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3 50 DÉCOUVEUTES SCIENTIFIQUES.
deux pôles opposés de la pile, ayant été appliqués, l’un à la bouche et l’autre à une oreille du cadavre, préalablement humectés d’une dissolution de sel marin, les joues et les muscles de la face se contractèrent horriblement, et l’œil gauche s’ouvrit de toute sa grandeur. On observa, en graduant l’intensité de l’agent électrique, que la violence des contractions musculaires était en proportion du nombre des couples métalliques mis en action.
Les arcs conducteurs de la pile étant mis en contact avec les deux oreilles, tous les muscles de la tête furent agités de frémissements ; l’action convulsive se propageant à la face, les traits du cadavre furent en proie à des contractions désordonnées ; les paupières ne cessaient de clignoter et les coins de la bouche d’être tiraillés hideusement.
En appliquant les conducteurs de la pile à l’une des oreilles et au rectum^ les muscles du tronc, même les plus éloignés dos points de contact des deux conducteurs, étaient agités de mouvements si vifs, que le cadavre semblait reprendre la vie.
L’intensité des contractions organiques fut encore exaltée, loreque Aldini vint à associer des stimulants chimiques à l’action du galvanisme. En versant de l’ammoniaque dans les narines et dans la bouche du cadavre, tandis que le courant électrique travereait les muscles de la face, les convulsions se propageaient jusqu’aux muscles de la tête et du cou, et même jusqu’au deltoïde, c’est-à-dire à l’extrémité supérieure du bras. Les contractions étaient si violentes, si analogues aux mouvements naturels, « qu’il semblait, dit Aldini, que par « impossible, la vie allait être rétablie. »
Aldini conclut de ces expériences que le galvanisme pourrait peut-être agir efficacement pour rappeler à la vie les asphyxiés etles noyés, c’est-à-dire les individuschez lesquels la vie n’est pas encore absolument éteinte, et ce moyen a été depuis assez souvent mis en pratique.
Des expériences semblables furent faites à Londres par
LA PILE DE VOLT A
Aldini, dans l’amphithéâtre de l’hôpital de Guy et Saint- Tiiomas, en agissant sur des animaux décapités.
C’est dans rÆ’ssae théorique et expérimental sur le galvanisme, publié à Paris en 1804, et dédié au premier consul Bonaparte, qu’il faut chercher les détails des étonnants résultats obtenus par l’expérimentateur italien en faisant agir le galvanisme sur les animaux récemment tués (1). On peut voir dans ce curieux ouvrage comment, avec une pile à colonne composée d’une centaine de couples, tous les mouvements de la vie furent reproduits avec une effrayante énergie, soit sur des chevaux, des bœufs, des veaux, récemment abattus, soit sur tes cadavres d’hommes qui avaient succombé à une mort naturelle. Sur des têtes séparées du tronc, surtout quand les sujets étaient des chevaux, animaux qui se prêtent le plus facilement à ce genre d’expériences, on vit les lèvres s’agiter, les paupières se rouvrir, les yeux rouler dans leur orbite. Avec des cadavres humains, on vit le tronc agité de mouyements violents, se soulever à moitié, comme si l’individu allait marcher ; les bras fléchir et s’étendre alternativement le long du corps, l’avant-bras se lever, tenant à la main un poids de quelques livres, les poings se fermer et battre violemment la table qui supportait le cadavTe. Les mouvements naturels de la respiration furent artificiellement rétablis, et par le rapprochement subit des côtes, une bougie placée devant la bouche fut éteinte à plusieurs reprises.
Eu reconnaissance du zèle que Jean Aldini avait apporté h ces expériences, les chirurgiens et les élèves de l’hôpital de (iuy lui firent hommage d’une médaille d’or qui portait d’un
(I) Essai théorique et expérimental sur le galvanisme, avec une série d’expériences faites en présence des commissaires de l’Institut national de France et en divers amphithéâtres anatomiques de Londres, par Jean Aldini, professeur de l’université de Bologne, i vol. in-4“, avec planches. Paris, an xii (1804).
côté les armoiries de l’établissement, et de l’autre une légende entourée d’une guirlande de chêne (1).
