ÉTHÉRISATION
tnnwa est npus salure dolorem, a dît flippoiTalc. Uor*- ^e le pore de lu nii-decine exprioiail celte idi^e, il parlait •ealeinent de ce» pulliatif» in^uffisanU ou infidèles employÂs de ^on Lenip» pour atténuer, dans le cours di*s maladies, les effets de la douleur. La découverte de l'éttiéri- Mlton est venue donner à celte pen!>4!c une ïigniRcalioa phti précise, et de nos jours, en présence tli-t rfiullals ftmmis pAT la niiïthode iiméricaine, quelques esprits en- Iboosisslrs n'oni pas hésité à lui prêter te sens d'une lérilA absolue. Sans vouloir prendre au sérieui celle inlcifwélslion, qui se ressent un peu trop du tajiUcluae dei tniiversilés allemandes, ou ne peut cependant i'tiupécher de reconnaître dans la décuuierle de l'éUiérisatiuu U réunion des circonstances les pluâ étranges. Rieo, dan» aoa origine, dans ses débuLï, d^ni ses progrès, dans *ca développement, dans son ioslitution déQuilive, do rappelle les fornics et IVvoIution tiaÏMluelIn du* déeouverfei ordinaires. C'est dans un coin do nouveau inunde, loin âv celle Europe, siège exclusif et twa-ean des tcieuces, tju'elle voil iuopinément le jour, sans que rien l'ait préparée on annoocée, sans que le plus léger ludiir- ail fait preiteulfr on moment i'appnx-hc d'un étéD'iticul an>«i ^nt\t. Vie ae M produit pas dans le monde scienlifiquc «mu les auspices d'un nom brillaot ; c'est an pauvre et ifat^nal ■deoUxIe qui, le prrmier, noui lostmil de m merveille*,
180 D^COUTIRTES SOENTIFIQUES.
Toutes les inventions de notre époque se sont accomplies lentement, par des tâtonnements pénibles, par des progrès successifs laborieusement réalisés ; celle-ci atteint du premier coup ses dernières limites : elle est à peine connue et signalée en Europe, qu'aussitôt des milliers de malades sont appelés à jouir de ses bienfaits. La plupart des grandes découvertes de notre siècle ont coûté à Hmmanilé de nombreuses victimes; les machines à vapeur, les bateaux à vapeur, les chemins de fer, les aérostats, lapoudie à canon, le paratonnerre, toutes les machines merveilleuses de rindustrie moderne, nous ont fait acheter lear conquête par de pénibles sacrifices. Au contraire, Téthérisalion, bien qu'elle touche aux sources mêmes de la vie et qu'elle semble témérairement jouer avec la mort, n'amène pas, dans ses débuts, l'accident le plus léger; dans les applications innombrables qu'elle reçoit dès les premiers temps, elle ne compromet pas une seule fois la vie des hommes. Toutes nos découvertes sont loin d'atteindre d'une manière absolue le but qu'elles se proposent ; elles laissent toujours aux perfectionnements et aux progrès de l'avenir une part considérable. L'élhérisation semble, ao contraire, loucher du premier coup à la perfection et à ridéal; car non-seulement elle remplit complètement soo objet, l'abolition de la douleur, mais elle le dépasse encore, puisqu'elle substitue à la douleur un état tout particulier de plaisir sensuel et de bonheur moral. Quel étonriant contraste entre les opérations chirurgicales pratiquées avant la découverte de la méthode anesthésique et celles qui s'exécutent tiujourd'huisoussa bienfaisante influence! Qui n'a frémi au specUtcle que présentaient autrefois les opérations sanglantes ? Nous ne voulons pas attrister l'esprit de nos lecteurs de ce lugubre tableau ; mais seule ment que l'on compare entre elles ces deux situations si opposées, et que l'on dise ensuite si la découverte améri-
ÊTItËRlSATIOK. 1 S |
inc ii".i point dtjpassi! les liiDites ordin^ui-eiaeiil îiupo- Récs nux invL'nlions des hommes.
Qucllf s que soient les conclusions que l'on veuille Lîrer du rapprochement de ces faits, il faudra reconnaître aa moins qu'en nous doiinanl le pouvoir d'anéantir la dou- ', cet Ëlerncl enneiui, ce Ijrno nùfaste de l'humanité, l4 latitboilc aneslhésique nous a enrichis d'un bjenrait inappréciable, éternellement digne de l'admiration et de la reconnaissance publiques.
Cette haute opinion, qu'il convient de se former de la déccMJvcrIc américaine, aurait pu peut-être sembler exagérée à l'époque de ses débuts, nu moment oii l'annonce de ses prodigieux oiïets vint frapper le monde savant d'une torprise qui n'est pas encore eiïacéc. Mais aujourd'hui Imis les doutes sont levés, Plusieurs aimées d'études et 4'«p^rii'Di:csiiccoinplii>sdiin&loules les régions du monde, KKts les climats les plus opposés, dans les conditions les plO) diverses, ont permis d'instruire la question jusque dus ses derniers déLiils, et de résoudre toutes les diftt- Mlllés secondaires qui avaient surgi à l'origine. En AmériquB, «Il Angleterre et surtout en France, les Académies et les Sociéti^s savantes se sont emparées avec ardeur de ce brillant sujet, cl U|questioa est aujourd'hui Uxée dans tdtis des points utiles. Aussi le moment est-il parfaitement opiiortun pour présenter le tableau général de l'histoire et de l'état présent de cette belle découverte. Le temps nous place d^jà assez loin de ses débuts pour nous défendre de ï'eiiU-Dlm-mcnt d'un enthousiasme irréiléchi, et ùe plus il ooasa préparé un si grand nombre de renseignements et de bits, qu'il est maintenant facile de juger sainement et en connaissance de cause ce grand événement scîentifiqoc. It'ailleurs, une main savante a rassemblé tous les éléments de celle enquOte. M. Bouîsson, piofesseur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Monipel-
I8i DECOUVERTES SCIEXTIFIQL'ES.
lier, a publié en I80O, sous le litre de Traité théorique et pratique de la méthode anesthésique^ un ouvrage étendu dans lequel tous les faits qui se rallachenl à la découverte amcrfcainc sont étudiés d*une manière approfondie. Les recherches conlenues dans le livre du professeur de Monlpellicrnous permettront de donner à nos lecteurs une idée claire et complète de la découverte la plus inléressanlede notre siècle.
La question historique qui se rattacîie à la découverte de Téthérisation a soulevé aux États-Unis de longs et importants débats ; elle est devenue le texte de quelques publications qui, à ée point de vue, oirrenl un grand inlértl. Le dentiste ^VilliamMorlon a publié à Boston, en 1817, un exposé des faits qui ont amené la découverte des propriétés stupéfiantes de Téther. Le mémoire de Morlon sur la découverte du nouvel emploi de Céther sulfuriqne contient beaucoup d'assertions qui seraient d'une haute gravite ^i la critique historique pouvait les accepter sans contrôle. Par malheur, les témoignages invoqués par le dentisie de Boston ne sont empreints que d'une véracité fort douteuse, et c'est ce qu'a parfaitement démontré un nouvel opuscule publié en 1848 par les soins du docteur Jackson. MM. Lord, de Boston, sont les auteurs d'un Mémoire à consulter, qui a pour titre : Défense des droits du docteur Chaînes Jackson à la découverte de Véthérisation. Bien que très-eonfiisc et très-obscure, la dissertation des «ivocats du docteur Jackson fournil un certain nombre de documenis authentiques qui permettent de rétablir la vérité sur une question qui a longtemps agité et qui divise encore les savants américains. L'étude attentive que nous avons faite des diverses pièces rapportées dans ces deux opuscules nous donnera, nous l'espérons, les moyens d'éclaircir ce point de l'histoire de la médecine contemporaine sur lequel on ne possédait jusqu'à ce jour que des données contradictoires.
tTII£R[SATIOS.
Aboi ili)n$ fil coii$irqiient-p la question M^toriquir ; nous ■rri«orv>ns «nsuitt! à IVxposiliun ûvs fuils gc^néraux rjiiî consliliH'nt lu m^ltioUc anesthésique, considérée au point ■le we di- la science.
CIIViMTIIK fltlCMIEIl.
Jlojrm nncïlJii'BriUM cliei les «neif ne.
L'honneur d'une ilôconverte scicnliOriuc (icul rnri'niciil M rnpporicr aux efTorU d'un seul liOQimc; iircsqnc Ionjoan «ne longue sérîo de Iravatix isolés et snns biil sp^ dal l'ii iittiient r.isEi'riil)lé \es 6\6mfiiis, jusqu'il c>> qu'un InsHrd lii'ureti j ou uni' inluilioii piii-is.iiile vint la di^ga^er el lui donner sa forme el sa consliUition di^Iinilive^. Si l'on A*a [MIS suivi d'un n-il allciilir celle lenic el secrète àlalioratîon des bnscâ de rêdirice, il est difllclle de rccnnnallre Jet inntt^ri.iux siicccs^r^ qui ont ^cni !i relever, et l'on ne dUtin(Eue plus dts lors qiui le nom de celni qui fnl assez* heureux ou nsscï habile pour se placer à son soninu-t. C'est là ce qui explique l'erreur générale, qui atlriliue nu Kol Jackson U découverte ilc l'uneMhùsie. On a ignoré ou perdu de vue les traïaiis de se* devanciers, et l'on a fautiv«mcnl fillritiué à un seul homme la (çloîrc d'une invention qui Tul en r6a\Ué le réstillut d'un grand nombre d'cTforis collcclifs. Ccsernil, en effel, une grande erreur do s'imaginer que la r*i:heiche des moyens auesibésiqnes a]>[>3rlienn'.' exelusivcmenl à noire lîpoque. L'idée d'abolir uu (l'atléiiuer la douleur des opéralions esl aussi vielllâ qne la science, et depuis l'origine de la elilrurgie, elle n'avait pas cessé de préoccuper les esprits. Seulement la
184 UÉCOOYERTES SGIENTIFIQCES.
succès avait manqué aux nombreuses tentatÎTes dirigées dans ce sens^ et Ton avait fini par regarder ce grand problème comme tout à fait au-dessus des ressources deTart. Le savant philologue Eloy Johanneau a publié une note intéressante sur les moyens employés paries anciens pour rendre nos organes insensibles à la douleur. Il cite, à ce sujet, un passage de Pline, dont voici la traduction dans le vieux style d'Antoine du Pinet : « Quant au grand marbre du Caire, qui est dit des anciens Afemphitis^ il se réduit en poudre, qui est fort bonne, appliquée en liniment avec du vinaigre, pour endormir les parties qu*on vent couper ou cautériser, car elle amortit tellement la partie, qu'on ne sent comme point de douleur. » Mais Antoine dn Pinet n'osait pas croire, sans doute, à un eflet si surprenant, puisqu'il afliiiblit dans sa traduction le texte de Pline, qui assure positivement qu'on ne sent point de douleur : nec sentit cruciatum. Le tnéme Antoine du Pinet, qui a traduit aussi les Secrets miracles de la naivre,ci quia fait des notes marginales sur sa tmduclion de Pline, y cite messer Dioscoride, qui dit que cette pierre de Mempbis * est de la grosseur d'un talent, qu'elle est grasse et de diverses couleurs. Dioscoride ajoute que si on la réduit en poudre et qu'on l'applique sur les parties à cautériser ou h couper, ces parties deviennent insensibles sans qu'il en résulte «lucun danger. Cependant rien, dans les ouvrages de la médecine ancienne, ne confirme l'emploi de cette pierre de Mcmphis, qui pourrait bien être un de ces mille préjugés qui surprennent trop souvent l'opinion du crédule naturaliste de l'antiquité.
On ne pourrait en dire autant, sans injustice, de l'emploi fait chez les anciens de certaines plantes stupéûantes. Les propriétés narcotiques de la mandragore, par exemple, ont été évidemment coimues et mises à profit par ens pour calmer, dans, certains cas, les douleurs physiques.
ÉTIIÉRISATION. ISt
Pline (lit. en parlant du suc épaissi des baies de la mandragore : « On prend ce suc contre les morsuiTs des serpenis, aÏDM qu'nvnnt de souCTrir r.iinpulaIion ou la ponction de quelque partie du corps, alin de s'engourdir contre la douleur. 1) Dio*.coride el son commentateur Matthiole donocilt, À propos de cette plante, le mi^me témoignage : r II en l'sl, dit niofcoridc, qui Tout cuire la racine de mandragore avec du vin jusqu'à réduction h un tiers. Après avoir laissé flariiler In décorlion, ils la conservent et en adniîoistrenlBn verre pour Taire dormir ou amortir une douleur véhémente, ou bien avant de cautériser ou de couper un membre, alin d'éviter qu'on n'en sente la douleur. Il existe une autre espèce de mandragore appelée morion. On dit qu'en ninnFceant une drachme de cette racine, tnclangée avec des aliments ou de toute autre manière, l'bomiDc perd la sensation et demeure endormi pendant Iroifi eu quatre heures : les médecins s'en servent quand Us'ngit de couper ou de cautériser un membre.» La munie usertioD se retrouve dans Dodonée, d'où M. Pasquier a czlrail le passage suivant : u Le vin dans lequel on a mis tremper nu cuire la racine de mandragore Tnil dormir et apaise toutes les douleurs, ce qui fait qu'on l'admiuislre alilcment h ceux auxquels on veut couper, scier ou hrti- 1er quelques parties du corps, afin qu'ils ne sentent point la douleur (I). m
An moyen Age, l'art de préparer avec les plantes stupé- i flaoles des breuvages somnifères était, comme on le sait, poussé fort loin. On connaissait en outre quelques suhelances narcotiques qui avaient lu propriété d'abolir Ik sen»bilit(^. Ce secrel, qui exist-iit dans l'Inde depuis des temps rrculé«<, a\uit été apporté en Flurope. pendant les croisades, iet il est reconnu que les malheureux qui étifienl
(t) Bi'toiit det flantu. tnducllDD de ChurlM lie fRcluff. p. ii>'.
ISe DÉCOi:VERT£S SCIENTIFIQUES.
soumis aux épreuves de la question trouvaient quelquefois, dans l'usage de certains narcotiques, le moyen d'échapper à ces douleurs. Une règle de jurisprudeoce clablii que l'insensibililé manifestée pendant la torture est un signe certain de sorcellerie. Plusieurs auteurs invoqués par Fromman (1) parlent de sorcières qui s'endormaient ou riaient pendant ces cruelles manœuvres, ce que Ton ne manquait pas d'attribuer h la protection du diable. Dés le quatorzième siècle, Nicolas Eymerîc, grand inquisiteur d'Aragon, et auteur du Directoire des inquimtevrs, se plaignait des sortilèges dont usaient quelques accusés, et qui leur permettaient de rester insensibles aux souffrances de la question fè), Fr. Pegna, qui a commenté, en 1578. l'ouvrage d^Eymcric, donne les mêmes témoignages sur rcxislcnce et refficacilé de ces sortilèges. EnGn. Hippolytus, professeur de jurisprudence à Bologne en 1521. assure, dans sa Pratique criniiueile^ avoir vu de> accust-* demeurer comme endormis au milieu des tortures, «l plongés dans un engourdissement en tout semblalle à celui qui résulterait lîe l'arlion des narcotiques. Etienne ïabounau, contemporain de Pegna, a décrit également l'état soporoux qui dérobait les accusés aux souffrance de la torture. Sui\anl lui, il était devenu presque inulii^ (le donner la question, la recette engourdissante cun\ connue de tous les geôliers, qui ne manquaient pas lît \à ci>mmuniqu(T aux malheureux captifs destinés à >u:.: cette cruelle épreuve.
