‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes (volume 5)Chapitre 4 sur 59 · TÉLÉGRAPHIE · texte numérisé non relu

TÉLÉGRAPHIE

servir à lire des signaux : celle idée n*eul aucune suile. Les journaux annoncèrent en iSOS qu'un M. Volque allait enrichir Saint-Pélersbourg d'un télégraphe aérien. Cel appareil devait mal remplir les vues dii gouvernement, puisque son auteur crut devoir l'année suivante le transporter à Copenhague. Cependant, en 1809, le consul de Danemark fit au gouvernement français la. demande d'un télégraphe, ce qui ne plaide pas en faveur de l'appareil de M. Volque.

Tous les essais entrepris en Russie pour la création d'une ligne télégraphique avaient donc échoué, et depuis vingt ans une commission officielle, instituée en vue de cette question, n'avait encore rien produit, lorsqu'en i83l^ un ancien employé de la télégraphie française vint proposer au czar de doter son empire du moyen de correspondance depuis si longtemps cherché. C'était M. Chatau, qui, au moment de la révolution de juillet, avait été destitué avec Abraham Chappe. Le système qu'il adopta était une modi- Ccation du télégraphe de Chappe, ayant pour principal avantage de diminuer le nombre des signaux. M. Chatau a établi en Russie deux lignes de télégraphie aérienne, l'une de huit postes entre Saint-Pétersbourg cl Cronsladt, et une seconde de cent quarante-huit postes entre Saint- Pétersbourg et Varsovie. La première a été ouverte h la fin de février 1834, la seconde en mars 1838.

La ligne télégraphique de Varsovie est la plus étendue de l'Europe : elle a trois cents lieues de longueur. Son organisation est entièrement militaire. Chacun des postes renferme une chambre à coucher, une cuisine, deux remises, une cave, une vaste cour, un jardin et un puits. Quatre employés sont attachés au service de chacune des stations.

Si icccomiB auuiuiQCEs.

CHAPrniE IV.

laiirf . ~ iMw^akau de li tèkcnphje aéftaaœ. ~ Télégraphie dB

Depuis l*aoné« I8S4, U têlécraphie aérienne a élé totalement abaadonnre en France; on n*a po maintenir TO" sage de ce système de correspondance en présence des avantages de toute nature offerts par b tél^raphîe électrique. Dans la plupart des États de l'Europe, le même changement s'opère de jour en jour ; c'est la marche nécessaire du progrès. Bien qu'il soit aujourd'hui tombé en di* suètude, il nous parait utile de faire connaître avec précision un système de correspondance qui pendant cinquante ans a joué un si grand rùle dans la société. Nous allons donc exposer avec quelques détails le mécanisme du télégraphe aérien, et les principes sur lesquels repose le vocabulaire qui s y rapporte.

Le télégraphe proprement dit, ou la partie de la machine qui formeles signaux, secomposede trois branches mobiles : une branche principale de quatre mètres de long, appelée régulateur^ et deux petites branches longues d'un mètre, appelées indicateurs ou ailes. Le régulateur est fixé par son milieu à un màt qui s'élève au-dessus du toit de la maisonnette où se trouve placé le stationnaire. Ces branches mobiles sont disposées en forme de persienne, c'est-à-dire composées d'un cadre étroit, dont Tintervalle est rempli par des lames minces, inclinées les unes au-dessus des autres. Cette disposition a l'avantage de donner aux pièces une grande légèreté; elle leur permet aussi de résister aux

fcnts ri de comballrè les mauvais cITets de la lumière. Les branches mobilo» sont peintes en noir, afin qu'elles se détachent avec phis de vigueur sur le fond du ciel. L'ussem bb^e de ces trois pièces forme un système unique, életé dan» l'espace cl soutenu par un seul point d'nppui. i'exlréniti ilu m&t, autour duquel il peut librement tourner. Les pièces du lÉlégraplie se meuvent à l'atde de cordes de Initon. Ces cordes coiniuuniquenl, dans la maisonnette, avec Ua autre liSlégniplie. qui est la reproduction en pelil du Wléçraphe cxlérieur. C'est ce second appareil que l'i

Emœuvre; le télégraphe placé au-dessus du toit ne répéter ks mouvements imprimés directement i ae inférieure, nlalcuresl susceptible de prendrequatre positions — horizonlaJe — oblique de droite à gauche — ^ ie gauche à droite. Les ailes peuvent former avec

lui (iMangles droits, aigus ou obtus ; cessignaus sont clairs, fiicilci à apercevoir, faciles à écrire, il estimpossibledeles confondre.

Voici maintenant les conventions et les principes qui rJ^iglcnl la formation des signaux.