Aldini fit en France des expériences semblables, mais en opérant seulement sur de grands animaux. Les plus importantes eurent lieu à l’École vétérinaire d’Alfort. On soumit à un courant électrique la tête d’un bœuf détachée du tronc et placée sur une table. On vit cette tête ouvrir les yeux et les rouler avec furie, enfler ses naseaux, secouer les oreilles, comme si l’animal eût été vivant. Sur une autre table, les ruades du cadavre d’un chevalTaillirent blesser plusieurs assistants, et brisèrent les appareils disposés auprt*s. On trouve la description très-détaillée de ces expériences dans l’ouvrage d'Aldini, auquel nous renvoyons les personnes qui veulent se faire une idée exacte des étonnants effets qu’exerce l’électricité sur le corps des animaux.
Pendant plusieurs années, on s’attacha, dans divorces parties de l’Europe, à reproduire les phénomènes mis en évidence par l’habileté expérimentale de Jean Aldini.
En Angleterre, l’anatomiste Garpne obtint de très-curieux résultats sur le cadavre de l’assassin Michel Carney (2). Comme ces phénomènes ne présentèrent rien de plus remarquable que ceux qu'Aldini avait obtenus sur le corps de Forster, nous les passerons sous silence pour arriver aux essais du même genre, qui furent faits peu de temps après par une réunion de médeeins de Mayence.
(t) Voici cette légende :
Johanni Aldino præclaro physico digno Galvani nepoti recens experimentis commonstratis professores et scholares Nosocom. S. Thomæ et Guy libenter persolvunt HDCCciii. Londini.
(2) Bibliothèque britannique, n»» 207-208, p. 37.3 [Sciences et Arts). — Sue, Histoire du galvanisme, t. lli, p. 218.
L\ PILE T»E VOLTA
Le 21 novembre 1803, le fameux chef de brigands Schinderbannes fut exécuté, avec dix-neuf de ses complices, sur la place publique de Mayence, alors ville française. Grâce à la protection des autorités, plusieurs médecins de cette ville prirent les mesures nécessaires pour faire profiter la science de cette rare et triste occasion de recherches physiologiques.
Le but des médecins mayençais était de déterminer quels sont les degrés d’action et d’énergie de l’agent galvanique sur les divers organes du corps humain, et de rechercher en même temps si l’électricité statique, développée par les machines à frottement, produit, dans ces circonstances, lemôme effet que l’électricité dynamique donnée par la pile de Volta.
A cent cinquante pas de l’échafiiud, on disposa une cabane destinée à recevoir les décapités ; elle était pourvue de tous les instmments nécessaires pour soumettre les corps, que l’on devait y apporter successivement , à l’action de l’électricité statique et de l’électricité dynamique. Le jour de l’exécution, l’atmosphère était humide et nébuleuse, la température de la cabane était de 15 degrés centigrades.
Le premier cadavre fut apporté quatre minutes après la décollation ; il était jeune, robuste et encore très-chaud; les muscles se contractaient spontanément ; les artères du cou battaient visiblement, et le sang jaillissait encore à chaque pulsation.
Le second cadavre ne fut apporté que vingt-deux minutes après l’exécution ; il conservait encore un reste de chaleur.
Le troisième n’arriva que plus tard. Il était vieux et froid et avait perdu presque toute irritabilité.
Le quatrième ne fut apporté que deux heures après l’exécution ; il était par conséquent plus froid que les précédents. C’est sans doute en raison de cette circonstance que les expérimentateurs se contentèrent d’opérer sur ces quatre corps et abandonnèrent le reste des individus suppliciés.
