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CHAPITRE X

Principes et règles pour la construction des paratonnerres. — Instruction de Gay-Lussac adoptée et publiée par l’Académie des sciences de Paris en 1823. — Nouvelles instructions publiées en 1824.

Guyton de Morveau et Marct, dans un rapport fait à l’Académie des sciences de Dijon en 178A, avaient essayé de formuler quelques principes relatifs à la construction des paratonnerres. Charles et Leroy donnèrent ensuite plus de précision à ces règles.

En 1823, la foudre avait occasionné de grands ravages en France. A cette occasion, le ministre de l’intérieur demanda à l’Académie des sciences de Paris de rédiger une Instruction pratique qui püt servir de guide aux constructeurs et ouvriers pour l’établissement des paratonnerres que l’on se disposait à élever dans la plupart des communes. Chargé de ce travail, Gay-Lussac composa un écrit qui peut être considéré comme un modèle, par la netteté des vues théoriques et la simplicité des indications pratiques. Le rapport de Gay- Lussac fut distribué avec une profusion extrême et largement répandu par tous les moyens de publicité. L’étranger, aussi bien que la France, profita de 'ce document, qui devint une sorte de manuel populaire, où, pendant trente ans, on a puisé les notions simples et précises dont on avait besoin pour construire et installer cet appareil protecteur.

Cependant un travail scientifique, qui remontait à l’année 1823, avait besoin à notre époque d’être soumis à une révision attentive. Sans doute, tout ce qu’a écrit Gay-Lussac en 1823, sur la manière d’établir un paratonnerre, demeure enccre aujourd’hui exact et vrai. Mais les modifications qui ont été apportées depuis au système et aux matériaux de nos

LE PARATONNERRE

constructions, ont j>lacé les édifices dans des conditions toutes nouvelles par rapport à l’électricité atmospliéricpie. Dans les édifices d’autrefois, l’emploi des métaux, particulièrement du fer et du zinc, était restreint presque exclusivement au faîtage, aux gouttières, aux tirants do consolidation. Dans les constructions modernes, au contraire, le métal prédomine de plus en plus. Dans les bâtiments d’aujourd’hui, on trouve partout du fer, de la fonte ou du zinc, que l’on emploie en grandes masses et sur de grandes superficies : couvertures de métal, charpentes de métal, poutres de métal, croisées de métal, colonnes de métal, et quelquefois même murailles de métal. Sur des édifices ainsi composés la foudre a nécessairement plus de prise que sur les anciennes maisons qui n’admettaient que de la pierre et du bois. Les nuages orageux peuvent décomposer, par influence, des quantités d’électricité décuples ou centuples de celles qu’ils auraient décomposées avec des corps moins bons conducteurs, comme l’ardoise ou la brique, le bois, la pierre, le plâtre, le mortier et tous les anciens matériaux des édifices. Ainsi ce nouveau système de construction réalise, sur une immense échelle, ce que l’on reprochait à la fin du dernier siècle aux paratonneiTcs ; il attire la foudre.

Le palais de l’Industrie, qui fut bâti aux Champs-Klysées en 1854 pour recevoir les produits de l’Exposition universelle, était, comme tous les édifices modernes, abondamment pourvu de pièces de construction métalliques. Sur l’étendue de trois hectares qu’il occupait, on avait élevé un édifice de 40 mètres de hauteur, où il entrait, depuis la base jusqu’au sommet, des masses énormes de fer, de fonte et de zinc. La compagnie qui avait entrepris d’élever ce vaste monument, consulta l’Académie des sci(‘nces sur les meilleures dispositions à donner aux paratonnerres qui seraient destinés à le protéger. La section de physique de l’Académie fut alors chargée de reviser l’instruction doGay-Lussac pour la mettre

en harmonie avec les besoins nouveaux. Rapporteur de cette section, M. Pouillet a composé un Supplément à Vimti'uction de Gay-Lussac^ qui renferme plusieurs vues nouvelles assez importantes à connaître. L’Académie des sciences a revêtu ce travail de son approbation, comme elle avait approuvé celui de Gay-Lussac. C’est en prenant pour base ces deux documents que nous allons exposer les principes et les règles qui doivent présidera la.construction du paratonnerre, quand on veut donnera cet instrument toute son efficacité.

