCCTniQCE. 137
ti" «Uvcuars «le l;i reine ifAnglclfiTc |iuiir la proiogalion duPnrtftnicnl, on 1819, fui expédié de I.ondresàN'orwîch, kla distance do Gl lieues, en moins de dix-huit niinules.
U nouvelle de la raori de l'empereur Nicolas, en 185H, M parvenue de Saiol-I'élersliourt; h Londres en quatre Ivnre» et quart. On a ri'niarqu<^ , h cettf OL-ca><îon, que la l£pérhi> anDonçanlianiorl de l'empereur Paul, enl80t,
ïit mi& vingt et un jours h ari-iver h Londres.
Le discnurs prononcé par l'empereur des Français, le
18 janvier 18?t8, pour l'ouveriure de la session législative.
transmis de Paris k Alger en deux heures. Expédié dans
iM>irée du 18, il était ftfliché, le 19 au malin, dans les
ne» d'Alger.
Pendant la guerre de Crimée, au moment du siège de î^baslopol, nn-} dépêche pouvait être transmise en treize lieiires du ramp Trançuis k Paris, grâce iiu (il du télégraphe Ufctriquo (|ui s'étendait de Paris en Crimée, Ce fil n'in- Icrrorapait son cours qu'à divers intervalles qui, réunis, Muvaient être franchis en douze heures par des courriers, > disisnce était de 000 lieues.
Aujourd'hui on reçoit Ji Londres des nouvelles de l'Inde
I vingt-cinq jours; la distance est d'environ 5000 lieues,
Rsaminons maintenant avec quelle rapidité, ou plutôt ivec quelle lenteur les nouvelles importantes se Iransmelliient autrefois. Nous choisirons trois exemples : la n(
Ile de la lialaille de Ponlenoy, celle de la bataille d'A: leriili et celle de la prise d'Alger.
Iji bataille de Fontenoy, gagnée sur les Anglais pi^r le mi Louis XV et le maréchal de Saxe, fut livrée le 1 1 mai iTiS; la nouvelle n'en fut connue à Piiris, et annoncée par
fîaxUe de France, que le IS mai suivant, c'est-it-dire palru jours apr^s.
Ls Iwlaille d'AusIerliti;, livrée le 2 décembre I80:i, n'apitu Moniltiir que le 12 décembre suiviiuU c'esX-Vftufe
dix jours après; elle fut apportée par le colonel' Lebran, aide de camp de l'empereur Napoléon P'. Le rapport détaillé de cette mémorable bataille, qui forme le trentième des bulletins de la grande armée, ne fut publié que quatre jours après, c'est-à-dire le i6 décembre, par le Moniteur,
La prise d'Alger eut lieu le 5 juillet 1830; la nouvelle n'en fut connue à Paris que le 13 juillet au soir.
Ainsi donc, en 1745, il fallait quatre jours pour connaître le résultat d'une bataille importante livrée à Fontenoj, éloigné seulement de Paris d'environ 75 lieues. En 18(^ il fallait dix jours pour connaître le résultat d'une bataille livrée à Austerlitz, éloigné de Paris d'environ 400 lieues. En 1830, il fallait huit jours pour avoir à Paris des nouvelles d'Alger.
En 1855, il a suffi de treize heures pour connaître à Paris le résultat du siège de Sébastopol, ville éloignée de Paris d'environ 900 lieues. En 1858, il suffit de vingt-cinq jours pour faire savoir à Londres ce qui se passe dans l'Inde, à 5000 lieues de distance, et de deux heures pour transmettre un discours de quatre pages de Paris à Alger.
Citons maintenant quelques-uns des nombreux senices rendus jusqu'à ce jour par le télégraphe électrique.
Cet instmmenl a déjà été mis à profil pour la détermination des longitudes. Au mois de juin 1844, la différence de longitude entre Washington et Baltimore fut déterminée parce moyen, sous la direction de M. Morse. Un signal télégraphique permit à deux personnes en station, Tune à Washington, l'autre à Baltimore, de comparer au même instant deux horloges mises respectivement à l'heure fex^cte de chacune de ces villes. Le même moyen a été employé au mois de mai 1854 par MM. Airy et Le Verrier, directeurs des observatoires de Greenwich et de Paris, pour déterminer la différence de longitude entre ces deux villes.
