‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernesChapitre 26 sur 42 · I.E PAnATONNERRE · texte numérisé non relu

I.E PAnATONNERRE

2® d’un manche de bois léger et long d’environ deux pieds; 3® d’une tringle de fer d’un demi-pouce de diamètre, et de huit à dix pouces de long, placée en dessus vis-à-vis du manche, et terminée supérieurement par un écrou ; 4® d’un anneau, de baguettes et d’un ressort particulièrement situés en dessous : cet anneau, glissant sur la tringle, sert à plier et à déplier les baleines ; O® de neuf ou dix baleines, chacune de deux pièces, arcboutées à l’ordinaire, mais placées au-dessus du taffetas ; l’une de ces baleines, attenante à la tresse d’argent, est armée d’un bout de cuivre terminé par un écrou. Les accessoires sont : 1® une verge de cuivre mince, longue d’un pied, terminée supérieurement par une pointe fine, et inférieurement par une vis qui s’adapte aisément, quand on veut, à l’écrou de tringle ; 2o un gros fil de laiton, d’un pied et demi de largeur, finissant par une petite vis qui au besoin se met dans l’écrou du bout de cuivre dont nous avons parlé; 3® un cordonnet d’argent pendant au bout inférieur de ce fil de laiton, et terminé par une petite houppe de frange qui traîne à terre. »

Telle est la description donnée par Barbe u-Dubourg de son paratonnerre portatif. Le l’ère Paulian, dans son ouvrage imprimé à Nîmes en 1790, la Physique « la portée de tout le monde, donne la description d’un autre paratonnerre portatif, en forme de parasol, et peu différent de celui de Barbeu-Dubourg.

Mais nous devons dire qu’il n’existe point, dans un sens absolu, de corps non conducteur de l’électricité, et que la foudre frappe, traverse, réduit en poussière les corps réputés les plus mauvais conducteurs du fluide électrique, tels que le verre, les résines, le soufre, etc. Il est donc certain que ces appareils seraient restés sans efficacité pour préserver un homme de la foudre. Malgré son insuccès, cette tentative devait être signalée dans la notice historique que nous venons de tracer.

LA PILE DE VOLTA

Nous sommes dans la ville de Cosme, en Milanais, pendant les premiers jours de l’année 1800, tout à fait à l’aurore du grand siècle des sciences physiques. Si nous entrons dans le cabinet d’un physicien retiré dans cette ville, à la fin d’une longue et glorieuse carrière universitaire, nous y apercevrons un homme déjà âgé, qu’entoure tout un étrange attirail. Des pièces d’argent monnayé, des rondelles ou palets de zinc et de cuivre, sont épars autour de lui. Sur sa table, se dre.ssent trois baguettes de bois, entre lesquelles il vient de superposer avec le plus grand soin, et toujours dans le meme ordre, un palet de cuivre, un palet de zinc, une rondelle de drap mouillé ; puis encore, et toujours dans le même ordre, un palet de cuivre, un palet de zinc, une rondelle de drap mouillé. Tout cet ensemble forme un entassement, une pile, composée d’une série de disques de cuivre et de zinc, chacun de ces couples se trouvant constamment et uniformément séparé de l’autre par un disque de drap humecté. L’œil fixé sur ce singulier assemblage, notre savant paraît en proie aux plus vives préoecupations : on dirait qu’il entrevoit par la pensée tout un monde de vérités ignorées et sublimes. Près de lui est un écrit qu’il s’apprête à relire, c’est une longue lettre portant pour suscription : A sir Joseph Banks, président de la Société roytde de Londres.

Que signifie cet arrangement singulier, cet instrument bizarre dont rien ne peut encore nous faire comprendre le

LA PILE DE VOLTA

but? Le vieux savant est-il tomb<^ en enfance ou en manie? Mais suspendons toute interprétation injurieuse : cet homme est Alexandre Volta ; cet appareil c’est la pile, nom que l’inventeur lui donne, pour ne rien préjuger de ses effets et rappeler seulement l’ordre qui préside à sa disposition. Ce nom , provisoirement et arbitrairement adopté , restera désormais attaché à cet appareil.

Rien ne peut faire prévoir encore l’importance de cet instrument nouveau. Mais attendez quelqu(f temps, trois mois à peine, et lorsqu’une étude rapide aura permis d’entrevoir scs principaux effets, vous ne tarderez pas à vous convaincre qu’il constitue le plus puissant, le plus merveilleux des appareils qu’ait enfantés la science des hommes.

Un rapide coup d’œil jeté, par avance, sur les principaux effets de la pile de Volta, va nous montrer que rien n’est comparable à la puissance, à la variété, à l’universalité de ses effets.

Réunissez, au moyen d’un fil métallique, les deux extrémités qui terminent cette pile de disques accumulés, et voici les effets variés, autant qu’extraordinaires, que vous obtiendrez à volonté :

Entre ces deux fds rapprochés à une faible distance, on voit jaillir une flamme qui, lorsqu’elle est produite dans des conditions spéciales, efface, par sa prodigieuse intensité, toute lumière artificielle, et qui n’est comparable qu’à l’éclat même du soleil.