Un paratonnerre se compose d’une tige métallique pointue élevée dans l’air, et d’un conducteur métallique. Ce dernier descend de l’extrémité inférieure de la tige pour aboutir en un endroit du sol occupé par une masse d’eau courante ou communiquant avec une rivière ou un fort ruisseau.

Les conditions nécessairespour queles j)aralonnerres produisent tout leur effet sont :

1® Que la pointe de la tige soit suffisamment aiguë, et cependant assez résistante pour n’être pas fondue par un coup de foudre ;

2® Que le conducteur communique parfaitement avec le sol ;

S® Que, depuis la pointe jusqu’à l’extrémité inférieure du conducteur, il n’existe aucune solution de continuité ;

4" Que toutes les parties de l’appareil aient des dimensions convenables.

Si ces conditions ne sont pas exactement remplies, le paratonnerre, au lieu de préserver un édifice, pourrait y occasionner des accidents graves.

Si sa pointe était trop émoussée, et s’il existait dans la longueur du conducteur une solution de continuité, l’électricité s’accumulerait dans la tige du paratonnerre par l’influence des nuages orageux, et l’appareil se trouverait ainsi transformé en un corps conducteur chargé d’une grande

LE PAHATONNERRE.

masse d’électricité et isolé en partie. Il constituerait donc un véritable réservoir d’une quantité considérable d’électricité, laquelle, 'se déchargeant presque inévitablement sur les corps voisins produirait tous les effets d’une forte décharge électrique.

Un paratonnerre qui présente ce double défaut dans la continuité du conducteur et dans sa communication avec le sol, est toujours extrêmement dangereux, même dans le cas où il n’est pas frappé par la foudre. L’influence de l’électricité atmosphérique suffit, en effet, pour y concentrer une grande quantité de fluide qui tend à se décharger latéralement sur tous les corps voisins. L’étincelle électrique, qui part alors de la tige métallique imparfaitement isolée, peut frapper ces corps ou les enflammer. C’est par un effet de ce genre que périt, ainsi que nous l’avons raconté, le professeur Riehraann.

Voyons maintenant à quelles règles de construction il faut se eonforaier pour qu’un paratonnerre remplisse les conditions énumérées plus haut, pour qu’il jouisse de toute son efficacité protectrice.

La tige d’un bon paratonnciTe a 9 mèfres de longueur ; elle se compose habituellement de trois pièces ajoutées bout à bout, savoir : une barre de fer de 8“,60; — une baguette de laiton de 0“,60; — une aiguille de platine de 0“,03. L’emploi du platine dans cette aiguille terminale a pour but d’éviter l’oxydation. Si l’on faisait simplement usage, pour former cette pointe, d’une tige de fer amincie, l’oxydation s’en emparerait promptement, et comme les oxydes métalliques sont de très-mauvais conducteurs de l’électricité, la conductibilité de la tige serait détruite en ce point, et par conséquent tout l’effet du paratonnerre serait manqué.

L’ensemble de ces trois tiges, liées entre elles, forme un cône ou une pyramide, qui s’amincit régulièrement jusqu’au sommet, et dont la base a 5 centimètres de diamètre.

L’aiguille de platine est fixée à la baguette de laiton avec delà soudure d’argent, et l’on entoure le point de cette jonction d’un petit manchon de cuivre.

Le conducteur est une barre de fer, à section carrée, de 15 à 20 millimètres de côté, formée par la réunion, bout à bout, d’un nombre suffisant de ces barres métalliques. Il faut apporter le plus grand soin dans le raccord de ces différentes barres métalliques, , et éviter toute solution de continuité entre elles. S’il existait, en effet, une seule solution decontinuitedans la longueur du conducteur, l’édifice serait exposé, comme nous l’avons indiqué plus haut, à recevoir une décharge électrique.