Le télégraphe électrique est quelquefois employé sur les
réi.ËGHtriiiE tir.cTni(ivt. IS9
I lifmes amén'ciiint-H [lour annonter les tcmpéles.
jBn 1850. te télé(^plie électrique ilc Cbicrago signala aux lyilmas de navires des ports de Clevelaoïl el de BufTiilo, HUM qu'aux nadres qui parcouniioDl le lac Onliirio, l'ap- Ipncttc il'uae tempéli* venant du nord-ouest. LViuragan ■e Inverse l'atmospli<^re qu'avec une rapidilt^ d'environ K lieues il l'heure; il est donc facilement devancé par le télégraphe éleeti-ique. Un navire qui s'appi-ëte à partir de K«w-Yfirk pour la Nouvelle-Orléans, peut apprendre par M mofen, vin^t heures h l'avante, qu'une tempête règne dans le (Hiire du Mexique.
Sur les chemins do fer. le télégraphe électrique est d'une milita immense. Les services qu'il rend dans ce cas parliculier sont lieaucoup plus étendus qu'on ne l'imagine. Pour U facilité du service, pour la sécurité de la voie, le lélégraplie électrique est nue annexe devenue aujourd'hui tout k fait iodispousable des voies ferrées. C'est grâce à l'échange coatinuel de signaux expédiés d'une station k )'«Dlrc que d'innombrables trains peuvent, dans une seule jouroé*'. cin'uler sur une même ligne. St donc le télégraplie élct-lriquc ^ reçu des chemins de fer un appui précieux h l'origine, en lui ouvrant une voie sûre, courte el liten vuireillée, eii revanche la télégraphie électriqi payé au centuple, on peut ie dire, les services qu'elle avail reçus d'eux à l'époque de ^es débuts.
Le.<i journaux anglais el américains se plaisent k raconter des fails particuliers qui viennent, par infenalles, prouver d'une manière frappante tous les avantages du lé légraphc électrique dans les rapports privés des citoyens. Rn 1818, un convoi de chemin de fer avait apporté f> ?lorwicli la nouvelle de la chute du pont suspendu de Yarmoulh. Ow'on jig« 'l»-' l'inquiétude et de l'effroi des habi- UdI» : ils avaient presque tous leurs enfants en pension Ji IBOuUiI lis coururent en foule îi la station du chemin
140 DÉCOUVERTESI SCISNTIFIQUES.
(le fer, demandant à grands crîs des nouvelles de leoh enfanls : a Tous les enfanls sont sauvés ! » dit le télégraphe ' électrique. ,
Au mois d'octobre 4846, un déserteur du vaisseau américain la Pemylvonie^ en rade à Norfolk, emporta aa comptable du navire une somme de 3000 francs, et prit, avec le produit de ce vol, le chemin de fer de Baltimore. Le fait reconnu, le comptable se rendit en toute hàteàli station télégraphique de Washington, et fit transmettre à Baltimore le signalement du coupable, avec ordre de Tarréter. Dix minutes après, la police de Baltimore tenait entre ses mains Tordre d'arrestation^ et au bout d'une | demi-heure arrivait à Washington la dépêche suivante: «Le | (( déserteur est arrêté, il est en prison; que faut-il en « faire? »
On a vu plusieurs fois, en Amérique et en Angletene, deux amateurs d'échecs,' placés à cinquante lieues de distance, faire leur partie par le télégraphe aussi facilement que s'ils étaient assis en face l'un de l'autre.
Un mariage fut célébré en 1846^ par l'intermédiaire du télégraphe électrique, entre deux personnes dont l'une habilail Boston et l'autre Baltimore, et qui trouvèrent commode d'arranger, sans se déplacer, cette petite affaire. Mais la validité d'un tel mariage devint, à bon droit, la cause d'un procès.
Pendant la célébration d'une messe de mariage dans une paroisse d'Angleterre, l'une des demoiselles d'honneur de la mariée s'esquiva de l'église, et disparut avec l'un de ses admirateurs. Le télégraphe électrique fut aussit&t mis en réquisition sur toutes les lignes de chemins de fer, pour donner l'ordre d'arrêter les fugitifs, fortement soupçonnés d'aller invoquer l'assistance du forgeron de Gretna-Green. Le télégraphe ne fonctionna que trop bien, car en même temps que les coupables étaient rejoints, quatre couples
TBI.fiSRAPniE ÉLKTHIO'K
tht^-pouK, Irùvlénilimement unis dans ta niiitinÛL', valant ari^lés siird'aulres poiDts de la même ligne. ptvo^enl lours excursions matHmoninles désagréablcjWMïiwpFndiies piirl'inleiTcnlion de l<i police. I le télégraphe éli^ctriqucn été mis quelquerois au service let* méilpctnc. Li- mnladf? et le médetùn ^'taicnl insinlli-s Ihacun à l'ane des slaliona; le malade IraDsmctlail It^s pDplônies de son mai, et le docteur donnait la réplique tir l'envoi de aoQ ordonnance. On lisait ce qui suil, dans Bjonroalnmérimn :
. •Wrr,Kt'an(miili. un monsieur enlra dans 1c cabinet du lélénfbf, à BulTalo, et témmgnu ie Aésir de cunsutter le docteur ICfL-n, résidant i l.ockparl. Prévenu de ce désir, le docteur se BBitil au cabinet électrique de Lorkporl. Le monsieur lui anança t\nn que sa Temiue était gravement maladt', et lui fll iDtiflltre les ïjmptOmes i'araL'(i>n:i<i<|Uf>s de la maladie. Le m^ edn indiqua les remËdes k employer. Tous deui convinrent Bfultc, ai la malade n'allait pas mioui, de se retrouver le lenemolu matin aux extrémiliis de la ligne lélëgra|iliique. Le len-
■Iç monsieur ne panil point. Sans doute, la consuliation |B£ une guéilson subite. »
En RUcore, osons-nous ajouter, la maladi' éltll m dépil de In consultation élerlrique.