Si l’on réunit par un mince fil conducteur les deux pôles de cet instrument, de telle sorte que le fil interposé serve seul à l’écoulement du fluide électrique, on aura entre les mains le plus énergique foyer de chaleur dont les hommes puissent disposer. Par la masse de calorique accumulée en ce point, on met en un instant en fusion, et l’on réduit même à l’état de vapeurs, les métaux les plus réfractaires. Le fer, infiisiblc dans nos feux de forge; le platine, le plus réfrac-

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taire des métaux; les corps non métalliques, tels que la silice ou l’alumine, composés absolument infusibles; le diamant même; en un mot, presque toutes les substances sans exception appartenant au règne minéral, sont amenées en un instant à l’état de fusion par ce foyer sans rival.

Quand il circule silencieusement et sans aucune manifestation physique extérieure, dans un conducteur non interrompu, le courant électrique engendré par cet instrument jouit de la vertu, mystérieuse autant qu’étonnante, de développer une force motrice considérable. On peut, à son gré, accroître l’énergie de cette force mécanique, l’employer à soulever de lourds fardeaux, à animer des machines. Différent en cela de tous les moteurs connus, cet agent mécanique se transporte à toutes les distances avec "une vitesse incalculable ; il peut agir, sans perdre considérablement de son intensité, à mille lieues de son point de départ. Serviteur obéissant et docile, cette force est toujours prête. Rien ne lui fait obstacle pour surmonter les distances ; elle franchit les mers, gravit les montagnes, descend les vallées, traverse les cités, et se retrouve, à son point d’arrivée, avec la plus grande partie de son énergie primitive. On peut en un clin d’oeil, à la volonté et au commandement de la main, suspendre son action, et dans les intermittences de travail, dans les instants de repos, elle ne dépense, elle ne consomme rien.

Si l’on plonge dans de l’eau deux fils d’or ou de platine attachés aux deux pôles de cet instrument, et que l’on rapproche CCS deux fils à une certaine distance, on voit aussitôt l’eau se décomposer et se réduire en ses deux éléments : l’oxygène et l’hydrogène gazeux; l’oxygène se dégage autour du fil aboutissant au pôle zinc, l’hydrogène autour du fil partant du pôle cuivre.

Cette décomposition que l’eau subit sous l’influence du courant voltaïque, tous les autres composés naturels sont susceptibles de l’éprouver également, car la pile de Volta est

le moyen le plus puissant d’analyse que possède la ehimie. Sous son influence, les oxydes métalliques sont réduits en leurs éléments ; l’oxygène se dégage au pôle zinc ; le métal se dépose à l’autre pôle. Les composés salins se détruisent aussi par l’incompréhensible action de la môme force : l’acide qui entre dans leur composition se porte au pôle zinc ; la base, ou l’oxyde métallique, se rend au pôle cuivre. C’est grâce à la pile voltaïque que les chimistes ont pu être fixés, après des siècles d’infructueux efforts, sur la nature d’une foule de composés. On soumet un jour la potasse à l’action de la pile, et cet alcali est décomposé. Bientôt, tous les oxydes terreux se dédoublent à leur tour en oxygène et en un métal particulier, et la véritable nature des bases alcalines et terreuses est tout à coup dévoilée. Toutes les autres substances chimiques étant soumises successivement à ce puissant moyen d’analyse, des métaux inconnus sont découverts, 1a liste des corps simples anciennement admise est rectifiée, et le système général de la chimie s’éclaire d’un jour inattendu.

Moyen puissant et sans égal d’analyse chimique, la pile voltaïque peut aussi, délicatement employée, produire l’effet inverse, et par une sorte de contradiction physique dont le sens nous échappe, servir à la synthèse ou à la recomposition des corps. Si l’électricité de la pile peut décomposeiv l’eau en ses éléments, à l’inverse, une étincelle électrique qui peut être fournie par la pile provoque la combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène gazeux, et détermine la formation de l’eau par l’union chimique de ces deux gaz; enfin, grâce à l’emploi de courants électriques faibles et continus, on parvient à reproduire, avec le secours du temps, certaines espèces minérales qui existent dans la nature.

La pile de Volta, qui produit de si remarquables effets physiques et chimiques, provoque encore d’importants phénomènes physiologiques. En circulant au sein de nos organes, l’électricité issue de la pile reproduit ces intimes

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ébranlements que l’innervation a le privilège d’y exciter ; elle réveille nos fonctions endormies, met en action les appareils organiques ; cWc galvanise y suivant l’expression consacrée, le cadavre des animaux récemment tués, et simule les phénomènes qui sont propres à la vie.

