‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 27 sur 59 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

la la poudre i canon au qunloriième siècle. — Ses premiers P-- Invention des bouche» d tea. — Le» canons «mpto;jg pour è Florence en \m. — Leur nsai^ répandu chez les

a nalluni île l'Europe. — lierihold Schwariï perleelionne la (•Don de* boucbe» à feu. — Oerriiers progr^j de l'aclillerk.

Uvas arrivons à l'époque où les compositions incen- Ùres des Arabes subissent la transformation qui doit oduire la poudre à canon des temps modernes. Ce n'est l'u qualorziioie siècle que fut observée d'une manière Mttive U force de projection des poudres salpéirëes. Les nbesnvaieni appris des Cbinois à mélanger le salpûire celerharbon et le soufre. Cependant celle espèce de wdreue pouvait produire encore tous les effets de i'explo- Ki; elle fusait, mais ne déloiiaît pas. Aussi ne l'cm- Ajsit-on que pour rendre plus vive la combustion des léiangcs incendiaires, ou tout su plus pour servir d'alOrce. Le salpêtre préparé par les Arabes était en clfel net impur; il renfermait plusieurs autres sels, et parlicc hvmcnt du sel marin. Or, la présence de ces sels éli'!<n- (Ts non combustibles avait pour résultat de retarder l'iii- Dumatioa du mélange; dés lors il ne pouvait que fuser, M-è-dire que sa combustion, au lieu de se faire brusqueimiel sur toute la masse h la fois, no se propageait que "ilemeot et de place en place. L'expansion des gai proveiDt de cette combustion n'avait pas assez de puissiince DUf chasser un projectile. Cependant, au quatorzième Me, le progrès des arls chimiques cbeï les .\rabcs permit ï mieux puritler le salpêtre, et de le débarrasser des ma-

:\'M T>f.r.OUVEBTRS SCÎENTIFTOÏIKS.

tiùros étrangères non combustibles; ce sel put dès ce moment provoquer tous les phénomènes de l'explosion, e( Ton put l'appliquer à lancer au loin des projectiles.

Une grande incertitude avait régné jusqu'ici sur l'époque 011 Ton vit se réaliser la découverte des propriétés explosives de la poudre, et sur la contrée qui, la première, fut le théfttre de celte observation capitale qui devait peser d'un si grand poids dans les destinées du monde. D'après des documents nouveaux mis en lumière par MM. Reinaad et Favé, c'est aux Arabes qu'appartiendrait cette décoaverte. Ces savants auteurs ont trouvé dans un manuscrit arabe de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg, qui remonte au quatorzième siècle, la description de certaines armes à feu extrêmement imparfaites, et qui, en raison de cette imperfection môme, semblent marquer les débots de la découverte et de l'application de la force de proiec* tion de la poudre.

Voici un passage de ce manuscrit dans lequel il s'agit évidemment d'une manière de lancer un projectile an' moyen de la poudre à canon :

« Description de la drogue à introduire dans le madfaa wfCU proportion, — Baroud, dix; charbon « deux drachmes; fooflie» une drachme et demie. Tu le réduiras en poudre ÛneettnTMiplirasun tiers du madfaa; tu n'en mettras pas davantage, de pev tiu*il ne crève; pour cela, tu feras faire, par le tourneur, an madfaa de bois, qui sera pour la grandeur en rapport avectt bouche ; tu y pousseras la drogue avec force, tu y a jouterai, soit le boridoc, soit la flèche, et tu mettras le feu à l'amorce. La mesure du madfaa sera en rap|>ort avec le trou ; s'il e»toit plus profond que l*embouchure n*eht large, ce seroitun défauL Gareavx tireurs l fais bien attention. »

Dans ce passage, l'instrument qui reçoit la poudre est appelé madfaa; c'est le nom qui sert quelquefois, chexto Arabes, h désigner le fusil. La poudre est composée àf

^^^^RSpélre, de deux parties de charbon, et Plp^^mie de soufre. On ne remplit de poudre ^dumadrua, de peur qu'il ne crève. Par-dessus e on mctlnit un bondoe, c'est-à-dîre une javeline, knc flèche. Les figures qui sont jointes su texte rebl. selon MM, Heinaud et Favé, un cylindre assez H6 Eor un long manche qui Tait suite k son axe. ruinent ressemble beaucoup aux massues incenpnnues sous le nom de mosnuef n ofperger. vn aulre passage du nianuscril de Saint-Pi^tersp! contient la description d'une arme à feu anap prOcédcnle :

fiption d'une lance de laquellÉ, quand tu le lroi<t'«rai' en •MMii tu pourrai faire torlir une flèrhe qui ira se platip poitrine. — Tu prendras une lanct.' que tu creuseras In^eur, h une i^lcnduG de quatre duigis à peu près ; tu We lance avec une Torie tarière, et lu y ménugeras un lu dUposeras aussi un pou^e ficctie en rapport avec la

■ l'ouverture; le madTaa sera île Ter. Ensuite lu perceras t de la tance un petit trou ; tu perceras également un ilemadraa:puislii prendras un 01 de soie bruleque lu

■ au trou du madraa ; tu te Teras entrer par le trou qui iCâtëde la lance. Tu te procureras, pour cette lance, une pcée i son sommet de manière que, lorsque lu tireras, ipouBse torlemenl la flèclie, par la Torcc de l'impulsion ns communiquée ; le madraa marcht-ra avec le fil, mais bdra le madfaa de manière h l'tmpôcher de snrtir do la le la Uèthe. Quand lu monteras k cheval, ainsi arra^, iii B de.te munir d'un troussequin: c'est afinque la flèche pas de la lance. ■

^1 ici, selon MM. Reinaud et Favf, d'une lance ( de telle manière que lorsqu'on était en Tace de lemi, il en sortait un trait qui allait lui percer le tur cela on logeait dans la lance un madfna de [ recevait la poudre. Une IltVtie, dont la grosseur uortionnée jt l'onverture. était inlrodnile dans le

s s 4 PÉGOnVBRTBS SCIBlfTIFIOOlEiB.

creux de la lance, pour en sortir au inoment £ Les instruments dont la description est r dans ces deux passages du manuscrit arabe repi donc des armes à feu imparfaites, et paraissent f transition entre les instruments purement inc< employés chez les Grecs et les Arabes d'Afrique zième siècle, et les armes à feu proprement dit lesquelles on met à profit la force expansive de h pour lancer au loin des projectiles meurtriers, mières armes à feu étaient destinées à agir de trè presque par surprise, car cette espèce de lance m projeter qu'à une très-faible distance, en raison pureté de la poudre, l'aveline, la flèche ou projeci conque qu'elle contenait.

L'opinion de MM. Reinaud et Favé, qui attrib Arabes la découverte de la propriété explosive des salpôtrées, s'appuie donc sur des faits très-acc< Ce qui peut d'ailleurs la confirmer, selon nous, c' avancé des arts chimiques chez celte nation. Pc moyen ftge, l'Espagne, occupée et régie par les était devenue le foyer le plus brillant des lettre arts ; les sciences chimiques s'y trouvaient pari ment cultivées. La découverte des propriétés es de la poudre n'est que la conséquence de la pui du salpêtre par les procédés chimiques ; il est d< blable que c'est aux Arabes que doit revenir l'hoi cette importante observation.

La poudre préparée au quatorzième siècle éts mement imparfaite. On l'obtenait sous forme de [ état qui lui enlève une. grande partie de sa fc outre, le salpêtre qui servait à sa fabrication i impur. Celte poudre, qui ne donnait lieu qu'à un sion assez lente, n aurait donc pu imprimer aux ] les une vitesse assez grande pour percer les cuii

FOUDRES DB GlfERHFI, 31S

armures métalliques en usage ù celle époque. Aussi, lunuit le quatorzîëiDc siècle, les projecliks lanc^'s pat- les Hiacbe» k feu ne furent-ils que très-rarement dirigés tanlre les hoaiines. La poutlce servait surtout à lancer de {rosses pierres qui, par leur chute, écrasaient les édifices Hruioaieut les défenses extérieures des places. Tel fut le imier emploi des bouches à feu, qui prirent le nom de lembardet ou basions à feu.

ùs les bombardes ne furent pas destinées seulement à Uocer de lourds projectiles contre les travaux de défense fies villes assiégées ; elles servirent encore à jeler à l'en- Demi le feu grégeois et les compositions incendiaires. On nous ^rmettra d'insister sur ce point particulier, car Dous y trouverons l'occasion d'établir que l'usage et le ucroi du feu grégeois n'ont aucunement été perdus, 'Coouue on l'entend dire tous les joui-s.

La découverte de la poudre à canon ne fit pas coœplé- Umntt abandonner l'emploi des mélanges incendiaires; M les conserva coijime un moyeu d'attaque utile en plus d'une circonstance. Les Européens eux-mf>mes finirent par en emprtmler l'usage aux Arabes, et tous ces phénomènes de combustion, qui avaient paru si effrayants aux (iccidontaux. du huitième au treizième siècle, devinrent ptw tard d'un usage familier en Europe.

Il est souvent question du feu grégeois dans leschroniquts de Froissart. En raconUnt le siège du chAleau de Hiirnorantin par le prince de Galles, cet bistorien dit en parUul des Anglais :

■ S ordonnèrent à apporter canons avant et a traire carreaux (I feu grégeois dedans la basse-cour; car si cil feu s'j vouloil prendre, Il pourroit bien tant multiplier qu'il se bouteroit en luit

it» cdttvertui'es îles louis du cliltel Aitonc fut le feu apporté

■*lnl et Iraict par bombanlcs et par cations en la basse cour, m l'prH cl multiplia tellemeni que toutes nnllren'.

:i3r, . DÉCOrVKRTKS SClRIfTIFIOrK.^.

Le nom du feu grégeois se trouve chez presque tous les auteurs de pyrotechnie du seizième siècle» et on lit dan^ les ouvrages de celte époque la description détaillée des divers instruments à feu en usage en Europe vers le quinzième et le seizième siècle. Voici, par exemple, suivant un de ces écrivains, Biringuccio, la manière de préparer les lances à feu :

« Moyen de faire lances à feu pour geUer où il vous pUsirm duchés à la pointe des lances. — Pour la défense d'une fortereue, ou pour dresser une escarmouche de nuit, ou pour assaillir ui camp, c'est chose utile d*attacher,à la pointe des lances desgeni de cheval et sur la cime des piques des gens de pié, certains cinons de papier posez dans autres de bois longs de deroî-braiie. Lesquels vous remplirez de grosse poudi'e avec laquelle vousmcilercz pièce de feu gregeoix, de soufre, grains de sel commuo, lames de fer, voire brisé, et arsenic cristallin. Et le tout poussera dedans à force, et aprez avoir mis quelque chose au-devant, tournerez Tissue du feu contre voz ennemis. Lesquels resteront effrayés au possible, appercevant une langue de feu ezcédanlen longueur deux brasses, faisant un bruit épouvantable. Et peut ceste façon de tangue grandement servira ceux qui veuillent faire profession des armes sur la mer (i).