Cependant le secret de ces moyens ne paraît p;is a^ -' franchi, au moyen âge, la tri-^te enceinte des carb^Js. ti les chirui^gions ne purent songer sérieusement à en ii:'.parti pour épargner à leurs malades les ^ouIFrances c^? opérations. D'ailleurs les résultats fâcheux «pfentrair-t '^■
(P C.ilp piir Eu;^l>e Salverte, I>rfsc'cnrts r,ccultef, ch. xvii. (*^ Ih \'".'o/;*c r/f'v imj'fiiifeur.t partie III. p. 481.
aouvcrit l'.idniiriiïlriitKHi des iitrcnlii[iiOs ï.'opposaiL-iil à rd que leur usage ilevlnt gôm^nik La dépression profonrlc qu'ils cxcrccnl sur les centres nerveux, la slupetir, les ron- ^ftlioits sanguines (jui en sont la suite, les dirru-nllés in6 vitables dans la mesure île leur nilminlslralion, la lenteur dans 1.1 production de leurs elTcls, leur persIsLince, et les tccîdenl! auxquels relie persistance expose, durent em- .j(£chcr les rliirurgiens de tirer parti des nurcotiqnes .comme Hiicnls prophylactiques de la dnnicur. Aussi les létnoignages de leur emploi snnl-ils exIiCniemcnt rares ftins les t^erits de la eliirurgie de celle fpoque; Guy de IGhAUlinc, Ttriinns et Théodoric sont les seuls auteurs qui ilc»^ltlenti(innenl. Tliôodoric, médeein qui viviiil vers le inîfieu du lreii!it>me sicele, rccomin.inile, pour iilti^niier o,u ;ilbolîr les douleurs eliinirgicales, d'endormir le malade en ijil«ç.inl sons son nez une i^pnnKc inibiboc d'opium, d'oau <dt morelle, de jusquianie, de lailup. de mandragore, de Iramonium, elc. : on le révcillail ciisuile en lui Troltant ta nariaes avec du vinaigre, du jus de funoull on do » (t).
•■ Vtiiei le lexlc original qui spéiifie d'une manière prd- 'CiM la manière dnni se comportait Thi^odoric. J. Cunnppc, •MMecin dp Frnin;ois I", dans son on\rage imprimé à Lyon ■'0a IS33, le Gi'iilnn pour Ut harbicrt fl les ehîiurijim», dû- «rit ninsi, en parlnnt du rèi/hiic }Mmv trimeher un membre mmrtipé, le prori-diî mis en us.ige pnr Tlii^odoiic et seg imilnleurs :
■ Aiicunj, dit-il. comme Tlu'oiliiiir, li-nr dnnnenl mi'dCL-irie» Ofadormièu-s ({ui tes eiitlunniniî, nlln iiue ncsetilcnt incialon,
(I) t'n mr<)rrlfi .Irt cnvlroni de Toulmim, M. Iliarlnl, iiwiir* r.ntt «mpinjalL i^n IKV. ùt* imitcnn liialneuei ch« Im maloilM i|u'll Mumot* tait * quelque op^tutii-n j îl rappotle iiiiq cas Jan* iMqiiBl» M» opérM, trallr* de r*ile iii«nl*ri'. n rprouv^reiil «ucuii* rtoolfUT. {Jturaal Jr mi. derint ri df rl,lrurgir >!•• f™/'."", Jniiïler 181T.)
188 DÉCOUVERTES saENTIFIQUES.
comme opium, $uccus tnorellœ, hyoscyami, mandragorœ, ctnte, laciueœ, cl plongent dedans esponge, cl la laissent sécher «a soleil, et quand il est nécessité, ils mettent cette esfwnge en eau chaulde, et leur donnent à odorer tant qu'ils prennent sommeil et s'endorment ; et quand ilz sont endormis, iix font TopénUon; et puis avec une autre esponge baignëc en vinaigre et apptiçoée es ilarines les esveillent^ ou ils mettent es narines ou en l'ordlle, êuccum ruiœ ou feni^ et ainsi les esveillent , comme ilxdint. Les autres donnent opium à boire, et font mai, spécialement s'il est jeune ; et le aperçoivent, car ce est avec une grande bataille de vertu animale et naturelle. Tai ouï quUlz encourent manie, et par conséquent la mort. » ,
Cependant rhisloire de la chirurgie du moyen Age est muette sur remploi de ces pratiques; les préceptes de Théodoric restèrent donc sans application.
En i681, pendant qu*il professait àMarbourg, Tillastre créateur de la machine à vapeur, Denis Papin, écrivit un Traité des opérations sans douleur. Malheureusement ses ressources ne lui permirent pas de livrer cet ouviageà rimpression. En quittant TAllemagne, il le laissa à un de ses amis, le médecin Bœmer. Ce manuscrit, conservé d'héritiers en héritiers dans la famille de ce médecin, fui acheté pour quelques louis par le bibliothécaire de l électeur de Hesse. 11 figure aujourd'hui à la place d'honneur dans la bibliothèque de ce prince, et il serait bien intéressant de le voir livrer à l'impression.
Dans les temps modernes, à l'époque de la renaissance de la chirurgie, au milieu de toutes les grandes questions scientifiques qui commencèrent à s'agiter, on ne pouvait pas négliger le problème d'abolir la douleur des opérations. Aussi, k mesure que s'augmentent les ressources et l'étendue de l'arsenal chirurgical, on voit les praticiens s'occuper en môme temps de défendre les malades contre cette misérable boutique et magasin de cruauté^ comme l'appelait déjà Ambroise Parc. Mais une revue rapide des di-
ÉTUfiniSATlO.S.
vers moyeiis qui ont é\6 propnsés ou employés jusqu' jour pour alleindre ce bal, mouliern fm-ilecucnt que toutes les Icnlalives faites clans celle direction nvaienl écboué de' la manière In pUis complêle.
L't^ium, donl l'action narcotique a éU- connue de toiile anliquiti^, et que V.in ilclmont appelle un don spécifique iu Créateur, a été employé ii toutes les époques pour allé' Bnerl'aigtiillondcladouloiir.ThéodorieetUuy deCliauliac l^droiijist raient aux malades qu'ils se disposaient à opérer. Ucaucoup de chirurgiens imitèrent cet exemple, et nu siècle dernier, SassanI, chirurgien de la Charité, a beaii' coup insisté pour faire administrer, aiant les opérations graves cl douloureuses, uu narcotique appropriée l'âge, au leiTipératnenI et aux forces du malade. Mais la variabilité et l 'inconstance des effets de l'opium, l'excilatton qu'il provoque souvent au lieu de l'insensibilité que l'on recherche, son action toxique, les congestions cérébrales tiu.tquelles il expose, la lenteur avec laquelle s'efface l'impression qu'il u produite sur l'économie, tout conlribuail i bire rejeter son emploi de la pratique ebirurgiculc (1).
La compression a Hé assez souvent employée dans la clii rorgîe moderne pour diminuer la douleur pendant les grandes opérations, et surtout dans les amputations des membres. Elle était exercée ii l'aide d'une courroie forlement serrée au-dessus du lieu où les parties devaient élrfl dirisOes. Van Swîeleo, Teden et Juvel ont beaucoup recommandtS l'emploi de ce moyen. Mais la compression culaire, sans jouir des avantages de l'opium, présentait des incoaTénients plus grands encore ; car. à la douleur qu'oa eberchait à prévenir, et que tout au plus on atténuait fal- Ueoient, venait s'ajouter une nouvelle douleur, résultai
(I) Le ioftrut EfMk a »»[iÉtirafnté à Calcultn. rn IBiO, 1m narc tlquei 0|>liic<^« euDime tigenls d'knciiliéilt, «i l« résultat de* «ipfrienc ■ été entièrement débttirttljle.
f90 DÉCOUVERTES SCIETTIFIOIE?.
ininiêdial de celle compression mécanique elle-même.
Les irrigations froides, Vapplication de la glacf, onl s)ummU permis, non-seiilemenl de diminuer le mouvement fluxionnaire, mais encore de calmer la douleur. Uengoiirdi^sement parle froid provoque un certain degré d'ins^n- Mhililé. Après la bataille d*Eylau, Larrey remarqua, chez Ks nombreux blessés qu'il fut obligé d'ampuler par uo froid Irès-inlense, un amoindrissement notable deUdoub ur. Mais il est éftdent que ce moyen, fort imparfait dVillours pour produire une insen.>ibililé locale absolue, offre II* danger de compromettre la santé générale des malades.
Vinrsse alcotdique pouvait-elle, comme quelques chirurgiens Font espéré, amener des résultats plus sali>fdisanls?i»n s;ivail depuis longtemps que les luxalion^ se rodui>onl avec une facilité extrême et sans provoquer de douUur, chez les individus pris de vin. Haller rapporte plusieurs cas d'aecoucbements accomplis sans douleurs |Hn)dant rivrt^sse, et Deneux a observé un fait semblable à ri.Apilal dWmiens. Quelques chirurgiens onl même pratii;ue. dans les mêmes circonstances, des amputations r:i.nî î,î diMïleur ne fut point perçue par le malade. Pdandin se \it, il \ a plusieurs années, dans la nécessité de pratiquer î\.n)nntat:on de la cuisse à un homme qui fut apporté i^re- Uîorl à l HAtel-nieu. 1/individu resta entièrement inseosil le à To^vralion, et quand les fumées du vin furent dissi- IH es» i! se uïonîra pwfvudément surpris et en même tenin> t:v>artVge de la perle de son men^bre. Les faits de ce 4:e:îîv onl inspiré à quelques chirurgiens l'idée de provoquor artilieiellement l'ivresse pour soustraire les opérera riînprt*»ioiT de la douleur. Uieherand a conseillé, dms Ks luvuivnïx dii'îieiles à réduire, dVnivrer le malade pour ir iv^nîp^er de la rt^sislaui^o museulaire. Mais une telle penvo ne jHHivait rtvo\oir les honneurs d'une expérimenlatî.'U >or:euse : ri\res>e. même décorée d'une intenlioD
ÉTnÉmsATIOS.
lli(*rniirnt!iiu<', ne piiuvnil mirer fliiii* \v rudre de nns rcs- ] toutres médicales. Le dif-guAt profoml qu'elle inspire, l'é- ISt it'iniWcillilé Pt d'abrulifisenienl qu'elle cnlr»1nc, la dëgniiliilion «lonl elle est te lype, les n^acUons qu'elle oc- «isùiiiDe, (IcTaicnl b faire exclure du domaine de la,chi- VnrgiG. D'ailleurs l'nclion des .ilcoolirjues n'nmène pas loii> jours riflsemibilili^'. M. Longel n mis ce Tiiil hors «le ilovile «D expi^rlmenUnt ^ur tes nnimuiix, et un àc nos chirurgiens, fini avait cru ennoblir l'ivresse en la délerminant arec du vin de Clinmpngne. échoua comjilétemcnt dans ses teDlalive<> pour provoquer l'insensibrliti^ : le cliitmpa.suc additionné de liuidimum, malgrt^ de^ lîbalions abondantes, n'umena d'autre phénomène qu'une liilarilé désordonnée.
L'ivresse du hntchitcb est aussi insiifthante que celle du tin pour produire l'insen-ibililé, Ce n'est guère que sur tes ■ ficulU^s iiilellecluelies que se manireslc l'action de ce singulier prodnil; l'imagination reçoit sous son influence nn degré e.<ip".iordinairu d'exaltation, l'individu révc tout éveillé, mais ses organes resicul accessibles h la douleur.
Eu IITO, rerlains esprits enthousiastes e rurcnl pendant quelque lemps le problème qui nous occupe positivement t^Eolu. Mesmer venait d'arriver ti Paris pour y faire ronnattrc les merveilles du magnftiume animal. A\ec l'aide de •on élève, te docleur-rèpenl Rcslon. Mesmer remuait tout Ptri* et jetait ie^ esprits dans une confusion estraordinaire. Il serait hors de propos do rappeler ici les détails do cette curieuse histoire : le haqnel mapique, ces tiges d'at\er, ces chaînes de métal passives autour du corps des malndcs et dans lesquelles be.nicr}up de personnes voyaient autant de petits tuyaux destinés à conduire la vapeur d'un certain liquide contenu dans le baquet. On attribuait ii ros appnreils lanlasliques les plus merveilleux elTels ; les maux : de l'humanilé allaient s'évanouir comme par enrhaniemenl, b's opérations les pins cruelles seraïeul supportées.
192 DÉCOITERTES SaCNTinQUES.
sans la plus légère souffrance, les femmes devaient enfanter sans douleur. De nombreux essais furent tentés par les adeptes de ses doctrines, el par suite du mystérieux prestige que ces idées exerçaient sur certaines imaginations faibles ou déréglées, on signala quelques succès au miliea d'échecs innombrables. Ces jongleries, encouragées par des princes du sang et par le roi lui-même, durèrent plusieurs années.
Nous avons vu renaître, à notre époque, les prétentions du magnétisme animal en ce qui touche ses applicalicos à la médecine opératoire; mais il s'agissait cette fois de faits positifs ou du moins susceptibles de contrôle. £q 1829, une opération grave fut pratiquée à Paris pendant le sommeil magnétique sans que le malade en eût conscience. A quelque point de vue qu'on l'envisage, l'observation de M. Jules Cloquet est remplie d'intérêt, et Ton nous permettra de la rapporter.
Un médecin qui s'occup.iit beaucoup de magnétisme, M. Chapelain^ soumettait depuis longtemps à un traitement magnétique une vieille dame atteinte d'un cancer an sein. N'obtenant rien autre chose qu'un sommeil très-profond^ pendant lequel la sensibilité paraissait abolie, il proposa à M. Jules Cloquet de l'opérer pendant qu'elle serait plongée dans le sommeil magnétique. Ce dernier, qui avait jugé l'opération indispensable, voulut bien y consentir, et l'opération fut fixée au 42 avril. La veille et Tavanlveille, la malade fut m<ignétisée plusieurs fois par M. Chapelain, qui la disposait, lorsqu'elle était en somnambulisme, à supporter sans crainte l'opération, et qui l'amena môme à en causer avec sécurité, tandis qu'à son réveil elle en repoussait l'idée avec horreur. Le jour fixé pour l'opération, M. Cloquet trouva la malade assise dans un fauteuil, dans l'attitude d'une personne paisiblement livrée au sommeil naturel : M. Chapelain l'avait mise dans le sommeil
ETIIERISATIOS, 19S
ique; elle parlait avec betiiicoiip de calme de l'opOittlioD qu'elle allail stibir. Tout étanl disposé pour l'opérer, tUe se déshabilla et s'asslL sur une chaise. M. Cloquel iraliqua alors l'opération, qui dura dix U douze minutes. 'rnOant tout ce temps, )a malade s'entretînt Iranquillcneut avec l'opérateur et ne donna pas le plus léger signe le sensibilité : aucun moiivfment dans les membres ni lans tes [rails, ancun cbangemeni dans larespîriilion ni lans la voix, aucune variation dans le pouls ; elle conserva Inrariablement l'abandon et l'impassibilité uulomalique oii llle se trouvait quelques minutes avant l'opération. Le rangement terminé, l'opârée Fut portée dans son lit, où llle resta dcus jours enliers sans sortir du sommeil somumbulique. Alors le premier appareil Tut levé, la pluie (it nettoyée et pansée, sans que l'on remarquât chez la malade aucun signe de sensibilité ni de douleur; le magnéliseur l'éveilla après ce pansement, et elle déclara alors n'a- Foîreu aucune idée, aucun senlimenl de ce qui s'était passé. L'annonce de ce fait singulier amena la publiealîon de [nelques observations du même genre qui Turent accueil lie» r le public médical avec des senlimenls très-divers. !e)ut de ces faits qui paraît le plus authentique s'est passû
1 J842, dans un hôpital d'Angleterre. Voici le résumé île
!t le observation, qui est devenue le sujet d'une discussion
kla Société royale de médecine et de chirurgie de Londres.