Comme les moyens opératoires employés par les physiolo-
ÎO.
gistes mayençais ne différèrent point de ceux que nous avons précédemment décrits, nous nous contenterons de rapporter, sous forme de conclusions, les résultats obtenus, et qui peuvent se formuler comme il suit :
1® Les contractions musculaires que l’on provoque, avec la pile de Volta, sur le corps des individus récemment décapités, sont semblables à celles qui se produisent pendant la vie.
2® La pile de Volta agit d’une manière beaucoup plus prononcée sur les muscles soumis à l’empire de la volonté que sur ceux qui sont soustraits à. cette intlueUte. Les contractions les plus fortes furent produites dans les muscles de la face, de la poitrine, des membres et dans le diaphragme ; c’est là ce qui explique le peu de sensibilité à l’influence éleqtrique de la tunique musculaire des intestins et des parois du cœur.
3° La pile, de Volta exerce une action d’autant plus marquée
3 ue l’on applique les conducteurs plus exactement suivant la irection des nerfs. '
4® L’électricité statique produit, mais à un plus faible degré, les mômes effets que l’électricité dynamique.
Les expériences faites par les médecins de Mayence, sur les criminels décapités, furent répétées identiquement sur des animaux à sang chaud, et donnèrent les mêmes résultats ( I ).
Au tableau qui précède nous ajouterons un dernier trait qui peint bien l’époque où furent accomplies ces étranges recherches.
On avait beaucoup agité en France, peu de temps auparavant, à l’instigation et d’après les assertions expérimentales de Sue, la question de savoir si des individus décapités souffrent quelques minutes après la décollation, et si les organes des sens qui résident dans la tête sont encore accessibles, pendant quelque temps, aux impressions externes.
(1) Ces diverses observations sont rapportées dans une dissertation allemande : Expériences galvaniques et électriques faites sur des hommes et des animaux, par une société de médecins établis à Mayence, département du Uas-Rhin {Galvanische und elecirische Vcrsuche an Mensc/ienvnd Thier KOrpern, etc., in-4®. Franklin am Mein, IH04).
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LA PILE DE VOLTA
Pour décider si le sentiment du moi persiste quelque temps après la décapitation, deux jeunes médecins, de l’association de Mayence, s’étaient placés sous l’échafaud, et recevaient successivement les têtes à mesure qu’elles tombaient sous le couteau fatal. L’un prit entre ses mains la première tête, et tous deux, l’ayant considérée attentivement pendant quelques instants, ils n’y aperçurent aucun mouvement, aucune contraction sensible : les yeux étaient à demi-fermés. Alors, l’un des expérimentateurs cria, tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre des deux oreilles, ces mots : M’entends- tu? pendant que son compagnon , qui tenait la tête, observait attentivement l’effet que ces cris auraient pu produire. Mais aucun mouvement ne fut observé dans toute l’étendue de la face.
Une seconde tête fut soumise à la même épreuve ; seulement les expérimentateurs changèrent de rôle ; celui qui avait tenu la tête, dans l’essai précédent, fut chargé de crier ; l’autre, au contraire, d’observer. Mais il ne se manifesta pas plus de sensibilité dans ce cas que dans le précédent.
Cinq têtes subirent successivement cette triste épreuve. Les résultats furent constamment les mêmes, les yeux de toutes les têtes abattues ne firent jamais le moindre mouvement; ils demeurèrent fixes, immobiles et ouverts.
Détournons les yeux de cet affreux tableau dont aucun sentiment de curiosité philosophique ou scientifique ne peut voiler l’horreur!
C’est dans les années 1803 et 1804 que s’étaient accomplies les étranges expériences que nous venons de rappeler. Pour terminer ce sujet, nous rapporterons une dernière observation du même genre qui eut lieu en Angleterre plur sieurs années après, et dans laquelle les effets qui nous occupent prirent une effroyable énergie. Il s’agit des expériences galvaniques qui furent faites le 4 novembre 1818, à Glasgow, sur le corps de l’assassin Clydsdale par le.doc-
leur Andrew Ure et quelques autres physiologistes anglais, qui avaient acheté du criminel condamné à mort son propre eadavre, afin de le soumettre aux épreuves de la pile deVolta.
