CHAPITRE VIII
Accueil fait en Europe à l’invention du paratonnerre. — George III et Franklin ; les paratonnerres en boule. Opposition de l’abbé Nollet en France. — Livre de l’abbé Poncelet. — Répugnance des Français à adopter le paratonnerre. — Affaire de Saint-Omer : M- de Vissery. — Robespierre. — Le paratonnerre à Genève. — .Adoption définitivedu paratonnerre en France, en Angleterre et dans le reste de l’Europe.
L'n accueil assez singulier attendait en Europe l’invention du paratonnerre. L’admiration qu’elle y excita chez quelque s esprits éclairés ne fut pas sans un mélange de résistances sérieuses, surtout à l’époque de son premier établissement. L’.\ngleterre et la France se signalèrent par une opposition marquée à la découverte du philosophe américain ; mais les causes de cette opposition ne lurent pas les mêmes chez les deux nations. En Angleterre, c’est une cause politique qui éleva des obstacles à la propagation des paratonnerres ; en France, les motifs furent purement scientifiques.
A l’époque où l’établissement du paratonnerre fut proposé comme conséquence et application pratique des travaux de J’ranklin, une guerre acharnée existait entre l’Angleterre et ses colonies d’Amérique qui combattaient avec gloire pour conquérir leur indépendance et briser le joug de la tyrannie britannique. Le roi d’Angleterre, George III, avait inutilement épuisé toutes les forces de ses Etats, et fait couler des torrents de sang, pour retenir un pouvoir qui échappait à ses impuissantes mains. Ni les trésors du rojaume prodigués pendant une longue suite d’années, ni des milliers de marins et de soldats sacrifiés à la défense d’une cause injuste, ne purent faire obstacle à l’accomplissement d’un acte arrêté dans les desseins de la Providence, et empêcher
DÉCOljVERTES SCIENTIFIQUES.
un peuple nouveau et plein de loyales ardeurs de conquérir sa liberté sur les champs de bataille. Quand tout espoir de réussite fut perdu à la cour d’Angleterre, et qu’il fallut se résoudre enfin à voir une nation s’élever, puissante et libre, loin des entraves de la métropole européenne, l’esprit haineux et vindicatif de George III passa des champs de bataille et des conseils diplomatiques dans le domaine des sciences, asile si étranger, par sa nature, aux contestations entre les peuples et les rois. Pendant la longue et mémorable lutte soutenue par les colonies insurgées. Franklin avait été l’agent utile, le représentant fidèle, le conseiller, toujours bien inspiré, du peuple américain ; il était impossible qu’une découverte scientifique due à un adversaire politique de l’Angleterre fût accueillie favorablement chez cette dernière nation.
Il était pourtant difficile, à moins de nier l’évidence, de contester l’utilité des paratonnerres pour défendre la vie des hommes, et préserver les édifices menacés par le feu du ciel. Ne pouvant s’en prendre au fond même de la matière, on s’attaqua à la foraie. Selon Franklin, les paratonnerres devaient être terminés en pointe, et en une pointe trèsaiguë. Sous l’inspiration de la cour d’Angleterre, Wilson, et avec lui, la plupart des savants de ce pays, décidèrent que Franklin avait tort, que les paratonnerres à tige pointue étaient les plus dangereux des appareils, et qu’au lieu de les terminer en pointe, il fallait les munir à leur extrémité d’une boule ou d’un globe. Les paratonnerres en boule furent donc déclarés les seuls efficaces, et les recueils scientifiques anglais s’enrichirent de plusieurs mémoires où ce fxiint était compendieusement établi. Afin que personne n’en ignorât, le roi George avait même fait élever sur son propre palais plusieurs paratonnerres en boule, et l’amour-propre national se trouva ainsi comme engagé à soutenir une thèse ■=^cienlifique placée sous l’égide du roi.
LE PARATONNERBE.
La discussion entre les physiciens anglais et ceux du reste de l’Europe, au sujet des paratonnerres en boule, se prolongea longtemps. Il fallut, pour la terminer, que le célèbre physicien piémontais Beccaria fit sur ce point des expériences spéciales. Élevant, à peu de distance l’un de l’autre, deux paratonnerres, l’un en pointe et l’autre en boule, munis chacun de leur conducteur, Beccaria démontra que, sous l’influence de la même électricité aérienne, le conducteur du paratonnerre à tige pointue donnait des étincelles quand on j)ratiquait, d’une manière convenable, une légère solution dans sa continuité; tandis que, disposé de la même manière, le paratonnerre on boule ne donnait que de très-faibles manifestations électriques.
A partir de ce moment, il ne fut plus question des paratonnerres en boule. Ainsi se termina ce singulier procès, dans lequel le roi George III avait pris, en haine de Franklin, une part active, et où les savants anglais avaient plaidé avec une ardeur digne d’une meilleure cause. Le souvenir de cette dispute ridicule et des productions scientifiques auxquelles elle a donné lieu mérite d’être conservé, afin de rappeler tout ce que perd la science en considération et en honneur, quand elle s’abaisse à flatter les mesquines passions ou les rancunes des princes.
L’opposition, toute scientifique, que le paratonnerre trouva en France, partit de l’abbé Nollet. Ce physicien étant alois à Paris l’oracle de l’électricité, on dut accorder une grande attention à ses critiques, qui n’avaient pourtant d’autre mobile qu’une vanité d’auteur.