James Wombel, homme do peine, ûgé do quarante-deux
is, souITrait depuis cinq ans d'une afTeclion du genou fow laquelle il cnlra h l'hôpital de Wellow. le 21 juin 18-12. Cette airection, très-avancée. n'éKiit curable que par 'aropulalioo. Un magnétiseur, M. Topliam, s'était assuré pic le sommeil somnambulique amenait chez ce! individu la étal manirestc d'insensibilité locale; il Tut donc décidé
|ue l'on essaierait de pratiquer l'opération pendant le som- Binsnétique. Elle Tut exécutée par M. Ward. Agr^s
19 4 DECOUVEUTES SCIEITriFlDUES.
avoir convenablement placé le malade, M, Topham le magnétisa et indiqua au chirurgien le moment où il pouvait commencer. Le premier temps de l'amputation se fil sans que l'opéré donnât le moindre signe de sensibilité; après la seconde incision, il Ot entendre quelques faibles murmures. Au reste, son aspect extérieur n'était nullement changé, et jusqi;'à la fin de l'opération, qui exigea vingt minutes, il demeura aussi immobile qu'une statue. Interrogé après l'opération, il déclara n'avoir rien senti.
Plus récemment, M. le docteur Loysel, de Cherbourg, a annoncé dans les journaux de celle ville, qu'il a pratiqué plusieurs opérations sous l'influence du sommeil magnétique, sans que les malades aient accusé la moindre douleur. Une amputation de jambe, l'extirpation des ganglions sou«maxillaires et diverses autres opérations moins importantes j ont été exécutées de cette manière sur des sujets d'âge, de sexe el de tempérament différents, que le sommeil magnétique a exemptés, selon Tauteur, de toute sensation douloureuse. M. Loysel invoque, à l'appui de ses assertions, le témoignage d'un gr«and nombre de personnes recommandables de Cherbourg, qui assistaient aux opérations. Ajoutons que M. le docteur Kûhnollz, de Montpellier, a observé dans sa pratique quelques faits du même genre, qui se rapportent à des opérations moins graves. 11 paraît enfin que des expériences faites à Calcutta, en 1850, sous les yeux d'une commission nommée par le gouvernement des Indes, ont donné au docteur Esdaile des résultats assez favorables pour l'encourager à poursuivre dans celte voie.
Tout cel* est assurément fort curieux, n-ais une seule réHexion fera comprendre qu'il était impossible d'introduire le magnétisme animal dans le domaine de la chirurgie. Le somnambulisme artificiel poussé au point d'amener l'insensibilité générale est im fait d'une rareté
ÉTUÉRISATION. 195
exlraonlinairc; c*esl une meneille qui ne se rencontre que de loin en loin et chez des imlividus (Kune or^nisalion spéciale. Un sujet magnétique^ selon les termes consacrés, est un phénix précieux que les maîtres de Part poursuivent avec passion sans le rencontrer toujours. 11 faut, pour répondre h toutes les conditions du prognimme magnétique, une nature particulière et tout à fait exceptionnelle. De là rîinpossibilité de faire franchir au magnétisme animal le seuil de nos hôpitaux. D'ailleurs le charlatanisme et la fraude ont perdu depuis longtemps la cause du magnétisme. Il y a certainement quelques vérités utiles à glaner dans le champ obscur de ces étranges phénomènes, et loul n'est pas mensonge jdans les merveilles que Ton nous a si souvent racontées à ce propos. Mais le magnétisme avail, dans Tignorance de ses adeptes et dans les abus qu'il ouvre h la spéculation et à l'imposture, deux écueils redoutables ; au lieu de les éviter, il s'y est engagé à pleines Toiles. La science moderne s'accommode mal de ces doctrines qui redoutent le grand jour de la démonstration publique, et ne dévoilent leurs merveilles qu'à l'abri d'une ombre propice ou dans un cercle de croyants dévoués; elle s'est éloignée avec raison de ces pratiques ténébreuses, cl le magnétisme animal appliqué à la prophylaxie de la douleur s'est vu refjiser, avec raison, l'honneur d'une expérimentation régulière. L'eûl-on d'ailleurs admis à cette épreuve, il est certain qu'il eût succombé, caries faits mômes que nous avons rapportés, et qui, pour quelques-uns de nos lecteurs, peuvent sembler sans réplique, n'ont pas manqué de contradicteurs qui ont trouvé dans la possibilité de feindre l'insensibilité, dans l'organisation de certains individus capables de supporter sans s'éniouvoir les opérations les plus cruelle^, endn dans la rareté excessive des cas de ce genre, des motifs suffisants pour rejeter les arguments tirés de ces faits, et pour repousser hors de la
196 DÉCOUVERTES SGI£XTIFIQU£S.
chirurgie la thérapeutique incertaine cl mystique du raagnétisme animal.
• Nous venons de piisser en revue la série des moycDS proposés à diverses époques pour atténuer la douleur dânsles opérations chirurgicales; on voit aisément que dqI d'eatre eux n'était susceptible de recevoir une application sérieuse. Les plus efficaces de ces moyens, tels que l'opium, la compression, l'application du froid, ne furent guère employés que par les praticiens qui en avaient conseillé l'usage. Après un si grand nombre d'efforts inutiles, deunt des insuccès si complets et si répétés, la science a\*ait finipv se croire impuissante. En t828, le ministre de la maisoo du roi envoya à l'Académie de médecine une lettre adressée au roi Charles X par un médecin anglais, M. Hickouis qui assurait avoir trouvé les moyens d'obtenir l'iasensiliH lité chez les opérés. Cette communication fut très-fflilV' cueillie, et, malgré l'opinion de Larrey, plusieurs mcffl* bres de l'Académie s'opposèrent formellement à ce qa^ y fût donné suite. Ainsi on en était venu à regarder codu» tout h fait insoluble le problème de l'abolition deladoBleur, et l'on croyait devoir condamner toutes lenlali^e><J< ce genre. On ne mettait pas môme en pratique leprtVepli de Richerand, qui conseille de tremper le bistouri «Itf' l'eau chaude pour en rendre l'impression moins doolooreuse. Le découragement était si complet sous ce rapp^^Hque l'on n'hésitait pas à engager pour ainsi dire l'aveoif. et à conseiller sur ce point une sorte de résignation. W ce qu'indique le passage suivant du Traité de la méd«î* ofjéraioire de M. Velpeau, publié en 1830 : « ÉviterUdcr leur dans les opérations, dit M. Velpeau, est une chimi" qu'il n'est pas permis de poursuivre aujourd'hui, bàlfr ment tranchant et douleur, en médecine opératoire^ ^ deux mots qui ne se présentent point l'un sans l'aatit
kÉTMËniSATION. 191
S malnrïes. et dont il faiil nécessairement admcl- " l'ussociatioD. H Tel était l'étal de la scienfre, lollo ëlail U siluatioo des
Krils, lorsque, pendant l'annexe (84G, la méthode ani-slique (Il tout d'un coup explosion. On comprend dès . la surprise que durent éprouver les snvanls h voir relia d'une manii^re si rormelle el si complùle un prolème qui avait délié les elTorU de lant de siticles, ii |lr positivement réalisée celle chimère depuis si long- Bipi abandonnée h l'imagination des poCles. L'bisloirc ta découverte de l'éthérisalion à noire époque mérite DC UDcaUcnlîon particulière. Les recherches qui l'ont leoée n'ont d'ailleurs rien de commun avec l'ensemble tmovens que nous venons de passer en revue, el qui se iffmaient tous dans le cercle de la médecipe uu de la ^rgic. C'est en cffel du luboraloire d'un chimiste qu'est irtie celle découverte extraordinaire qui devait exercer les procédés de la chirurgie une transformation si marquable.
CUAPITOEH
AgenU ano»lliéeiqoM dini Ie« lempa inodemei. " Eipfrlencea de Div> (ur le pruloijde d'aiote.
Od trouve dans l'histoire des découverle^ conlempoloes quelques géuies heureux qui ont eu le rare et élonprivilégo de s'emparer, dés l'orijçiiie, de lu plupart •s grandes questions qui devaient plus lard dominer la ienco entière. Tel fut Humphry Davyqui associa son nom fioniacra sa vie ii l'élude de la plupart des grands fjits ieotiQques qui occupent noire époque. Le premier, il le rôle immense que devaient jouer dans l'avenir
1'j8 decouveutes scientifiques.
les empiois chimiques de rélectricilé, cel agenl deslinéa chîinger un jour la face morale du monde. Son nom se Irouvc le premier inscrit sur la liste des chimistes dont \qs travaux ont amené la découverte de la photographie; il a le premier soulevé la discussion des théories générales dont la chimie est aujourd'hui le texte ; enfin, à son di'biH dans la carrière des sciences, il découvrit les faits extraordinaires qui devaient amener la création de la mélbode îincsthésique. ,
Comment Humphry Davy fut-il conduit à réaliser une découverte si remarquahle?
Davis Guilbert, Tun des membres les plus distingués lie Tancienne Société royale de Londres, passait un jour dans les rues de Penzance, petite ville du comté de Cornou-iilli"*. lorsqu'il aperçut, assis sur le seuil d'une perle, un jouoe homme à l'atlilude méditative et recueillie : cVlail Huml)hry Davy, qui remplissait, dans la boutique de lapolbicnire r>orlase, les mode.-Irs fonctions d'apprenti. Frappi de l'expression de se» traits, il l'aborda, et ne tarda pasi reconnaître en lui le germe des plus heureux talenls. Sorii en effet d'une très-obscure origine, et malgré dos conditions très-défavorables, le jeune apprenti avait déjà acconipli, sans secours et dans l'isolement de ses réfloxionf. quelques travaux préliminaires qui dénotaient, p('Urlc> sciences physiques, les dispositions les plus brillanles.
Cluiiberl était lié, à cette époque, avec le docteur P-eJdoes, ehimiiile et médecin, dont le nom a joui d'un corlain crédit à la (in du dernier siècle. Quelques mois auparavant. Beddoes venait de fonder à Clilton, petit bourg situé aai euNÎrons de Bristol, un établissement coniiu souslenc«ai û* Institution pneumatique^ consacré à étudier les propriétés médicales des gaz. Personne n'ignore que c'est *■ Angleterre, par les travaux de Cavendish et de Priesllej, que les fluides élastiques ont été découverts pour la prf*
ETIIERISATION. 1S9
miére fois. A la On du siècle dernier, l'élude do celle forme nouvelle de la malière avait imprimé aux travaux scienlitlqucs un élan considérable ; les recherches sur les gaz se succédaient sans interruption, et les médecins s'appliquaient en môme temps à étudier, dans le domaine de leur art, les applications de ces faits. D'un autre côté, Lavoisier venait de créer en France sa théorie chimique de la respiration, éclair de génie qui illumina la science entière et vint prêter aux travaux sur les fluides élastiques un intérêt de premier ordre. C'est sous l'influence de cette double impulsion que le docteur Beddoes avait fondé son Institution pneumatique. Cet établissement renfermait un laboratoire pour les expériences de chimie, un hôpital pour les malades destinés à être soumis aux inbalations gazeuses et UD amphithéâtre pour les leçons publiques. Il avait été élevé à l'aide de souscriplipns, salivant l'usage anglais. James Watt, un des principaux actionnaires, îivait exéculé loî-méme, dans les ateliers de Soho, les appareils servant à la préparation cl à l'administration des gaz. Pour diriger son lab^)ratoire, le docteur Beddoes .ivait besoin d'un chimiste habile : OuilbiMt n'hésita pas à offrir cette place au jeune apprenti, et c'est ainsi que le 1" mars 1798, Huniphry Davy, à peine Af:é de vingt ans, quitta l'obscure boutique où s'était écoulée une partie de sa jeunesse, et vint débuter dans la carrière où raltendait tant de gloire. Dans VInstitution pneumatique^ Davy fut spécialement chargé d'étudier les propriétés chimiques des gaz et d'obscn'cr leur action sur l'économie vivante. Par le plus singulier des hasards, le premier gaz auquel il s'adressa fut le protoxyde d azote, c'est-ii-dire cehii de tous ces corps qui exerce sur nos organes l'action la plus extraordinaire. Uien, parmi Ks faits qui existaient alors dans la science, ne permettait de prévoir les phénomènes étranges qui vinrent s'offrir à son observation.
200 DÉCOUVLRTES SaSKTIFlQCBS.
Il commença par faire une élude approfondie des propriétés et de la composition du protoxyde d'azote, et par déterminer les procédés les plus convenables pour robtenir. Il s'occupa ensuite de reconnaître ses effets sur li respiration. C'est le li avril 1799 qu'il exécuta cet essii pour la première fois, et constata la propriété enivrante de ce gaz. IF éprouva d'abord une sorte de vertige, mais bientôt le vertige diminua, et des picotements se firent sentir à l'estomac ; la vue et l'ouïe avaient acquis un sorcrolt d'énergie. Vers la fin de- l'expérience, il se développa un sentiment tout particulier d'exaltation des forces musculaires : l'expérimentateur ressentait un besoin irrésistible (l'agir et de se mouvoir. Il ne perdait pas complètement la conscience de ses actions, mais il était dans une espèce de délire caractérisé par une gaieté extraordinaire et par une notable exaltation des facultés intellectuelles.
Les faits observés à cette occasion par Humphry DiïJ sont devenus, selon nous, le point de départ de là méthode anesthésique; nous devons donc les faire connaître avec quelques détails. Dans l'ouvrage étendu qu'il publia à cette occasion en 1791), sous le titre de Recherches chimiques i^ foxyde nifreux et sur les effets de sa resjjiratiouy Humphrj Davy donne le résumé suivant de sa première expérience:
« Après avoir préalablement bouché mes narines et vidé mû poumons, je respirai quatre quarts de gaz (i) contenus dans un petit sac de soie. La première impression consista dans une pesanteur de tctc avec perte du mouvement volontaire. Mais une demi-minute après, ayant continué les inspirations, ces sjmptùmes diminuèrent peu à peu et firent place à la sensation d'une faible pression sur tous les muscles; j'éprouvais en môme temp dans tout le corps une sorte de chatouillement agréable qiii>.' faisait particulièrement sentira la poitrine et aux extrémités. Ui objets situés autour de moi me paraissaient éblouissants de lo-
(0 Le quart anglais équivaut h 1 <>>, I.
ÊTnïnisATton. ioi
>crc cl lu scna de l'ouïe avait acijiiis un siiicroit de Gncâse. aa le» domières inspirations, ce rlialoiii Ile ment augmenta, je twnttf une pxBltalion (ouïe particulière dans le pouvoir inuskire, et j'éprouvai un besoin iri(.'9isliblc d'agir. ■ Je ne me souviens que Irés-coiirusdment de ce qui suivit : je !• wulemcnl que mes gestes élaienl violcnis et désordonndj. lUees cfTelB diiiparurent lorsque j'eus suspendu l'inspiratioQ du I ; dix minutes aprts, j'avais lewuvré l'i-Ut naturel de mes jnHt; la sen&alion du chalouillemenl dans les membres se dnlint seule pendant quelque temps.