Gomme le remarquent MM. Reinaud et Favé, on voit que c'est bien là Tart des anciens Arabes : l'efTet des instruments est le môme, leur disposition toute semblable; seulement, Tiniagination n'ajoutant plus à la crainte que ces armes inspiraient, leur usage se borne à des circx)n$tances rares et exceptionnelles.

Les écrivains de cette époque signalent quelques actions de guerre dans lesquelles on eut recours à ces moyens. Daniel Davelourt dans sa ^rte/be Instruction sur le faict de t artillerie en France^ imprimé en 1697, parle ainsi de Tusa^c que Ton fit du feu grégeois au siège de Pise :

(1) Vanoccio Birlngneclo, la Pyrotechnie, traduit de rualien par Japqups Viiin'nt. Pari». IM?, folio 104.

l'IiriiBKS DE GI'KliaE. 1:17

Tauti- lUoite seicboel qui brusle TaiileDient, mutlipliaiil le

eu par qtielijiie propre cl intérieure nalure, se peut mellre !i

nmpoiiilioD du Feu : comme «oDt, îoulptire, salpêtre, poudre il

mon, huile de lin. Je pplrole, de térébenthine , poii, résine,

impbre, chaui vive, sel ammoniac, viF-argent el autres telles

iiliervs dont on a. accoustumé île Taire trompes, pots, cercles,

Ulguea, piques, lances à feu, et autres feux artidcleU propres à

neffoidir l'ardeur do ccui qui vont les plus bariils asisaillir une

ïreKbe.

• Comme l'on cognent au siège de Pise où les Florentins, soubs

conduite de Paul Vitelli, avant rail la bresche raisonnable, et

I PisanB se réparant par dedans avec fossés et terrasses, encore

^ontûrenl-ils les feuï gn-geoii elartiliciels. avec lesquels il^ em-

tdl^entque les Florenlinsne purent exécuter luur dessein. Les

ildats de Vérone, attendant l'assaut des François, dreiiserent

Kkde fen artificiels et autres fricassi^es, que leur donnoient aux ncs et pur derrière les remparts. »

Zsnlfiict affirme dans ses chroniques que le feu i;ré- |«mtéUît usité en Hnllnndeen 1420. Il fui encore employé 1454 au siège de Conslanlinople par Mahomet II : les ■uiégés et assié|;;eant8 en faisaient usage chacun de leur cAté. L'historien Pbrantzès, cité pnr M. Lalanne, rappnrli: qu'un Altemand nommé Jean, très-habile h manier le feu (T^geois, et qui dirigeait la défense de la ville, se servait de t* feu pour faire sauter des mines. Ainsi, jusqu'à l'aune 1453, les compositions incendiaires étaient encore Ksployées concurremment avec l'artillerie, et l'on avnil troaréle moyen d'en tirer un parti nouveau en l'appliquant *l'arl des mines. On peut donc élnhlir, en s'appupnl sur <'o données historiques, que le secret du feu grégeois n'a

■uia été perdu.

^r résumer ce qui précède, les bouches à feu furent appliquée!* dans l'oriijine k lancer des pierres conln- les (wiiMrts extérieurs des cités, et à jeter le feu grégeois. ^pétulant, à mesure que la proparalion de la poudre ii nnnn *r perfretinnna. et que les projectiles purent rere-

S3 8 DÉCOUVERTES SCIERTIFIQUIS.

voir une vitesse assez grande pour percer les armures métalliques, ce dernier usage se perdit, et le nom roème do feu grégeois finit par s'oublier. C'est alors seulement que les bouches à feu commencèrent à jouer un rdle important dans les armées. Suivons rapidement leurs progrès dabs les diverses contrées de l'Europe.

Presque tous les peuples ont revendiqué k leur toor le contestable honneur d'avoir les premiers fait usage da canon. Ce point, très-longtemps débattu, est maiotenaïkt (?c1airci d'une manière satisfaisante.

D'après Thistoricn espagnol Gonde, les Arabes auraient les premiers employé le canon en Europe. Assiégés, en 1259, à Nicbia, en Espagne, par les populations dont ils avaient envahi le territoire, ils se défendirent en lançant des pierres et des dards « avec des machines et des traits de tonnerre avec feu. » Le même historien rapporte aussi un exemple de l'usage du canon en Espagne en 1«^, lorsque le roi de Grenade, ayant mis le siège devant Baza, se servit contre la ville « de machines et engins qui lançaient des globes de feu avec grand tonnerre. »

Cependant, comme il n'existe aucun ouvrage technique qui puisse venir en aide à ces textes trop peu explicites, il est difficile de savoir si les machines à feu dont parle Thistorien espagnol étaient véritablement des canons, ou si ce n'étaient pas simplement ces batistes, ces mangonneaux ou ces machines à fronde, depuis si longtemps employés chez les Arabes pour lancer des matières combustibles et des carcasses incendiaires, qui, jetées derrière les remparU des villes, s'enflammaient au milieu de l'air avec une violente explosion (i). Les termes dont se sert l'auteur n<

(1) Ces machines à fronde, qui furent employées pendant tout 1 moyen âge dans la guerre de sièges, avaient une force de prctiectio considér8t)Ie, l^es assiégeants lançaient aussi dans les viUet des pienc

permeltenl pâs de prononc(?r. Espérons que quelques do-

EDinenls encore enTouis dans les archivt-s espafînoles vicnronl un jour Jeter la lumière sur celle question, l'une di's Ïlus curieuses et des plus controversées de l'histoire df anitlerie.

En l'absence de textes plus positifs, la priorité de l'emploi du i-anon ne saurait être contestée à l'Italie. Dans son Butoire de» Kienct$ malhémaliquea en /(o/i>, M. Lîbri rapporte une pièce authentique de la république de Fioicnie, Mée du 11 févi'ier \3i5, qui conslale que li-s prieurs, le gmfalotiier et les douse bons hommes ont la faculté de noiii- 'Berdeux ofUciers châtiés de faire fabriquer des boulets 4e fer et des canons de métal pour la défense des cliâleniix tl des villages appartenant à la république de Florence. 'Celle pièce suffit évidemment pour établir l'existence des boocbesii feu en Italie dus l'année I3S5.

A partir de l'année 1336. les historiens italiens mention- Doit assez souvent l'emploi des armes !i feu. Nous nous bornerons à citer l'attaque'deCtvidale en 1331 (I).

L'nsage de la poudre li canon s'est introduit de IrèsbODDe beure en France. L'histoire a constaté son emploi BD 1339, au siège de Puy-Guillem, et pendant la ménn.' , lunée au siège de (lamhrai par Edouard UI. Elle a égalecnealétitbli la fabrication de canons à Cabors en 1343. ainsi que l'usage, it h même époque, des boulets et des balles . de plomb.

Lct .anglais n'ont adopté qu'après nous la poudre à ca- ] non (I) ; ils ont cependant sur tous les peuples de l'Europe

turuM qui, taiiitianl tous un angle élevé, Acrasaient tes maisons et l'S MlBcM. On IkDi:* mime par cf moyen lei prisonniers follg A l'euneinl.

m Lantbcne, Bibliolhéqut de l'icoU det chariei, 2* térle. t. l.p.sa.

(11 Cm DU écrlraln iDglal* qui a le premlet propagé l'uplnlun, «I ré- Ntubie cl *l iDMacte. d'après Uqueiio Itoyer Bacon eel rettirdéDomuie llmnktaor de la poudre. Plot, dan» son ouvrage, Tlie noturnl hulori/, if (bfirit, Bttrltjup A Win rnmpnifiolf l'Iinnnrur it* rctle dérouveMi-

TAvaDUge d V'oir les premiers employé rartillerie en rase campagne. On sait l'usage funeste qu'ils en firent conlre nous à la journée de Crécy, le 26 août 1346. Selon la Chronique de Saint-Denis, le roi Philippe de France venant à IVncontro des Anglais, ceux-ci « tirèrent trois canons, A d\>ù il arriva que les arbalétriers génois qui étaient en A première ligne, tournèrent le dos et cessèrent leeombaLi L*historten Villani ajoute que les Anglais lançaient de l>elites balles de fer pour effrayer les chevaux : « Le roi c. d'Angleterre ordonna k ses archers, dont il n'avait pas (i grand nombre, de faire en sorte avec les bombardes de *. jeler des boules de fer avec du feu pour effrayer et dî^ u perser les rhe\*aux des François... Les bombardes mer. noient si grande rumeur et tremblement, qu'il sembloit Xi que Dieu tonnât, avec grande tuerie de gens et décon- V. flture de che^-aux. »» Selon Villatii, le désordre des Français arrÎMi surloul par suite de l'embarras des corps morts laissés i^r les Génois; toute la campagne était jonchée de chevaux et de gens renversés, tués ou blessés par lesbomtianles et les flèches.

Le revers éprouvé par les troupes françaises à la journée de Crêi*y ftit attribué à l'emploi des bouches à feu, et ce fait, qui produisit une grande sensation, eut pour résultat de faire adopter Tartillerie par toutes les nations militaires de l'Europe. Jusque-là, le canon n'avait encore agi qoe contre les édilices et les murailles des villes ; son emploi rontre les hommes avait rencontré, dans l'Occident, les plus vives répugnances. Pour les guerriers du moyen âge» r'était une félonie que d'employer à la guerre ces armes

d'après ce (kit. que personne n'aurait parlé de la poudre avant Roger Haron. Or, tout ce que dit en plusieurs endroits de son livre, au svjsl des effets explosifs de la poudre, l'auteur de VOpus majus, est évidein' nient emprunté et pn^sque copié de l'ouvrage de Marcus. On volt sur quels fondements repose une opinion qui a pourtant Joui de tant de crédit depuU trol« «iMes.

RporntiRs ITE littEniiK. s'.i

li pprniettaîenl nu premier (ilaiii il(> Ukt im »lier, qui doDnaient au limide el au IHclie le loyen d'allnquer à couveit cl k aislaoce le plus intrépiilc )0ibaUant. Au douzième siËcle, le second concile de hnta, dont les décisions faisaient lot pour loule la chrélenlé, avail défendu l'usage des machines de guerre dirifts conire les bommes, comme u Irop mcurlrièrcs el lépliiisaiit k Dieu. » Chrislioe de Pisan, qui a composé sous ihirles V[ un traité de l'art de la guerre, parle d'un feu irtfeuiK el des compositions analogues usitées de son mps comme d'un moyen déloyal el indigne d'un chré- Jen. Enfln, on peut rappeler & ce sujet le serment exigé, IQ moyen flge, des arlilleurs allemands, qui devaient Jurer > de DP point tirer le canon de nuit ; de ne point cacher de

"tnii clandestins , et surtout de ne construire aucun»

'globes empoisonnés ni autres sortes d'inventions, cl de ■ ne s'en servir jamais pour la ruine et la destruction des < hommes, e^limanl ces actions injustes autant qu'indignes • d'un homme de cœur et d'tm véritable soldat (I).