L’abbé Nollet fut pendant toute sa carrière le rival déclaré de Franklin, et ce n’est pas sans motifs qu’il avait pris cette attitude. S’étant occupé dans presque tout le cours de sa vie à faire des expériences sur les phénomènes éloctri<jues, ou à répéter celles des autres jdiysiciens. l’abbé Nollet n’avait
réussi à attacher son nom à aucune découverte importante. Pourtant seulement, il avait conçu et exposé une théorie générale de l’électricité, qu’il croyait destinée à remplacer celle de Dufay : c’est la théorie des affluences et effluences simultanées, que l’on trouve invoquée à chaque instant dans ses nombreux écrits, et par laquelle il prétendait expliquer l’ensemble des phénomènes électriques plus simplement que par la théorie des deux fluides imaginée par Dufay. Fille des systèmes cartésiens, issue des mêmes principes qui avaient donné à l’ancienne physique, la matière subtile, les petits corps, les atomes et les pores invisibles, cette théorie n’était qu’une tardive évocation du passé. Imaginée avant la découverte des phénomènes les plus importants de l’électricité, elle devait tomber en ruine en présence des faits nouveaux dont la science ne tarda pas à s’enrichir (1).
Tandis 'que l’abbé Nollet avait consumé 'toute sa carrière sans avoir produit une seule de ces découvertes qui perpétuent le nom d’un savant, Franklin, qui n’avait accordé à la physique que quelques années dérobées à l’activité des affaires, avait su s’attirer une réputation immense. Il avait donné l’analyse des effets de la bouteille de Leyde, que péril) Voici un exposé, en raccourci, de la théorie Ae& affluences et effluences simultanées qui fut proposée par l’abbé Nollet, pour expliquer tous les phénomènes électriques. Nous prendrons comme exemple le fait simple de l’attraction et de la répulsion successive d’un corps approché d’un autre corps électrisé.
Pour rendre raison de ce phénomène, Nollet admet deux courants de matière électrique, qui vont en sens contraire : l’un tend vers le corps électrisé et s’insinue dans ses pores, tandis que l’autre s’élance du sein de ce meme corps. Le premier courant, qu’il désigne sous le nom de matière uffluente, entraîne avec lui les substances légères qu’il rencontre et les amène au corps électrisé; de là naissent les attractions. Le second courant, qui se nomme matière effluente, repousse ces mêmes substances, en sortant du corps électrisé et occasionne par là les répulsions. Ces deux courants de matière, en se rencontrant, produisent par le choc mutuel de leurs rayons, les étincelles électriques.
Cette théorie surannée a été défendue par Nollet ju.squ’à la Un de sa vie.
LE PARATONNERRE
sonne en Europe n’avait su expliquer avant lui, et provoqué par la publication de ses Letlres, la découverte de l’électricité atmosphérique. Il avait, en même temps, émis une théorie générale pour l’explication des phénomènes électriques, théorie d’une simplicité séduisante, et qui était le contre-pied de celle de l’abbé Nollet. Par toutes ces causes, et par un sentiment qu’explique la faiblesse humaine, notre physicien devait donc éprouver peu de sympathie pour la personne et pour les idées de l’électricien du Nouveau Monde.
En exposant ici les motifs qui nous semblent devoir rendre compte de l’hostilité, sans cela inexplicable, de l’abbé Nollet contre son rival d’Amérique, nous ne voudrions pas paraître injuste envers un savant, honorable à beaucoup d’égards, et qui a rendu à la science de l’électricité d’éminents services par sa constante ardeur à la propager. L’honnôte professeur du collège de Navarre est digne de la sympathie et des respects de la postérité, comme il mérita, de son vivant, l’estime et la considération publiques.
Né à Pimprèz, village des environs de Noyon, Antoine Nollet était le fils de pauvres paysans, qui subvenaient par le travail de leurs mains aux besoins de la famille. Il avait manifesté de bonne heure d’heureuses dispositions pour l’étude, et sa mère envisageait avec peine l’idée de le voir traîner, comme elle, une existence pénible dans les durs travaux de la campagne. Elle aspirait au bonheur de voir son fils embrasser une carrière libérale, et s’élever dans les voies de la religion ou dans celles de la science. Un soir, le curé de Pimprèz fut appelé au conseil de la famille, et <lès lors le départ du jeune Antoine fut résolu. Les bons paysans s’imposèrent les sacrifices nécessaires pour entretenir leur fils, dans leur province, au collège de Clermont, et plus tard à celui de Beauvais. Là, les dispositions naturelles du jeune homme se montrèrent dans tout leur jour,
DÉCOUVEllTES SCIENTIFIQUES.
et souvent le directeur de la maison de Beauvais félicitait les pauvres laboureurs de Pimprèz des grandes qualités qu’il remarquait dans leur fils, et de la détermination qu’ils n’avaient pas craint d’adopter à son égard. Au sortir des études classiques, le jeune Nollet fut envoyé à Paris; c’était là un grand effort pour de pauvres paysans qui, tout en se condamnant aux privations les plus dures pour maintenir leur fils dans la capitale, étaient loin encore de pouvoir suffire à une telle charge. Mais on comptait sur la Providence qui vient en aide aux cœurs dévoués. Elle ne fit pas défaut à tant de confiance. Un greffier de l’hôtel de ville, nommé Taitbout, frappé de la régularité de mœurs et des connaissances variées du jeune Nollet, le prit pour précepteur de ses enfants. Dès lors tous ses désirs se trouvèrent satisfaits; il put, grâce aux fruits de son travail, adoucir, pour ses vieux parents, les rigueurs de la vie, et reconnaître les sacrifices qu’ils s’étaient imposés pour lui. En même temps, dans l’intervalle que lui laissaient les soins de l’éducation des fils du greffier, il continuait ses propres études, et suivait, comme élève de philosophie, les leçons de la Faculté des arts. Son goût pour la physique et la mécanique se développa alors plus librement.