L’individu qui fut le sujet de cette expérience était un homme d’environ trente ans, de moyenne taille et de formes athlétiques. Il demeura pendant près d’une heure attaché au gibet, sans faire aucun mouvement. On le porta à l’amphithéâtre anatomique de l’université, dix minutes environ après qu’on l’eut détaché de l’instrument du supplice. La face avait un aspect naturel et le cou n’offrait aucune dislocation.
La pile voltaïque, préparée par le docteur Ure pour cette expérience, était une pile à auges contenant deux cent soixante-dix couples, cuivre et zinc, de quatre pouces ; chaque fil conducteur communiquant avec les deux pôles se terminait par une pointe métallique enveloppée près de son extrémité d’une petite poignée isolante, pour le manier plus commodément.
Les officiers de police ayant apporté le cadavre, la pile fut aussitôt chargée avec un mélange d’acides sulfurique et azotique convenablement étendus. M. Marshall fut chargé d’exécuter les dissections.
On commença par pratiquer, au-dessous de l’occiput, une grande incision, afin de découvrir la vertèbre atlas, dont on enleva la moitié postérieure, de manière à mettre la moelle épinière à nu. On fit, en môme temps, une grande incision à la hanche gauche pour découvrir le nerf sciatique. La tige métallique qui communiquait avec l’un des pôles de la pile fut alors mise en contact avec la moelle épinière, tandis que celle qui communiquait avec l’autre pôle était appliquée sur le nerf sciatique. A l’instant, tous les muscles du corps furent agités de violents mouvements convulsifs, qui ressemblaient à un frisson universel. Quand on rétablissait et interrompait alternativement le courant électrique, tout
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le côté gauche du corps éprouvait de vives convulsions.
On fit alors une petite incision au talon, de manière à mettre à nu le tendon d’Achille. L’un des conducteurs de la pile étant maintenu, comme précédemment, au contact avec la moelle épinière, l’autre fut appliqué sur la petite incision faite au talon du supplicié, dont on avait préalablement plié les genoux. Dès que la communication électrique fut établie, la jambe, qui se trouvait fléchie sur la cuisse, se détendit subitement; elle fut lancée avec tant de violence, qu’elle faillit renverser un des aides qui essayait en vain de la retenir.
On se mit ensuite en devoir de rétablir par l’agent électrique les mouvements de la respiration. A cet effet, on mit à nu le nerf diaphragmatique gauche, vers le bord externe du muscle sterno-thyroïdien, à trois ou quatre pouces audessous de la clavicule. On fit ensuite une petite incision sur le cartilage de la cinquième côte, et l’un des conducteurs de la pile fut mis, par cette ouverture, en contact avec le diaphragme, tandis que l’autre était appliqué, dans la région du cou, sur le nerf diaphragmatique. Le résultat fut prodigieux. A l’instant, on vit se rétablir sur le cadavre les phénomènes mécaniques d’une forte et laborieuse respiration. La poitrine s’élevait et s’abaissait, le ventre était poussé en avant, et s’affaissait ensuite ; le diaphragme se dilatait et se contractait comme dans la respiration naturelle. Ces divers mouvements se manifestèrent sans interruption, aussi longtemps que le courant électrique fut maintenu. « Au juge- « ment de plusieurs savants qui étaient témoins de la scène, « dit le docteur Ure, cette expérience respiratoire fut peut- « être la plus frappante qu’on eût jamais faite avec un appa- « reil scientifique. » Le docteur Ure ajoute qu’il est permis de supposer que la circulation se serait rétablie, et que l’on aurait vu battre le cœur et les artères, si le sujet n’eût été épuisé de sang, stimulant essentiel de cet organe.