L’instruction de Gay-Lussac, en 1823, prescrivait de rac- ' corder les différentes parties du conducteur au moyen de boulons à vis. Dans l’instruction supplémentaire de 1833, on a prescrit avec raison, pour mieux assurer la continuité métallique, d’entourer cluujue point de jonction d’un bourrelé de soudure àl’étain. Les parties métalliques en contact sont de cette manière soustraites à l’action oxydante de l’air, et les solutions de continuité deviennent moins à craindre. Pour maintenir le conducteur on place, tant sur les toits que le long desmurs, on se sert de supports de fer, terminés par d eux dents en foiTne de fourchette, entre lesquelles la tige du conducteur est fixée à l’aide d’une clavette.

Pour que la dissémination de l’électricité atmosphérique dans la masse du sol soit prompte et facile, il faut, avonsnous dit, que la partie inférieure du conducteur soit mise en communication avec un cours d’eau souterrain d’un certaine importance. Le but de cette disposition n’est pas, comme le pense le vulgaire, de conduire le feu du ciel dans une masse d’eau pour l’y éteindre, comme on éteint le feu d’un incendie. La tige d’un paratonnerre doit être mise en communication constante avec une masse d’eau, non pas stagnante comme celle d’une citerne, mais ayant un cours libre comme celle

LK PARATONNERRE

(l’une rivière OU d’un puits, afin que par sa communication facile avec la source d’où elle provient, ou le courant vers lequel elle sc dirige, cette eau puisse porter et disséminer promptement dans la masse du sol l’électricité enlevée à l’atmosphère.

Pour amener le conducteur, de la base inférieure du mur de l’édifice jusqu’à la rivière ou au puits auquel il doit aboutir, on le fait passer au milieu d’une espèce de canal à section carrée, construit en briques et rempli de braise de boulanger. Ce charbon interposé défend le conducteur du contact oxydant de l’air. En même temps, comme la braise de boulanger, c’est-à-dire le charbon longtemps calciné, est un des meilleurs conducteurs électriques que l’on connaisse, l’écoulement du fluide est beaucoup facilité.

Au lieu de faire plonger simplement l’extrémité du conducteur dans l’eau du puits, il est avantageux de le terminer par une large plaque de cuivre qui, présentant plus de surface, donne un plus large écoulement au fluide électrique.

S’il n’existe pas de nappe d’eau dans les couches inférieures du sol, si l’on n’est à portée ni d’un puits ni d’une rivière, il faut prolonger la tranchée d’écoulement jusque dans un terrain humide . Enfin, si cette dernière condition ellemême ne se rencontre pas, il faut ramifier le conducteur principal. Pour cela, on soude à droite et à gauche des branches de fer additionnelles, et l’on place chaque nouvelle branche dans une tranchée séparée, construite comme la tranchée du milieu. Les conducteurs latéraux font, en quelque sorte, l’office de veines que l’artère centrale doit alimenter.

Eu raison de la rigidité des barres de fer, il est souvent difficile de faire suivre au conducteur tous les contours des bâtiments. Pour échapper à cette difficulté, on a eu l’idée de remplacer les barres de fer par do véritables cordes métalliques. Dans ce cas, le mieux est de diviser la corde en torons

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indépendauls, formés chacun par la réunion de quinze à vingt fils de cuivre. On goudronne chaque toron séparément, puis on les réunit tous ensemble pour en former une corde unique. Lorequ’on emploie des cordes métalliques de préférence aux barreaux de fer, on ne saurait donner trop d’attention à l’attache des torons sur la base du paratonnerre. (7est ici qu’outre les boulons, l’emploi des bourrelets de soudure est indispensable. En effet, si un ou deux torons venaient à se séparer de la tige, l’électricité, ne trouvant plus dans les autres une suffisante issue, briserait le conducteur en mille morceaux, et l’intérieur de l’édifice pourrait bien être foudroyé.

Les modifications les plus dignes d’être notées que l’instruction de M. Pouillet a apportées à celle de Gay-Lussac. SC réduisent à quatre points principaux ; 1® la manière d’établir la conductibilité métallique ; 2® la dimension en largeur à donner aux conducteurs ; 3® les dimensions de la pointe; 4® la substitution du cuivre au platine pour former la pointe du paratonnerre.