L«s Anglais, qui à toutes les époques ont marché hardiment et sans scrupule vers tout ce qui peut contribuer à Krrir leurs desseins, furent les premiers h fouler aux pieds l'opinion de leur temps. L'exemple une t'ois donné, les 'ulres nations n'hésit6renl plus à entrer dans celte voie, et w tardèrent pas à élever leurs ressources militaires ii l,i 'itaieur de celle» de leurs voisins. .\iissî voit-on, après In 'Waille de Crécy, l'usage des armes à l'eu se généraliseï' en frtnce et se répandre bientôt dans toute l'Kutope. A dater '«cette époque, Proissarl ne manque plus de faire l'énuliératjon des pièces d'artillerie qui marchent k la .suite des innées. C'est ainsi qu'il mentionne l'usage des armes U feu Iftvtnt (allais eu 1347. h l'attaque de Komurantin : eni:i.'^i

',!)Sleinmn«ti/. ri'

s 41 biUWVElTBS SCIKRTIFIQITBS.

et eo 1358, k la défense de Saint-Valéry; en 1359, conln les marailles de Mods et le château de la Roche-sur-YoD. Enfin, de 1373 à 1378, qu trouTe l'emploi da canon âii contre un grand nombre de villes et de châteaux. L'ospril d'indépendance des communes se développant de plnseo plus dans les provinces françaises, les villages et les boai|i ne manquèrent pas de s'emparer à leur tour de ce paissaol moyen de défense contre les envahissements et les alUques de la féodalité. Chaque ville libre voulut avoir i si solde son maître d'artillerie et ses artillers. Dès l'année 1348, Brives-la-Gaiilarde était défendue par cinq canons^ et dtos les années 1349 et 1352 la ville d'Agen en avait pbré à ses principales portes et dans ses quartiers les plus exposés (i).

Aussi les bouches à feu, qui à la bataille de Grécj i^ comptaient par unîtes, augmentent bientôt en nombre d'une manière prodigieuse. A l'assaut de Saint-Malo, en 1376, les Anglais avaient « bien quatre cents canoos (( postés autour de la place (2), » ce qui ne les em pécha ptf d'être repoussés par Clisson et du Guesclin. Sous Gba^ les VI, en 1411, on compte à l'armée du duc d'Orléans quatre mille que canons que coulevrines (3). Enfin l'armée des Suisses qui remporta en 1476, sur Charles le Téméraire, la sanglante victoire de Morat, avait dans ses rangs, selon le récit de Philippe de domines, dix mille coulevrines (4); seulement il est bien entendu qu'ici les armes à feu ont été réduites à de petites dimensions, et sont devenues des armes à main comme nos fusils.

Vers l'année 1380, la marine adoptant l'usage derarlil-

(1) Lacabane. Bibliothèque de l'école des chartes, 2« série, t 1. p. ^^'

(2) Froissart, Histoire et chronique. Lyon, 1559, vol. I, p. 439cl4W et vol. 11, p. 37.

(3) Ju vénal des Ureins, Histoire de Charles VI, p. 213.

(4) Mémoires, llv. V,cap. m.

POUDItES US atERHF.. UI

lïric les liât ires Ae guerre et de commerce commencèrenl i disposer des canoos k leur bord.

Ou Toil, d'nprès l'enseaible des fails qui viennenl d'élre nppDrlés, ce qu'il fiiut penser de l'opinion des hislorieas qui wt nié l'emploi de la poudre dans les nrmt^es d'Europe M quatorziùiDe siècle. Celle opinion a prévalu assez longtemps, appuyée sar des inlerprt- talions vicieuses de quelifms textes historiques. On sail, pour ne citer qu'un œiDple, que l'eidslence de l'artillerie en France, en 1339, • été prouvée par le Tanieus exilait, cité par du Cauge, du ngistre de la chambre des comptes qui porle : Payé d iBtnri dt Fumeckon, pour achat de poudres et aulret objets *9ktuaires aux canon» employés devant Puy-Guillem... ii Oi, l'bislorieD Tcmnler veut que dans ce document on lise ^Irt au lieu de poudre. D'un autre côté, le père Lobincau, duu sou Histoire de Bretagne, Tait des efforts d'esprit inimaginables puur prouver que les canons dont il e&t quesiba dans la romance faite en 1382 en Dionnenr de du Guetclin n'étaient que de» expècei de clarinelles. N'en dé- (tlaiw à ces érudits chroniqueurs, le sénéchal du Toulouse. Pierre de la Palu, qui assiégeait Puy-tiuilleni en )339, branit autre chose que des poutres, et le vaillant du Guesi-lin n'droulait pas des clarinettes.

Pendant que la France multipliait ses bouches à feu, l'Allemagne apportait un perfectionnement capital il leur Fibricalion. Jusque-là, les ranûns avalent été fabriqués au moyen de pièces de fer reliées entre elles par des liens circulaires, comme le sont les douves de nos tonneaux; Kl arts métallurgiques ayant fait de grands progrès en Allemagne, on trouva dans ce pays l'art d'obtenir desbou- (^ à feu par la fusion d'uD alliage métallique d'une dureté contidérable et qui permettait à lu pièce de résister aisé- 'ntnt II l'ncliou du tir.

S'il Faut s'en rapparier aux textes cités par le colonel

%\\ nér.OTTVKRTRS «^IBNTIFIOIIKS.

Torlel (i), railleur de ce perfectionnemenl remarquable (le Tartillerie ne serait antre que Bertbold Scirwariz, le même auquel une tradition vulgaire attribue la découverte des effets explosifs de la poudre. En admettant cette identité, qui parait difficilement contestable en présence des textes récemment découverts et commentés avec beaucoup de bonheur par M. Lacabane (2), Berthold Schvrarti reprendrait dans l'histoire de nos découvertes la place qall avait perdue, et les événements de sa vie, longtemps eoo* testés, pourraient être acceptés par la critique.

Berthold Schwarlz était un cordelier de Fribourg. Les écrivains allemands sont loin de s'accorder sur la date dé son invention qu'ils placent en 1320, 1330, 1350, 1378 et 1380. Il est cependant bien établi qu'en 1378 il se renditi Venise, et y fit connaître le nouveau perfectionnement qu'il avait apporté à la fabrication des bouches à feu. Les Vénitiens firent usage de ses canons au siège de Chiozza, en 1380. Cependant les magistrats de Venise, fidèles aox vieilles habitudes des républiques italiennes, récompensèrent mal ses services. Le siège terminé, pour se dispenser (le payer à Berthold Schwarz la récompense promise, on le fit jeter en prison, et du fond de son cachot il revendiqua inutilement Thonneur et le prix de ses travaux. Une croyance populaire menace tous les auteurs d'invention^ tiinestes à l'humanité du destin de périr eux-mêmes victimes de leurs pernicieuses découvertes : Berthold Schwarlx aurait fourni une frappante confirmation de cette pensée, s'il est vrai, comme l'ont écrit les Fribourgeois, que l'empereur Venceslas, pour punir cet homme de sa terrible in vention, l'ait fait attacher à un baril de poudre auquel ci mit le feu.

L*aitillerie^ ainsi perfectionnée en Italie et en Alterna

(I) Spectateur militaire, 15 septembre 1841, p. 633. (î) /.oc. ri7..p. 4«.

IHC^BlbieuLilt en France de nouveaux prugrès rinns le dé~ lail desqueU il serait hors de propos de nous engager; c'est à celle cirfonsl;ince que l'aiinée de Charles Vlll dul *o triomphes si rapides dans la campagne deNaples. Ëiila le rôle de l 'arlillerie el de la poudre à canon ayant pris low tes jours plus d'importance dans les armées, Fran- V^ l" établit dans le royannie nn grand nombre de Ton- 4cries, de poudreries el d'arsenaux. C'est sous le règne de u prince que fut rendue l'ordonnance qui institue el

Piur la premitire fois l'administration des poudres

CHAPlTKt: IV.

hrboUunnemeDti ipimnés dans les tejiipa mudernea t la ooinpvaltwii tilifiuuilrH à cinoD. — Enuia pjrolvclmlquu deDupië el de CtiC' niUer. — Poudre au ehlorale de polaue expérimentée par &erlboll«l «HM.

NoQS ne suivrons p»s plus loin celle hisloire rapide den mpinis de la poudre h canon. Li revue des perfectionne- 'Benlfl successifs qui ont amené l'artillerie européenne an de^ <!minent où nous In voyons de nos jours, apparlienl ipéciirieiiienl ii l'Iiisloiie militaire ; ici nous devons nous en trnlr à envisager, sous le rapport scienlifîque, les modifintioRs Apportées à la composition des poudres de guerre. A ce point de vue, notre tâche est ii peu près terminée ; depoia deux siècles, en elTet, la rabriculiun et l'emploi de t'«geol qui nous occupe n'ont fait que des progrès prestue insensibles, et pourarriver jusqu'à notre époque. nou> n'avons ii signaler que quelques essais curieux mais restée m» application.

S«% l>EOKTBBTIS SCIKKTinOUES.

C'«s»l dans cette catégorie qu'il faut ranger les essais eoirepris S0O5 Louis XV par Dupré, pour retrouver le feu ^nmob: ceux que fit à la fin du dernier siècle le célébra diimbte Berthollel, dans le but de modifier la composicioa de la poudre ; enfin les expériences pyrotechniques de Chevallier exérotées sous l'empire.

Daprê« né aux environs de Grenoble, était orfèvre iPk-. ri<. En essayant de Sibriqoer de faux diaman^ il déooii7it« dît on, par hasard une liqueur inflammable d'une l^ limité pnMlîaicQse. Chalvet, qui rapporte ce fait dans n RtHî^Mi^eém Dampàmê^ assure que cette liqueur cooniciait tout ce quVIle touchait, qu'elle brûlait dans l'eaa, el rep^\'^Iaisait, en un mot, tous les effets anciennement it- ;nSuês au feu çrégeois. Dupré fit instruire Louis XYdesa t^.êvvoTerte, et, sur Tordre du roi, il exécuta quelques expériences à Versailles, sur le canal, et dans la cour de TArmuaI à Paris. C était en 1735; on était engagé contre les AndJiîs dans celte guerre désastreuse qui de\-ait amener la rt::iie de notre puissance navale. Dupré fut envoyé dans ci^ers ports de mer pour essayer contre les vaisseaux Tac- ;:v 3 de sa liqueur incendiaire. Les effets que l'on produisit furent M terribles que les marins eux-mêmes en furent cp.*uTanlês. Cependant Louis XV, cédant à un noble seotimeut d'humanité, cnit devoir renoncer, malgré les pressantes nécessités de la guerre, aux avantages que lui promettait celte invention. Il défendit à Dupré de publier sa det'ouverte. et, pour assurer son silence, il lui accorda une pt'nston considérable et la décoration de Saint-Michel. Du- |.ré est mort s;ms avoir trahi son secret; mais Ghalvel avance une atrocité inutile lorsqu'il prétend que ropinion commune accusa Louis XV d'avoir précipité sa morL

Selon M. lloste, un artificier nommé Torré aurait retiouvé, sous le ministère du duc d'Aiguillon, un secret .miloctte i relui de Pupré.

ifc.Lfl secrol ila tta grégeois, dit M. Cosie, a 6lé retrouve en raoce, sous le minislËre du duc d'Aiguillon, par un mellcur en nirequi ne le chervhail certalncmctit pas et qui travaillait au iK«Te à des pierres de composition. Mon lémni}^nage à cet égard Û irrécusable, car c'est moi qui al rédigé le Mimotre au conseil, Ifrbquel cet honnête artiMe faisait hommage au roi de sa fu- We découverte, lui demandait ses ordres, et olfrait d'enfernier itti on canon de boi«, qu'un Beul homme pourrai! porter, sept IJpiU Qéches remplies de SB composition, lesquelles s'cnflamme- ■nieiit, Relaieraient let mettraient le Teu en tombant. Cet Mnirrîl et le canon de bois, qui devaient porter le fi-u grégeois ■ buileeiilaloises étaient de l'invention de rai'tiBcierTorré(T). »

Toulcfois celle idée n'a jamais eu de suite.