Après avoir artificiellement rétabli les phénomènes mécaniques de la respiration, on mit en jeu les muscles de la face, qui sont si impressionnables par l’électricité. Pour cela, au moyen d’une légère incision faite au-dessus du sourcil, on découvrit le nerf sus-orbital, sur lequel fut appliqué l’un des conducteurs de la pile ; l’autre fut mis en rapport avec la plaie du talon. Le docteur Ure excita alors des commotions électriques en promenant la plaque métallique, qui formait l’un des pôles de la pile, le long des bords de cet appareil, depuis la deux-cent-vingtième jusqu’à la deux-centvingt-septième plaque. De cette manière, cinquante commotions électriques qui se succédaient avec la plus grande rapidité, et dont l’intensité s’accroissait successivement, furent produites en deux secondes. Rien ne peut rendre ce qui se passa alors sur le visage du cadavre. Tous les muscles de la face furent mis en action à la fois d’une manière effroyable, exprimant tour à tour des sentiments opposés. La rage, l’angoisse, le désespoir, enfin des sourires affreux, se peignirent successivement sur les traits de l’assassin. Plusieurs personnes, qui assistaient à ce spectacle hideux, en éprouvèrent un tel saisissement qu’elles furent forcées de quitter l’amphithéâtre ; un gentleman tomba évanoui et dut être emporté au dehors : à la suite de l’émotion qu’il avait éprouvée, il demeura pendant plusieurs jours frappé d’une véritable obsession morale.
On termina ces étranges scènes en mettant en action, par le fluide électrique, les articulations des doigts de la main. En faisant passer le courant de la moelle épinière au nerf cubital, on vit les doigts se mouvoir avec autant d’agilité que ceux d’un joueur de violon. Un des assistants essaya de maintenir fermé le poing du cadavre, mais la main s’ouvrait en dépit de ses efforts. Ensuite, après avoir préalablement fermé le poing du sujet, on appliqua le conducteur de la pile, sur une légère incision faite au Wt du doigt indica-
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leur. Le doigt s’étendit aussitôt, et le bras tout entier fut pris de mouvements convulsifs. Le cadavre semblait ainsi montrer du doigt les différents spectateurs, dont quelquesuns, terrifiés, le croyaient revenu à la vie.
Le docteur Ure n’était point éloigné d’admettre que le sujet de ces expériences extraordinaires eût pu être ramené à l’existence si, dans les premières opérations, la moelle épinière n’eût été entamée et dilacérée. Il pensait qu’on aurait pu le ramener à la vie, si l’on eût commencé, comme il l’avait demandé, par rétablir les mouvements respiratoires :
«En réfléchissant, dit-il, sur les phénomènes galvaniques que nous venons de rapporter, nous sommes porté à penser que si, sans entamer et sans blesser la moelle épinière, ainsi que les vaisseau.!! sanguins du cou, on eût mis en jeu d’abord les organes pulmonaires, comme je le proposais, il y a quelques probabilités qu’on aurait pu restaurer la vie. Cet événement, sans doute peu désirable dans le cas d’un assassin, et peut-être contraire i\ la loi, aurait été cependant bien pardonnable dans une circonstance où il aurait été infiniment honorable et utile à la science (1). »
Il paraît même que, parmi les personnes qui assistaient à la galvanisation du cadavre de Clydsdale, ou qui avaient demandé qu’on y procédât, il s’en trouvait plusieurs qui n’avaient agi que dans l’espoir secret de voir revenir à la vie le supplicié ; on se proposait ensuite de le moraliser, de le ramener à la vertu, et de le marier.
Si nous avons décrit avec d’assez longs détails les expériences dans lesquelles on a mis en jeu, par l’action du gal-
(1) Exposé des expériences faites sur le corps d’un criminel immédiatement après l’exécution, avec des observations physiologiques et philosophiques, KnArevi Ure, docteur-médecin, membre de la Société géologique. (Lu à la Société littéraire de Glasgow, le 10 décembre 1818, et imprimé dans le Journal of Sciences and the Arts, n® 12, traduit de l'anglais par M. Billy.) — Annales de chimie et de physique, t. XIV, p. 350.