En ce qui concerne la continuité métallique du conducteur, M. Pouillet n’admet de continuité assurée que celle qui existe entre des métaux soudés. Il est en outre important, selon lui, de ne pas multiplier inutilement les soudures. iM. Pouillet a donc posé les deux règles suivantes :

Diminuer le plus possible le nombre des joints sur la longueur entière du paratonnerre, depuis la pointe jusqu’au sol ;

Souder à l’étain tous ceux de ces joints que la forme des pièces oblige à faire sur place. Ces soudures à l’étain, qui devront toujours occuper des surfaces d’au moins 10 centimètres carrés, seront en outre consolidées par des vis, des boulons ou des manchons.

Une troisième règle, à laquelle M. Pouillet attache aussi •le l’importance, est de ne pas effiler autant qu’on le fait en

LE PARATONNERRE

général le sommet de la tige du paratonnerre. Voici la raison de ce changement. Un paratonnerre est destiné à agir de deux manières différentes. Le plus souvent, le nuage qui porte la foudre s’avance progressivement, des actions électri(jues se produisent peu à peu, et en vertu du pouvoir des pointes la neutralisation s’opère lentement et en silence. Mais aussi il peut arriver que le nuage se trouve presque instantanément en présence du paratonnerre, et alors il est nécessaire qu’il soit muni d’une pointe plus solide et capable de résister à la fusion qu’un afflux considérable de fluide électrique ne manquerait pas d’opérer. C’est pour éviter cet accident, qui n’est pas sans exemple, que M. Pouillet conseille de renforcer l’extrémité de platine en augmentant l’angle d’ouverture du cône qui forme la pointe.

Mais nous devons faire observer que tous les physiciens n’ont pas goûté cette dernière idée.

En proposant de substituer le cuivre au platine pour former la pointe du paratonnerre, M. Pouillet se fonde sur la meilleure conductibilité du cuivi-e pour l’électricité et la chaleur. Le cuivre est rangé, avec l’or et l’argent, parmi les meilleurs conducteurs de la chaleur et de l’électricité. Une pointe de cuivre, sous l’influence d’un courant électrique ou d’un coup de foudre, s’échauffera donc beaucoup moins qu’une pointe de platine, et ne pourra, presque dans aucun cas, entrer en fusion. La dépense moindre, la facilité de construire en tous lieux et par les ouvriers ordinaires de toutes les localités cette partie de l’appareil, a paru à M. Pouillet une autre raison de préférer le cuivre au platine.

Examinons maintenant un point dont nous n’avons rien dit encore : c’est le nombre des paratonneri’es à établir sur un édifice de dimensions données, en d'autres termes, la question de savoir quelle est la surface de toit que peut protéger une seule tige de paratonnerre.

On admettait, à la tin du siècle dernier, que le cercle de II. 15

protection d’un paratonnerre avait pour rayon le double de la hauteur de sa tige, c’est-à-dire qu’un paratonnerre de 10 mètres de hauteur, par exemple, étendait son influence sur un cercle dont le rayon a 20 mètres, et par conséquent la circonférence environ 125 mètres. Cette règle avait été posée par le physicien Charles, parce qu’il avait eu plus d’une fois l’occasion de remarquer que la foudre avait frappé des points situés à une distance du paratonnerre double de la longueur de sa tige. L’instruction de Gay-Lussac, en 1823, donna à cette règle une consécration olHcielle. Elle est poui’tant loin d’être certaine, et il ne faudrait pas lui accorder plus de confiance qu’elle n’en mérite. L’étendue de la suriace protégée par un paratonnerre dépend d’une foule de circonstances qu’il n’est pas toujoui-s facile d’apprécier. Elle dépend d’abord de la hauteur de l’édifiçe par rapport aux constructions environnantes. Elle varie encore 'selon la nature des matériaux qui entrent dans la construction de l’édifice. Il n’est pas douteux, par exemple, que la surface protégée par un paratonnerre ne soit moindre, quand l’édifice a une couverture de zinc, que loi*squc son toit est formé de tuiles ou d’ardoisés. Sur un bâtiment à couverture de métal, il faudrait donc rapprocher davantage les paratonnerres. Au palais de l’Industrie, il existait une distance d’environ 40 mètres entre ceux qui correspondaient à la galerie centrale et ceux de la galerie rectangulaire. Les tiges de ces instruments ayant 7 mètres de hauteur, on voit que l’on ne s’était pas conformé, dans cette circonstance, à la règle posée par le physicien Charles ; pour s’y astreindre, il aurait fallu placer une tige de jiaratonnerrc à la distance de 28 mètres. On voit donc que la règle dont nous parlons, posée d’une manière assez arbitraire, peut être restreinte ou étendue selon les circonstances, et qu’il faut surtout considérer ici la nature des matériaux de l’édifice et son élévation au-dessus des constructions environnantes.