Sur quelques-uns de nos chemins de fer, sur celui de Irnsbourg, par exemple, une heure avant l'arrivée à In lalion oii a lieu le temps d'urrél pour le dtner, on de- UDdc le nombre des voyageurs qui désirent y prendre ftri, el h l'arrivée, le tiinltre d'hâtel, prévenu par le iù\éraphe, tient le dîner servi.
Ce qoft l'on fait chez nous pour la masse des voyiigeurs. D le Tait aux l-!tats-Unis pour chaque voyageur eu parlicutr. Sur le chemin de fer de Ncw-Vork à ButTalo, on remet chaque voyageur, en lui délivrant son bulletin, une carte s de consommation »ur laquelle sont indiqués les
142 DfcOmiTBS SGIBimnQrES.
dîQ'erenU mets qu*on peut trouver à la station inlemi'^ diaire où Ton s*arréte pour déjeuner. Le voyageur faft soD choix, désigne dans un bureau particulier les plall qu'il désire à son déjeuner, et reçoit en échange un dbt méro; à son arrivée à la station, il se met à table à la pbee qu'indique son numéro, et trouve servi le déjeuner qall a commandé. Pendant que la vapeur remport.iit, le télégraphe a pris les devants dans l'intérêt de son estoînac.
Le 1" janvier i850. le télégraphe électrique pré\inteB Angleterre une grave catastrophe. Un train vide s'étant choqué à Gravesend, le conducteur fut jeté hors delà nutchino. et celle-ci continua à courir seule et à toute vapeur vers Londres. Avis fut immédiatement donné par le télégraphe à Londres et aux stations intermédiaires; ensoite le directeur s'élança sur la ligne, avec une autre machine, à la poursuite de Téchappée; il l'atteignit et manœuvra de manière à la laisser passer ; puis il se mit en chasse après elle. Le conducteur de la machine réussit enfin i s'emparer de la fugitive et tout danger disparut. Onze stations avaient déjà été traversées, et la locomotive n'était plus qu'à deux milles de Londres quand on l'arrêta. Si l'on n'avait pas été prévenu de l'événement, le dommage causé par la locomotive aurait surpassé la dépense de toute la ligne télégraphique. Ainsi le télégraphe paya ce jour-là le prix de son installation.
Un second fait du môme genre arriva, pendant la même année, sur le chemin de fer de Londres au Nord-Ouest. Pair un de ces jours sombres et brumeux si communs en Angleterre, une locomotive abandonnée par mégarde k ellemême prit tout à coup son essor, et s'élança en pleine vapeur, avec une vitesse effrayante^ vers la gare d'Easton. Tous ceux qui la virent s'échapper sans guide, sur un chemin parcouru par de nombreux convois, s'attendaient à des accidents terribles. Mais le télégraphe électrique eut
TELEGItAnilE
: la Tugilive, el en quelques minutes t'évé-
Uiil tr.insmis <'■ la stiilIoQ àt Camiten. Dn eul K'
mer les aiguilles de manière h diriger la lo-
réc snr une voie latérale, où elle ne renoonlra
[lies wagons de charge qui arrêtèrent sa course
décembre 1854, il se passa sur le chemin de fer il Dax, dans le département des Landes, un (iptsode plus (émouvants. Dans un wagon occupé par plusieurs •pigears « trouvait nne dame des enviroQs de Dar, avec SUe. &g(^e d'environ trois ans. Celle-ci, dansun brusque ■oureineDl, se jetle contre la portière, qui s'ouvre; l'cnlODibe sur la voie. La mère, éperdue, veut se préei- ' après SA fille ; mais les voyageurs la reliennenl, et joiil leurs cris h ceuxde celte inforlunéti pour faire arrêter B Inio. Malheureusement ces cris ne sont pas entendus, el à la gare de Dax, ofi se trouvait le pore de la «lllc fllle, Attendant la venue du convoi. On juge de la «igoanle scène qiii se passa entre cette mère éplorée et m mari.