Il en a été autrenienl de l'invention du mécanicien Chc- 'nllicr, sur laquelle la fin tragique de son auteur appela ^dque temps rallention du public. Chcvullier, ingénieur el mécanicien à Paris, avait réussi à préparer des l'usées Jaceudiairea qui biûlaieul dans l'eau, et dont l'effet était, ^-on, aussi sur que terrible. Les expériences, faites le 3t> ■sremhre 1 "îtl? à Meiidon et ii Vincenne», en présence d'of- Bciers généraux de la marine, et reprises ù Brest, le 20 mars »i?ant,a)oalrèrenlqueceârusées,quiavaient quelques rapportiiaveeiiosfuséesàlaCongrève, reproduisaientune partie dtielTets que r.on ruppurlc communément au feu ^'régeois.

Chevallier s'occupait ii perfectionner ses compositions ÙEudiaires, lorsqu'il périt viclime d'une falale méprise. Depuis le commencement de la révolution, il s'était fuit muirquer par l'exaltation de ses idées républicaines ; en l?8&, il avait déjà été arrêté comme agent d'un complol jicebin et mis en liberté à la suite de ramuistlc de l'an iv. ïo 1800, dénoncé à la police ombrageuse de l'époque e «'occupaid, dans tin bul suspect, de fusées incenl (te préparations d'artifices, il fut euiprisouné

»•»■ rfe /.l'/taif/Ki dcvouvtrîts Hunixllci, lïUll-

3«^ DECULVLMThS SCllLNTliri(ilEiJ. *

SOUS la prévenlioQ d'avoir voulu attenter aux joui*:» du premier consul. Cette affaire ne trouvait avoir aucune suite sérieuse, et Chevallier s*apprétait à sortir de prison, lorsque, par une coïncidence déplorable, arriva rexplosion de la machine infernale. Chevallier n'avait eu évidemment aucune relation avec les auteurs de ce terrible compioC; cependant il fut traduit quelques jours après devant m conseil de guerre, condamné à mort, et fusillé le même jour à Vincennes.

Les essais entrepris par BerthoUet, eu 1788, pour remplacer le salpêtre de notre poudre à canon par le chlorate de potasse, ont un caractère scientifique sérieux, et soot plus connus que les faits précédents.

En étudiant les combinaisons oxygénées du chlore, Be^ tholiet avait découvert les chlorates, sels très-remarquables par leurs propriétés chimiques. Les chlorates sont des composés qui se détruisent avec une facilité extraordinaire, et comme ils renferment une très-grande quantité d'oxrgène, cette prompte décomposition fait de ce genre de sels un des agents de combustion les plus actifs que l'oo possède en chimie. Le chlocéte de potasse mélangé a^-ee du soufre, avec du charbon ou du phosphore, constitue on mélange tellement combustible, que le choc du marteaa suffit pour le faire détoner. Aussi, quand on triture rapidement dans un mortier de bronze un mélange de chlorate de potasse, de soufre et de charbon, il se produit des détonations successives qui imitent des coups de fouet, et l'on voit s'élancer hors du vase des flammes rouges ou purpurines.

Ces faits observés par Berthollet mirent dans la pensée de ce chimiste le projet de substituer le chlorate de potasse au salpêtre, dans notre poudre à canon. Les essais qu*il entreprit dans cette vue amenèrent les résultats les ]>lus avantageux en apparence : un mélange intime de sou-

É* l'Ul'llIitS lit (i

BrtK>D Gt de chlorate tic potasse, daus les propor-

; babiluelles île la poudre, présentait une force explod'une énergie extrême, et qui l'emportait à ce point r la poudre ordinaire, que les projectiles étaient lancés ofl distance triple. Encouragé par ce fait, Bcrthollet ntoda au gouvernement l'aulorisalion de faire préparer B usez grande quantité de la nouvelle poudre pour si-rà des expériences plus étendues. Ui poudrerie d'Essoii- I fui mise à sa disposition. Mais l'entreprise eut une bleu Ile fia : une explosion terrible détruisit la fabrique, <! bu la TIC à plusieurs personnes. Voici quelques délaiU

ce malfaeureux événement.

H. Letort, directeur de la manufacture d'Essonnes, était i^ Ae confiance dans le succès ries expériences de BeilOflcl et dans l'avenir de la poudre nouvelle; il assurait /aie n'oirrirail aucun danger dans son maniement, cl l*«lle le comporterait en tous points comme la poudre au ire. Le jour où devaient commencer les essais de la brîcBtîoa, il invita Bcrthollet â dîner, et au sortir de taon descendit dans les ateliers. Le mélange se faisait i l'ordinaire, dans des mortiers avec des pilons de et par l'intermédiaire de l'eau, afin d'éviter le déveleol de chaleur provoqué par le frottement. M. Leprélendit que l'addition de l'eau était superQue. et que 'MHlirait pu tout aussi bieii faire le niélan|je à sec. Pour proavcr, il s'approcha de l'un des mortiers, et, du bout lu canae. il se mitii triturer une petite motte de poudre 1» s'était desséchée sur ses bords. AussilAt une détonalion éprouvantabte se lit entendre, la maison (ut à moitié tVDversée, et l'on releva parmi les décombres le cadavre du lUrecteur, celui de sa Dllc et les corps de quatre ouvriers ; Serthollet fut présf^rvé comme par miracle. t>pcndanl on avait attaché tant d'importance à l'emploi

MjioDdre Liu chlorate de potasse, que cet t'ténemeut

»»» Î4DÛMTKKTES SCIE!ITlFlQt)BS.

pottt point ses fruits. Qaalre années api aalorisa de nooTeanx essais. Au milic répohUqoe, il était difficile de i^doi rijfM et posséder m agent d*iine si merveilleuse saMCL On nnltîiilia les précnntkms indiquées en cnK an» tart lîrt inutile, une nonrelle explosion fit la fihiî^nf et tna trois onrriers. On n'a plus songé < ortir îpofne à recommeneer de si funestes teoi D'iafiScnr» nn sait anjonrdliaî que la pondre au chlor |ici4«»r n^ qne des dangers et n'offre aucun avantag est « détonnnle^ que le mouiement seul d'une i dèleniiiner son explosion. Toutes lesL substance le cUorale de potasse, détonent par le i énmafni en eiel des poudres usantes, dont ï Vinaj<qn< et instantanée, s'exerçant à la fois contre I )€rule et c^Mtre les parob intérieures du canon, prc ffes^fue loQÎOQrs la rupture de Tamie.

GUAPITIŒ V.

— X. ScImbMb. — TriTaux chimique < Ift AtMWiwwte te rMoa-poiidre. — Histoire de U xjlok AnwÉl Ml « la Amaifvn* ée k po«dre-€otQD .

Les perlertionnements apportés à la fabrication « di^ners emplois de la poudre à crinon n*ont marché q une lenteur extrême: il a fallu quatre siècles pour ai cet art à sa situation présente. Aussi, après les fail portés plus haut, Thistoire de la poudre, au point ( scientifique, ne présente-t-elle que de rares épisodes aimer au seul hii important qui l'ait signalée dcp but passer ^ans intermédiaire à Tépoque actuelle.

POCDRE-CÛTIIS. m

derniers mois «le 184ti, les journaux comnienl'occuper d'une décomerle des plus singulières, le de iiaïc avait, disait-on, Irouvé leoioyeii de r le coton eu une substance jouissant de toutes ités de la poudre. On avait fiul h Ddle des expéiliques qui ne pouvaient Uisser aucune place au me petite tioulette de colon oITraot l'aspect avait chargé des armes et obtenu ainsi loua explosifs de la poudre. On prétait à cette sub- ■elle des propriétés nieiveilleuses : elle pouvait lent être plongi'c dans l'eau et y séjourner trés- :; sécbée, elle reprenait ses propriétés primi' elle brûlait sans fumée, — elle ne noircissait pas — enûn elle avait une force de ressort trois ou Ibis sopérieure k celle de la poudre ordinaire, famalière de science, les dires des journuu.\polilii{ucs sant pas toujours articles de foi; cette annonce ne nuTa qu'un médiocre crédit. Cependant le public fut [ooiraint de prendre celte découverte au sérieux, quand on Uni franchir le seuil de l'Acadt'mJe des strieuces, et paswr du journal ù la tribune de l'Institut. Dans la séance da 5 octobre 1846, on donna lecture à l'Acndémie d'une hllre de M. Scbônbein, auteur de l'invention anuonrée, H. Scbônbein exposait, dans sa lettre, les caractères de celte substance nouvelle, qu'il nomm.iit poudre-coton iMietwolie); il précisait ses elfets, indiquait les avantages pirticiiliersdc son emploi, et donnait la mesure de sa force Wiittiqtie. M. Scbônbein disait tout; il n'oubliait qu'un c'était d'indiquer le procédé au moyen duquel on 'Obtenait ce curieux produit : il se réservait, pour en retirer ' on proBI personnel, la possession de ce secret.

nous souvenons de l'impression que produisit la la lettre de M. Scbônbein sur l'auditoire savant :H«e aux «dances de l'Académie. (Juand on fut

9St MDOOTTEITES SCTRItTiriQUES.

v.The fint^ bien cerUÎD do PexisteDce du fait, lorsqo'^a prit, à D » plus dooler, que le corps dont il était quesfi r/êtih aatre chose que do coton k peine modifié dans s jtspect ordiiiaire, tous les gens du métier^ tous les cl nùsles q[ui se troanient là« devinèrent aussitôt le secret i HaTealear. Au sortir de la séance, chacun avait compi qw!e noorel agent n*était probablement autre chose qa\n aiodiftcatioo on une forme particulière de la xyMdm composé bien connu de^ chimistes, qui s'obtient en ^ mmt dans de Pacide azotique (eau-forte) des matières I neoses telles que du bois, du papier ou du coton. Dès I r^TKieauin. tous les laboratoires de Paris se mirent eo à meure de Tèrifier cette conjecture, et au bout de huit jour oo avait trooré que pour préparer le coton-poudre, il soil de ploo^r pendant quelques minutes du coton non eut dans de lacide azotique très-coucentré. Le secret de 111 Tenteor était devenu le secret de Paris (I}.

(jomment se Cut-il qu'une découverte si soig:neusemei to:iae cachée par son auteur ait pu être ainsi surprise etd \u!<uèe en quelques jours? C'est ce que Ton comprend] <an> peine d après Tbistoire de la xyiotdine.