* J'avais Tait celle expérience dans la matiniïe ; je ne ressenlis Ddant tout le reste du jour aucune Tatigue, et je passai la nuit (ut va repos complet. Lu lendemain, le souvenir de ces dilTé- Ut elTeis élait presque elTacc de ma mémoire, et si des noies MÎi immL'diulcmenl après l'expérience ne les eussent rappelés BMl souvenir, j'aurais douté de leur rëalilé.
niJe croyais pouvoir mettre quelques-uneg de ces impressions |9 le compte de la surprise et de l'enthousiasme que j'avais ■Mvét, lorsque je ressunlii ces émotions agréables au moment ■je m'attendais, au contraire, à (éprouver de piînibleî sensa-
eUaia dem autres expériences faites dans le cours de fa ée, en m'armant du doute, me convainquirent que ces eiïels ^cal positivement dus h l'ocllon du gaz. ■
iXs gfiE ijui nvait servi à celle première expOricncc élait fBA d'une cerlaîne quniililé d'air; Humphr; Dan' respira MqacB jours après le proioxyUe li'azolc pur.
' le respirai alors, dit-il, le gaz pur. Je ressentis immédiate- ■>! une sensation s' étendant de In poitrine aux extrémités; "■cuvais dans tous les membres comme une sorte d'cxagéra-
* du sens du lad. Les impressions perçues par le sens de ta ' Paient plus vives, j'entendais distinctement tons les bruits Ift chambre, et j'avais tres-bicn conscience de tout ce qui '■Ivlruniiait. Ij; plaisir augmentant pai- degrés, je perdis tout ^ort avec le monde extérieur. Une suite de fraichi's et rapides 'ges passaient devant mes vent; elles se liaient ^ des mots infini et formaient des peiceptlons toutes nouvelles pour moi. •Ulaisdansun monde À parL J'élais en train de faire des théu-
* et des découvertes quand je fus éveillé de cette extase délite par le docleiuKinglake qui m'âtatesacde lalKiucbe. Ala
202 DÉCOUVERTES SUERTIFIQUES.
\ue des personnes qui ni*cn(ouraîcnt, j'éprouvai d*abord im sentiment d'orgueil, qjies impressions étaient sublimes, et pendant queltpies minutes je me promenai dans T'ipparlcment^ indifférent à ce qui se disait autour de moi. Enfin, je m*écriaiaTec la foi la plus vive et de Taccent le plus pcnéti-c : Rteii tCexi*te qiie lapetiiéc; Vunwers n* est composé quecTidées^d'imprcssûmsdt plaisir et de souffrance.
« II ne s'était écoulé que (rois minutes et demie durant celle expérience^ quoique le temps m'eût paru bien plus long en k mesurant au nombre et à la vivacité de mes idées ; je n'avais pi» consommé la moitié de la mesure de gaz, je respirai le reste avant que les premiers effets eussent disparu. Je ressentis des sensilions pareilles aux précédentes ; je fus prompteinenl plongé dans l'extase du plaisir, et j'y restai plus longtemps que la première fois. Je fus en proie pendant deux heures à Texliilaration. J'éprouvai plus longtemps encore l'espèce de joie déréglée décrite plu$ haut, qui s'accompagnait d'un peu de faiblesse. Cependant elio ne persista pas ; je dînai avec appétit, et je me trouvai ensuiie plus dispos et plus gai. Je passai la soirée à préparer des exit'liences ; je me sentais plein d'activité et de contentement Dooi:i.' heures à deux heures du matin, je m'occupai à transcrire le ré^it détaillé dos faits précédent?. Je reposai très-bien, et le lendemain jiî me réveillai a\ec le sentiment d'une existence délicieuse i|»i se maintint toute la journée, »
Davy continua pendant plusieurs mois ces curieuses oxpéi icnces. L'e.\hilaration et Texallalion de la force musculaire étaient les phénomènes qui marquaient surtout l'éMl étrange où le plongeait la respiration duprotoxyde d'azuie.
a Jusqu'au mois de décembre, dit-il, j'ai répété plusiouts foi> les inspirations de gaz. Loin de diminuer, ma susceptibilité po-ir ses efl'cts ne faisait que s'acroilre; six quarts étaient le volume de gaz qui m'était nécessaire pour les provo(|uer, et je no |»r.jlongeais jamais les inspirations plus de deux minutes et demi^*. . Quand ma digestion était difficile, je me suis trouvé deux ou trois fois péniblement afTecté par l'excilalion amenée par le gaz: j'éprouvais alors des maux d'estomac, une pesanteur de tète et de l'excitation cérébrale.
« J'ai souvent eu beaucoup de plaisir à respirer le gaz dms k
ETUERISATION. 20 3
silence et robscuritt^^ ab^^oiix^ par des scnsalions purement idt^alcs. Quand je faisais des exporirnccs devant quelques personnes, je me suis trouvé deux ou trois fois péniblement alTecté par le plus faible bruit ; la lumière du î^oleil me paraisî^ait d*un ^clat fatigant et difficile à supporter. J'ai également ressenti lieux ou trois fois une certaine douleur sur les joues et un mal de (lents passager. Mais lorsque je respirai le gaz après quelques excitations morales, j'ai ressenli des impressions de plaisir véri- ' taLlement sublimes.
« Le 5 mai, la nuit, je m'étais promené pendant une heure au milieu des prairies de l'A von; un brillant clair de lune rendait ce moment délicieux, et mon espiit était livré aux émotionsles plus douces. Je respirai alors le gaz. I/efl'et fut rapidement produit. Autour de moi les objets étaient parfaitement distincts, seulement la lumière de la lampe n'avait pas sa vivacité ordinaire. La sensation de plaisir fut d'abord locale ; je U perçus sur les lèvre;{ et autour de la bouche. Peu à peu elle se répandit dans tout le corps, et au milieu de l'expérience elle atteignit à un moment un tel degré d'exaltation qu'elle absorba mon exi»tence. Je perdis alors tout scniiment. Il revint cependant a.^scz vile, et « Ressayai de communiquer h un assistant, par mes rires et mes gestes animés, tout le bonheur que je ressentais. Deux heures après^ au moment de m'eiulormir el placé dans cet état intermédiaire entre le sommeil et la veille, j'éprouvais encore comme un souvenir confus de ces impressions délicieuses. Toute la nuir^ j'eus des rêves pleins de vivacité el de charme, et je m'éveillai le matin en proie à une énergie inquiète que j'avais déjà éprouvée quelquefois dans le cours de semblables expériences. »
Celte impression extraordinaire produite sur le système nerveux par linspiralion du protoxyde d'azote devait amener à penser que ce gaz aurait peut-être la propriété de suspendre ou d'abolir les douleurs physiques. C'est ce que Davy ne manqua pas de reconnaître. Il raconte, dans son livre, qu'en deux occasions il fit disparaître une céphalalgie par rinhalation de son gaz. II employa aussi ce moyen pour apaiser une douleur intense causée par le percement d'une dent de sagesse. « La douleur, dit-il, diminuait toujours après les quatre ou cinq premières inspirations;
20 4 DÉCOUVERTES SCISHTIFiQUES.
le chatouillemenl venait comme à rordînaire, et la douleur était, pendant quelques minutes, effacée par la jouissance (1). » Plus loin, Hvimphry Davy^fail la remârqae suivante : « Le protoxjde d'azote paraissait jouir^ entre autres propriétés, de celle de détruire la douleur; oo .pourrait probablement l'employer avec avantage dans les opérations de cbirurgie qui ne s'accompagnent pas d'une grande effusion de sang (2). »
Si ce dernier passage n'eût été perdu dans le trop long exposé des recherches de Davj, et noyé dans les détails d'une foule d'e:(pérîences sans intérêt, la création de la méthode anesthésique n'aurait pas eli à subir un demisiècle de retard. Mais cette observation passa entièrement inaperçue, et toute l'attention se porta sur les effets étranges produits par le protoxyde d'azote sur les facultés intellectuelles. Pendant plusieurs mois, on s'occupa beaucoup, en Angleterre, des effets physiologiques de ce gai, qui reçut, à cette occasion, les noms de gaz hiiarant, gcz du paradis, etc.
La réputation de V Institution pneumatique commençait à se répandre, et Cliflon était devenu le théâtre de nombreuses réunions. Les malades et les oisifs affluaient chez le docteur Beddoes ; la présence de Coleridgc et de Soulhey ajoutait à ces réunions un attrait particulier, et Davy trouvait dans le commerce de ces deuxpoCtes un heureux aliment à ses goûts littéraires. On voulut essayer, à Cliflon^ de connaître les phénomènes singuliers annoncés par Davy, et l'on se mit en devoir de répéter ses expériences. Coleridgc et Southoy se soumirent des piemieiis aux inhalations du gaz hilarant, et ils ont décrit leurs sensations dans quelques pièces de vers imprimées dans les œuvres de Coleridgc. Plusieurs autres personnes éprouvèrent aussi les effets indi-
(1) Hechefches sur l'oxyde nitreux, p, 465.
(2) IbUt,,\i. 5SG,
£tuIrisation. ios
qués par le chimiste de Drislol : mais quelques-unes ne resHenlirenl que des impressions douloureuses, d'autres nVproHvèrenlabsoIumenl rien.
Ces exp<iricnccs furent répétées en mfime temps dnns plusieurs autres villes de l'An^çlelerrel Ure, TennanI et lloderwood (Sprouvérent les inl>mes sensations que Davy.
En France, les inlïnies essais furent moins heureux. Proust cl Vnuquetin, Orfila et Tlienard, ne ressentirent que des impressions douloureuses, qui alIèrent.mCme jusqu'ù menacer leur vie.
Une société de médecins et d'amateurs se forma it Touiome pour répéter eu grand les expériences de Da^y. Les 'Mnillals très-divers qui furenl obtenus mirent hors de .tfoutc In ditTérence des effets physiologiques produits par OB gaz selon tes dispositions individuelles.
Ueuxsénnccs Turent cousncrées !ices essais. Dans la preni^tc. six personnes respirèrent le gaz, el douze dans la VECoode. Voici le résumé des procès-verbaux tenus à celte LSion :
Pnmière sMner. — Le premier sujet a perdu connaissance dèi là troisième insiùraiion ; il a Tullu le soutenir pendant^cinq miîmb»; il i>'est luvé ensuite IrëB-ratigut! elnc se rappelant a
Ïrouvé nuiru cbose qu'une ddraillance subite et un liutlenient lU les lumpcB,
LfiBoconiIsujcIa trouvi!qiic lo gatpossi'ilait une saveur sucrée ^ea mime ti-nips slypiiquc; il a ressL'nli beaucoup du chaleur | . 4uiilB poitrine; ses veines su sunt gonflées, son puùls s'est ac- (tiUré, les objets paraissaient lOumer autour de lui. ' Le Inisiùine n'a senti la »iveuf sucréi! qu'2k la première inspî- . MJoa ; it a ensuite éprouvé do la clialcur dans la poitrine el una Vira Kus«lit>n du plaisir; après avoir aliandonné la vessie, il a ^é pris (l'un violent accès île rire.
Ue quatrième a conscrvi! l'impression de la saveur sucrée pendant qualoi-zc heures; il a eu dos vertiges, ses jambes sont restée! ] «r/nM*.
Le cinquième, en quittant la vessie, a éprouvé des éblouisse- J iv. Il
106 DECOIVERTLS SCIENTIFIQUES.
ments^ puis une sensation de plaisir s'est répandue dans tout son corps; il a eu les jambes avinées.
Le sixième a conservé toute la journée la saveur douce du gaz; il a eu des tintements d'oreilles, une pesanteur d* estomac et \v^ jambes avinées. Au totale ce qu'il a ressenti lui a paru plus pénible qu'agréable.
Seconde séance. — Douze personnes ont respiré le gaz, et plusieurs à deux reprises : quelques-unes l'avaient déjà respiré daib Il première séance; toutes^ indistinctement^ en ont été piusuu moins incommodées. M. Dispan, qui dirigeait la séance^ décrit ainsi ce qu'il éprouva lui-même : « Dès la première inspiratiuo, j'ai vidé la vessie, une saveur sucrée a, dans l'instant, rempli raa bouclie et ma poitrine tout entière, qui se dilatait de bien-ètn*. Jai vidé mes poumons et les ai remplis encore; mais à la troisième reprise, les oreilles m'ont tinté, et l'ai abandonné laves^^ie. Alors, sans perdre précisément connaissance, je suis demeuré un instant promenant les yt ux dans une espèce d'étourJisseiniiil suurd; puis je me suis pris, sans y penser, déliais de rire tels qtie je n'en ai jamais fait de ma vie. Après quelques^ecoudes, ce besoin de rire a cessé tout d'un coup, et je n'ai plus éprouvé le moindre symptôme. Ayant réitéré l'épreuve dans la même séance, je n'ai plus éprouvé le besoin de rire. Je n'aurais fait que lonibir en syiicopa, si j'eusse poussé l'expérience plus loin. »
Des essais du môme genre furent répétés à la niême époque par beaucoup d'autres savants, et Ton put se convaincre ainsi que les effets physiologiques du protoxyde d'azote variaient selon les individus. Aux Etats-Unis, M. Mitchell et plusieurs autres personnes respirèrent le gaz hilaraot : ils furent frappés, comme Davy, de sa propriété d'exciter le rire et de procurer ui^e sensation générale agréable. En Suède, Berzelius ne remarqua rien autre chose que la saveur douce du gaz. A Riel, Pfairelplusicuri de ses élèves confinnèrenl les résultats obtenus par Dav}. L'une des personnes qui l'avaient respiré, dit Pfalf, fut enivrée très- vite et jetée dans une extase extraordinaire et des plus agréables; quelques-unes résistèrent davantage. Le professeur Wù'zer ressentit seulement de la gène dans
ETIIL&ISATIOX. 2^7
la poilrÎDe et un sonlimeot de compression sur les tempes. Plusieurs de ses auditeurs qui essayèrent, à son exemple, de respirer le gaz, eurent des sensations assez différentes, mais tons accusèrent une gaieté insolite suivie quelquefois d'un tremblement nenreux. Ces résultats contradictoires peuvent s*expliquer en partie par Timpureté du protoxyde d'azote dont on faisait usage. La décomposition de Tazotale d^ammoniaque, à laquelle on avait recours pour la préf-aration de ce gaz, peut en effet donner naissance à quelques produits étrangers, et notamment h de Tacide hypoazolique, dont Taclion irritante et suffocante rend compte de certains effels d'asphyxie partielle obser\és dans ces circonstances.
A dater de ce moment, les inhalations gazeuses devinrent une sorte de mode dans les cours publics et dans les laboratoires de chimie. Mais le gaz hilarant pouvait exposer aux divers accidents mentionnés plus haut; on chercha donc à le remplacer par un autre gaz qui, tout en jouissant de propriétés analogues, fût exempt de ces dangers. Il serait fort difficile de dire comment et à quelle époque se présenta l'idée de substituer au gaz hilarant les vapeurs d'éthcr sulFurique ; il est certain néanmoins que quelques années après, les élèves de chimie dans les cours publics, les apprentis dans les laboratoires des pharmacies, étaient dans l'habitude de respirer les vapeurs d'élher, eonmie objet d'amusement, ou pour se procurer cette ivresse d'une nature si spéciale qu'amenait l'inspiration du protoxyde d'azote. La trailition qui confirme celle pratique est encore vivante en Angleterre et aux Klats-Unis (I).