Si, avec les deux mains humectées d’eau, on touche à la fois les deux fils conducteurs d’une pile en activité, on éprouve aussitôt une vive commotion ; on ressent dans les articulations des doigts et de la main une secousse pareille à celle que l’on éprouve quand on touche à la fois les deux garnitures d’une bouteille de Leyde. Seulement, la bouteille de Leyde ne donne qu’une seule commotion; pour en obtenir une autre, il faut recharger la bouteille. Ici, au contraire, la secousse se renouvelle continuellement; la pile de Yolta joue le rôle d’une bouteille de Leyde qui se rechargerait subitement et spontanément.

Placez sur le bout de la langue le pôle zinc de cet instrument, et sur un autre point du même organe le pôle cuivre, vous percevrez l’impression très-prononcée d’une saveur acide ; changez les deux fils de place, la saveur perçue sera alcaline.

Le sens de la vue peut être excité, comme celui du goilt, par le courant de la pile ; et, résultat singulier, la sensation lumineuse peut être provoquée sans que le fil conducteur touche l’organe de la vue. Si l’on applique sur la joue, sur les lèvres, ou sur une partie quelconque du visage préalablement humectée d’eau, le fil conducteur de l’un des pôles, à l’instant où l’on saisit avec la main l’autre extrémité, on aperçoit un faible éclair en tenant les yeux fermés.

Si l’on place les deux fils de la pile sur les oreilles humectées d’eau, ou bien entre une oreille et quelque autre partie humectée du visage, on entend aussitôt des sons ou des bruits successifs et répétés.

Ce n’est pas seulement sur les organes vivants que la pile

LA PILE DE VOLT A

voltaïque exerce son influence ; elle réveille les actions organiques sur le cadavre des animaux. En faisant, par des moyens convenables, circuler le courant électrique dans les muscles pectoraux d’un animal récemment tué, on voit renaître sur le cadavre l’acte mécanique de la respiration. Soumis au même genre d’expérimentation, on a vu des suppliciés exécuter les phénomènes de la vie organique, leurs mains s’agiter et soulever des poids, le tronc se relever à demi, et les muscles de la face en proie à de si effrayantes contorsions, que les témoins de cette étrange scène s’enfuyaient éfK)u vantés.

Source de lumière et de chaleur, agent de force motrice, moyen puissant d’action chimique, instrument de phénomènes physiologiques variés, la pile voltaïque réalise donc cet idéal Protée conçu pour un autre ordre d’idées par la poétique imagination des anciens. Produire de la chaleur et de la lumière, créer des forces motrices, ramener les corps à leurs éléments primitifs, combiner entre eux ces éléments, réveiller au sein des êtres organisés les mouvements particuliers à l’action vitale, à cela se réduit à peu près la sphère de notre activité scientifique et industrielle. Ce cercle immense autant que varié, la pile voltaïque le remplit à elle seule, et presque toujours avec une intensité et une facilité surprenantes.

De toutes les inventions modernes, la pile voltaïque est donc la plus originale, la plus féconde, en raison du caractère frappant d’universalité qui la distingue. Les plus belles créations de la science ou de l’industrie, la machine à vapeur et nos puissants instruments mécaniques, la boussole, les lunettes d’approche et les instruments d’optique perfectionnés, toutes les autres inventions dont nous pourrions rappeler la longue et glorieuse liste, n’accomplissent en général qu’une fonction unique et spéciale. L’instrument que nous devons à Volta est, au contraire, essentiellement

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universel dans ses applications. Grâce à cet appareil admirable, on enferme et l’on condense en un même point une source contiuuelle d’électricité, c’est-à-dire d’un agent physi(pie égal au calorique par le nombre et l’importance de ses attributs, et l’on peut mettre tour à tour à profit ses effets variés. Lumière, chaleur, action mécanique, eftéts physiologiques, nous avons sous la main, avec la pile électrique, toutes les ressources, tous les moyens d’action à la fois. Nous pouvons, à volonté, mettre en jeu l’un de ces effets à l’exclusion des autres, et tous, isolés ou simultanés, obéissent aveuglément à nos ordres. Ils partent, s’élancent ou s’arrêtent, modèrent, graduent ou exaltent leur intensité, selon nos besoins ou nos désirs. Grâce à la pile de Yolta, l’électricité devient tour à tour le messager rapide qui porte nos dépêches, la machine puissante qui accomplit nos travaux mécaniques, l’agent mystérieux qui, dans nos laboratoii’os industriels, façonne et superpose les métaux précieux ou communs, le moyen thérapeutique que la médecine tente de mettre en oeuvre, ou la lampe sidérale qui brille

dans la nuit de nos cités.

Il faudrait des volumes pour raconter avec tous les détails qu’elle exigerait l’bistoire de la pile de Volta, pour tracer le tableau des innombrables applications qu’elle a reçues, et fournir des renseignements exacts et circonstanciés sur tous les points qui se rattachent à ce grand sujet. Pour ne pas étendre cette notice hors de toute limite, nous ne considérerons ici que l’histoire delà pile de Volta prise en elle-même, sans entrer dans l’exposé de la longue série des applications qu’elle a trouvées de nos jours. Nous pourrons ainsi renfermer dans un petit nombre de pages 1e récit bistorique de tout ce qui se rapporte à cet admirable appareil.

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