En 1839, Braconnot« chimiste de Nancy, mort il y a p( ii\nnnêes, découvrit que si Ion traite l'amidon par l'acic

;i) M. Morel. iofEénleor d^il, est le premier qui ail préparé da c»t« piMidiv i Paris. Pen de joon après b tocture de la lettre de M. Scb« Mo i r Académie. X. )lorel oNOtrait i Arago les effeU et mm coi f xWxvt/ caiploTé dans les aimes. Cet iii«éoleur ne divulgua pas d'aki les mo\etts de préparer re produit : dans la séance du 13 octobre il^ H te kma i adieaeer i rAcadémie, dans un paquet cacheté, la dent liM de mi piwfdê pour lequel U avait pris ud brevet dlnveutloB. a M que plus d'un mois après, le 30 noveml^re 1846 . qu'il doon r Utlanic communication de ce procédé, lais i ce moment toot mMide à Part* pieparait le colon-poudre : par son idée inoppodi JUICiUf ua l««vec d*iBventloa, M. Morel s'était privé de l'Iioo» d'à^^ le prHmfC (Mt coonaitre en France le produit découvert ]

POUDRE-COTON. ItTil

aztÉique trés-conceniréy l'amidon entre on dissolution, c\ qae si l'on ajoute alors de l'eau au mélange, il se précipite aussitôt un produit blanc, pulvérulent, qu'il désigna sous k nom de xylotdine. Entre autres caractères, Braconnot reconnut à ce composé la propriété de brûler avec une certaine activité. Cependant, il ne soumit point à l'analyse k produit nouveau qu'il avait découvert, il se contenta d*en élndier les caractères. En cela, il était fidèle à un système qall semble avoir adopté. Braconnot a fait en chimie organique des découvertes fondamentales, et il s'est toujours dispensé de leur appliquer le sceau de l'analyse élémentaire. C'est lui qui a trouvé le moyen de changer en sucre le bois et l'amidon par l'action de l'acide sulfurique, fait d'une aooveauté et d'une portée immenses, et qui est loin encore dVoir donné tout ce qu'il promet à l'avenir des études chimiques. Il a compris le premier la véritable nature chimique des corps gras. Il a découvert Isl pectine, ce curieux composé qui se trouve partout dans le monde végétai, et dont les transformations, quand elles seront étudiées d'one manière sérieuse, jetteront les plus utiles lumières sur les phénomènes intimes de la vie des plantes. Or, dins tous ces cas, Braconnot s'est passé du secours de l'analyse organique ; il est arrivé à ces belles observations arec les seuls moyens de recherches que nous possédions il y a cinquante ans. Homme heureux I il vit sortir de ses mains fécondes des découvertes d'une portée inattendue, et jamais il n'emprunta à la science du jour ses instruments ambitieux. Avait-il deviné que l'analyse organique tiendrait si mal, en fin de compte, les promesses de son début? C'est ce que nous n'essaierons pas de résoudre. Téujours est-il que Braconnot ne fit pgint l'analyse élémentaire du produit nouveau qu'il avait trouvé, et qu'il laissa à d'autres le soin et l'honneur de compléter son Iravaîl.

)S% DEGOUYBRTfiS SCIEIITIPIQUBS.

Le chimiste qui a repris et terminé l'étude de la xyloldine est M. Pelouze. En 1838, M. Pelouze publia sur la xyloïdine un de ces mémoires corrects et achevés comme oa lei aime à llnstilul. Il fit le nomhre voulu d'analyses orgaoî^ qœs, fixa le poids atomique de ce composé, et établit a formule, conformément aux principes en honneur à rAoi» demie. Mais, ce qui valait mieux encore, il fit une obsl^ vation entièrement neuve et de laquelle la découverte ie la poudre-coton devait nécessairement sortir. Il trouviqtf la xvloldine peut se produire avec d*autres substaoces qos ramidoQ* et que si l'on plonge pendant quelques minuta du papier^ des tissus de coton ou de lin, dans l'aciiie aiotiqoe concentré, ces matières se changent en xyloidiie et deviennent extrêmement combustibles.

Cependant M. Pelouze ne met aucun détour à ccoveoif que la pensée ne lui vint pas d'employer dans les annei à feu, en guise de poudre, le colon ainsi traité. Tiuii simple soit-elle« cette idée ne se présenta pas à son espril, et sa gloire, nous le croyons, n*y perdra pas grand'chose. Il entrevit néanmoins et il annonça que ces subsUnces « seraient susceptibles de quelques applications, particun lièrement dans Tartillerie. » U remit même à un capitaine d*artillerie« M. Haquien, un échantillon de celte matière, en le priant d*examiner si l'on ne pourrait ptf en tirer quelque parti. Mais ce dernier eut un tort datf . cette affaire : il mourut, et M. Pelouze n'y songea pas d^ vantage.

La xylcildine était donc à peu près oubliée, et restait seulement au nombre des produits intéressants de laboratoire, lorsque M. Scbônbein, professeur de chimie à Bàle, ayant eu à préparer de la xyloïdine, se servit, pour cette opération, de colon non cardé, et constata avec beaucoup de surprise que la xyloïdine ainsi obtenue jouissait d'une iH>mbustîbilité exln:iordin«iiro; une boulotte do re colon

PODDUE-COTON. :r»5

azotique s'enflammait avec autant de vivacité et de promp-

tîlode qu'un amas de poudre. De l'observation de ce fait

4 ridée d'employer le coton azotique dans les armes en

-jMDpiacement de la poudre, il n'y avait qu'un pas ; de

Mlle idée à son exécution, il n'y avait qu'un geste :

^Uà Scbônbein prit un fusil, flt le geste nécessaire, cl la

|Mdre-coton fut découverte. C'est ainsi que cet enfanl de

h chimie, perdu sur les rives de la Seine, fut hcureusc-

JMil retrouvé dans un canton de la Suisse allemande et

induit aussitôt dans le monde par le savant honorable

fn s'en était fait le parrain.

La découverte de la poudre-coton fût accueillie avec ■M ûiTeur sans exemple. Aucune invention scientifique 1*1 occupé à ce point l'attention du public; pendant un Mis on ne parla pas d'autre chose, et jamais on n'avait Mendu dans les salons et dans les cercles tant de savantes fiKossions.

Cet empressement contrastait beaucoup avec l'accueil Ut à la découverte nouvelle par les savants spéciaux sur Il matière. Ceux-ci n'avaient qu'un mépris superbe pour uHiepmtdre de salon, 11 existe au ministère de la guerre un comité chargé d'étudier toutes les questions nouvelles qui intéressent l'artillerie. Nous ignorons comment ce comité remplit habituellement sa tâche, mais il est certain qu'il |MÎt dans cette circonstance, une singulière altitude. En I^Dcipe, il était rempli d'un dédain suprême pour les personnes qui avaient la prétention de traiter des questions pareilles sans toutes les notions indispensables du métier, et quand on parlait de la poudre-coton au comité d'artillerie, le comité d'artillerie haussait les épaules. Le oolonel Piobert et le colonel Morin, qui représentent ù ilnstilut l'artillerie savante, arrivaient tous les lundis à l'Académie avec les notes les plus accablantes pour cotte ionocenle invention, qui n'avait eu d'autre tort que de

:UC DECOUVERTES SCTENTIPIOITES.

naître et de grandir loin de la sphère de radminislral officielle. Ils goarmandaient l'ignorance et la crédu da public, ils nous renvoyaient dédaigneusement vieilles expériences de Réaumur et de Rumford. Enfin faisaient eux-mêmes des essais avec des produits mal ] parés, et apportaient à l'Académie leurs résultats négs avec un très-visible sentiment de bonheur. Je n'ai jao bien compris quel genre de satisfaction ces raessii pouvaient ressentir alors. Les Comptée rendus de VAcaii ont même imprimé une note précieuse souscerapp et que je recommande d'une manière spéciale à Tau futur du livre qui reste à faire sur les encouragements at dés aux découvertes nouvelles. Voici le pa&sage le ] curieux de la note de MM. Piobert et Morin :

« Malgré le vague des renseignements transmis jusqu*à ce sur les effets de la poudre-coton, ou coton azoté, ainsi qu désigne M. Pelouze, auquel on doit la connaissance de cette tière vague qui ferait même douter de ses propriétés balistî^ i*artillerie n'en a pas moins étudié cette substance. Liesessaii ont été exécutes ont montré que ce coton, contrairefDent qui avait été annoncé, donnait ordinairement un résidu f< d'eau et de charbon ; que sa combustion ne donnait pas ii un très-grand développement de chaleur; qu'elle produisail de gaz, à tel point qu'il s'échappait quelquefois en toialîH la lumière et par le vent du projectile sans le déplacer; qi volume des charges les plus faibles était en général très c dérable et excédait celui qu'il est convenable d'affecter charge des armes à feu. » Les auteiu*s concluent que « singulière substance » ne parait nullement propre à remp la poudre à canon (1).

Ainsi, selon MM. Piobert et Morin, la poudre-coton vait aucune force explosive, les gaz s'échappaient pi lumière et par le vent du projectile sans le déplacer

(I) Comptes rendus de P Académie des sciences ^ 1846, ?• sen p. 81t.

on nîl aujourd'hui que l'inconv^nienl du rnlon-pmiilrc n'«l point son durant de force explosive, mais, toul au conlniire, une puissance de ressort tellement considérable, qo'il est dilticile delà contenir et de la régulariser pour son emploi dnns les armes.

Une autre circonstance curieuse de l'histoire de la poudre-coton, c'est la résistance obstinée quemilM. Schiiubein lavouer sadéfaile. Toutle monde préparait du coton-pon- 4n, la fabrication de ce produit existait déjà sur une AclKlte assez étendue, on discutait les frais probables de fopéntioD industrielfe : M. Schiinbein persistait encore ii laùr son procédé secret. Le t3 novembre 1816, il écrivait de Bftie lit lettre suivante au jonmal //• Time» :

■ Des chimistes ont déclaré que mon fulmi-coton ovi calon- ^dre était la môme chose que la xjloïdine de Braconnot et de Monte, Cl l'autre jour la même opinion a t'té exprimée dans fAculriniie rrançaise des scienci-s. J'ai plus d'une raison de nier reuclitude de celle assertion. l.a déclaration d'un ruil IrL-S'Simple MlBra pour prouver ce que j'avance. La xjloidine de Pidoiiic M, conformiimenl aux déclarations de ce chimiste distingué, TacHement siflublu dans l'acide acétique formant avec ce dernirr une «orte de vernis. Cet acide n'a pas la moindre action sur le COtun-poudri), ({uelque longtemps et à quelque tempéraiurc que tndeni substances soient tenues en contact l'une avec l'autre. Il coton- poudre montre tout son volume et sa force d'explosion, après BTOir été traité par cet acide pendant des heures cnliévcs. 11 Mlste en outre d'autres différences entre mon coton et la uloldinc de Pelouic. Je les ferai connaître en temps utile. »

Maison laissait dire le pauvre invenlenr qui voyait scm ^nnVt Ini échapper, et ne savait pas en prendre son parti.