A cette époque de sa vie, Nollet prit la résolution d’entrer dans les ordres. La simplieité de ses goûts, la sévérité de ses principes, son application au travail, parurent à ses protecteurs comme une marque de vocation pour l’état ecclésiastique. Nollet aborda donc une carrière qu’il devait abandonner bientôt. Il s’appliqua aux études sacrées, dans la Faculté de théologie, qu’il fréquentait en même temps que celle des arts. Il reçut le diaconât en 1728 ; mais il ne devait pas aller jusqu’à l’ordination. En même temps qu’il recevait de l’Eglise le titre de diacre, il obtenait, de la Faculté des arts, celui de licencié, et c’est dans la carrière des sciences qu’une vocation et un goût de plus en plus dé-
LE PARATONNERRE
cidé le tinrent fixé jusqu’à la fin de sa vie. Il conserva toujours le titre et le costume d’abbé, mais il n’exerça aucune fonction du sacerdoce.
A partir de ce moment, Nollet, entièrement voué à la culture des sciences, et promptement distingué par les physiciens de la capitale, s’attacha successivement à Réaumur et à Dufay. Avec Réaumur, il travailla aux études thermométriques qui ont immortalisé le nom de ce physicien ; il s’adonna, avec Dufay, aux expériences sur l’électricité, sujet alors tout nouveau, et qui, fixant définitivement ses goûts, l’occupa jusqu’à la fin de ses jours.
Sans entrer ici dans d’autres détails sur la carrière scientifique de Nollet, nous dirons qu’il ouvrit le premier en France des cours publics de physique. Secondé par l’Université de Paris, qui commençait à comprendre l’intérêt que devaient trouver le public et la génération nouvelle à la diffusion des sciences, il obtint de Louis XV l’autorisation d’organiser un cours de physique expérimentale, dont la chaire lui fut accordée. Ce cours public de physique, le premier qui ait eu lieu dans la capitale, fut inauguré, en 1735, au collège de Navarre. Le programme des leçons de l’abbé Xollet, qui fut bientôt publié par lui, servit de modèle à divers enseignements analogues qui furent établis ensuite dans les principales villes de la France.
L’affluence était si grande au cours de l’abbé Nollet, que, dès les premières leçons, l’évêque de Laon, supérieur du collège de Navarre, dut demander au roi l’autorisation de faire préparer un local nouveau, pour suffire au nombre toujours croissant des auditeurs. Rientôt un magnifique amphithéâtre fut construit; on y ménagea une tribune pour le roi, les princes et les personnages de distinction, attirés à ce cours par la renommée du professeur (i).
(I) « Le r> juillet 1754, plusieurs évêques étaient réunis au collège de Navarre. L’évéque de Laon voulut leur procurer le plaisir d’entendre la II. 13
218 découveutes scientifiques.
En 1739, Nollet entra à l’.\cadémie des sciences, comme membre adjoint. Biiffon, que ses collègues jugeaient « digne « de s’asseoir dans l’Académie à toutes les places, » avait quitté celle de membre adjoint mécanicien pour celle d’adjoint botaniste. Nollet fut choisi pour lui succéder. Trois ans après, la mort de l’abbé do Molières laissa vacante une place d’associé, qui fut donnée à Nollet. Enfin, il remplaça plus tard, en qualité de pensionnaire, Réaumur, son maître et son ami.
Sur la renommée de ses leçons du collège de Navarre, Nollet fut appelé à la cour en 4744, pour y faire un cours de physique expérimentale en présence du dauphin, père de Louis XVI. Ce prince en fut tellement satisfait que, l’année suivante, il demanda à l’abbé Nollet un second cours, qui fut professé devant la dauphine, infante d’Espagne. Plusieurs années auparavant, Nollet avait été appelé dans le même but par le duc de Savoie. Il avait consacré six mois à répéter, à Turin, son cours de physique du collège de Navarre, en présence du roi de Sardaigne, qui, nous dit-il, «lui adressa les remercîments les plus flatteurs, « et fit placer à l’Université tous les instruments qu’il avait « emportés avec lui, afin que les professeurs pussent essayer « de s’en servir dans la suite comme il l’avait fait, et en- « seigner avec leur secours la physique par voie'd’expé- « rience. »
leçon de physique expérimentale. On les conduisit à la grande tribune. L'altbé Nollet résuma ce qui avait été dit dans les deux leçons précédentes; il continua ensuite son explication et il fit des expériences. Les prélats témoignèrent beaucoup de satisfaction et donnèrent de justes applaudissements à un établissement qui fait honneur à la nation, et en particulier à l’üniversité de Paris. Us parurent frappés de la beauté de l’amphithéâtre qu’on a construit pour cetleécole. Quelque grand que soit le nombre des auditeurs de l’ablié Nollet, ils peuvent y être tous commodément placés. Cet établissement est un nouveau bienfait qu’il a plu à Sa Majesté d’accorder à son cojlége de Navarre. » (Journal historique ^nr les matières du temps, août 1764, p. 154.)
LE PARATONNERRP.
Le bon Nollet conserva dans la cour dos souverains les mêmes qualités de droiture, de douceur et de sérénité qui lui avaient concilié tous les cœurs dans le cei’cle de ses relations ordinaires. Il savait pourtant maintenir dans l’occasion les prérogatives et la dignité des sciences. Le dauphin l’avait engagé à faire sa cour à un homme en place, dont la protection pouvait lui être utile. Nollet fait une visite au grand seigneur et lui présente ses œuvres imprimées. Mais ce protecteur l’accueille très-froidement, et en recevant les livres du physicien :
« Je ne lis jamais, lui dit-il, ces sortes d’ouvrages. »
Nollet releva la tête :
H Permettez-moi, monsieur, dit-il, de laisser ces livres dans votre antichambre. Il s’y trouvera peut-être des gens d’esprit qui, en attendant l’honneur de vous parler, les liront avec profit. »
Nous sommes enti’é dans ces détails au sujet de l’abbé Nollet, pour faire comprendre quelle légitime autorité il exerçait en France, et de quel poids devait être son opinion auprès des savants. Le pnblic frança is fut naturellement porté à juger avec défaveur les travaux de Franklin en présence de l’opposition qui leur était faite par Nollet, que l’on s’était accoutumé depuis vingt ans, à regarder, pour employer une expression devenue vulgaire, comme le prince de l’électricité. Mais ici, l’abbé Nollet était fâcheusement égaré par ses préventions contre un rival, qui n’avait eu que le tort de réussir là où tant d’autres avaient échoué.