Les frùreï Chappe ont décidé qu'aucun signal ne serait Formé sur le régulateur placé dans la situation horiitontalc ai peq>eiidîculaire ; les signaux ne soTit valables que quand ils sont formés sur le régulateur placé obliquement. Ils ont encore décidé qu'aucun signal n'aurait de valeur, et ne derraît par conséquent être écrit et répété, que lorsque, (tant formé sur l'une des deux obliques, il serait transporté tout formé soit k l'horizontale, soit à la verticale, .^insii Icguetleur qui voit former le signal le remarque pour w préparer h le répéter, mais il ne l'écrit point : aussitôt qu'il le TOil porter à l'horizontale ou à la verticHle, il est certain ■que le signal est bon, alors il le répète et le note. Oo appelle cette maDû?uvre imurer un sigiia\. CeWt oiv

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nière d'opérer a pour but de bien marquer au stationnaire quel est, au milieu de tous les mouvements successifs des pièces du télégraphe, le signal déûoilif auquel il doits*arréler pour le reproduire.

Les diverses positions que peuvent prendre le régulateur et les ailes donnent 49 signaux différents ; mais chaque signal peut prendre une valeur double, selon qu'il est transporté à rhorizontale ou à la verticale : ainsi 49 signaux peuvent recevoir 98 significations, en partant de l'oblique de droito, pour être affichés horizontalement ou verticalement ; de même pour l'oblique de gauche, ce qui donne en tout 196 signaux. Les frères Chappe ont arrêté que h moitié de ces 196 signaux serait consacrée au service des dépêches, et l'autre moitié à la police de la ligne, c'eslà-dire aux avis et indications à donner aux stationnaires. Les 98 signaux formés sur l'oblique de droite servent à la composition des dépêches, les 98 signaux formés sur l'oblique de gauche sont destinés au règlement et à la police delà ligne.

Maintenant, comment ces différents signaux peuvent-ils transmettre l'expression de la pensée? Les frères Chappe ont consacré 92 des signaux de l'oblique de droite à représenter la série de 92 nombres, depuis i jusqu'à 92 ; ensuite ils ont composé un vocabulaire de 92 pages, dont chaque page contient 92 mots. Il est convenu que le premier signal donné \m\v le télégraphe indiquera la page du vocabulaire, et que le second signal indiquera le numéro porté dans celle page répondant au mot de la dépêche. On peut ainsi, par deux signaux, exprimer 8,464 mots. C'est là le vocabviotre des viofs.

Cependant 8.404 mots seraient insuffisants pour traduire toutes les pensées et pour réjmndre aux cas imprévus; d'un aulre C(Mé, il esl (h's idées qui doivent revenir fréquemment dans le cours de la correspondance : on a donc composé ur

secoDil vocabulaire que l'on uotniae vocabulaire da pfirtatê. Q est rornié, comme le préct^deot, de 92 pages, eoolenaol chacune 92 phrases ou membres de phntse, ce qui donne 8,461 idées. Ces phrases s'appliquenl purllL-ultére-' méat & U marine el à l'armée. Il esL bien enUndu que puur H servir do ce vocabulaire, le U'Icgraphe doit doaner Iroii ilfpiaux : le premier pour indiquer qu'il s'^it du vocabulaire phrasique; le second, pour indiquer la page du locftbulaire, el le Iroisiéme, pour le numéro de celte page,

On a cr^é eiido, sur les mêmes principes, un autre vocabulaire, nommé (/éo/jraphique, qui porte la désignation des lieux.

Apres l'année ISJO, on rerondil eu un seul les Iroia rocabulaircs de Chappc, que l'on étendit beaucoup. Le% phraseft et les mots furent disposés dans un ordre plus simple qui focililaît considérablement la composition et la linduclion des dépêches : pour dérouter les observations indi^ crêtes, r.idjninislralioa avait soin de changer Tréqueni' ment tu clef du vocabulaire.

Quant aux signnux destinés simplement h la police de la ligne, un comprend que l'emploi de loul vocabulairo élai^. superflu. Les 192 signaux Formés sur l'oblique de gauche*, alfectés spécialement à celle destination, étaient connus ù&. tous les employé!, lis exprimaient les avis transmis paç l'administra lion : l'urgence, le but, la destination de la dépêche, les congés d'une h'-'ure, d'une demi-heure, l'erreuf commise sur un signal, l'absence d'un employ mol, tous les cas qui peuvent être prévus, depuis l'absence 00 le retard d'un stationnaire, jusqu'à la destruction d'un télégraphe p.u le vent ou la roudrc. Ces sortes d'avis pareonraîent la ligne avec la rapidité de l'éclair, et l'adminis. tralion ét^iit instruite en un clin d'œit de la nature d( l'abstacli) rencontré parla dépêche et du lieu précis où elU •'élail arrêter.

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La vitesse de transmission dos dépêches varie suivante distance. Quand la télégraphie aérienne senaîl, en Fraoce, comme moyen de transmission de dépêches, on recevait i Paris les nouvelles de Calais (68 lieues) en trois miaules, par trente-trois télégraphes ; celles de Lille (60 lieues) en deux minutes, par vingt-deux télégraphes; celles de Strasbourg (120 lieues) en six minutes et demie, par quarantequatre télégraphes; celles de Brest (150 lieues) en huit minutes, par cinquante-quatre télégraphes ; celles de Toulon {^(j1 lieues) en vingt minutes, par cent télégraphes.

Cinquante ans de services ont suffisamment montré les excellentes qualités de la télégraphie aérienne ; cependant celle télégraphie avait de nombreuses imperfections, et il nous reste à les signaler.