LE PARATONNERRE

Après ces indications générales relatives à rétablissement des paratonnerres, passons aux précautions que leur construction exige dans chaque cas particulier.

Églises. — Sur le clocher d’une église, la tige du paratonnerre doit s’élever de 5 à 8 mètres, selon l’étendue de la plate-forme du clocher ; une hauteur de 8 mètres sullit pour les plus larges tours, et de 2 mètres pour les plus petites. Si l’église est couronnée par un dôme, ou si elle est surmontée d’une tour, d’un clocher, c’est au sommet de ces parties de l’édifice qu’il faut placer la tige de l’instrument. Comme il est souvent difficile d’élever à la pointe d’un clocler une tige de fer de 5 à 8 mètres, on a coutume d’employer des tiges plus courtes. Quelquefois même, si le clocher se termine par une croix de fer, on supprime la tige, en plaçant l’aiguille de platine sur la branche verticale de la croix, et l’on fait communiquer le conducteur avec le pied de cette croix. Cette dernière fait alors l’office de tige, ce qui n’a point d’inconvénient, en raison de la grande hauteur de l’édifice par rapport aux constructions qui l’environnent.

Magasins a poudre. — On a jugé qu’il serait imprudent do faire passer le conducteur dans l’intérieur d’un bâtiment servant à emmagasiner la poudre. Une solution de continuité dans ce conducteur, accident dont on ne peut toujours répondre, suffit pour donner des étincelles électriques entre les bouts disjoints du conducteur, et une étincelle, si faible qu’elle soit, pourrait enflammer le pulvérin qui flotte si souvent dans l’intérieur d’un magasin à poudre. C’est donc à l’extérieur de ces bâtiments que l’on place les paratonnerres, au moyen d’un mât qui en est éloigné de 1 à 2 mètres. Il est bon, dans ce cas particulier,. d’aller au delà des précautions habituelles et de multiplier le nombre des paratonnerres.

Mo.vuments dans la construction desquels il entre de GRANDES MASSES DE METAL. — Lopsque de grandes quantités

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de pièces métalliques sont entrées dans la construction d’un édifice, quand le fer, le zinc ou la fonte ont été largement employés pour les toitures, les charpentes, le tablier des plafonds, les tirants de consolidation, etc., il faut mettre toutes ces masses en communication avec le conducteur du paratonnerre. Pour établir ces communications, des barres de fer de 8 millimètres de section suffisent amplement. Si le monument occupe une grande étendue, et qu’on doive le munir de plusieurs paratonnerres, il faut de plus faire communiquer tous les paratonnerres entre eux. En un mot, il faut rendre toutes les parties métalliques de l’édifice solidaires les unes des autres. Il est bon, enfin, d’employer des conductcui’s d’une très-large section, afin que l’électricité trouve toujours et partout un écoulement prompt et facile.

A’aisseacx. — Le cuivre rouge a une grande supériorité sur le fer et le laiton, dont on fait trop souvent usage pour composer le câble qui forme le conducteur du jiaratonnerre ; il est moins altérable sous l’influence des agents atmosphériques, et surtout comme il conduit trois fois plus facilement l’électricité que le fer, il peut être employé avec une section trois fois plus petite qu’un conducteur de fer. Dans le rapport de M. Pouillet, on conseille donc l’emploi exclusif des câbles de cuivre pour former les chaînes conductrices des paratonnerres de navires. Ils devTont avoir 1 centimètre carré de section métallique. Les fils qui composent les torons auront de I millimètre à 1““, 5.