Lorsque parut la traduction des Lettres de Franklin, qui contenaient l’exposé des découvertes du physicien de Philadelphie et sa théorie du fluide unique, Nollet se refusa d’abord à croire qu’une telle production arrivât d’.Vmériquc. Il prétendait que cette théorie avait été fabriquée à Paris même, par ses ennemis, pour être opposée à son système. Ayant ensuite acquis la certitude qu’il existait bien réelle-
ment à Philadelphie une personne du nom de Franklin et ' que les expériences décrites n’avaient pas été imaginées à plaisir, il se mit en devoir de les réfuter.
C’est principalement dans ses Lettres sur l'électricité que Nollet a attaqué les idées de son rival (1). C’est là qu’il nie formellement l’utilité du paratonnerre. J
L'opposition de Nollet est d’autant plus difficile à expliquer, que le physicien, comme nous avons eu soin de le faire remarquer, avait, l’un des premiers en France, soupçonné l’origine électrique du tonnerre, et ex[)osé cette analogie sous la forme d’une probabilité séduisante, dans un passage que nous avons rapporté en son lieu (2). Il est bien surprenant, d’après cela, que Nollet élève des objections contre un résultat qui confirme ses propres vues, qu’il n’ait que des paroles de blâme pour les principes du physicien de Philadelphie, et qu’au lieu d’applaudir à la découverte du paratonnerre, il appelle cette invention admirable « le petit écart de .M. Franklin. »
La septième des Lettres de l’abbé Nollet sur l'électricité, adressée à Franklin, a pour sujet Vanaloyie du tonnerre avec l'électricité. Nous en citerons quelques passages qui feront bien connaître les sentiments de cet écrivain sur le sujet dont nous parlons.
Nollet entre en matière en rappelant doucereusement que Franklin n’est point l’auteur des expériences où l’on a constaté pour la première fois la présence de l’électricité dans l’air ; ces expériences que Franklin s’est borné à proposer, ont été exécutées, non par lui, mais « par de courageux prosélytes. »
« Si le commerce de nouvelles que vous entretenez entre Philadelphie et Londres, par les feuilles périodiques dont on
( 1 ) Ces Lettres sont en deux vol urnes ; le premier parut en 1764, l’autre six ans après.
(2) Page 149.
l.E PARATONNERRE.
dit que vous êtes auteur, vous a mis à portée d’entendre parler des découvertes physiques qui ont été publiées par les gazettes et nommément par celle de France du 27 mai 1752, vous aurez été sans doute bien satisfait d’y trouver le succès d’une expérience à laquelle vous avez la gloire d’avoir pensé le premier, mais dont l’exécution était réservée MM. Dalibard et Delor, tous deux zélés partisans de votre doctrine. Plus touchés du merveilleux pouvoir que vous attribuez aux pointes que des raisons qui pouvaient s’opposer à l’application importante que vous proposiez d’en faire, ces courageux prosélytes ont eu, heureusement pour la physique, assez de confiance pour tenter cette épreuve que vous n’aviez fait qu’indiquer. Je dis heureusement pour la physique, car quoiqu’on ne lire pas de cette belle expérience l’avantage dont on s’était flatté en la faisant dans vos vues, il en résulte toujours, soit immédiatement, soit par occasion, des connaissances d’un grand prix, et selon moi, le fait de Marly-la- Ville doit, comme celui de Leyde, faire époque dans l’histoire de l’électricité (1). »
Nollet rappelle ensuite que l'idée de l’analogie de l’éleciricitc et du tonnerre avait été exposée par lui en termes assez formels, dès l’année 1748, dans ses Leçons de physique expérimentale. Il continue en ces termes :
« Je suis extrêmement flatté, monsieur, de pouvoir vous prouver par ce passage que je viens de citer, le parfait accord qui se trouve entre vos pensées et les miennes, sur l’identité de la matière électrique avec celle du tonnerre ; j’espère que quand celle conformité d’opinions vous sera connue, comme elle l’est en France, vous n’approuverez pas que votre éditeur français ait affecté devons en faire honneur, sans faire mention des physiciens de son pays qui peuvent y avoir part; et sans me prévaloir en aucune façon de mon antériorité de date, je serai très-content de pouvoir seulement partager avec vous et avec les auteurs qui ont pensé comme nous, l’honneur que l’expérience vient de faire è nos conjectures, en les faisant passer au rang des vérités prouvées.
(1) Letires sur l’électricité, dans lesquelles on examine les découvertes qui ont été faites sur cette matière depuis l’année 175V. 1'® partie lettre 7®.
22 2 DÉCOUVERTES SCtENTIFIQüES.