Heureasement pour les intérêts de M. Schônbein, l'Alleniagne n fait de cette question une nlTaire d'amour -propre mtional. M. Bœtigcr, de Praucfort-sur-Ic-Mein, qui avait l'un des premiers pénétré le secret de M. Schrmhein, s'était î^'socié h lui piiuf rexpliiiliiliciu du nouveau produit, I.

les droils du pays a aux deux DèslorsILSchôai«:«a imL -mr^ X xl smis^ &t ^oe re qa^ a révélé Uni- I Yiiiiirs-<aiuftt laic pmiJtiMwm ■! cooionne à tout u. «aie oBBKêfSffiil depvs six mois.

CMAFinE TL

la pondre-coUia

1 «n <ci^ partisans <( ses dêtiaclcuis passionnés. Une couni&IsâattM îznpoHbLle des «ffcts généraux des matîëm «xzlv6ivv5 av^t bût naitK des espérances exagérées ; les prêveaifcifcs^ et fii rootiae oui pronM|Qé une résistanGe én^* siqce. li est f<-rt dififinSe de se prononcer aujoord*huientK iie< a^sertioas coniradictoiress dans lesquelles, de part e d'autre, la Téfité nese montre que par un bout Aussi, dan le pobHc el parmi les savants régne>t-îl encore une grand ioceriîlude sur la Taleur rédle de la poudre-coton el su les avantages ou les inconvénients de son emploi dans 1( armes. Nous allons exposer Tétat présentde cette question il nous surOra, pour cela, d'établir d*une manière précis d'après les faits coddus jusqu*à ce moment, les avantag et les inconvénients principaux que présente le coton-po dre relativement à son emploi dans les armes.

Toutefois, disons d'abord un mot du procédé qui serl obtenir ce produit. Le coton-poudre se prépare avec u simplicité et une promptitude extraordinaires. Toi

n eoDfiisle à plonger du colon non c»rdë dans de %EOlique Irès-conccntré. Seulement, coraino l'acide K très-concentré est un produit assez cher, on a eu l'employer l'acide ordinaire du commei-cc en y ajou- I l'acide sulfuriquc. Ce dernier, qui eslexlrdmemeiit 'ean,'s'empHre de l'eau excédante de l'acide azotique, OnceDlre ainsi sur place et à peu de frais. Les meilproportions de ce mélange ont été indiquées par ^er, de Marseille; elles sont de trois volumes d'afotique ordinaire pour cinq volumes d'acide sulfurii66 degrés. On fait donc le mélange de ces deux et on l'abandonne quelque temps à lui-même pour 'dissiper la chaleur qu'il a dégagée. On plonge cnkns le liquide le coton non cardé, le! qu'un le trouve icoiumcrce. Après ilouïcou quinze minutes deséjour te bain, on retire le coton avec une baguette de loD le comprime pour faire écouler l'acide en excès, le lave h grande eau, jusqu'à ce qu'il n'ait plus ni lii «iveur. Il ne reste qu'à le sécher en l'exposant h brc, à la température ordinaire. 100 partîesde coton bt ordinairement 172 parties de coloti fulmiuant. Le i traité de la même manière, fournit un produit lue par ses propriétés avec le pri-'cédeHl. urûxt/te, tel esl le nom scienlillque qui a été imposé ^'poudre et aux substances analogues, esl im pro- ^inemmeot et essentiellement combustible ; une |tc Tenflamme. le choc d'un lourd marteau suTlit fefois powr le faire détoner. On s'explique aisément |tl quand on connaît sa composition chimique. Le fie est une combinaison de la matière organique qui e colon avec les éléments de l'acide azotique. Le i matières végôtiiles de la même espèce sont jr|>s assez combustibles par eus-mCmes ; eu tepnent nalssam-e à des produit* g;iïéîformf^

• 4 bECULVLaXkb baJbKTlFlUUJ:.b.

/^cide carbonique et la vapeur d'eau. Mais le cotOD ut rcafenue pas assez d oxygèoe pour brûler complélemeDl; i: nîsle toujours, comme ou le sait, après sa combuslioo, ua r^du assez abondant de charbon. Dans le pyroxyle,an contraire, Tacide azotique combiné avec le colon fournit à celui-ci tout rojnrgêne nécessaire à sa combustion com* (•lète. et comme d'ailleurs Tacide azotique, lorsqu'il se dé- V ^^mpose, donne lui-même naissance à des produits gazeoi, il resuite de ces deux effets réunis que le pyrozyle, en l*rûUnt. se transforme totalement en fluides élastiques. Ce cûîHf'Osè réunit donc toutes les conditions nécessaires pour iX^nstituer une poudre explosive : une matière solide se rédui>ant instantanément en gaz. Nous donnerons une idée lie il masse énorme de gaz qui se forme dans ce cas, eo ciNànt que. d après les expériences directes, un volume de votc^n-poudre produit en brûlant huit mille volumes de ï:^z. Dons les mêmes cireonstaoces, la poudre ordinaire prvduit seulement quatre mille volumes de fluides élastiques. On comprend, d'après cela, la possibilité de consiicrer le pvroxvie aux usages ordinaires de la poudre.

Le$ avantages que présente le pyroxyde dans les armes à :Vu sout tàoiles à résumer.

La poudre-i'oton n'est pas altérée par Teau : on poul ^ dbandonner longtemps à Tair humide sans qu'elle perde >oi:sibIement de sa force explosive ; on peut la plonger ù.ias Peau et l'y laisser séjourner, on lui rend en la sécbanl Sx > qualités ordinaires. Ainsi, dans un cas d'incendie à LK>rd d'un navire ou dans les bâtiments d'un arsenal, oa iKurrait noyer les poudres, et les retrouver ensuite avec U'urs propriétés primitives.

Le pyroxyle n'attaque pas, ne salit pas les armes, qui« après quarante coups, sont aussi propres qu'auparavant; il ne laisse point, comme on l'avait dit, les armes humide>. fKir suite de la production d'eau qui accompagne sa coiu-

HP POrDaE'COTI}>. }6I

a : la chaleur protluile est si i.msidérable, que lou» ■ proâuiU ToUlils soûl chassés hors du canon. <le roloD' pou tire Lrùle sans fumée el sans odeur. On a b tiré parti de celle propriété sur plusieurs tliéûtres UlcDMgne, où l'oQ en fait usage pour les pii'ces à corn- B, fc la graude salisfiiction du public, des acteurs et sui- ■i des chanteurs. Dans les armées, cette piopriété du Pnqric aurait à la fois des inconvénients et des avanla- P; U fbm^e de la poudre ne masquant plus les homme^t. uMesKdu tir serait assurée, mais les batailles en devien- Uint inllnimcnt plus meurtrières. J'ai cnleudu des mam préleodre qu'à bord des navires, l'usage du In pou- IIXotQO rendrait les combats entîùreraeiit impossibles, Vfniu qu'au bout d'une heure d'engagement, les deus; |!|teeaux ennemis seraient, chacun de son cMi, mis ea

jtt bbrîcalÏDndu pjToj^yle ne présente aucun danger. Umcddenl» qui ont été signalés aux premières époques de b ildcouvcrle tenaient uniquement ii ce que l'on dessé- ■duil la matiLTC à l'aide do la chaleur. Or> comme il n'y a •OCDliR espace d'avantage à sécher le rolnn-poudro en élemUna température, el qu'en élevant sa température on ^E^UMe û amener son explosion, on se contente aujour- A'IlVÎ de le séi'lier dans un courant d'air ii la température wfiitaire. Urûce ii celle précnulion bien simple, la prépa- «Boa du pyroxjlc est beaucoup moins dangereuse que <ielle de la poudre ordinaire. Le pyro:iylc présente en oulo dans sa fabricalion l'avantage d'une rapidité excessive; Due semaine suTHrait pour approvisionner de munition^ une armée de cent mille hommes.

Quant au prix dcrcviL-nl. il résulte des données fournil s BDlBiO, parM. Mejnier, de Marseille, que lapnudre-co- •ûB poumil s'obtenir à un prix qui n'est pas cilrémemenl ïj^r ù cïlui de la pomlrp ordlivùre. H'uprés les ré^ul-

3 et DECOCVERTES SCIE^OIFIQUES.

tats d*ane fabrication exécutée sur une grande échelle M. Meynier offrait au gouvernement de lui fournir, avei bénéfice pour le fabricant, du coton-poudre à cinq francsl kilogramme. La poudre de guerre revient dans les établi! sements de rÉtat à un franc trente>cinq centimes lekik gramme; maïs comme le pyroxyle produit dans les arme on effet explosif triple de celui de la poudre, et que, p conséquent, pour obtenir un résultat donnée il rautemplqy< trois fois moins de pyroxyle que de poudre, on- voit quel prix de revient de la poudre s'établit ainsi comparatiîi ment a quatre francs le kilogramme. Dans l'état actuel d< choses, il n'y aurait donc qu'une différence de un franc ei tre les deux matières, différence considérable sans dout* mais qui probablement, à la suite d'une fabrication longt et régulière, finirait par s'effacer.

Nous venons d'a\ancer que l'effet explosif du pvroxy est triple de celui de la poudre. Tel est, en effet, assez sei siblcment le rapport qu'ont fourni les expériences coonpi ratives exécutées sur ces deux substances. M. le capittio Suzanne et M. de Mézières, élève-commissaire des poodit et salpêtres, ont établi que cinq grammes de poudre-coto produisent sur une balle de fusil le même effet que treii à quatorze grammes de poudre à mousquet ordinaire. 0 expériences, variées et étendues par MM. Piobcrt et Morii ont donné à peu près les mêmes résultats.

Le pyroxyle offre, sous le rapport de l'économie, d( avantages incontestables pour les travaux des mine MM. Combes et Flandin ont trouvé qu'il produit un eff cinq à six fois plus considérable que la poudre ordiuai des mines dans le tirage de la plupart des roches (I). L'cr

(I) Il est certain, d'après ce résultat, que lorsque le gouveroeiiM

▼oudfi remplacer la poudre de mine parle pyroxyle, il pourra réaliser u

économie de plus de trois millions par an. C'est ce qu'il est facile d'étabi

On consomme chaque année, tu France, très-approximati^-emei

^^^B FUl<DnE'COTÛ.N.

Uni de la poudre-colon dans les mines a paru d'abord présenter un iDCORvéaient parlicutier : sa combustion s'accompagne de la formation de gaz oxyde de carbone, et la présence de ce gaz esl doublement rocheuse en ce qu'il est (inéneiix Gl indamtonble. Mais M. Combes a trouvé qu'en «joutant au pyroxyle 8 .'t 10 pour 100 de salpâtre, on s'oppowàln production du gnz oxyde de carbone qui selrouvc brtié p»r l'oxytjène du salpêtre et cbaiigé en acide carbomqitc. La force explosive du pjT0X3le en esl d'ailleurs no- Itbleœent accrue, car il présente dés lors une puissance Mpt à huit fois plus considérable, à poids égal, que la pondre démine.

TeU aonl les avantages qui se ratlachenl k l'emploi du «ton-poudre; considérons maintenant le cUlé inverse do la question.

Us inconvénients que présente l'usage du pyroxjle peu- Tttit se résumer en deux mois : sa force explosive est trop ronadérable, sa conservation est difQcile, et ces deux inconvfnienU ont chiicun une gravité qu'il est impossible de tnécoonaflre.

