TÉLÉGRAPHIE
toosité des vents et des courants atmosphériques qui balayent les hauteurs ; il faut enfin qu*elle suive sans vaciller les branches du télégraphe mises en mouvement par les manœuvres.
La plupart des combustibles essayés ont présenté chacun des inconvénients particuliers. Les graisses, les résines, la bougie, donnent peu de lumière et une fumée abondante qui masque et offusque les branches du télégraphe. Le gaz employé pour l'éclairage de nos rues donnerait une lumière d'une intensité convenable, mais il serait impossible de le distribuer à tous les postes télégraphiques. L'huile ne soutient pas la flamme : dans les mouvements de l'appareil, la lumière vacille et disparait par intervalles. Le gaz détonant, c'est-à-dire le mélange explosif des gaz hydrogène et oxygène, fut essayé à l'époque où Napoléon armait le camp de Boulogne et préparait sa descente en Angleterre. Les expériences faites sur la côte de la Manche eurent les plus beaux résultats; le volume de lumière était énorme; au milieu de l'obscurité des nuits, le télégraphe brillait comme une étoile détachée des cieux; mais le maniement de ce mélange explosif pouvait causer des accidents terribles : on renonça à en faire usage.
Plus récemment, M. le docteur Jules Guyot a montré que Vhydroyhie liquide^ combustible nouveau, brûlé dans des lampes de son invention, suffirait à toutes les exigences de la télégraphie nocturne. On trouva cependant que la pose de ces lampes serait peut-être, par les mauvais temps, très-difficile ou môme impossible, et par suite de ce fâcheux système qui consiste à exiger qu'une découverte atteigne du premier coup à la perfection, le projet de M. Guyot, qui aurait pu offrir à l'Ktat des ressources utiles, fut abandonné. Le problème de la télégraphie nocturne est loin cependant d'être insoluble. Il e^t résolu en Russie depuis plus de dix ans, puisque la ligne télégraphique de
Varsovie à Croneladt, établie par M. Chatau, fonctionDe de nuil aussi bien que de jour (I).
Toutefois, il faut le dire, les essais de télégraphie nocturne auraient élé poursuivis avec plus de persévérance par les inventeurs, accueillis avec plus de faveur par le gouvernement et les chambres, si des conditions capitales et toutes nouvelles n'étaient venues apporter dans la question un élément d'une irrésistible influence. Pendant que la télégraphie aérienne cherchait péniblement à accomplir de nouveaux progrès, la télégraphie électrique avançait à pas de géant dans la carrière. Longtemps délaissée, elle grandissait tous les jours en puissance, et un jour vint où il
(I) Dans une brochure publiée en 1842, sous le Utre de Télégraphe de Jour et de nuit, M. Cliatau donne les détails suivants sur la disposition qu'il a adoptée en Russie pour éclairer le télégraphe pendant la nuit.
« Mes lanternes et mes feux ne laissent rien à désirer. L'huile est le seul combusUble employé. Les réservoirs sont à Tabri des froids les plus intenses. Les lampes sont à niveau constant, à mèche plate. Le foyer lumineux ne craint ni la pluie, ni le vent le plus violent, ni les mouvements les plus rapides du téléicraphe. Ce foyer se maintient à un degré d'éciat suffisant durant vingt heures, sans demander aucun 8oin, pourvu qu%»n emploie de l'huile bien épurée et de lionnes mèche*. Bien que la largeur des mèches ne soit que de I2 millimètres, tous les signaux sont distingués à iadi^^tance de 30 kilomètres; ain:"! on obtient une très-bonne transmission à i2 kilomètres, la plus grande distance qui doive exister sur une ligne télégraphique. « Si une lanterne s'éteint, le stationnaire le sait à Tinstant, et ceUe lanterne est bientôt rallumée ; mais un pareil accident est extrêmement rare avec mon télégraphe, et Je doute qu'il arrive trois fois par an sur une ligne de cent cinquante postes. Les lanternes portent un signe qui indique le côté de Varsovie; chacune d'elles a, excepté aux postes extrêmes, deux réverbères, deux ré<?ervoir8 et deux foyers... Si un verre se casse (ce qui arrive très rarement), ii faut quinze secondes pour enlever la porte dont le verre est cassé, et quinze secondes pour mettre une nouvelle porte qui est toujours prête ; mais les verres sont à l'abri de tout accident, une fois que mes lanternes sont posées au télégraphe. Quelle que soit la rapidité des mouvements du télégraphe, aucune lanterne ne peut s'ouvrir, ni se détacher, ni donner contre un poteau. »
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