« Oui, je ne crains pas de le dire, les poinies de fer électrisées en plein air dans les temps d’orage, et toutes les épreuves de ce genre qui ont été faites depuis, et qui se font encore tous les Jours, nous montrent incontestablement que le tonnerre est un phénomène électrique ; que la matière de ce météore est la même que nous voyons briller autour de nos tubes, de nos globes, de nos barres de fer; et que tous ces jeux philosophiques dont nous nous occupons depuis tant d’années dans nos cabinets, sont de petites imitations ou plutôt des portions de ces feux redoutables qui enllamment l’atmosphère et des foudres qui menacent nos têtes. »
II semble, d’après cela, que Nollet, heureux de cette découverte qui dévoile, en effet, l'une des lois les plus importantes de la nature, va se rallier à l’opinion de Franklin, et reconnaître, avec lui, qu’une pointe élevée vers les nuages orageux, donnant à la masse d’électricité contenue dans le sol un écoulement facile et constant, permet d’aller neutraliser, au sein du nuage, le fluide électrique. Loin de là ! Nollet confesse bien la présence de l’électricité dans les nuées orageuses, et la nature électrique de la foudre, mais il nie. d’une manière absolue, que le paratonnerre ail la puissance d’agir sur ces masses électrisées. Il reproduit ici le sentiment, 'et presque les paroles du vulgaire, qui ne peut comprendre que de simples pointes élevées dans l’air aient le pouvoir de conjurer les orages. Il voit une trop grande disproportion entre l’effet et la cause, et tout physicien qu’il est, il raisonne comme les ignorants, en répondant que si les paratonnerres sont utiles, les clochers, les arbres, et tout corps pointu qui est dressé en l’air, doivent exercer une action analogue :
« L’expérience de Marly-la-Ville, dit-il, apprend donc à notre siècle, et à ceux qui le suivront, que le tonnerre et l’électricité sont deux effets qui procèdent du même principe, puisque le fer isolé et exposé en plein air, lorsqu’il tonne, devient par là en état de représenter tous les phénomènes qu’il a coutume de faire
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voir, lorsque nous l’électrisons par le moyen des verres frottés. Mais croyez-vous, monsieur, que ce fait mémorable signifie autre chose? Êtes-vous bien sérieusement persuadé que le tonnerre soit maintenant au pouvoir des hommes, comme on nous l’assure, que nous puissions le dissiper à volonté, et qu’une verge de fer pointue, telle que vous nous l’avez indiquée, telle qu’on l’a employée, suffise pour décharger entièrement de tout son feula nuée orageuse vis-à-vis de laquelle on la dresse? Pour moi, je vous l’avoue sans façon, je n’en crois rien ; premièrement parce que je vois une trop grande disproportion entre l’effet et la cause ; secondement parce que le principe sur lequel on s’appuie pour nous le faire croire, ne me parait pas solidement établi.
«En effet, quelle apparence y a-t-il que la matière fulminante, contenue dans un nuage capable découvrir une grande ville, se filtre dans l’espace de quelques minutes, par une aiguille grosse comme le doigt, ou par un fil de métal qui servirait à la prolonger ! A quiconque aurait assez de crédulité pour se prêter à une pareille idée, ne pourrait-on pas proposer aussi d’ajuster de petits tubes le long des torrents pour prévenir les désordres de l’inondation? S’il ne fallait que des corps pointus et éminents pour nous garantir des coups de tonnerre, les flèches des clochers ne suffiraient-elles pas pour nous procurer cet avantage? Car, outre que la plupart ont une croix dont les bras sont presque toujours terminés en pointe, ce que l’on met au bout est si peu de chose, par rapport à la grandeur des objets, que ces édifices sont plus pointus vis-à-vis d’un nuage, qu’une aiguille à coudre ne peut l’étrc à l’égard d’une barre de fer électrisée. Cependant on sait de tout temps que la foudre ne les respecte guère, non plus que la cime la plus aiguë des montagnes, feriunt summos fulmina montes. »
Cette objection de Nollet est sans aucun fondement. Les clochers, les arbres et les toits pointus, ne peuvent fonctionner comme paratonnerres, parce qu’ils ne sont pas pourvus de conducteurs métalliques, pouvant donner passage à l’électricité empruntée au soi. Ils ne peuvent agir, au contraire, qu’en attirant la foudre, et l’expérience prouve bien, en effet, que le tonnerre frappe de préférence les corps pointus dressés en l’air.
DÉCOUVERTES SClEXTlKIQüES.
Nollet commence alors à discuter l’action protectrice du paratonnerre. Il prétend qu’il est indifférent de le munir ou non d’une pointe ; qu’une barre de fer coupée carrément agirait de la même manière, et qu’on peut à volonté lui assigner une position horizontale ou verticale.
« Mais si, dit-il, malgré ces raisons, la pointe électrisée le 10 mai à Marly-la-Ville, a pu autoriser et confirmer en quelque façon les esprits prévenus, dans l’espérance trop flatteuse qu’ils avaient conçue de soutirer le feu du tonnerre jusqu’à l’épuiser, ce qui se passa peu de Jours après à Saint-Germain en Laye et en quantité d’autres endroits depuis, n’aurait-il pas dû les désabuser, et leur montrer que le pouvoir des pointes a bien peu de part à ces effets? Quand il plaira aux physiciens qui se sont trouvés à portée de revoir le fait, de l’examiner dans ses différentes circonstances, et d’en peser la juste valeur ; quand il leur plaira, dis-je, de publier leurs découvertes, et d’exposer en détail ce qu’ils n’ont pu faire encore que sommairement, pour empêcher les progrès de l’illusion, vous verrez que la grandeur, la figure, la situation du fer, ne sont point des choses essentielles, et d’où dépende absolument le succès de ces expériences ; vous verrez qu’une verge, une barre de fer pointue ou coupée carrément par les bouts, posée verticalement ou dans un plan horizontal, reçoit également l’électricité qui règne dans l’air lorsqu’il tonne, et même souvent lorsqu’il ne tonne pas ; vous verrez que ce n’est point un privilège attaché au fer; que l’eau, le bois, les animaux, et généralement tous les corps électrisablcs, acquièrent pareillement cette vertu, et qu’il n’est pas nécessaire pour cela de les porter au plus haut des édifices, quoiqu’on réussisse mieux dans les endroits élevés et isolés. Toutes ces vérités sont aujourd’hui de notoriété publique. »
Ces dernières assertions que Nollet appelle « des vérités de notoriété publique », ne résultaient que de faits mal observés.
Nous no pousserons pas plus loin ces citations, qui mettent suffisamment en évidence les sentiments de l’abbé Nollet sur le paratonnerre. Disons seulement que, dès sa première
LE PARATONNERRE
lettre, il expose plus sommairement la même opinion. Il déplore l’erreur commise à ce sujet par Franklin. En considération des services incontestables rendus à l’électricité par le physicien de Philadelphie, il voudrait « que l’on pût « oubliera jamais que M. Franklin a pu donner dans ce « petit écart (1). » La postérité, nous le croyons, verra dans cette dernièreopinion, dans « ce petitécartde M. Franklin, » le grand écart de M. l’abbé Nollet.