Hais déjà le télégraphe électrique avait signiilé l'événcenl sar la ligne, et arrêté à Kîom un nouveau convoi qui melUît en roule, Cne locomotive de secours est expédiée, de la gare de Dax, sur le lieu de l'accident. En approchant de t'endroil désig;nê, la locomotive ralentit sa marthe, i*t bienliU les éclaireurs aperçoivent la petite fille radonniv sur la voie, In télé iippuyëe sur un rail. Elle est uirilAt retueillie, et ta locomotive revient k toute vitesse i«on point de départ. L'enfaol, à son arrivée, se jette dans 1rs bras (le sa mère, et après l'avoir couverte de baisers toi dit:
— J'nifaim, maman, donne-moi du ]iaiii1 Les JMirnaux anglais OUI raconta avec beaucoup de dolai suivant, qui produisit Jt Londres une vive s«u-
144 DÉCOUVERTES SCIKHTIFIQUES.
salion, et qui fournit, en effet, une preuve éclatante de Inutilité du télégraphe électrique.
Au mois de janvier i844, un horrible assassinat fut commisàSalthill. L'assassin, nommé John Tawell^s*étant renda précipitamment à Slough, y prit une place pour Londres dans le train du chemin de fer, qui passait, à cette station, à sept heures quarante-deux minutes du soir. La police, averlic du crime, était déjà à sa poursuite. Elle arri?ak' Slough, sur les traces du coupable, presque au momeok où le convoi du chemin de fer devait entrer dans Londres. Mais le télégraphe électrique fonctionnait, et pendant que le meurtrier, confiant ^dans la vitesse extraordinaire da convoi, se croyait en sûreté parfaite, le message suîtidI volait sur les fils du télégraphe :
Un assassinat vient d*ètre commis a Salthill. On a vu
CELUI QU*0N SUPPOSE ÊTRE L'ASSASSIN PRENDRE UN BULET Dl PREMIERE CLASSE POUR LONDRES, PAR LE TRAIN QUI A OOITli SlX)UGIl A SEPT HEURES QUARANTE-DEUX MINUTES DU SOIR. Il EST VÊTU EN QUAKER AVEC UNE REDINGOTE BRUNE QUI LUI DESCE5P PRESQUE SUR LES TALONS. Il EST DANS LE DERNIER COMPARTI- MENT DE LA SECONDE VOITURE DE PREMllÈRE CLASSE.
Arrivé à Londres, John Tawell se hâta de monter dans Tua des omnibus du chemin de ter. Blotti dans un coin de lu voilure, il se croyait dès ce moment à Tabri de toutes les atteintes de la justice. Cependant le conducteur de Toinnibus qui n*était autre chose qu'un agent de police déguisé, ne le perdait pas de vue, sûr de tenir son homme, comme un rat dans une souricière. Par\'enu dans le qu«irlier de la Banque, John Tawell descendit de Tomnibus^ se dirigea vers la statue du duc de Wellington et traversa le pont de Londres; il entra ensuite au café du Léopard, dansleBorough, et se retira enfin dans une maison garnie du voisinage. L'agent de police qui, attaché à ses pas, Tavait
TXlittRAPHIE ELECTRIQUE. I4S
suivi dans toutes ses évoIutioDs, entra après lui, et tenant la porte entr'ouverte, lui demanda d'un ton calme :
— N'êtes- vous pas arrivé ce soir de Slough?
A celte question si effrayante pour le coupable, John Tiwell se troubla et balbutia un non qui était l'aveu de iOQ crime. Arrêté aussitôt, il fut mis en jugement, condamné comme assassin et pendu.
« A quelques mois de là^ dit le journal the Family Ubrary, nous faisions le trajet de Londres à Slough, par le chemin de fer, dans une voiture remplie de personnes étrangères les unes aux antres. Tout le monde gardait le silence, comme c'est assez généralement l'usage des voyageurs anglais. Nous avions déjà parconru près de quinze milles sans qu'un seul mot eût été prononcé, lorsqu'un petit monsieur, à la taille épaisse, au cou court, à Tair d'ailleurs trcs-rcspcctable, qui était assis à Tun des coins de la roiturc, fixant les yeux sur les poteaux et les fils du télégraphe électrique, qui semblait voler dans un sens opposé au notre, murmura tout haut, en accompagnant son observation d'un mouvement de tête significatif :
u roiVà les cordes qui ont pendu John Tawell ! »
LA GALVANOPLASTIE
ET