La tige du paratonnerre peut n’avoir que quelques décimètres de longueur, y compris la pointe. L’important, c’est que la jonction avec le câble soit faite, dans l’atelier, à la soudure d’étain. son extrémité inférieure, le câble sera ajusté d’une manière analogue dans une pièce de cuivre qui sera en communication permanente avec le doublage du navire. L’habitude de jeter la chaîne à la mer au moment de

LE PARATONNERRE

l’orago est dangereuse ; 1“ en ce qn’on peut oublier de le faire ; 2“ en ce que le plus souvent il ne suffit pas que la chaîne communique à l’eau de la mer, par une surface de 2 à 3 décimètres, pour que l’électricité s’écoule avec toute la rapidité nécessaire.

En Angleterre, on suit un procédé bien supérieur. On incruste, une fois pour toutes, dans des rigoles ou rainures creusées suivant la longueur et dans l’épaisseur des mâts, de fortes bandes de cuivre. La partie inférieure de ces bandes, qui forment le conducteur, vient se souder à une plaque de cuivre fixée sur la carlingue. De là, le conducteur est en communication avec l’eau do la mer, au moyen de trois boulons de cuivre qui traversent la quille. De cette manière, les con4ucteurs font corps avec les mâts; le navire entier, depuis la pointe jusqu’à la doublure métallique extérieure, est constitué dans un état parfait de conductibilité, comme si toute sa masse était de métal, et indépendamment de toute intervention de l’équipage.

Dans l’instruction de M. Douillet, on n’a pas cru devoir mentionner l’ensemble de ces dispositions, ni les recommander pour l’usage de la marine française. Une longue expérience a prouvé pourtant l’efficacité de ce système. Quelques détails sur le genre de paratonnerres employés aujourd’hui par toute la marine britannique ne seront pas ici hors de propos.

C’est lord William Napier qui attira le premier l’attention de l’amirauté britannique sur l’imperfection des paratonnerres employés à cette époque par la marine des deux mondes. Il avait été déjà témoin en plusieurs occasions d’accidents arrivés en mer à ces conducteurs électriques, lorsque, au mois de juillet 1811 , il en eut sur son vaisseau un nouvel et terrible exemple. Il venait de quitter Toulon à bord du Kent, navire de 74 canons, lorsque son grand mât et son mât d’artimon furent littéralement déchirés par la

foudre, depuis leurs pommes de girouettes jusque sur le pont. Le fluidQ tua un matelot et en blessa trois ou quatre autres qui se trouvaient sur une vergue. Dans une autre circonstanee, à Port-Mahon, il vit quinze de ses matelots tués par un coup de foudre. C'est en raison de ces malheurs que lord Napier, trouvant vicieux le système qui consistait à placer un seul paratonnerre sur chaque navire, demandait que chaque mât fût pourvu de cet instrument.

« Cet appareil, disait en 1803 le célèbre amiral, en parlant du conducteur de chaîne, est ordinairement attaché à la cime du grand perroquet, comme étant le plus élevé du navire ; mais il ne s’ensuit pas que la foudre doive précisément frapper là, et j’ai vu, souvenir déplorable, quinze matelots excellents, épars sur le beaupré, tués ou brûlés en un clin d’œil. Quelques-uns furent précipités dans l’eau; d’autres, couchés morts en travers des antennes, demeurèrent dans la posture qu’ils avaient avant l’accident. Ceci eut lieu à Port-Mahon, sur un navire de soixantequatorze, tandis que l’équipage ferlant les voiles était dispersé sur toutes les vergues. On ne saurait dire si le conducteur était alors en place ou non ; mais en supposant que l’on puisse compter, à quelques égards, sur une pareille machine, il me paraît très-probable qu’une seule ne suffit pas pour un navire.

H Un conducteur placé selon l’usage, savoir à la cime du grand perroquet, peut être envisagé comme un agent plus puissant que le mât lui-même, mais il n’est jamais calculé positivement de manière à pouvoir absorber toute la portion de fluide électrique qui se trouve en contact avec d’autres pointes rivales, et bien que les mâts soient presque toujours les premiers à recevoir la décharge, je sais des cas où plusieurs hommes, occupés à retirer leur linge mis à sécher sur la grande manœuvre, furent tués et brûlés par le fluide électrique. »

Un physicien anglais, M. Singer, exposait les mêmes vues , dans un livre publié en 1814 (1). L’auteur affirme, d’après

(I) Eléments of Electricity by G. J. Singer, ch. i, p. 226. M. Thilaye a donné une traduction de cet ouvrage, augmentée de notes : Éléments d'électricité et de galvanisme, par Singer. Paris, 1817.