(I) C*e»t probablement d'après cer^ faits que la méilocine commen(:n, à cette époque, à tirer parti de l'éllier sulfuriquc employé en vapeurs. Vers l'Année 1820, Anglfu)n , proresseur de toxicologie h Montpcllirr, prescrifait les vapeurs d'ether ctmtre le.s douleurs névralgiques; il so servait, à cet etTet. d'un (lacim de Wolf à deux tnlmlurei». Selon M. Duméril, le docteur Desportes conseillait aux phthisiques les inhalations
SOS DEGOUVEUTES SGIE!CTIF]QCE$«
Elle est d'ailleurs mise hors dé doute par un article imprimé en i815 dans le Quarteriy Journal of Sciences^ attribué à M. Faraday. Il est dît dans cet article, que si l'on respire la vapeur d'élher mêlée d'air atmosphérique, dans uo flacon muni d'un tube, on éprouve des effets semblables à* ceux qui sont occasionnés par le prot oxyde d'azote; l'action, d'abord exhilarante, devient plus tard stupéfiante. L'auteur ajoute que ce dernier effet peut devenir grave sous l'influence de l'éther, et il cite l'exemple d'un gentleman qui, pour s'élré soumis à son action, tomba dans une léthargie qui se prolongea pendant trente heures et menaça sérieusement la vie.
Ainsi les propriétés enivrantes et stupéfiantes du protoxyde d'azote étaient connues depuis le commencement de noire siècle, et l'on savait, en outre, que les vapeurs d'éther jouissent de la môme «iction physiologique. Ces faits étaient si bien établis, que les élèves des laboratoires se faisaient un jeu des inhalations éthérées. En outre, Hurapbiy
d'éther, et il en obtenait des efl^ets sédatifs. En Angleterre, le docte:ir Thornton était dans Tusage, à la même époque, d administrer, entre autres remèdes pneumatiques, la vapeur d'éther; l'un de nos safanti contemporains a raconté que le docteur Thornton l'avait soumis à et traitement pendant sa jeunesse. Ainsi, l'emploi des inhalaUons éthéréci comme remède interne était entré d'une manière assez sérieuie dans it pratique médicale. Enfin, l'cippareil qui servait à administrer les vapeurs d'éther était à peu de chose près le même que celui qu'ont employé les chirurgiens des États-Unis, dans les premiers temps de la méthode ânestbésique. Dans l'article Ëther du Dictionnaire des sciences médicaies public en 18i5, Nysten décrit ainsi cet appareil : f H consiste en un petit " flacon de verre à deux tubulures, à moitié rempli d'éther. L'une des « tubulures reçoit un tube qui s'ouvre d'une part dans l'air atmosphe- « riqueet plonge de l'autre dans l'éther. L'autre tubulure opposée à la « précédente est courbée en arc, de manière que son extrémité, deve- « nant horizontale, le malade la reçoit dans sa bouche, et c'est par elle « qu'il respire. L'air atmosphérique introduit par la première tubulure « traverse l'éther et s'imprègne de sa vapeur qu'il porte dans les voies « respiratoires. • C'est, comme on le verra plus loin, l'appareil que les chirurgiens américains ont employé au début de la méthode anesthésiqiie
ÉrnïitisATtoN. iti
lyavy nvait signalé la propriété rcmarqiinble dont jouil 1q piz hilarant, d'abolir la douleur physique, el il avait proposé de s'en servir dans les opérations chirurgicales. Les Uétnents d'une grande découverte commençaient donc h rassembler. Que Tallait-il faire pour bàler ses progri^s? lamcllre i l'expérience l'idée émise à lilre de proposi- >a par Huinphry Davy, c'est-ii-ilirc administrer le prol- Iji'de d'azote dans une opération chirurgicale. C'est ce Ut fil Uorace Wels, et c'est pour cela que le nom du Ùl(i&lc de llarlTord doit être inscrit aprcs celui de Daiy ir la liste des bouinies qui ont concouru h la ciêaliou du méthode aueslbésique.
CHAPITHE III.
Ipixlenrc il'Hornre Wrls, A l'hApltal du Boiton .irvc le gnz liltatani ■ Sfiala dn CtiHilcs Jacksnn. — tnlrevu« de J^cksun et du ilvnlis Winum Morlun. — f tanin» emplui* de l'étbur tomme ageni onei
Honicc Wels eserçnitsa proression h Tlartford, petite ville I comté de Connecticut. Il avait résidé quelque teni| & \DS la capitale des Ëtals-Unis, à Ilostop, comme associé I dentiste Villiam Morton. Miiis l'association n'avait pas
rospéré, et il avait dû rctonnier dans sa ville natale. C'est qu'an mois de novembre 1841, il lui vint & l'esprit de iriUvr It; fait énoncé par Uavy, relativement k l'aboliliuii ) lu douleur par les inhalations du proloxydc d'azote.
( sar lui-mCme le premier essai : Il respira ce f;nz ; une lis sous son inlluence. il se (il arracher une dent, et ne
tuenlit aucune douleur. \ la suite de cet essai favorabli;,
il pratiqua la môme opération sur douze ou quinze personnes avec un succès complet. Horace Wels assure môme qu'il employa dans le môme but rélher^sulfuriquo; mais ce composé lui parut exercer sur Téconomie une action trop énergique; sur les conseils du docteur Marcy, il rononça, s'il fiiut Ten croire, à en faire usage, et il ^Vn tint au gaz hilarant.
Assuré de refficacité de ce moyen préventifde la douleur, Horace Wels partit pour Boston, dans rinlenlion de faire connaître sa découverte à la Faculté de médecine. En arrivant à Boston, il se rendit chez son ancien associé Morlon, et lui fit part de ce qu'il avait observé. 11 vil le môme jour le docteur Jackson, qu'il instruisit des nk^mes faits. Il se rendit ensuite, accompagné de Morlon, chez un professeur de la Faculté, le docteur Georges llaywanl. et lui proposa d'employer le gaz hilarant dans Tune de ses prochaines opérations. M. H:ïy\vard accepta celle offre avec empressement : seulement aucune opération ne (levait avoir lieu à l'hôpilal avant deux ou trois jours; tronvanl ce délai trop long, Horace Wels et Morlon allèrent trouver un autre professeur," le docteur Charles Warren. Celui-ci accepta la proposition sans difficulté : « Tenez, leur dit-il, cela se rencontre à merveille ; nos élèves >f réunissent ce soir à l'hôpital pour s*amuser à respirer lîe l'éther. Vous profiterez de l'occasion, et vous trouverez l:i des spectateurs t^ut'prôls pour une expérience publique. Préparez donc votre gaz, et rendez-vous à TamphilhéAIre. Nous ferons l'essai sur un malade à qui l'on doit extraire une dent.
Tout se passa comme il avait été dil. Le soir venu. Morlon prit ses instruments, et se rendit avec son confrère à la salle des opérations. Les élèves étaient déjà réunidepuis longtemps. Horace Wels administra le gaz au oialade, et se mil en devoir d'arracher la dent.«Mais par suile
ETllÉHiS.tTlON. i
dr b varbliililt^il'iirliondiijiJ'Oluxvile-d'jiziitc!, cm pïii l'i-ITel ] de sa mauvaise pr^parntion, le gaz ne prudiiisil aucun Millat ; 1(! pnlitint [invissa des cris, Its speclRleur-s se mirent ] AtissilAl à rire et h silHer, et la sfianc^ se Icrmina k lu corf liwton dti innlticiirciix opérateur.
Horace Wels se retira !e cœur serré. Le lendemain il Ht ]
reoietlre k Morton st^s insirumenis, et repartit pour Hnrl- ' <fbrd. L« triste résultat de celte expëi-Ience et le chagrin iqnll «éprouva de son échec lui occasionnèrent une grave ;3tmhiilie. lU'venu ii In santé, il abandonna sa profession de ■JenlUtc et se mit à diriger une exposition d'oiseaux.
- Co n'est f|ue deux ans après celte époque que le nom du dncleur Jackson apparall pour la première Fois dans t'hiï- 'Itûred*^ l'élliérisatlon. Rci;u docteur en médecine Ji l'uni- >*crsité d<- llarwnrd en iHîH, CItarles Jackson avait été de lionne heure attiré en Europe par le désir d'y perfixlionotT ses (.onnaissaDces. Il avait séjourné quelques an- i >'liè«sàParisct !i Vienne, s'occupnnl de l'étude des sciences ■accessoires il la médecine, et particulièrement de géologie i •«t Ac rhimie. De retour h Boston, il ne liirda pas & abandonner la méderine pour se consacrer tout entier h des iniTiiux de chimie analytique et de géologie. Les belles recUcrches qu'il exécuta ;iir In géologie de plusieurs cou- ' (rets des Étals-Unis le firent bienlflt distinguer dans celte partie des sciences, cl sa réputation parvint jusqu'en Eu- i rope, où il étuit connu comme le plus habile des géologues ] américains. Nommé inspecteur des mines du Michigan, il ouvrit à Boston des cours publics de cliiuiie, et il recevait dam son laboratoire un certain nombre d'élèves qui s'cserçaienl, sous sa direction, aux Iravaiix de chimie. j
Lesexpéricncc» de Davy surlegaz hilarant, les lenlativea j dHorace Wels pour tirer parti des propriétés de ce ga;:, I eaRn la conna)>aance générnlemenL répandue en Amérique I de l'iiresse particulière occasionnée par les vapeurs d'é- I
212 PÉCOUVERTES SaEKTinQUÊS.
ther, amenèrent Charles Jackson à examiner de plus près ces faits, dont Timportance était facile à comprendre. Il essaya sur lui-même l'action de Téther, et reconnut ainsi que son inspiration, faite avec les précautions nécessaires, ne s'accompagne d'aucun danger. En effet, bien avant qu'il songeât à s'occuper de cette question, l'ivresse amenée par réther sulfurique éiait, comme nous l'avons dit, généralement connue en Amérique, mais elle était regardée comme dangereuse. Des jeunes gens qui, dans les laboratoires de chimie, aN-aicnl respiré trop longtemps les vapeurs d'éther, en avaient éprouvé des résultats fâcheux. Le docteur Mit^. chell rapporte qu'à Philadelphie, quelques enfants, ayant versé de réther dans une vessie, la plongèrent dans l'ean chaude pour vaporiserrétheret respirèrent la vapeur qui se forma; il en résulta de graves accidents, et la mort même en fut la suite. Ces faits étaient loin d'être isolés, et le danger attaché aux inhalations de l'éther était unanimement reconnu par les chimistes et les médecins américains. Or, dansTexpérience qu'il ut sur lui-même en i 842, Jackson eut occasion de se convaincre que les accidents observés dans ces circonstances ne devaient se rapporter qu'à l'oubli de quelques précaulionfi indispensables, et que les vapeurs d'élher peuvent être respirées sans inconvénient quaud on les mélange d'une certaine quantité d'air atmosphérique. En même temps il reconnut beaucoup mieux qu*on ne l'avait fait avant lui le caractcre de l'ivresse amenée i^ar l'éther, son peu de durée et l'insensibilité qui l'accompagne.
Dans une lettre à M. Joseph Abbot, le docteur Jackson rapporte ainsi l'expérience qui le conduisit à ces observations fondamentales.
« L'expérience qui me fit conclure que l'éther sulfurîqiic pi"0duisait l'insensibilité fut faite de la manière suivante : Je pris une bouteille dether sulfurique purifié que j'avais dans mon labou-
tntË.axTioti. fis
ICtIre ; j'allai du» mon cabinet, je verni ie cet ûher sur nn mur-
Se linge, et, l'««iDt prw»é légèrement, je m'assis dans une
nue. Atant apposé nu \èle en arrière nir la berceuse, je
li mes pied» sur uae chaue, de manière que je me trDU(as.<«
■ une position lise; je plaçai aJoni le morceau de loile ïur
bouche et eous mrs nannes, et je commentai i respirer
nilber. Les cffcU que je iMscnlis d'abord furent un peu de loui.
Mb de la tniklieur, qui (ut «uivie d'une sen^lion de chaleur,
I nte vint bienidt de la douleur à la tèle et dans la poitrine, des
liies de rire et du Tertige. Mes pieds et mes jambes ëtaii-nl
lagonrdis et ine«ni^ibles ; il me ^niblail que je flottais dans l'air;
tentais plus la berceuse sur laquelle j'élais assis. Je me
tl. pendant un espace de temps que je ne paUdèfiuir, dans
élat de rêverie et d'insensibililé. Lorsque je rerins, j'avais
[otin du vertige, mais ptiiot d'envie de me mouvoir. La toile
1 contenait l'êlber fiait tombée de ma bouche ; je n'avais plus
douleur dans la potirinc ni dans la gorge ; mais je ressentis
lOtAt un tremblement iniriprimable dans tout le corps; le mal
gon;e Et de poitrine revint biculAt, cependant avec moins
lalensilë qu'auparavant.
« Comme je ne m'étais plus aperçu de la douleur, non plus H it» objets extérieurs, peu de temps avant et après •pic j'eus lu connaissance, je conclue que la paialjsie des nerfs de la dbililé lerait si grande, tant que durerait cet êlal, que l'on ouïrait opérer un malade soumis à l'influence de l'ùltuT sans rilpe»seni!l la moinde douleur. Me fiant l&-MJessus,jo prescii- I l'emploi de l'éther, persuadé que l'expérience serait coiinnée do succès (l). "
Déjà, avant celte époque, M. Jacksoo avnil respiré quclnefuiiUs vapeurs U'élber, non pas à titre d'u^cut (trâvent de Li douleur, mais simplement comme reniëde-inlt- >mo(liqu^, car ce moyen élail déj& en usage depuis lluîcurs années chez les médeeinsdcs Klats-t'nis. Ayant <n DO jour recours à l'élher pour combattre un iliuilic riulcol, ticcompagi^é d'une couslriclion pénible des pouions, il prolongea les înspiralîons plu» qu'à l'ordinaire et
|l) Pf/in^t tiei droili ilu d-jclrur Charliri T. Jackfin fi la d^'n-trlÉ t Cétliiritaiton, par IM ittxtt Lord, wniclller*, P' 111.
214 DÉCOUXEBTLS SClENTtFiOULS.
resscnlil quelques effets d'insensibilité. Il est probable que ce fui là le fait qui lui donna l'idée d'examiner de plus près Tatlion de l'élher sur l'économie. Au resie, ce dernier point est encore assez obscur par suite des explications tout à fait insuffisanles fournies par M. Jackson sur les circonstances qui ronl»amené à reconnaître l'action stofi*fiante de Téther.
On peut donc résumer dîins les termes suivants la part qui revient au chimiste américain dans la décou)'erte de la méthode anesthésique : Jackson établit beaucoup mieux qu'on ne l'avait fait avant lui la nature de l'ivresse élhérée, et mit à peu près hoïs de doute ce fait capital, assez vaguement aperçu jusque-là, qu'une insensibilité générale ou locale est la conséquence de cet état particulier de roconomie; il reconnut, en outre, le ten>ps trèscourt nécessaire pour amener cette ivresse, la rapidité avec, laquelle elle disparaît et le peu de danger qui Taccomj . i;ne. On ne peut nier que la découverte de la méthode aneslhésique ne se trouvât contenue presque tout entière dans l'applicalion de ces faits.
Tout nous montre cependant que ces idées étaient loin, à celle époque, (le se présenter à l'esprit du docteur Jaikson avec la simplicité el l'évidence que nous leur pKlons ici. Quatre années se passèrent sans qu'il songcAlà les soumettre à un examen plus sérieux. La possibilité de tirer parti de Téther dans les opérations chirurgicales existait donc dans sa pensée plutôt comme opinion théorique que comme vérité expérimentalement établie. Itien ne lui était plus facile, s'il en ertt été autrement, que de vérifier ses prévisions en administrant Téther^ à un nialade soumis à quelque opération chirurgicale. Il nVn lit rien, el se borna, quatre ans après, h indiquer, à titre de simple conseil, l'élher comme pro])re à faciliter rexéiulion d'une opération de faible iniportimce.