UECOUVEHTES SCIENTIFIQUES.
vanisme, le corps des hommes et des animaux, ce n’est pas dans le vain désir d’exciter par des ressorts grossiers l’intérêt ou la curiosité du lecteur. Selon nous, on a trop vite prononcé sur le peu de valeur scientifique de ces phénomènes; on a trop vite coupé court aux difficultés qu’ils soulèvent, en déclarant que l’électricité n’agit dans ce cas que comme un stimulant ordinaire, et qu’elle provoque les mouvements musculaires sur les animaux récemment mis à mort comme pourrait le faire à sa place tout autre excitant. En portant ce jugement, si généralement accepté aujourd’hui, on n’a pas tenu assez compte des faits nombreux et extraordinaires qui ont été observés. Il nous semble difficile d’admettre que l’électricité agisse, dans les cas de ce genre, comme un autre stimulant. Il n’est point de stimulant ebimique capable de réveiller la sensibilité et la contractilité musculaires avec un tel degré de puissance, et d’une manière si en harmonie avec les mouvements qui s’accomplissent pendant la vie. La meilleure réponse à faire à celte explication, c'est que, lorsque Jean Aldini se livrait aux expériences dont nous avons rapporté les résultats, il attendait toujours, pour commencer ses opérations, que les organes de l’animal fussent devenus insensibles à l’action des excitants ordinaires ; il n’administrait le galvanisme que lorsque toute sensibilité par les irritants mécaniques ou chimiques, tels que l’ammoniaque, les acides, etc., avait entièrement disparu. L’électricité n’agit donc point, comme on l’a dit tant de fois à la manière d’un stimulant ordinaire, puisque son action s’exerce sur nos organes loi-sque tout autre moyen de stimulation n’éveille plus aucune impression.
Si l’on réfléchit maintenant qu’avec le courant électrique on a réveillé sur le cadavre les sécrétions organiques, — qu’Aldini a provoqué sur le corps d’animaux décapités la sécrétion salivaire en faisant agir l’électricité sur les glandes
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parotides (1), — que le docteur Wilson Philip a rétabli parle même moyen, sur des lapins vivants, les fonctions suspendues de la respiration et de la digestion (2); — si l’on se rappelle que des appareils spéciaux pour la production de l’électricité existent dans quelques animaux, entre autres chez le gymnote, la torpille, le silure et la raie ; que les travaux des physiologistes de nos jours ont mis hors de doute l’existence d’un courant propre dans les muscles et les nerfs des animaux ; — que M. Du Bois Raymond, de Berlin, qui s’est tant occupé, à notre époque, de ce genre de phénomènes, montre très-facilement par l’expérience, à l’aide du galvanomètre, l^i production d’un courant électrique pendant la contraction des muscles, chez l’homme ; — on demeurera convaincu que cet ensemble de faits, qui se rattachent aux questions les plus élevées de la physiologie générale, mérite un examen très-approfondi. Nous ne vouions pas discuter ici la grande question de l’identité ou de l’analogie du fluide électrique avec l’influx nerveux qui anime le corps des animaux, et nous ne ferons à cet égard qu’une réflexion générale. L’étude de l’électricité animale, la doctrine de l’identité ou l’analogie de l’électricité avec le fluide nerveux, a été, il y a cinquante ans, l’objet de l’enthousiasme presque unanime du monde savant. Ces idées sont tombées, de nos jours, dans un complet discrédit. Il appartient à notre époque, également exempte de l’entraînement de l’enthousiasme qui accueillit les premiers temps de cette découverte, et de tout dédain systématique pour une théorie quelconque, d’approfondir cette question. Aussi espérons-nous que la science, de nos jours, tentera de soumettre au contrôle attentif de l’expérience et de l’induction des phénomènes qui offrent un intérêt égal aux méditations
(1) Essai théorique et expérimental sur le galvanisme, p. 147.
(2) Annales de chimie et de physique, t. XIV, p. 342,