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le témoignage de différents capitaines, que les conducteurs mobiles faits de fil de cuivTe sont généralement regardés comme de peu d’utilité.

« On les laisse, dit-il, empaquetés dans un coin du navire, durant les voyages les plus longs et les plus hasardeux; ils s’attachent aisément, il est vrai, mais ils se détachent de môme. Pour cette raison et pour bien d’autres, il vaudrait mieux employer des conducteurs fixes ; on pourrait les accrocher au mAt, et pour qu’ils gônassent moins les manœuvres, on pratiquerait, dans le milieu de leur tige inflexible, une séparation qui pourrait au besoin donner place à une partie souple composée de fils de fer en spirale. »

Un autre physicien anglais, M. Harris, satisfit plus complètement à ces conditions en imaginant un système nouveau qui est aujourd’hui universellement adopté dans la Grande- Bretagne. Sa méthode consiste à faire des mâts eux-mêmes autant de paratonnerres, en y fixant une double couche de plaques de cuivre qui produisent une surface continue de métal. Comme nous l’avons dit plus haut, ces plaques sont réunies entre elles par des bandes de cuivre passant sous les poutres du tillac, et avec les larges boulons de la quille, c’est-à-dire avec les principales masses métalliques qui entrent dans la coque du navire.

En 1830, trente navires de la marine britannique furent armés des paratonnerres de M. Harris, c’est-à-dire de mâts conducteurs. On les choisit parmi ceux qui stationnaient dans les climats les plus divers, sur la Méditerranée, au cap de Bonne-Espérance, dans les Indes orientales, dans les deux Amériques, etc. Ils furent, pendant plusieurs années, exposés aux plus terribles tempêtes, et quoique frappés à plusieurs reprises par le tonnerre, on n’a pas d’exemple qu’ils aient subi, de 1830 à 1843^ un dommage notable. L’un d’eux, la frégate Dryad^ en quittant les côtes d’Afrique, vers 1830, fut frappé de la foudre pendant un ouragan. La

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décharge électrique tomba sur le mât de misaine et le mât de maître, avec un sifflement terrible, elle navire parut un instant enveloppé de flammes. Mais aucun autre accident no suivit. Dans plusieurs autres cas semblables, l’explosion, électrique fut tournée vers la mer par les conducteurs de M. Harris. Durant la même période où ces trente navires étaient ainsi préservés, quarante environ qui n’avaient point adopté le nouveau mode de protection furent frappés et endommagés gravement.

En 1842, l’amirauté britannique adopta définitivement, et après des expériences longuement poursuivies, le système de ces mâts conducteurs. Il est aujourd’hui le seul em[)loyé en Angleterre. Les pièces dont il se compose se fabriquent rapidement et à peu de frais dans les ateliers de l’État, et depuis son adoption générale, il n’existe peut-être pas d’exemple d’un navire anglais ayant sérieusement souffert d’un coup de foudre en mer. Ce système est bien préférable à celui qui est adopté dans la marine française, et qui consiste essentiellement dans l’emploi d’une chaîne conductrice attachée le long du mât. Nous croyons que l’adoption du système anglais, à bord de nos vaisseaux, présenterait les plus grands avantages. Aussi est-il regrettable que, dans le rapport de M . Pouillet, on n’ait pas même songé à en faire mention.

Paratonnerres portatifs. — Nous pourrions ajouter, pour terminer le sujet qui vient de nous occuper, qu’il a été question, au siècle dernier, de paratonnerres portatifs à l’usage des individus. C’est un des traducteurs de Franklin, Barbeu Dubourg, qui en fit la proposition. Voici la description abrégée de ce paratonnerre individuel, qui ne différait d’un parasol que par divers accessoires qu’oii y ajoutait :

« Le corps du parasol, dit Barbeu Dubourg, se compose : t® d’une surface de soie bombée, mais ayant une de ses coutures recouverte en dehors d’une petite tresse d'argent ;

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