Pour qu'une poudre puisse s'employer avec une cnliije lécurilé dans les armes, il faut qu'elle ne brille pas trop nie. Quelle que soit, d'une manière relative, la rapidité <!e

trali mlUluiuile MIogftmmM de pouilre de mine. ('^it« priuilre. bien tn'tlle nu euùte en rrnis àe rahriraiion que un Franc viimt crnliinea le iHtinunim, mlent Mpendnnt 1 l'Elat. bu moment oiï elle nrrlve oui n>lM du comommaleur, i Uta-\ieu de cbn^e ptH A i:i- c|iii> l'tliil-rl ta |il«, t'taUt-dlre dem traac». Cul donc irn'Ilili'imnL a\\ millions i|i]e Mlcceiti'paadre. EnM fundanitiir Indunnée rs[>|jnriée pl<i« Ijiiut rpinfi««ncB( u la torw «iploslve du pjruxtle («I cetle évaluiiliun ttl jjluiâi UlMuée qu'sug^ri^r), il ne [ouilralt que ait cenl mille ki Ingram mes da pjratjk pour produire le mfme ciïel ijuo les Iroti millions de kllo- (nmmra depoudie do mine. Or cet d^ rent mille kilugranimea de pjni-

iilmdralrnt au plus, à l'Etat, à Ofui nilllicins quatre lenl inllla Il y aurait dune pmr le gDUvernemenl un l>ên«ltce do liol* niil-

H etnl mille Franc* i adopter le p)toi;ï1« pnur ^e^plnllatlon dc«

«tdw •'orn^rea.

!t.*ft PÉCOrVERTflS SaENTiriQUES.

rinflatnmalion de la poudre dont nous faisons communé-

nu^nl usa?e« il esl facile de montrer par l'expérience, que.

jiondant sa combustion, sa masse entière ne s'embra$«

p:^int à la fois, mais que toujours elle brûle de pince en

place, et pour ainsi dire couche par couche. Il résulte de

lii que les craz' qui proviennent de celte combustion ne sont

p\< brusquement et instantanément formés, mais qu'au

contraire, ils prennent naissance d'une manière graduelle

et successive. I>ès lors, tout leur effet se porte sur le pro-

ji-ciiîe et n'exerce sur les parois de larme aucune action

r.o>tructi*e. Tel n'est pas, malheureusement, le mode de

combustion du coton-poudre. Comme le pyroxvie n'est

pis un simple mélange de matières inflammables, mais

i::.e véritable combustion, il s'embrase tout entier dans un

isysico de temps presque indivisibl»^: or, cette eïoesMve

rapidité d'inflammation, qui fait sasupériorité comme acenl

li:ilistique, constitue précisément ses dangers. Avec des

i^anres ordinaires, son usace n'offre aucun inconvénient:

n^-iis si Von dépasse les limites nécessaires pour une arme

l'vinnée, il peut arriver que l'arme éclate entre ie> mains.

ou qu'elle souffre au bout de peu de temps des décra'ia

t. ons sérieuses. Au mois de janvier I8UK M. Morinaconv

r. unique à l'Académie des sciences des faits dont la por

téc, sous ce rapport, semble très-grave. 11 a parlé tiefusl

ce munition et de bouches à feu mises hors de service ps

l'es charges de coton-poudre qui ne dépassaient jias d

l'ûiucoup les limites ordinaires J . L'auteur de ces exp»

riencos a trop de crédit en pareille matière piair que >o

timoignage puisse être contesté: on peut cepciuliul l'aii

ii^ ViiTfi, i ce sujet, le rap|v^rt étendu qui a été fait pr MM. ri')bf Ikonn et PivKt Mir le Pynu-y/e. Ce travail mmpiijé en exéculinn «1' ord)« minislériel du \ janvier 1849, a été imprimé il ans le n** Vil jS «iU Jfe'Morra/ d'artifUn'e, Il conclut au rejet de la p>uilre-otion en i;ui tcmcbc ton emploi dan» les armes de cuerr\

KrOLiUEB-COTOX. S65

àcel égiirtl que Derzelius, dans le dernier de ses if^urlt annuels, en parlunl du coloii- poudre, assure qu'ea aède, ni en Aiiglelerre, il n'a jamais occasionné d'acci- |nu. Les faits signalés par M. Morin paraissent donc réhtQerui) examen nouveau.

bla dinïeulté de conserver le pyroxyle est uu fait Kra\e ■rlcqufl M. Mnurey, directeur de la poudrerie du BoupW, a appelé l'attention. Le pyrosyle semble un produit M stable; ses élêmenU paraissent avoir une tendance prtiCDlière à se dissocier; de là des altérations diverses Itoa commencement de diïcom position dans les produit.t jiBOSerYés un certain temps. D'après M. Maiirey, la poudre-

P placée dans un lieu bien sec, et tenue dans dos barils la h l'abri de l'action de l'air, présente néanmoins, M bout de huit h dix mois, des signes d'ultéralion. La jlMiw a'eat liumcclée, elle répand une odeur piquante, elle llttl ramollie et quelquefois presque réduite en pStu. Cttic décomposition peut s'accompagner d'un d<.%agement & chaleur, et s'il arrive que la masse en travail soit cou- WKrable, l'échaulTement peut aller au point de prufOqoer son inllammntion. Telle est probablement, selon VtJlAiirey, la cause de l'explosion arrivée à Vinceones ta 25 mars 1817 et le 2 août île la môme année.

C'rsl sans doute un Tait du même genre qui amena la CUaatropbe arrivée, le 11 juillet 1S4K, à la poudrerie du Boueliel. On avait préparé, au Bouchet, seize cents kilo* Jpimincs de puudre-colon, et qdatre ouvriers étaient oeni|ié« à l'enfermer dans des barils, lorsque, sans cause tsnnue, le magasin sauta. Les désastres lurent eiïroyables, Ul quatre ouvriers occupés à emmagasiner le coton- IKPiidre furent tués, trois autres* blessés. Le b&tîment, tlont les murs avaient, les uns un m^lrc, et les autres «iiu|uanle centimètres d'épaisseur, fut détruit de fond en nnnble ; il te forma il sa place une excavation de seize

mètres de diamètre sur quatre de profondeur. Toutes les douves et tous les cercles des barils, où le pyroxyle était enfermé, avaient entièrement disparu, comme s'ils eussent été volatilisés. Toutes les pièces de bois de la construction étaient brisées. Cent soixante-quatre arbres situés aux environs étaient complètement emportés ou coupés^ les uns ras de terre, les autres à diverses hauteurs; les plus voisins étaient dépouillés de leur écorce et divisés jusqu'aux racines en longs filaments. Jusqu'à trois cents mè* très environ, on retrouva une ligne de matériaux placés par ordre de densité, les pièces de bois le plus près, ensuite les pierres, enûn plus loin les débris de fer.

Nous avons scrupuleusement et impartialement exposé les inconvénients et les avantages qui se rattachent à l'emploi du coton-poudre. Quelle conclusion tirer de ces faits? Faut-il croire que celte découverte, accueillie à son origine avec tant d'intérêt, soit destinée à s'ensevelir dans l'oubli? Faut-il penser qu'après avoir éveillé tant d'espérances, elle n'aura créé pour nous que des dangers sans nous laisser quelques avantiiges en échange? Cette question, grave et complexe, impose nécessairement une réserve extrènie. 11 nous semble pourtant que, môme dans l'état présent des choses, le pyroxyle présente une série d'avantages de nature à mériter Tatlention. Une poudre inattaquable par l'eau, — de propriétés et de composition constantes, — qui ne souille ni la main, ni les vêtements, ni les armes, — trois fois plus légère à transporter que l'ancienne poudre, puisqu'elle est trois fois plus puissante, — susceptible de subir, sans la moindre altération, les voyages par mer, — une poudre qu'on peut inonder dans un arsenal ou dans la cale d'un navire et retrouver plus tard intacte, l'emporte assurément, sous bien des rapports, sur l'ancienne poudre, qui souille les

nudos, qui noircil les armes, que l'air humide altère, que Teau détroit sans retour.

La supériorité do coton-poodre pour l'usage des mines et le tirage des roches parait d'ores et déjà établie. Ed 1847, le duc de Monlpensier et le général Tugnot de Lanoje, direcleor des poudres et salpêtres, aTaicnt formé le projet d'établir plusieurs ateliers de fabrication de pjroxyle pour le tirage des roches, la révolution de février retarda l'exécution de ce projet, qui, nous l'espérons, sera repris et permettra de décider la question d'une maoière définitive.

Qaant à l'emploi de la poudre-coton dans les armes, il est certain qu'il existe ici des difficultés sérieuses ; cependaint elles ne sont peut-être pas assez graves pour fairjE^ ibaodonner les espérances conçues. Une étude approfondie et persévérante des faits nouveaux que ces questions soulèvent pourra fournir un jour les moyens de modérer, de retarder, de régulariser rexplosion du pyroxyle, comme aussi de modifier sa préparation de manière à éviter le fâcheux phénomène de sa décomposition spontanée. Que les hommes du métier, que les savants compétents prennent en main l'étude de ce problème, et sans doute quelque solution heureuse viendra couronner et récompenser leurs efTorls. II ne faut pas l'oublier, en effet, la découverte du coton-poudre ne date que de dix ans. Qu'est-ce qu'un intervalle de dix années pour le perfectionnement des inventions humaines? N'a-t-il pas Tallu quatre siècles pour faire de la poudre actuelle l'agent puissant et sûr que nous connaissons? D'ailleurs, de nos ours, après tant de travaux, d'expériences, d'innom- )rables essais, malgré les précautions inouïes dont on 'environne, peut-on dire avec cerlitude que notre poudre i canon présente dans ses efi*ets une sécurité absolue? /existence d'une poudrière aux abords de nos villes n'est-

3G8 DECOUVEKTJSS SCIERTIFIQUES.

elle pas pour les populations la eaase d'in\incible$ terreurs, la source dç perpétuelles alarmes? Des événements formidables ne viennent-ils pas, par intervalles, justifier et redoubler ces craintes? Quand la poudre manque de densité ou que son grain est trop fin, elle Mi éclater les armes, et le même effet se produit si Ton outre-passe par mégarde les limites de la charge. En 1826, quand Tartillerie voulut substituer aux poudres des pilons des poudres plus énergiques, on crevait les bouches à feu. Cette sécurité tant vantée de notre poudre à canon a donc aussi ses limites ; et dans tous les cas, elle est de date fort récente. 11 a fallu quatre siècles pour dompter la poudre à canon, et Ton s'étonne aujourd'hui que quelques années n'aient pas suffi pour maîtriser le coton-poudre, qui jouit d'une puissance triple ! Pour décider en dernier ressort ces questions capitales, invoquons de plus saines, de moins exclusives notions ; défions-nous des enlr încments d'un enthousiasme irréfléchi, mais aussi tenonsnous en garde contre l'aveuglement de préventions injustes fondées sur la tyrannique puissance de h routine et des habitudes. Recherchons avec sincérité le secours et l'infaillible témoignage de la science, et sachons accepter sans arrière- pensée systématique ce qui se présente à nous avec les dehors incontestables du progrès.