ÉTUÉRISATION. S15
Au mois de février 1846, un de ses élèves, Joseph Peabody, souffrait d'un mal de dents, et, redoutant la douleur, voulait se faire magnétiser avant l'opération. Le docteur Jackson lui parla de l'éther sulfurique comme d'un agent utile pour détruire la sensibilité ; il lui donna même les instructions nécessaires pour purifier ce liquide et pour le respirer. L'élève promitxle s'en servir, et de retour dans son pays, il commença, en effet, à distiller de l'éther dans cette intention; mais ayant trouvé, dans les ouvrages qu'il consulta, toutes les autorités contraires à l'idée de son mailre, il renonça à son projet.
Six mois après, le docteur Jackson trouva un expérimentateur plus docile. Ce fut le dentiste William Morton.
Une polémique très-animée s'est élevée entre Morton et Jackson à propos de la découverte de l'ancslhésie. Les deux adversaires ont éch.nngé un grand nombre de lettres et deux ou trois brochures destinées à défendre leurs droits respectifs à la priorité de cette invention. Par les soins des deux parties, une enquête minutieuse a été ouverte, et selon l'usage américain, on a produit des deux côtés un grand nombre de témoignages assermentés {affidavit), La comparaison attentive de ces divers documents permet de fixer le rôle que chacun d'eux a joué dans cette grande affaire. 11 est parfaitement établi pour nous, en dépit de ses assertions contraires, que Morton ne savait pas le premier mot de la question de l'anesthésie, lorsque, le i*' septembre 1846, le docteur Jackson lui communiqua, dans une conversation, toutes ses idées à cet égard. Comme l'entretien de Jackson et Morlon est, au point de vue historique, d'une importance capitale, on nous permettra de le rapporter; il est facile de 1? rétablir, grâce aux dépositions assermentées qui en ont consigné les termes.
Le 1" septembre 1846, le docteur Jackson travaillait dans son laboratoire avec deux de ses élèveâ, George Bar-
«tl6 BÉCOCVEaTES SaSHTiriQUES.
ncs et James Mac-Intyre, lorsque William Norton entn dans la salle et demanda qu'on voulût bien lui prêter m petit sac de gomme élastique.
— Il vient de m'arriver, dit-il, une dame fort timorée qui redoute beaucoup la douleur et qui demande à être magnétisée avant l'opération. Je crois qu'en remplissant un sac d'air atmosphérique et lui faisant respirer cet air, j'agirai sur son imagination et pourrai pratiquer mon opération tout à mon aise.
Ayant reçu de M. Jackspn le sac de gommée élastiqoe» Morton demanda comment il devait s'y prendre pour le gonfler.
— Tout simplement, dit Jackson, avec la bouche oa bien avec un soufflet. Mais, continua le docteur, votre projet me paraît bien absurde, monsieur Morton ; votre malade ne se laissera pas tromper si niaisement, et vous n'aboutirez qu'à vous rendre ridicule.
— Je ne voi^ pas cela, reprit Morton ; je crois, au contraire, que mon sac bien gonflé d'air aura une apparence formidable, et que je ferai ainsi accroire à ma cliente tout ce qu'il me plaira.
En disant ces mots, il mit le sac sous son bras, et le pressant plusieurs fois avec le coude, il montrait de quelle manière, il se proposait d'agir.
— Si je peux seulement réussir à lui faire ouvrir la boache, je réponds d'arracher sa dent. Ne connaissez-vous pas la puissance des eff'ets de l'imagination? Et n'est-il pas vrai qu'un homme est mort par le seul efl'et de sa frayeur, lorsque, après avoir légèrement piqué son bras, pour simuler une saignée, on y fit couler un filet d'eau chaude?,
Gomme il se mettait à. raconter les détails de ce falL Jackson l'interrompit :
— Allons donc, monsieur Morton ! je ne pense pasqtfj vous ajoutiez foi à de pareilles histoires. Renoncez à cetf/
iTIliRISATION. 217
idée ; voos ne réussirez qu'à tous faire dénoncer comme imposteur.
n y eut ici une pause de quelques instants. Le docteur reprit alors :
— Ne pourriez-vous essayer sur votre malade le gaz hilarant de Davy ?
— Sans doute, répondit Morton. Je connais les propriétés de ce gaz, car j'assistais à Texpérience d^Horace Wels. Hais pourrai-je réussir moi-même à le préparer?
— Non, répondit le docteur; tous ne sauriez tous passer de l'assistance d'un chimiste. Vous n'obtiendriez, sans cela, qu'un gaz impur, et tous n'aboutiriez qu'à une déconvenue, comme il arriva à ce pauvre diable d^orace.
— Mais, vous-même, docteur, dit Morton, ne pourriezvous avoir la bonté de me préparer un peu de ce gaz ?
— Non, j'ai d'autres afKiires.
— Au fait, dit Morton terminant l'entretien, je m'en soucie peu. Je vais toujours me servir du sac.
Et, sur ces dernières paroles, il se dirigea vers la porte et sortît, balançant à la main son sac de caoutchouc.
Pendant qu'il s'éloignait, Jackson se ravisa. L'occasion lui parut bonne sans doute pour tenter une expérience : décisive ; Tinsoucieux et entreprenant dentiste convenait parfaitement pour un essai de cette nature dont Tissue a pouvait devenir fâcheuse et dont il redoutait pour lui- 3 même les conséquences et la responsabilité. U sortit du b^ laboratoire et rappela Morton, qui se trouvait déjà dans -^ la me. Ils rentrèrent tous les deux dans le laboratoire^ »-« — Écoutez, Morton, dit le docteur, j'ai quelque chose sj demfeux à vous proposer. J'ai depuis longlepips une s idée en tôte, et vous êtes l'homme qu'il faut pour la mettre à exécution. Allez de ce pas chez l'apothicaire Burnclt, xr et achetez une once d'éther sulfuriquc. Prenez surtout f ^ l'éther le plus pur, c'est-à-dire celui qui a 614 \:e.^V\^fe ^'»:fc
fis BéCOUYERTES SCUHTUriQUES.
une seconde distillation, versez-en un peu sur un mouchoir, el fiiiles-le respirer à voire malade. Au bout de quatre ou cinq minutes, vous obtiendrez une insensibilité complète.
— De réther sulfurique I ditMorlon. Qu'est-ce que cela? Est-ce un gaz? En avez-vous un peu ? Monlrez-m*CD, je vous prie (1).
Le docteur Jackson alla prendre dans une armoire un flacon d^élher et le montra au dentiste, qui se mit à Texaminer comme s*il n'en avait jamais vu.
— Votre liquide, dit-il, a une singulière odeur. Mais êtes- vous bien convaincu que j'obtiendrai reffet dont vous parlez, et que les malades ne peuvent courir aucun risque ?
Jackson répondit du succès, et àTappui de rinnocuilé de rexpériencc, il rappela que les écoliers du collège de Cambridge, qui étaient dans l'habitude de respirer l'étlier par amusement, ne s'en étaient jamais trouvés incommodés.
Morton ne paraissait nullement rassuré, et son interlocuteur faisait tous ses efforts pour le persuader.
— Je crains fort, disait le dentiste, d'incommoder ma cliente.
— N'ayez aucune crainte, répondait Jackson ; j'ai fait cette expérience sur moi-môme. Après une douzaine d'iu-
(1) Pour comprendre l'importance de ce mot de Morton, il faut MToir qu'après le succès de la méthode aneslhésiqUe, ce dernier ayant revendiqué pour lui seul l'honneur de celte découverte, assura qu'il avait fait des e\périenced avec l'ctiier dès l'année 1813. Il e«t asseï singulier dès lors que, pendant sa conversation avec Jackson, il ne connaisse point réther et demande si c'ert un gaz. Pour expliquer cette contradiction, Morton a avancé plus tard que son ignorance, sous ce rapport, était simulée, et qu'il voulait seulement tenir ainsi ses expériences cachées an docteur Jacki^on qu'il savait occupé du même sujet. Tout cela parait fort invraisemblal)Ie, et dans tous les cas cette réUcence ne dépose guère en faveur de la sincérité du dentiste.
tTUiulSAXlaH. Ht
ipiralions, rotrc malade s'alTaisscra sur sa chaise el (ombt>ra dans nne insensibilité absnlup. Vous en ferez alon lOUl ce que vous voudicz.
Les deux élùves du Jackson, George Bames cl Jatnen le-Iotyre, s'élaienl rapprochés dans cel înlGi-rnlIe, et £coDtnient la conversation, Morton s'adressa h l'un dVux : — Croyez-vous, Mac-lnljre, que celle eiptfricnce soîl HUIS danger, el osericz-vous la tenter sur vous-même ? ^Ccrlainemenl, répAidit l'élève.
— Mais, reprit alors Jacksou, il y a un moyen bien simple de TOUS convaincre du peu de danger de celle expérience. Enfermex-vous dans volrc cabinel, versez del'clbersnr inouchnir el lespirez-le pendanl quelques minutes, s ne larderez pas à ressentir les ciïets que je vous ance. Tenez, ajoula-l-il, rela vaudra mieux encore : pi'tit iipparf^il, l'inspiration des vapeurs sera lus Encilc.
El il lui remit un llacon do Wolf à deux ouvertures, luni de SCS tubes de verre.
•^ C'est bien, répondit Morlon ; je vais tout de suite en lire ressai,
tx dentiste se rendit du même pas k la pharmacie de tnrnelt et achcin une once d'éther sulTurique. II rentra lui, s'enferma dans son cabinet, et, s'il Taut t'en il lit sur lui-m^me l'expérience.
■ AasiadanslL' rauleuild'upéralions, je commençai. dilMortcn, rafiirer l'êlher. ie le Irouvai tellement fotl, <|u'il me suITuk en partie; mais il produisit un cl1ctdi'cidL>. J'ensalurai mon luctioir, 1 1 ji- t'iiitinlai. Je regardai ma montre ; je perdis tiicnoannilMaïu-e, En n'vennnt h mol. je sentis de reni;oiit'di9se' !lit dans nu'9 jnmbii, avec une sensation semblable A un :in«r.J'aiiiitiïdoimé le monde entier pour (luequcligu'un niveiller. Je crus nu monicul que j'allais mourir dam el que le monde ne ferait <juc me prrndre un pItW ou nuner en ridicuK- ma rnlk. A la fin, je senti» un l^er cbalouil-
210 BicouvEETBS sastnifioUES.
lement de sang àrextrémité de mon doigt, et je m'efforçai de k toucher avec le pouce, mais sans succès. Un deuiième effort m'amena à le toucher, mais sans éprouver aucune sensalk». Peu à peu je me trouvai solide sur mes jambes, et je me sentis revenu entièrement à moi ; je regardai sur-le-champ i mt montre^ et je calculai que j*étais demeuré insensible Tespace de sept ou huit minutes (1). »
Heureux de son succès, Morton s'empressa de l'aononccr aux personnes employées dans sa maison, et il stlendit ayec une impatience facile à comprendre qu'un malade voulût bien se prêter à une expérience plus complète.
L'occasion s'offrit le soir même. Â neuf heures, un habitant de Boston, nommé Eben Frost, se présenta chci lui souffrant d'un violent mal de dents, mais craignant la douleur et désirant être magnétisé pour ne rien sentir.
— J'ai mieux que cela, dit Morton.
11 versa de l'éther sur son mouchoir et le fit respirera son client. Celui-ci ne tarda pas à perdre connaissance. Un de ses confrères, le docteur Hayden, qui avait voulu être témoin de l'expérience, tenait une lampe pour éclairer l'opérateur. Morton prit ses instruments et arracha une dent barrée qui tenait par de fortes racines. La figure du patient ne fit pas un pli. Au bout de deux minutes, il se réveilla et vit sa dent par terre. 11 n'avait ressenti aucun.) douleur et ne pouvait se rendre compte de rien. 11 demeura encore vingt minutes dans le cabinet du dentiste, et sortit parfaitement rerais, après avoir signé un certificat constatant le fait.
Morton était transporté de joie. Le lendemain il courut chez Jackson pour lui raconter l'événement : il ne pensait pas encore à réclamer pour lui seul la pensée derinvco-
(•) Mémoire mr la découveiHe du nouvel emploi de réihêr suifiinque, par W. Morton, p. 17.
ÉTHËniSATION.
É|| nv voulait pas encore iMrc lu li'lc d'une diicoudont il n'ûvuit Oléque lebrus.
Jackson iiL' parut pas siirpris le moins du monde.
~— Je vons l'avais dil, répondit-il sans s'émouvoir diiniilBge.
tls coinmenctyrenl alors h s'enti-elenir des moyens de poitrsiiivre les applications d'un procédé si remarquable el si nouveau.
^ Je vais, dll Murlon, employer l'étherche;! tontes les pftnonnes qui se présenteront à mon cabinet.
— Voilh qui est parfait, dît Jackson, mais cela ne snmi point. Allez, Mns pins larder, chez le docteur Warren, ebirurçien de ^h(^pital général; Taites-lui part de ce que KRts «verrait, et propoï.eK'lui d'employer l'éthcr dans une l^iénitioti sérieuse. Pci^onne ne croirait à la valeur de ce procéflë) si l'on se liornnit à l'employer pour nne opi^raioo aussi simple que celle d'une extraction de denl. Il irme souvent que les malades n'éprouvent aucune dou- Itiir, »i cette opération est Tnilc avec promptitude et par m lour de main adroit. On meltniit donc le défaut de sennbîltlé sur le compte de l'imagination. 11 faut donner an polilic une démonstration tout à Tait s.-ins réplique.
Le dentiste faisait beaucoup d'objections pour se rendre Il J'bûpiLil.
— Mais si nous allons Taire à l'bApilal une expérience publique, lout le monde reconnaîtra l'odeur de l'étber, et IKrirA déronverle sera aussilAt divulguée. Ne pourrait-on pM ajoutera l'éther quelque arôme étranger qui en dîssimiil«t l'odeur?
— Oui, ri'pondit Jackson en rianl, quelque essence bwiçBise, romnio l'essence de roses un de néroli. Après l'Ap^raliun, le malade exhalera un parfum de roses, el le public ne saura plus que penser. Mais sérieusement, ajouta heitaoa, crojeï-TOu» que j'aie l'intention de faire fc mon
ttt DÉCOUVEETBS SCIUITIPKHTIS.
profit le monopole d'une décoa^erte pareille? Détrompezvous. Ce que je vous ai commaniqué, je rannoncerai i tous mes confrères. »
Morton se décida enfin à se rendre à l'hôpital. Il vil le docteur Warren, et lui raconta son opération de la veille : seulement il ne dit pas un mot de la part que M. Jâckson avait eue dans la découverte, et s'en attribua tout l'honneur. Acceptant avec empressement la propositioo du dentiste, le docteur Warren promit de saisir la première occasion qui s'offrirait d'emplover l'éther dans une opération chirurgicale.
En attendant, Morton continua d'administrer l'éther aux clients qui se présentaient chez lui. Pour son second essai, il éthérisa un petit garçon qui ressentit un peu de malaise et éprouva quelques vomissements. On fut obligé de ramener le petit malade en voiture; la famille s'alarma, et un médecin déclara qu'on l'avait empoisonné. Les parents étalent furieux, on parlait d'attaquer le dentiste devant les tribunaux; le succès de nouvelles opérations, dont le bruit commençait à se répandre dans la ville, calma heureusement cette émotion.
Cependant le moment approchait où l'expérience décisive devait s'accomplir à l'hôpital de Boston. Morlon employa cet intervalle à faire construire, avec TassistaDce de M. Gould, médecin versé dans les connaissances chimiques, un appareil très-convenable pour l'administration des vapeurs éihérées. C'était un fiacon contenant une éponge imbibée d'éther, muni de deux tubulures et portant deux soupapes inversement pLicées pour donner un accès à l'air et une issue à la vapeur.