C’est sur la foi de Nollet que plusieurs physiciens, après l’année 1734, date de la publication de ses premières se sont élevés, en France, contre la vertu des paratonnerres. Nous ne citerons qu’un seul de ces opposants, mais qui est bien digne de cette mention spéciale, puisque, dans son ardeur à proscrire l’appareil de Franklin, il all.ait jusqu’à demander qu’un règlement de police empêchât à l’avenir de terminer les édifices par une forme pointue, mais prescrivît, au contraire, de leur donner toujours des surfaces convexes. Dans son zèle anti-frankliniste, il voulait même qu’il fût défendu de planter des arbres de haute tige aux en-
(1) « Je reviens aux expériences de M. Franklin, sur lesquelles il me « reste encore quelque chose à vous répondre. Du phénomène de Marly- « la-Ville et des découvertes qui ont été faites depuis et auxquelles il a « donné occasion, on a tiré les deux conséquences suivantes : la première, « que la matière du tonnerre est la même que celle de l'électricité ; la « seconde, que par le moyen des verges de fer pointues on pourrait sans « hruit et sans dommage tirer toute la matière fulminante d'une nuée « orageuse. Vous savez déjà à peu près ce que je pense de celte dernière « par la manière dont je vous en ai parlé plus haut; je n'ai jamais été « tenté d'y ajouter foi : mais quoique à mon avis on soit mal fondé à « croire qu’on délivrera le genre humain de la crainte du tonnerre, en • dressant en l’air les pointes de fer ; après avoir dit tout ce qu’il convient « pour empêcher l’erreur de s’accréditer, je voudrais qu’on pût oublier « à jamais que M. Franklin a donné dans ce petit écart : je le voudrais « en faveur du motif qui l’a déterminé et à cause des découvertes plus « réelles que cela nous a procurées. » (Lettres sur l'électricité, dans lesquelles on examine les découvertes qui ont été faites sur cette matière depuis l'année 1752. f' partie, lettre K®.)
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virons des liabilations. Cet ennemi des jardins était l’abbé Poncelet, auteur d’un traité spécial intitulé : La Nature dans la formation du tonnerre. Voici comment il s’exprime à ce sujet :
« Quand on annonça, il y a quelques années, dit l’abbé Poncelet, la propriété des pointes, je me souviens qu’on vil alors quantité de gens qui s’imaginaient que c’était h\ le grand, le vrai, l’unique moyen d’éviter les accidents fâcheux, qui suivent ou accompagnent quelquefois le tonnerre. J’entendis même en ce temps-là plusieurs personnes qui, se croyant fort instruites, soutenaient opiniâlrément que, si l’on avait essuyé trés-peu d’orages en le.ït et I7ü2, on en était redeval.de à trois ou quatre barres métalliques, élevées dans autant de quartiers de Paris, Hélas! en raisonnant de la sorte, que l’on était éloigné de compte I Les pointes, il est vrai, attirent le phlogistique de la nuée, elle le dissipent même en partie; mais quelle proportion peut-il y avoir entre une masse quelquefois d’une demi-lieue et plus de long, d’autant de large, et peut-être de cent toises de profondeur, avec une petite barre de fer de six pieds de long, sur six lignes d’épaisseur? C’est comme si je voyais un charlatan muni d’un vase contenant environ une pinte, entreprendre de vider l’immense bassin de l’Océan, pour passer à pied SCC en Angleterre. Je vais plus loin, et je prétends qu’en multipliant les barres, on court risque de produire un effet tout contraire à celui que l’on se propose. Car enfin, en cherchant ainsi à attirer le phlogistique, il peut tomber en si grande quantité, dans les lieux où seront posées ces barres, qu’il résultera de celte chute les orages les plus étranges et les plus inévitables. Et n’est-ce pas ce que l’on a vu arriver cent et cent fois aux cloches terminées en flèches? Bien loin dona d’avoir recoursà cette sorte de moyen pour éviter le tonnerre, je voudrais au contraire que l’on fît un règlement de police par lequel il serait défendu de faire désormais des constructions de cette espèce. Conséquemment tous les édifices un peu élev és seraient terminés par des formes convexes ou approchantes, ou tout au moins présenteraient de très-larges surfaces. Par la même raison, je voudrais qu’il fût défendu de planter des arbres de haute tige aux environs, et à la proximité des habitations. J’en atteste encore sur cela l’expérience qui nous apprend
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que les arbres fort élevés font la fonclion de pointes, et attirent fréquemment le tonnerre (1). »
On reconnaît dans cette argumentation, et exprimées presque dans les mêmes termes, les préventions et les erreurs de Nollet. Les corps terrestres élevés en l’air et terminés en pointe, tels que les arbres, et les clocliers, qui n’ont qu’une conductibilité très-imparfaite, et qui dès lors peuvent être frappés de la'foudre, sont toujours confondus avec les tiges métallifjues pointues et qui, communiquant par un excellent conducteur avec le sol, peuvent donner un libre passage à l’électricité, et permettre de neutraliser ainsi le fluide libre des nuages.
de qui fait comprendre, en partie, cette oj)position contre le paratonnerre, soutenue avec obstination par des savants aussi distingués que Nollet en France, et Wilson en Angleterre, c’est que Franklin qui, nous devons le dire, a toujours mal interprété physiquement le niécanisme du pouvoir des pointes, s’imaginait que les pointes soutiraient par elles seules le lluitle électrique des nimges (2). Ce motsoi</f-
(1) La nature dans fa formation du tonnerre, et la reproduction des titres vivants, pour servir d’introduction aux vrais principes de l’agriculture, nCt), pages llfi-118.