Les signaux se transmettent à travers l'atmosphère ; par conséquent ils sont soumis à tous les accidents, à toutes les vicissitudes atmosphériques. Les brouillards, les pluies abondantes, la fumée, le mirage, les brumes du matin et du soir, paralysent le jeu du télégraphe aérien. Claude Chappe avait constaté que, de son temps, le télégraphe ne pouvait parfaitement fonctionner que 2190 heures durant Tannée, c'est-à-dire six heures par jour, terme moyen. Aussi affirmait-il que sur douze dépêches envoyées parles ministres et les autorités à Tadministrcition télégraphique ou aux directeurs du télégraphe en province, six restaient dans les carions ou étaient envoyées par la poste, trois ne parvenaient à leur destination que six, douze ou vingtquatre heures après avoir été remises, et trois seulement arrivaientaussi promptement que possible. Mais les perfecfeclionnements apportés plus tard aux appareils et au vocabulaire améliorèrent ces conditions.

Le vice fondamental de la télégraphie aérienne ne réside donc pas précisément dans le trouble accidentel que les

TÉLÛKAPHIE.

Rde l'atmosphère apparient au passage des sU STslàme de télégraphie pnJsentc un tnconvenienl !tii: on devine t]u'il s'agit de l'absence des signanx pendant la nuit. Le repos Toreé du téli^graphc pendanl toutes les nuits laisse dans le service une lacune funnle, puisqu'il diminue de moilii.' le temps de la correspoadancc. Fendant seize licures sur vingt-quatre en hiver. le télégraphe ai^nen est condamné fi l'immobilité. Kn mai el septembre, il ne peut fonctionner que douze heures, et durant les jours les plus longs de l'ëld, il doit encore se reposer huit heures. Aussi toutes les dépêches que l'on apporte apris Je coucher du soleil, sont-elles forcément renvoyées au lendemain. Alors, le salut d'une armée dûl-il ea dépendre, l'État fûl-îl en péril, nulle puissance humaine ne pourrait arracher le télégraphe k son fatal repos. Aux premières ombres du soir, il a replié ses ailes ; comme un wnitriir paresseux, il dorl jusqu'au lever de la prochaine aun>rc. Et pourtant de quelle importance n'aurait pas été. en tiinl d'occasions de noire histoire, l'existence d'une bonne télégraphie ooclurne! L'émeute ou la bataille sont Ku^penducii aux approches de la nuit ; dans ces heures de silence ici de trôve, l'autorité publique a le temps d'urganiur SCS mesures. Les masses dorment, les chefs doivent Teillcr; par leurs soins, sous l'ombre protectrice de la nuil, les ordres s'élancent dans toutes les directions avec U nipidilé de la pensée, et le lendemain, quand le sotûl DioDtc .«ur riiorizon, la défense est prête ou l'attaque concertée.

Le« donoiics fournies par la science montrent sous im autre aspect les ovantagcsde la télégraphie nocturne. La météorologie nout apprend que les nuits limpides sont plus .{ilAfjueiites que l«s jours sereins. Presque tous les pliénnhBlmospbériques qui, dans le jour, contrarient l:i kion des signaux, perdent leur inllucnce pendant

U DÉCOCVERTES SCIENTIFIQUES.

la nuit. Jusqu'au lever du soleil, les fleuves, les bois, les marais cessent de fournir des vapeurs. Le mirage est nul, les brouillards tombent avec le crépuscule. La nuit abaisse les vapeurs que le soleil avait élevées; la nuit, les villes, les villages, les usines, ne répandent plus de fumée. Le refroidissement du soir précipite, il est vrai, l'eau répandue en vapeur dans l'atmosphère, et la résout en un brouillard léger ; mais ce phénomène ne se passe qu'à quelques pieds du sol, et n'atteint jamais la hauteur des régions télégraphiques. Il faut remarquer de plus que presque toujours des nuits sereines succèdent à des jours pluvieux, et réciproquement. En supposant donc la télégraphie nocturne établie conjointement avec la télégraphie de jour, il serait difficile que l'intervalle de vingt-quatre heures s'écoulât sans laisser quelques moments favorables au passage des signaux.

Ces considérations ont été si bien appréciées par toutes les personnes qui ont mis la main à l'administration des télégraphes, que pendant trente ans on a fait de continuels efforls pour arriver à créer la télégraphie nocturne. Les frères Chappe n'avaient jamais perdu de vue cet objet capital. Il résulte des recherches assidues auxquelles ils se livrèrent, que le problème de la télégraphie nocturne ne peut se résoudre que par ce moyen : éclairer pendant la nuit les branches du télégraphe ordinaire. Malheureusement les essais pour cet éclairage ont presque tous échoué, et il est aisé de le comprendre, car les conditions à remplir sont aussi nombreuses que difGciles. Il faut que le combustible employé donne une lumière assez intense pour que la distance des postes télégraphiques ne lui fasse rien perdre de son éclat (cette distance est en moyenne de trois lieues); il faut que, sans entretien et sans réparation, cet éclat reste invariable pendant toute la durée des nuits ; il faut que la flamme résiste à Timpé-

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