C'est le U octobre 1846 que le docteur Warren exécuta celte expérience mémorable, en présence de tous les élèves de la Faculté de médecine et d'un grand nombre de praticiens de Boston. "L'opération devait avoir lieu à dix
ÉTiiÉnisATioN. m
hporp»; Morlon se fil longlemp*; .nH(?n<1r{'. Il onlrn enfin AU Rinmeiil nCi le cbinirgien, n'espériint plus le voir arritrr, allai! procéder h l'op^rnlton; it Iciiait h la tnaiit l'appareil que le fabricnnl veniiil seulement de terminer. Otunl au docteur Jackson, il ne parut point: Morlon «mil 6tA taeKHger infidèle; H n'avait pas prévenu son OOaffi're, qui élnil parli ce jour-là pour les mines du Mapyland.
L'opfralion se fit avec un bonheur complet. MoHoo ftjrant appliqué le tube aspirateur sur la buiiche du malade, nosftnbibiliti-S se maniTcsta au bout de trois minutes. Il «"■fessait d'enlever une lumeur volumineuse du cou. Le dlirurglen Ht iine incision de trois poueiïs, et commença à 4i8«£qufr lus tissus h travers les nerrs et li>s nombreux fftûseaus de cette région. Il n'y eut. de la pari du palîent, aucune expression de douleur ; sculcmenl il commença, Apr^s les premiers coups de bislmiri, à proférer des pajôles Incohérenles, et parut agit6 Juiqu'.\ la (In de l'opdnlton ; m.iis il déclara, en revenant h lui, n'avoir senti rien «oliNï cliose qu'une espL>ce de grallemenl. Des acctama- Uons et des applaudissements retentircDt aussitât dans la Mite, et les specL-iteurs se retirèrent en proie aux immolions les plus vives.
Li^ lendemain, une autre expérience fui exécutée dans le même bApital, par le docteur Hayward, sur une Pemm» qui portait une tumeur au bras. L'inspiration des vapeurs Ait continuée pendant tout le lemps de Topéi-alion ; il n'y «al aucun signe de douleur ; quelques murmures se firent Hitmdre il la tin de l'opéralion, mais à son réveil, la malade les attribua h un rêve pénible qu'elle avait ééc\Bn n'avoir rien senlî.
I^ 7 novembre, le docteur Bigelow pratiqua, avec 1'*- Iher, une amputation de cuisse. Le même jour, il lut à la Société médicale dn Itoslon un mémoire détaillé
;.. - ".,- i«.-: .-. •: - r ir:*M:i«.»a fut dès ce moment une
.a c« Or I i -t." i~-i«:i^ 5«:n nom à une conquêle scien- : : r-: i i-^-* :rv:LT*Â:j<i- •: 1 2.^'nciir qui lui revenait pt-ur . ..• '.;.:. >■ î*.'i "i-i'-ir^cff dudace. le momcnl de sa -• ^:>i;.« .:. -•: s: ^i^-- : 7»:. -". n dentiste William Morlon. : ••: .. *-^^: 7»: :>c-r :r n: -C loiiî^r à >on profit Une dé- :-.::-- :■:. :»? i-' î77UJ":=-i:r i ! h'^imanité tout enlièn*. i .'u : ?*; zt^ti'i:- i».*:^ .1 siave;jar%îe illibérale d'un :--:-. '.z:^.: i-i-i r:Ci'i-:e «fe Unis ceux qui toui "L'-:. ' ù." :•- :*i :.:iiit". r^-i^^iu : ainsi il neconsenlail • :.r-. • :.' .1 :•.«;- -r'!-' ri<e c»:'^ qui auraient le movcn :.: -' :•: :- ■.:'^:. Ld •;:%;:e'^ Ja«:kson résista loag- : :> 1 ■ : :i- ^a . r', i«:c':u><r: cison>-le, cependant, . ■• : :":i' V. Jj':is:c allr-jue p^-ur exco^c : ■ ..::>: i i. ->:.' ::^'i:vr ?'>n nom >ur le brève! . • ■ ■ :. . ■ : - >-< :••:. y i k :r.:-rite lie riri^enui-n. . :.. .-. ■ . :f. ■^•* l'-ix t;i:--r:ii< repiéfent».
• ;> ■■;- . ; : :-' f^^r^ ^^r:,^ ce ;r.i:i:::;f c-'.i-
: "> : V. • . M ï:iv. eu; fc: ohjrco ce 5-ll:i::îc: -r
: -v : . 1 i.:? >. : • ^ :£:i\ M. iL^i-ij rAv\"ate que lor^î^'-
! 1 .. :; .. '.i. .-'j.- idv àt>..c r«:ur *c •in.ciàcr iiCeciri-itr
. ..■•■:. ... .f ■.."•:c-j. ij:.'. ■.; de ces prtjusrt-s. vieux»'. i:*i .1 . .< ;. .7:.s .. iif.c-.v.;*, o».:iire les ireveîs c ;'-■ ••: - ." . 1". ". •.!..:> s^s r 5:715 p< UF Combattre ScS >^ru- ;. u r>. •.::'..> Ja. xv:.: rt ;.■..:•..:.: çaii ne crojàit pas qi:- •'..: :■. ■-.:.\..". . A';\- !c priio-pe ces sciences libèrdi^ C' :Lc:-.:;.i\.?<r iT-.e •icvX' liberté. Lorsque, plus u^î- M. non. r<.r>:s:àn: cans >*:n dessein, envovait dans tt-ci? IVtcacue lies Etats-r.'is des j;:ents charsês de vendre aui
£th<risation. iiï
cIiinirgtGns le droil il'pinployor l'èllier. Jaikson no cessa «le riîrlatncr conlre ces honteuses cntriives. Il déclarait le brevet sans valeur cl diSplorait d'y voir son nom nttnclii-. Il jiulilia môme une prolcsliition conlre le conlrul qu'il amit si inconsidérément accepté, et, dans tin entretien qu'il eut à ce sujet nvcc le président des Ktata-Unis, il déclnni combien il regrettait d'avoir cédé aux instances de Aoa asMKié. Enlln, Morlon lui ayant adressé ua lion pour louclier une part de ses bénélti-es, M. Jackson poussa le préjugé jusqu'il déchirer le mandat. Au mois de novembre, M. Eddy l'ayant informé qu'il tenait à sa disposition une somme assez considérable provenant de la métae source, il refusa de l'accepter. Ainsi, la postérité n'oubliera pas que si, égaré mal à propos par sa sollicitude ù maintenir ses droits d'inventeur, Jackson eut la fuiblessi: de se mettre de moitié d»ns une mesure qui relarda it quelque temps la dilt'usioii d'un bienfait public, moins il lit tous ses elTojU pour renverser les obstacle; qu'il avait lui-même contribué ii éli^ver.
CHAPlTItE IV.
L'tlliérliatlon en Eurapn.
M. Boot, dentiste de Londres, reçut, le 17 décembre 1846, une lettre deWilliam Mortun ([ui rinformait de la nouvelle découverte. 11 s'empressa de la communiquer à l'un de WK confrtrres, M. Kohiusou, praticien disUnfcué, qui tll construire iiussiUlt un appareil inhalateur parfaitemcnl conçu, A l'aide de cet appareil, il admini»tra l'élher à un de ses .clients, qui subit sans douleur l'extraction d'une j
It6 DlCOUVEtTKS SGIMTiriQUCS.
dent. Deux jours après, le 19 décembre, M. Liston pntiquait, à l'hôpital du collège de rUniversité, une amputation de cuisse et un arrachement de l'ongle du gros orteil, sans que les malades eussent conscience de ces opérations. MM. Guthrie, Lawrence, Morgan, les deux neveux d'Aslley Cooper, M. Fergusson, à l'hôpital do King*s Collège, et M. Tallum, à l'hôpital Saint-George, répétaient, quelques jours après, les mômes tentatÎTCs, qui cependant ne furent pas toutes heureuses.
Les expériences des chirurgiens anglais furent arrAées pendant quelques jours par les réclamations d'un agent de Morton, qui parlait de secret et de brevet, et menaçait de poursuivre en justice ceux qui feraient usage, sans son autorisation, du procédé nouveau. Cependant les chirurgiens furent bientôt rassurés par les gens de loi ; on laissa dire l'agent des inventeurs, et l'on reprit avec une ardeur nouvelle l'étude des faits extraordinaires qui allaient produire dans la médecine opératoire une transformation si profonde.
A la même époque, un praticien éminent de la Faculté de Paris fui informé, par une lettre venue d'Amérique, de la découverte de Jackson; mais on lui offrait seulcmenl d'essayer et d'acheter le procédé, que l'on tenait secret. M. Velpeau refusa prudemment d'expérimenter sur ses malades un agent dont on lui cachait la nature. C'est à M. Jobert (de Lamballe) que revient l'honneur d'avoir le premier consUité en France l'action stupéfiante de Téther. Le 22 décembre, c'est-à-dire trois jours après le docteur Rohinson, M. Jobert pratiqua, à l'hôpital Saint-Louis, avec l'assistance d'un jeune docteur américain, un premier essai qui toutefois n'eut aucun succès, par suite de la mauvaise disposition de l'appareil. Mais la même tentative, répétée deux jours après, réussit complètement. M. Malgaigne, collègue de M. Jobert à l'hôpital Saint-
ItHKHISATIOM, 2*7
Louis, s'empressa, de son crtlé, d'eTpérimcnlor l'élher duos son service chirur)i;i(;al, tt le 12 janvier 1847, il coinmuDÎquaît à l'Aradémie de médecine le résuUnt de ses observations. Il cxiiosalesraiU sur lesquels reposait la méthode américaine, et en lit connaître les procédés d'exécu— lion. Sur cinq opérés, M. Malgaigne ne pouvait annoncer qu'un seul cas de réussite; mais il attribuait cette circonstance il l'imperfection de l'appareil : des dispositions mieux entendues pour le tube inspirateur devaient faire prochainement disparailre les causes d'insuccès.
Six jours après, M. Velpeau informa l'Académie des jteiences des faits qui commençaient k occuper très-vîvcni«nl les esprits. Cependant M. Velpeau ne parlait encore qu'ftvec une certaine défiance : il redoutait pour les malad» l'effel stupéfiant de l'élher, et ne paraissait pas disposé & croire que. l'insensibililé put se prolonger asse» longtemps pour permettre d'exécuter une opération d'une certaine importance. Mais tous ces doutes ne lardèrent pas à s'é\anouir. A mesure que la construction des appareils le pcrfert ion liait, les cas de rt'sislance k l'action de l'éthef devenaient plus rares. M. Velpeau, M. Roux, M. Jobert, M. Laurier, Hpportèrenl à l'.^cadémie des sciences des faits devant lesquels devaient disparaître toutes les bésitationsi
Pour montrer avec quelle promptitude furent dissipées les appréhensions qui avaient accueilli les premiers résul- Uils de la méthode américaine, nous rapporterons la commimicnlion pleine d'intérêt faite par M, Velpeau k l'Académie des science» le i" février ISiT. Voici en quels tercaes ce chirurgien parlait d'une découverte qu'il avait accueillie, quinze jours auparavant, avec tant de réserve :
■ Dan« ileiii aiilres séances, dit M, VHpL-au, on cnlrclcnanil l'AcHilémiL' ili> l'ynet Jm vapein> éllii-ii'is sur àcf maluilr» riu'odl veut npércr, j"iii U\\ mniinpitT .iiif la rhinirjiic ne InMcnill po^l Il savoir h quoi a'ni tenir sur la réalité de» tail* snnoncés. l.ui.Jll
fis DÉGOinrEETKS SGIKlinFIOinBS.
demier> la question était déjà asseï avancëe pour m'mtoriMr à • dire qu'elle me paraissait pleine d'avenir: aujourd'hui ks observations se sont multipliées de toutes parts^ en France, comme en Angleterre, comme en Amérique ; de toutes parts aussi, les fiûls, confirmés les uns par les autres, deviennent d'un intérêt immense.
a J'avais émis la pensée que le relâchement des muscles observé par moi sur un premier malade soumis à Tinhalation de rétber deviendrait utile s'il était possible de le reproduire h, volonté, pour la réduction de certaines fractures ou dîs ceiiainei luxations. Je trouvai à Tliôpital de la Charité, la lendemain mtee du jour oii je manifestais cet espoir, un homme jeune, robtute, vigoureux, fortement musclé, qui était atteint d'une fracture de la cuisse droite. Naturellement exalté, très- impressionnable, cet homme se livrait malgré lui à des contractions presque conmlsives dès qu*on tentait de le toucher pour redresser ses membres. Soumis à Tinbalation de l'éther, il tomba bientôt dans une sorte d*ivresse, avec agitation des sens et loquacité. La sensibilité s'éteignit chez lui au bout de cinq minutes ; les muscles se relâchèrent, et nous pûmes redonner à sa cuisse la longueur et la forme désirables, sans qu'il ait paru souffrir ou s'en apercevoir.
M Le jour suivant, j'eus à opérer un homme, également vigoureux et fort, d'une tumeur qu'il avait au-dessous de Toreillc gauche, et qui pénétrait dans le creux de la région parotidienne. Cette région, remplie de nerfs, de vaisseaux et de tissus filamenteux ou glanduleux très-serrés, est une de celles (tous les chirurgiens le savent) où les opérations occasionnent le plus de douleur. Soumis à l'action de l'éther, le malade est tombé dans l'insensibililé au bout de trois minutes; l'opération était à moitié pratiquée sans qu'il eût fait de mouvement ou proféré des cris. Il s'est mis ensuite à parler, à vouloir se remuer, à nous prier d'ôler notre camphre qui le yéihoU, mais sans avoir l'air de songer à ce que je faisais. Une fois l'opération terminée, il est rentré peu à peu dans son bon sens, et nous a expliqué comme quoi il venait de faire un rêve dans lequel il se croyait occupé à une partie de billard. L'agitation, les paroles que nous avions remarquées, tenaient, nous a-t-îl dit, aux nécessités de son jeu, et surtout à ce que quelqu'un venait de lui enlever un cheval laissé à la porte pendant qu'il achevait sa partie. Quanta l'opération, il ne l'avait sentie en aucune façon, il ne s'en était point aperçu ; seulement;
ÉrnËHISlTION. IIS
invoquant ses soutcdiis et ses sensations, il nous a Boutenu 1 entcndail Irès-bicn mes coups de bistouri, qu'il en dittin- M te crif-CToa, mais qu'il ne les sentait point, qu'il» ne lui salent aucune douleur.
Une malhcmeuse jeune femme, aeeoiichée depuis six semai-
, eatre k riidpittil pour un vaste dépAl duns la mamelle. Ca
Ot a^anl bcsiiin d'Être largement incisé, je propose h la malnde
~ suumvtlre prétilublt^meiit aux inhalations de l'clhcr; clic
umcl comme pour essajer, et en quelque sorte sans inlen-
1 d'kllvr ju«qu'Mi bout. 11 lui sutlit, en rculilé, de quatre ou
I bupiralioiis de moins d'une minute pour perdre la sensî-
; sans agitation, sans léaction préalable. Son visage se
■^ iëgàrtoual, »e£ jeux se [urment ; je lui fends largement
In. «ans qu'elle manifcslc le plus léger i-igne de douleur;
minute âpres elle ouvre lus yuiix, semble sortir d'un som-
léf;er, paiait un peu éuiuc, et nous dit : Je «ii« 6i>n fâehif
I voua ne m'ayr:, pas fait i'opiratiun. Au bout de quelques
«■des elle a repris ms seiie, voit que son abcès est în-
, el nous afGmie de la manière la plus formelle qu'elle ne
t iMJlnl aperçue de l'optraliuii, qu'elle ne l'a uullemenl
ilie.