(2) La lige d'un paratonnerre n’agit pas en soutirant l’électricité des nuages, comme le pensait Franklin : c’est tout le contraire qui a lieu. ToutJe monde sait aujourd'iiui que le mécanisme physique du paratonnerre repose sur l’électrisation par influence. Quand un nuage orageux électrisé positivement, par exemple, existe au sein de l’atmosphère, il agit par influence, c’est-à-dire à distance, sur tous les corps qui se trouvent placés sur la terre, dans le rayon de son activité. 11 repousse au loin le fluide positif et attire le fluide négatif, qui s’accumule sur les corps situés à la surface du sol, et avec d’autant plus d’abondance que ces corps sont placés à une plus grande hauteur. Les corps élevés le plus haut dans l’atmosphère, sont dès lors naturellement les plus fortement électrisés et les plus exposés à recevoir la décharge électrique. Mais si, dans ces hautes régions on a élevé des paratonnei rcs, c'est-à-dire des tiges métalliqucspointues en communication avec le sol, le fluide négatif attiré du sol par l’influence du nuage, s’écoule dans l’atmosphère etva neutraliser le fluide positif au sein même de ce nuage. 11 peut arriver pourtant que la masse d’é-
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rer effraya longtemps les imaginations et continua à entretenir les craintes elles préjuges contre le paratonnerre.
Malgré les efforts de quelques physiciens intelligents parmi lesquels il faut citer Charles et Leroy, de l’Académie des sciences, ou repoussa en France, jusqu’à l’année 1782, les paratonnerres, que l’Amérique avait ado|>tés dès l’année 1760, sur les recommandations et grâce au crédit politique de Franklin.
Les physiciens qui partageaient les idées de Nollet ne se contentaient pas de déclamer contre cet appareil comme inutile et ridicule ; ils le dénonçaient comme dangereux pour la sécurité publique, ce qui eut pour effet d’amener des émeutes populaires. En 1783, un gentilhomme de la ville de Saint-Omer, .M. Visseri de Boisvallé, avait fait élever sur sa maison un paratonnerre, qu’il avait surmonté d’une sorte de globe terminé par une épée qui semblait menacer le ciel. A la vue de cet appareil, toute la ville fut en rumeur, la foule se rassembla menaçante, et tout prête à faire un mauvais parti au téméraire novateur (1). Partageant les préjugés populaires, la municipalité de Saint-Omer, au lieu de soutenir M. de Visseri, rendit un arrêté qui lui intimait l’ordre d’abattre l’appareil suspect. Ce dernier résista à une prétention qui excédait les pouvoirs de l’autorité municipale, et saisit de la question le tribunal d’Arras. Un avocat, alors très-obscur, fut chargé de la défense de M. Visseri de Boisvallé ; sa plaidoirie et la cause à laquelle elle se rapportait curent un grand retentissement. Toute la France s’occupa
lectricité contenue dans la nuée orageuse soit si considérable, que le conducteur du paratonnerre reste insuIRsant pour emprunter au sol la quantité de fluide opposé nécessaire pour neutraliser le fluide lilire du nuage. La foudre éclate alors, mais comme l’électricité suit toujours le meilleur conducteur, c’est le paratonnerre qui reçoit la décharge, en raison de sa parfaite conductibilité, et l’édifice est préservé.
{l) La physique à la portée de tout le monde, par le Père Paulian, t. Il, p. 389.
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de l’allaire de Saint-Omer, et en suivit les phases avec sollicitude. Le jugement du tribunal d’Arras, du 31 mai 1783, qui cassait l’arrêté de la municipalité de Saint-Omer, fut ' accueilli dans le royaume avec des applaudissements unanimes. et on lut avec empressement la plaidoirie du jeune avocat, qui, au dire du Journal des savants, avait traité son sujet avec beaucoup d’esprit et d’érudition.
Lejeune avocat du tribunal d’Arras s’appelait M. de Robespierre, et cette affaire commença la réputation du célèbre conventionnel.
En 1771, Th. de Saussure, à Genève, avait fait dresser un paratonnerre pour garantir samaison et son quartier. Toute la ville s’émut, et pour tranquilliser les esprits, M. do Saussure dut faire imprimer un petit ouvrage sur Vutilité des conducteurs électriques, dont on distribuait des exemplaires gratis à toute personne qui se présentait à un bureau d^avis{\).
Le jugement du tribunal d’Arras eut pour effet d’attirer l’attention des corps savants sur les paratonnerres. L’Académie de Dijon s’occupa la première de cette question : un rapport sur ces appareils fut rédigé par Guyton de Morveau et Marct, qui établirent toute l’utilité de cet appareil et posèrent quelques règles pour sa construction.
C’est dans les provinces du Midi, et non dans la capitale de la France, que les premiers paratonnerres furent établis. L’abbé Bertholon, professeur de physique, en avait élevé beaucoup à Lyon et dans diverses villes du Languedoc. C’est d’après l’efficacité qui fut bientôt reconnue aux appareils constiTiit par l’abbé Dertholon, que ce physicien, en 1782, fut appelé à en établir de semblables dans la capitale (2).
a) La physique à la portée de tout le monde, Paulian, t.II.p. 3S9,
(2) C’est ce que constate le Mercure de France. « On ne fera plus, ilit ce journal, à la capitale de la France le reproche de ne pas adopterla découverte des paratonnerres, dont Tutilité est si bien démontrée. Plusieurs
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L’adoption des paratonnerres ne commença en Angleterre qu’en 1788. Le chapitre de Saint-Paul, à Londres, après avoir pris l’avis de la Société ro} ale, décida que l’église métropolitaine serait munie d’un de ces instruments. Un second s’éleva quelque temps après sur Buckingham-House, et bientôt les principaux édifices publics de Londres et les magasins à poudre mêmes en furent munis.
Le grand-duc de Toscane et l’empereur d’Autriche firent adopter, vers cette époque, la même mesure dans leurs Etats.
