CHAPITRE VI
Applications chimiques de la pile. — Berzelius et Kissinger. — Recherches et découvertes électro-chimiques de Davy. — Étude des phéno mènes qui accompagnent la décomposition de l’eau par la pile. — Nouvelle théorie des affinités chimiques par Davy, — Décomposition des alcalis et des terres au moyen de la pile de Voila. — Découverte du potassium, du sodium, du baryum et du strontium. — L’Institut de France décerne à Davy le prix fondé par le premier Consul. — Recherches physico-chimiques de Gay-Lussac et Thénard avec la pile donnée par Napoléon à l’École polytechnique. — Découverte de nouveaux effets de la pile. — La pile de Wollaston et la pile de Children. — Les piles sèches. — Dernier progrès de la science électrique jusqu’à la découverte de l’électro magnétisme par Ærsted, en 1820.
Bien que résultant des travaux des physiciens, la pile voltaïque ne devait pas tarder à s’introduire dans la chimie, son domaine naturel. Elle était appelée à produire dans cette science une véritable révolution, en l’enrichissant de faits inattendus, en perfectionnant ses méthodes d’expérience et en lui fournissant une nouvelle théorie générale. Les travaux de Nicholson et de Garlisle sur la décomposition de l’eau, et ceux de Cruikshank sur la décomposition des sels, avaient donné le signal de l’emploi de la pile comme moyen d’analyse chimique. Ces recherches furent continuées par Berzelius et Kissinger qui, s’occupant particulièrement de la décomposition électro-chimique des sels, observèrent le grand fait du transport des éléments des corps composés à chacun des deux pôles de la pile, à travers le liquide soumis à l’action de l’électricité. A cette époque, tous les sa-
LA PILE PE VOLTA
vants des divers pays marchaient du même pas dans cette nouvelle carrière, de telle sorte que la môme découverte était faite quelquefois simultanément par divers chimistes très-éloignés les uns des autres ; la môme observation se faisait presque à pareille heure à Stockholm, à Copenhague, à Berlin, à léna, à Gênes, à Londres et à Paris.
Cependant beaucoup de faits, restés indécis, avaient besoin d’être discutés sévèrement pour être réduits à leurs résultats certains. Les découvertes acquises à la science, par un si grand nombre d’observations éparses et multipliées, avaient besoin d’être rassemblées en un faisceau commun ; il fallait réunir les rayons divergents de ces lumières nouvelles pour les concentrer en un môme point, et en composer un puissant flambeau propre à éclairer la route de l’avenir.
C’est à Humphry Davy qu’appartenait cette tâche magnifique. C’est ce savant illustre qui, embrassant dans leur ensemble toutes les découvertes faites jusqu’à cette époque concernant l’action chimique de la pile, sut les rattacher par un lien commun, les éclairer d’unjour nouveau, et, par leur application à la chimie, changer la face de cette science.
Le 29 décembre 1806 marque la date d’une grande époque dans l’histoire de l’électricité. C’est ce jour-là, en effet, que Davy, dans la Lecture Bukérienne de cette année, donna communication au monde savant de son immortel mémoire sur le Mode d'action chimique de l'électricité (1).
Voici les divisions principales du mémoire de Davy :