Un dernier trait terminera l'histoire du produit intéressant qui vient de nous occuper. Dans les premiers temps de sa découverte, la poudre-coton avait provoqué dans le public un extrême engouement; à cette époque, elle était bonne à tout. Rappelons en quelques mots les diverses applications de ce nouvel agent, qui furent alors essayées avec plus ou moins de succès.

Quelques mécaniciens voulurent tirer parti de la prompte transformation du coton-poudre en fluide gazeux, pour

rniDBE-coTori. uns

pulcvi-r le piston des macliines : les gnz produits par In ibuslion auraient remplacé la vapeur cnmmc ogent méi^ue. MaU il n'élail pas difficile de prévoir que la prolUfon du gaz, pendant rinllimimalion du pyroiyle. est I brasque pour fiire utilisée commodément et avec l'explosion des machines mit Un aux expê-

f'Les matières alimeolalres renrermcnl une assez forte paporlion d'aioto; or, le pjroxyle est un corps azoté, ieannlogie paroi suffisante S MM. Bernard et Uarreswill ir rechercher si le coton-poudre ne pourrait pas être ployé comme substance alimentaire. L'idée élail étrange RltteE mal venue de la part de physiologistes qui doivent fiimiliarisés avec les lois de la nutrition. Quoi qu'il en l'Académie des sciences fut instruite par un mémoire if iloe qu'on avaîl réussi k nourrir des chiens avec le pyniijle. Toutefois les auteurs df l'cxpérienco ajoutaient inr IJaumeol qu'ils avaient favoribi3 l'action nulrilive du cotOD-poudre par l'administration simultanée d'une certaine '«{Itintité de riz; les adjuvants sont de bonne guerre.

M. Pelonze a proposé d'appliquer le pyroxylc à la fabrieitiua des amorces fulminantes ; la substitution de ce proiaitau fuJminnle <le mercure aurait eu pour résultai d'éfiler les dangers épouvantables dont s'accompagne la dbricatjon des amorces par les procédés actuels. Le pyfsxyle obtenu avec des tissus trés-serrés de lin, de chanvre ttde eoton. détone aisément par le choc, et si l'on coupe ie petites rondelles de ces lissus, el qu'on les pince au fcod de capsules de cuivre, ou obtient des amorces dont !• riétonatiun est fort énergique. Cependant celle applicalion du coton-poudre n'a pas jusqu'ici donné de bons ré- *uHab aux praliciens qui l'ont essayée. Les effets des cap- >uIm pjrosyliques sont irréguliers; en outre, les aimes wntatlaquées par Buite de la formation d'un produit acide,

B70 DÉGOUTERTES SGIERTIFIOUES.

l'acide azoteux, qui prend, dit-on, naissance quand ] pyroxyle brûle à l'air libre.

Le coton-poudre parait devoir Tournir des résultats pla avantageux dans son application à la pyrotechnie. Des pa piers préparés comme le coton*poudre, et trempés easuii dans des dissolutions d'azotate de strontiane, de sulfate d cuivre ou d'azotate de baryte, produisent de très-beam feux rouges, verts et blancs. On a aussi fait des essais avet des pyroxyles obtenus à bas prix au moyen de la paille, de la sciure de bois ou de matières végétales analogues. L'immersion de ces produits fulminants dans ces dissolO' tions salines a l'avantage de retarder leur inQammatioo, de donner plus de durée à la combustion, et de favoriseï par conséquent les divers effets que l'artificier cherchée produire.

Un étudiant en médecine des États-Unis a fait du coloopoudre une application assez inattendue; il s'en est senri pour le pansement des pluies, et voici comment. Le coloopoudre est soluble dans Téther sulfurique alcoolisé : cette dissolution porte le nom de collodion; c'est la substance dont nous avons parlé avec quelques détails à propos de son emploi dans la photographie sur papier. Or, M. Maynard, de Boston, a trouvé que le collodion constitue une sorte de vernis qui jouit d'une force d'adhésion très-remarquable ; appliqué sur la peau, ce vernis adhère avec beaucoup de forc0 à sa surface, et résiste parfaitement à l'action de l'eau et des humeurs. Un morceau de toile de 4 centimètres de largeur, recouvert de collodion, et appliqué sur le creux de la main, supporte sans se décoller un poids de quinze kilogrammes : la toile se rompt plutôt que de se détacher.

Les chirurgiens américains se sont servis les premier du collodion pour le pansement des plaies. On rapprocha les lèvres de la plaie, cl au moyen d'un pincciu on le

POUDflB-COTOfi. S71

l'uae couche de collodioir; par suite de la dessir- B réunioQ des deux bords est parraitement élablie. action que la matière éprouve en sécbani resserre s de la blessure plus fortement et d'une manière le que Dc pourrait le Taire tout aulrc moyen con- .a plaie est parraitement préservée de l'air; la ■ence dc l'eoiluit permet de voir h travers et de ! l'ûlat des parties sous Jacentes; euDn son insoluins l'eau donne au chirurgien la faculté de laver Q détacher. L'usage du coUodion s'est répandu en- Angleterre et en France; M. Malgaigne l'a Je preoplé parmi nous. On se sert, d'après son conseil, Icletles trempées dans le collodion, ce qui donne sôlittité h l'appareil. Aujourd'hui l'emploi de la ioD élhérée du colon-poudre est devenu habituel )s bdpilaux.

, comme la lance d'Achille, la poudre-coton peut es blessures qu'elle a causées. Si donc il Tallait un flnitivemcnt renoncer à consacrer le coton-poudre [« des armes k feu, sa découverte ne serait pas resiée absolument stérile, puisqu'elle aurait au ervi k étendre les ressources dc l'art chirurgical, dans l'origine h devenir un instrument de destrucsingulier produit aurait plus pacifiquement terminé iére en prenant place parmi les salutaires moyens ûrurgie moderne. Et trop heureuse l'humanité, si nvenlions meurtrières, créées pour semer autour 1 le deuil et les Ainériiilles, se trouvaient, par queliremenl subit, heureusement transformées en aubaumes bienfaisants propres h panser nos blés uer nos douleurs !

I^^K FIK nu TOUE THOISltuB. -

FTABLE DES MATIERES

I TûUE rnoisiÈuE

TELKr.HAPmt AËRItXNE tT L\ TELEGltAl'HIF. tLD',-

HIQt'E

». I". — Pr<!mTerB e«<al:t de lél^grafiliie. — Anionlom. — Gull-

Mdh Marcel. — Téli^phe Hcousllquc de ilom GauMiej-

».V. — Premier» rmaii il'appl lent ion de ['électricité i In tniu- Utdon du ilgnnu» . — Le Jéaulir Siradn. — Souchu de Toiimean. — rrt!m)4r« mention fuile dani un recueil Klenllflque écnitiâ d« l'Idée d'un télégraphe au mo}En de l'éleclrlFité «tatiquc. — Leiage. — Lornond, — Rei«er. — Bellancourl. — Trantois '•Jn. — Relour à la UlcgriphH aérienne. — Linsuel. — Du-

•bI». — Dersstrsster,

W. m. -- L'bIiM Cliappe. — Sei travaat. — ËtnUltisenienl ilei trtnlere tél»gr*phei aériens. — U télégraphie aérienne adoptée

tn Europe

u. IV, — Prftinpu du télégraphe aérien. — Mécanitme des %uux. — Vttcabulaire. — Inconvénient» de la télégraphie

lérlenue. — Télégraphie de nuit ,,.

t». V. — Découtcrte de l'éleclro-mapiéllsme. — Son appllca- Mn &u Jeu des télégraphe*. — Télégraphes de SchUIlng et l'Meilnder. — Uécuarrrlo de ['nlmantotlnn temporaire du fer. rélégreplir de M. Horw. — Etil dcIucI de la tdégrapliie élec- IX filait-Unlt . . , ,

Mb mx Kiaii

: et I

fer. I

lec- ■

B74 TABLE DES MATikRES.

Cbaf. VI. ~ La télégraphie électrique en Angleterre. — Télégraphe ékctriqne i dnq aiguilles, de M. Whealstone, pour le senice des chemins de fer. » Télégrai^e à cadran de M. Wheatitone, pour la correspondance générale. — Nouyeau télégraphe à aiguilles. — £tat actuel de la télégraphie électrique en Angleterre

Cbaf. VIL — La télégraphie électrique en France. — Lignes tâégraphiques établies en Allemagne, en Belgique et en Italie.

Qup. VnL — Le télégraphe sons-marin. — Pose du fil télégraphique entre Douvres et Calais en 18&0. ~ Reprise et fin des tn- Taux en l8St.— Télégraphe sous-marin entre l'Angleterre et l'Irlande, entre l'Angleterre et la Hollande, entre l'Angleterre et la Belgique. — Télégraphe sous-marin de Varna à Sëbastopol i travers la mer Noire. — Télégraphe sous-marin entre la France et l'Algérie. — Tentatives faites en 1857 et 1858 pour rétablis sèment d'un télégraphe sous-marin entre l'Europe et TAmériqn^'

— Insuccès des opérations

Chap. IX. — Description des appareils accessoires de la télégraphi'? électrique. — Pile voltaîque. — Poteaux. — Supports isolateor*.

— FU conducteur, etc. — Services rendus par la télégraphie éle. • trique. — Messages télégraphiques

lA GALVANOPLASTIE ET LA DORURE CHIMIQUE

Chap. !•'. — Découverte de réleclro-chlmle. — Voila. — Brugnatelll. — M. de la Rive. — Travaux de M. Thomas Spencer et de J acobi

CuAp. II. » Description des appareils employés dans la galTanoplastie. — Principales opérations galvanoplastiques. — Applications diverses de ces procédés :

Chap. 111. — Application des procédés galvanoplastiques i la dorure et à Targenture dts métaux. — M. de Ruolz et ses iravaui. — M. Elkiogton. — Dorure par immersion. — Dorure par \i pile voltaîque. — Emploi industriel des procédés de la dorun chimique. — Orfèvrerie argentée et dorée par les procédé Elkington et de Ruolx

Chap. I«r. — Travaux de Joseph Niepce. — Sa méthode pour l fixation des images de la chambre obscure. — Association d Niepce et Daguerre. — Mort de Joseph Niepce. — Travaux d

TABLE DES MATliAES. 375

Daguem.' — Gommimieation de la décoayerte de Dagaerre à rAcadémie des sdeiices de Paris ?02

Chàp. U. — Description des procédés de la photographie sar plaque métaUiqne. — Perfectionnements successifs apportés aux opérations du dagnerréotype 221

CiA?. III. — Photographie sur papier. — M. Talbot. — M. Blanquart-Évrard. — Description des procédés de la photographie sur papier. — Photographie sur yerre. — Papiers albuminés. — Papiers drés. » Gélatine. — Gollodion. — État présent de la photographie snr papier ^ 236

CiAp. IV. — Reproduction des couleurs par le daguerréotype. — Eipérience de M. Edmond Becquerel. — Recherches de M. Niepce de Saint-Victor. — M. llill et sa prétendue découverte de la reproduction photogénique des couleurs 248'

CiAP. V. — Application de la photographie aux sciences physiques et naturelles 268

CoAp. Vf. — La photographie au point de vue des arts 278

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