Avant que l’on élevât des paratonnerres sur les édifices, on avait déjà songé à préserver, par le même moyen, les navires en mer. C’est la république de Venise qui donna la première le signal de cette mesure. Par un décret du 30 juillet 1778, la république avait ordonné que ce nouveau système fût appliqué à tous ses navires et aux magasins à pou-
villes de France s’étaient déjà distinguées par leur empressement pour en élever ; et la ville de Paris, le séjour des sciencees et des arts, ne pouvait dilférer plus longtemps de suivre l’exemple que le nouveau monde a donné à l’ancien. Madame la duchesse d’Ancenis en a fait élever un sur son autel, où la foudre est tombée précédemment; et les religieuses Augustines Anglaises en ont fait établir un sur leur couvent. M. l’abbé Bertholon, professeur de physique expérimentale des états généraux de la province de Languedoc, déjà connu dans la république des lettres par plusieurs ouvrages qui ont eu du succès et par les superbes paratonnerres de Lyon, a été choisi pour présider à la construction de ces nouveaux instruments, qu’il a fait exécuter d’une manière à ne rien laisser à désirer. Celui de l’hôtel de Charost, de madame la duchesse d’Ancenis, a quatre-vingt cinq pieds de longueur, l’extrémité inférieure qui entre dans la terre et plonge au-dessous de l’eau a vingthuit pieds. Le paratonnerre des religieuses Anglaises est de cent quatreving-huit pieds de longueur, et la partie qui est dans la terre et qui aboutit à l’eau est de quatre-vingt dix pieds de profondeur. On a observ é la plus grande précision dans les jonctions qui sont faites à vis ; des communications métalliques ont été savamment ménagées, les pointes sont dorées à or moulu; des verticelles ont été placées aux endroits convenables; en un mot, on y voit toutes les perfections que.M. l’abbé Bertholon a décrites et observées dans divers appareils de ce genre, qu’il a construits en plusieurs endroits, et qu’il fera connaître en détail dans un de ses ouvrages. » [Mercure de France, 1782, n» 52, p. 188.)
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lire. C’est d’après cet exemple, qn’en 1781, le physicien Leroy visitait nos ports j)our faire installer le paratonnerre sur tous les navires et sur les constructions maritimes. Les conducteurs métalliques adoptés par Leroy, pour l’usage des navires, étaient des chaînes de cuivre fixées aux mats. Les vaisseaux l’Étoile, l’Astrolabe, la Résolution, l’ E xpérience et la Boussole, furent munis les premiers de cet appareil.
Les avantages manifestes qui résultaient de l’emploi des paratonnerres firent bientôt justice de préventions mal fondées. La question futenfin envisagée sous son jour véritable, et l’on reconnut les avantages immenses de ce simple et ingénieux instrument. Dès lors, le physicien de Philadelphie ne compta plus que des partisans : « M. l’ahbé Nollet, nous dit « Franklin dans ses Mémoires, vécut assez poui’ se voir le « dernier de son parti, excepté M. B... de Paris, son élève et (I son disciple immédiat. »
C’est Turgot qui est l’auteur d’un vers à la louange de Franklin, qui est devenu bien célèbre. Le texte primitif de ce vers, destiné à être placé au bas d’un portrait du philosophe américain, est très-peu connu ; le voici, d’après Vicq d’.Vzyr :
Eripuit cœlo fulmen, mox scepira lyrannis (1).
Après le triomphe définitif des armées américaines, ce vers fut modifié; par un changement doublement heureux, et pour l’harmonie, et pour l’exactitude historique, il devint celui que tant de bouches ont répété :
Eripuit cælo fulmen sceptrumque lyrannis.
La conversion aux idées de Franklin devint bientôt si com-
(1) Éloge de Franklin, par Vicq d’Azyr, dans la Revue rétrospective, avril-juin 1835, page 390 du volume. Cet éloge de Franklin ne ligure pas dans la collection in-8“ des Éloges historiques par Victi d’.Azyr, qui a été publiée en 1805 parMoreau(de la Sarlhe) ; il n’a été imprimé qu’en 1835 dans la Revue >él respective.
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plète, en France, que l’on eu vint jusqu’à déclarer qu’une pei’sonne menacée, en l’ase campagne, par le feu duciel, n’avail, pour s’en garantir, qu’à tirer l’épée, et à la tenir, dressée verticalement contre les nuées orageuses, dans la position d’Ajax menaçant les dieux. Les gens d’ Eglise, à qui leur condition interdisait de porter l’épée, se plaignirent de cette rigueur du sort, et l’on songea à demander pour eux, au moins pour les temps d’orage, une infraction à la coutume. On répondit à cette réclamation des gens d’ Eglise, en leur montrant, dans le livre de Franklin, qui était l’évangile du jour, « qu’on peut supplc*er au pouvoir des pointes en laissant bien mouiller ses habits. » C’est chose facile pendant un orage. Ils n’insistèrent plus sur leur requête.
Les dames de Paris portèrent quelque temps un chapeau garni, autour de la ganse, d’un fil métallique, communiquant avec une petite chaîne d’argent qui tombait, par derrière, jusque sur les talons. C’était le moyen, imaginé parla mode, pour défendre du feu du ciel les précieuses têtes des jolies femmes.
Entre les partisans enthousiastes de Franklin et ses détracteurs, entre les physiciens qui propagèrent avec ardeur sa doctrine et ceux qui l’ont attaquée par leurs discours ou leurs écrits, il faut ranger les indiiïcrents ou les douteux, qui flottaient insoucieusement entre les deux opinions. De ce nombre fut le roi de Prusse, Frédéric II, qui, après examen de la question par des savants commissionnés à cet effet, accorda l’autorisation d’établir des paratonnerres dans toute l’étendue du royaume de Prusse, mais défendit expressément d’en placer aucun sur son palais de Sans-Souci.
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