« Un pauvre jeune homme a besoin de subir l'amputation de
îunhCt pai' ^uile d'une maladie incurable des os du pied :
'^alallon éthérée le reud insensible au bout de trois ou quatre
lUlMj J'Incite, je coupe la peau de toutes les eliairs, j'opère In
ioa des os. La jambe est complètement traucliéu, deux ar-
m lOtit d<Sjà liées, et le malade, naturellement trës^:rainlif,
r-dlapusii H crier, n'a encore montré aueuusigne de douleur;
», au moment uii uue troisième ligature, qui comprend un
L nerveux en mËnia temps que l' artère, est appliquée, il te-
i U li^lc et se met h. crier ; seulement ses cris semblent s'a-
■wr à autre chose qu'à l'opéralion: il se plaint d'âtrc mul-
iKUi, d'être né pour le malheur, d'avoir éprouvé asiezde
JiMnri dans sa vie, etc. Revenu k lui trois minutes apr^, il a
s'ftvoir rien senti, absolument rien, ne pas s'être aperçu de
ilion, cl ne pas se souvenir non plus qu'il edt crié, qu'il eût
lia remuer. 11 s'est simplement souvenu que, pendant son
undl, les malheurs de sa position lui étuient r
«30 DÊCOCTERTCS SCnumTIQCES.
cl qui était Tenue à l'hdpital pour se faire arracher or iviUré dans les chairs, les vapeurs d'ëher ont para prod dos accès dont la jeune malade avait déjà élé aflectM qu'elle parût insensible pendant cet accès, je n'ai pis jnj Tenable cependant de la soumettre a ropération. Revenu état naturel, elle a soutenu que les piqûres, qoe les ments dont on lui parlait, et qu'elle avait en effet sop n'avaient nullement t^lé sentis par elle. Un second cssi suivi des mêmes phénomènes ; seulement comme l'opi quVIle avait à subir est très- douloureuse, et une de ték la vivacité des douleurs est en quelque sorte proTeiM comme cette malade affirmait que les mouvemeoti don avions été témoins étaient complètement étrangers à ce avait pu lui faire pendant qu'elle était sous l'influence de je pensai devoir revenir une troisième fois à l'expériaice fois-ci, l'inhalntion produit son eflct en deux minutes et Je procède ensuite à la fente de l'ongle, dont j'arrache si voment les deui moitiés : pas un mouvement, pas un cri, signe de souffrance ne se manifeste pendant l'opératioa; IKMidant cette pauvre jeune fille paraissait voir et coiof
00 que je faisais, Citr. au moment oii je m'apprêtais à lu l'orteil, elle a relevé la léte, comme pour s'asseoir et en «tardant d'un air héliétê; si bien que j'ai cru devoir li placer la main d'un des assistants devant \os yeux. I>€ttit après, elle avait repris connaissance, et nous a dit n'arc senti, n'avoir nullement souflert; puis elle a été prise d'u acct^s de convulsion, qui n'a duré que quelifues instants
« t'n hommo du monde, très-impressionnable, lrè$-o sVst triuivô dans la dure nécessité de se faire enlever depuis longtemps dégénéré. Soumis préalablement à Tu
1 ether, deux ou trois fois, à quelques jours d'intervalle, promptement convaincu que cet agent le rendait in» Tout étant convonahloment disposé, je l'ai mis en rapp> l'appareil !\ inhalation : cinq minutes ont été néeessaii amener l'insensibilité. Alors j'ai pu détacher les paupièr ser tous les muscles qui entourent l'œil, couper le nerf* disséquer une tumeur adjaconio, remplir l'orbite de boul charpie, nettoyer le visage, compléter le reste du panse nppliipier le bandage, sans que le malade ait exécuté le i mouvement, jeté le plus légi?rcri, manifosto la moindre lité. Ce n'est que doux minutes après l'application de 1'
£tii£riratio.v.
^^^Bnu '\ lui. Homme intciligcnl, il'mi i^sprit cullivé, il a BIMidrc compte de ïm sensations, et nom a dit qu'il n'a- Inillèmcnt soufîoi't, qu'il n'avait rien senti; que par momenls (lercevail bli^n qu'on Inl tirait quelqui- chose ilans l'orbite, n certain bruil se passait par là, mais sans lui Tnire de mal, lui causer de douleur. Il tnlendail bien aussi que jepat-lnis A«lul,i]iie jem'onIrËtenaiBavccles aides; mais il n'avait pas bincfi de rc que je demandais, de ce que nous dimns. prouvait d'aillenra dans un tflat i^trange d'engourdissement, plhudc aux mouvements, à lu parole ; en somme, î) s'étnit ttl domina, pendant loule l'opifration , par un eauclir- ' «( Av» penfc'es p<!nibles, relatives à des objets qui lui soiil Ivanels.
E> Riilln même, il m'a fallu enlever une porliMi de la main louvricr imprimeur, pour remédier h une lumeur fongueuse iMIquJe de carie des os. Trés-eicilable, craignant beaucoup ■Dieur, ce malade a dt^ird qu'on lui procurAt, nous a-l-il dii, ta^Hco de U précieuie iécouvtrU. Au bout do trois ou quatre ^In, il s'est troiivi^ insensible. Les premières incisions n'ont Il Ini uuMi' aucune toulTrancL- ; mais ver-i la mnilii' de l'opi.^ itf tl l'est mis à crier, h se débiltrc, h Tuire des mouvemenis |n« pour s'échapper ; les élèves se sont empressés de le con- \a Bt» l'opération ainsi que le pansement une fois lerminiis, col Ibw, rpprcnint son l'IaI naturel, s'est emprcssi', en nous faites excuses, de nous expliquer conmie quoi les mouvements lacis il venait de se livrer étaient étrangers à son iigiëration. naient mp)Hirt, iiou» it-l-il dit, k une querelle d'atelier. 1| hginait qu'un de ses camarade» lui tenait uni> des mains, en IM temps qu'un second camarade le retenait par la Jambe, ,de l'empêcher de courir prendre part à la querelle qui e\is- Ib» la chambre. OiianI A l'opération, Il a protesté ne l'ovoir H lefltie, n'en point avoir éprouvé do douleur, quoiqu'il n'i- Hl pas néanmoins qu'elle vennli d'être pratiquée. FTdsRont les principniii faits qui me son) propres r-l que j'ai tludter dans le coui-aiil de celte dernière semaine. J'ajouterai |dc foule de médecins cl d'éU-ves si- soni maintenant soumis MnhaUllono «Hhérécs, ndn d'en mieux apprécier les elFcts. Iqaes-iins d'entre eux s'y soumelient plutôt avec plabùr (*« répugnance : nr, tons arrivent pdi» ou moins pmuiplu- R i [M-rdro la sensibilité. Il en esl itiielquonns, deux entre ■es, qui en sont venus, par des exercices répétés, & pouvoir
919 "" d£gOCYEETES SClSITIfflQintt.
indiquer toutes les phases du phénomène, dire où il c les piquer, de les pincer, ce qu'ils sentent, ce quHU i pas. Bien plus, chose étrange et à peine croyable, ils lo en perdant leur sensibilité tactile, à conserver si bien facultés intellectuelles, qu'ils peuvent se pincer, se en quelque sorte se disséquer eux-mêmes, sans se caui leur, sans se faire souffrir.
c On le voit, il n*y a plus moyen d*cn douter : la qi inhalations de l'éther va prendre des proportions tout prévues. Le fait qu'elle renferme est un des plus impi »e soient vus, un fait dont il n'est déjà plus possible i la portée, qui est de nature & impressionner, à remuci ment, non-seulement la chirurgie, mais encore la phy chimie, voire même la psychologie. Voyez cet homme* les coups de bistouri qu'on lui donne, et qui ne les remarquez cet autre qui se laisse couper ou une jan main, sans s'en apercevoir, et qui, pendant qu*on Top gine jouer au billard ou se quereller avec des camarad en un troisième qui reste dans un état de béatitude, di ment, qui se trouve très à son aise pendant qu'on lui n chairs I Voyez, enfin, ce jeune homme qui coiiser^ sens, assez du moins pour s'armer d'une pince et d'u et venir porter le couteau sur ses propres organes ! N'; là de quoi frapper, éblouir l'homme intelligent par tov à la fois, de quoi bouleverser l'imagination du sava impassible?
« 11 n'y a plus maintenant d'opération chirurgicale grande qu'elle soit, qui n'ait profilé des bienfaits de cet fique découverte. La taille, celte opération si redou redoutée, vient d'être pratiquée sans que le malade aperçu. Il en a éjié de môme de Topéralion de la lier glée. Une malheureuse femme, dans le travail de l'en ne peut accoucher seule : l'intervention du forceps est l'inhalation de l'éther est mise en jeu, et l'accouche la malade sans lui causer de souflranccs, sans qu'elle çoive.
« Si la flaccidité du système musculaire venait à se g< sous l'influence des inspirations élhérées, qui ne vo qu'on pourrait tirer de ce moyeu, quand il s'agit d'aller au sein de l'utérus l'enfant qu'il faut extraire artiflcic C'est qu'en elFet, dans cette opération, les otïstaclcs, lei
ÉTH^BISATTO^r. t\%
tés, lesdangerSy Tiennent presque touii d^ violenta c^ri'r^kr.'K^it de la matrice.
« De ce que J'ai vu jusqu'à présent, df: I'et.im^n ^ritxix t\f:\ f^iU il résulte que l'inhalalion de VéihfiT vi d»rv»-nir U ^Ofitcf, <\'nu nombre inGni d'applications, d'une fécondité font k fait in;it' tendue, une mine des plus riche*, (Ai tout^rt 1^^ hnnt.ht:^ lU: U médecine ne tarderont pas à puii^er à plein«>s rn^iini. Kll« ^f:tn U; point de départ de notions si variées et d'une v;»leijr li S(r4ri4#r, à quelque point de vue qu'on les cnvisaî?^:, qu'il m'^ p^ru u^jisaire d'en saisir, des à présent, l'Académie: de:^ >rj^nr#ï«, H qtu: je me demande si l'auleur d'une «i r»?marquaihk n^j/yn^tri*: w: devrait pas être bientôt lui-même l'ohiet d^r qiu:lqii^ «tUrniu^fi dans le sein des sociétés savantes Mj. •
Après de tels faits, après de h'i^Aouusiu^^ r^Milr;kl«i, il n'v avait plus de doutes à conserver; IVrrjploi «U: VAiht-s lit introduit dès ce moment dans toii^. U"i \é^,p\\^nx t\f. lu a*pîtale. Les appareils d'inhalation *.^: i»i:rftfûhU!,*:(f'U\ r;i|ii dément; les mémoires s'etiX^shôrcut -ur U-. hiif-aut d'*. sociétés savantes ; une vérilaljN; firr^r*- tU: t''i.Uf:nhi:\ ci tU'. publications s'empara du corps rri/:dir.a! : ' h^frun voul^iit contribuer pour sa part à rétuded'un^ r{lJ^>>rtorl ii thoudi-. dans ses conséquences. C'e-l eu \hw (\w: ifinl'\tH'\ apAtrns de la douleur cssavèrent de rondamri':r t-M univer^rrl él;iri. On laissa M. Magendie vanter tout k <ion nï^^t: VniïWUt dfla douleur dans beaucoup d'opérations Mimie'u/dh'S <?t "pro- 0 tester contre des essais imprudents au nom di; la moralif « et de la sécurité publiques. » L'i siipr^^rriff moraUf, c'<*^t d'alléger, autant qu'il est en nous, li-s souffrances i\o. nos semblables.
Le zèle et l'ardeur dos praticiens de la capilaU' ne lardèrent pas à se communiquer aux chirurgiens du reste de la France. Les hommes éminents qui conservent et perfectionnent dans nos provinces les traditions de la chirurgie française, s'cmpress«Tent d'étudier, dans les hôpitaux do
(1) Cfunptef rewlut de CArndfruùe des sdmr^f, i" février 18*7.
DECOUVERTES SCIBNTinQUES.
nos grandes villos, les admirables effets de l'éther. MM. Ronnel et Bouchacourt à Lyon, Sédillol à Strasbourg, Simonninà Nancy, Jules Roux à Toulon, Bouisson à Montpellier, étendirent, par leurs observations et leurs recherches, le cercle de nos connaissances dans ce précieux sujet UAt leinagnc, ritalie, l'Espagne, la Russie, la Belgique et h Suisse s'associèrent à cet heureux ensemble d'elTorts, el Tusage des inhalations éthérées se trouva prompleineot répandu dans TRurope entière. Les noms de Jackson d Morton, considérés alors comme les seuls auteurs de celle découverte brillante, recevaient Thommage universel de la reconnaissance publique, et se trouvaient placés d'an accord unanime au rang des bienfaiteurs du genre hamaio. Au moment où la reconnaissance de l'Europe saluait de ses acclamations méritées les noms de Jackson el àe Morton, l'un des principaux auteurs de cette découverte. Horace Wels, se donnait la mort aux Klats-Unis. Une éducation scienlifique plus complèle, un concours de circonstances plus favorables, avaient seuls manqué au pauvrp dentiste pour conduire à leurs dernières conséquences les faits dont il avait eu les prémisses. Après son échec dansli séance publique de l'hôpital de Boston, dégoûté delà triste issue de ses tentatives, il avait, comme nous l'avww dit, abandonné sa profession, et menait à Hartford aw existence assez misérable, lorsque le succès exlriiordinairt (le la méthode aneslhésique vint le .surprendre el ledéil»rer de regrets. 11 passa aussitôt en Europe pour faire wi«' ses droits auprès des corps savants. Mais la question histe" rique relative à l'étbérisation était encore fort obscurfîlfcfdfj; cette époque, et les documents positifs manquaient pCj^sijij justifier ses réclamations. La véracité des dentistes e5li|Hi|. peu suspecte dans les deux hémisphères. A Londres, oMIiii ré, se rendit d'abord, Horace Wels fut éconduit partout; ii*lNj(jt. fut pas plus heureux à Paris, où il passa une partie delvl^^jin
jEth^risation. lat
IRiT. TK^vnri^ àe inis^rr pI de rhagi-in, il revint aux Itals-L'nis, et c'esl là qu'il mit fin h ses jours. Les circôtitnces (Je sa morl onl (|ii(>lqii<< chose de profondémenl oukiureux. Il se [>liii;;t dans un huin, s'nu^Til les veines el Fspira de l'élher jusqa'ù perle de connaissance, Il vonltil 'envelopper, pour franchir le senil du lombeau, de cette éooiiwrle dont il Avait espêtè la gloire, et qui ne lui réque la iHslc cousolalion d'^parf^ner I) sou agonie ngoissedes derniers înslnnls. Sa nmrt pnssa innppri;u('; d'y fut pas un regret ni une lîirmi' sur sa tombe. Pendant qu'Horace Wels piirissait misérablement dans 1 patrie, Jackson recevait lu prix Mnnlyon des mains de laslilut de France, et Mortoti additionnait les bën^lices l'il avait rerueilliB de la vente dcspsdrollt. 1^ poslûrilé n moins ingrate ; elle conservera un souvenir de recon- \ce et de pilid ii CRi •obscur et mAllieitretix jeiinp nme qui, apr^a avoir coiilribu('i h enrichir l'iiuiuanité D bienfait <!lernel, est mort désespt^ré dans un coin nouveau monde.