‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernesChapitre 5 sur 42 · I“TT · texte numérisé non relu

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venons de décrire, n’ont été employés qu’aprî s l’année 1770, lorsque l’opticien Ramsden eut le premier adopté l’emploi

Fig. 8.

des plateaux de verre dans la construction des machines à frottement. Bien avant que ces derniers appareils fussent construits, c’est-à-dire vers l’année 1740, les physiciens allemands s’étaient efforcés de donner aux machines à globe de verre alors en usage des dispositions permettant d’augmenter l’intensité des effets électriques. Watson, en 1740,

avait employé dans ce but une machine assez curieuse, en ce qu’elle était composée de quatre globes de verre tournant à la fois.

Avec ces machines électriques composées de simples globes de verre, les physiciens anglais et allemands avaient déjà obtenu de très-puissants effets. L’étincelle donnée par ces machines sufBsait pour déterminer à l’extrémité du doigt une ecchymose ou une espèce de brûlure. Gordon augmenta la force de ces étincelles au point qu’un homme ressentait la commotion de la tête aux pieds, et que de petits oiseaux en furent tués.

Les physiciens allemands observèrent que l’eau coulant d’une fontaine électrisée se dispersait en gouttes lumineuses de manière à simuler une pluie de feu. Boze parvint à faire passer l’électricité, au moyen d’un jet d’eau, d’un homme à un autre, placés tous deux sur des gâteaux de résine, à soixante pas de distance.

Nous devons encore aux physiciens allemands le spectacle de ces étoiles brillantes que fait naître l’électricité dans un disque métallique animé d’un mouvement de rotation trèsrapide, et muni de pointes également distantes du centre. Un instrument généralement connu sous le nom de carillon électrique est aussi de l’invention des expérimentateurs d’outre-Rhin.

Mais de tous les phénomènes qui furent découverts à cette époque, celui qui inspira le plus de curiosité et frapipa le plus vivement l’attention, ce fut l’inflammation, par l’étincelle électrique, des matières combustibles.

Le premier physicien qui réussit dans une expérience de ce genre fut le docteur Ludolf de Berlin, qui alluma de l’éther avec les étincelles excitées par l’approche d’un tube de verre électrisé. Ludolf fit cette expérience en public, dans la séance de rentrée de l’Académie de Berlin, au commencement de l’année 1744.

Au mois de mai suivant, "Winckler, à Leipzig, obtint le même résultat ; en tirant avec le doigt une étincelle, il alluma non-seulement de l’éther, mais encore de l’eau-de-vie, de l’esprit de corne-de-cerf, et quelques autres liqueurs spiritueuses, en ayant la précaution de les-cliauffer légèrement pour en dégager des vapeurs qu’il était plus facile d’enflammer.

Watson, en Angleterre, répéta et étendit ces expériences. Il alluma outre l’eau-de-vie, plus ou moins concentrée, divers liquides spiritueux contenant des huiles volatiles, tels que Vesprit de lavande, Yesprit de nitre dulcifié (éther nitreux), l'eau de pivoine, Vélixir de Dafty, le styptique d’Helvétius, et diverses huiles volatiles, telles que les essences de térébenthine, de citron, d’orange, de genièvre, de sassafras, etc., Il mit aussi le feu à des matières telles que le baume de copahu et la térébenthine, qui, chauffées, dégagent des vapeurs inffammables (i).

Watson, dans son mémoire relatif à ces expériences, a donné le dessin de la machine qui lui servit à enflammer les liqueurs spiritueuses. Elle sc composait de trois ou quatre globes de verre que l’on frottait simultanément au moyen de coussins fixes. Un amas de fil servait à communiquer l’électricité développée sur le verre à un tube de fer-blanc, ou à une épée suspendue à des cordons de soie qui servaient de conducteurs isolés. Dans un flacon qui était suspendu au conducteur de fer-blanc par un fil de fer, on plaçait les liquides à enflammer. D’autres fois, pour étaler ces liquides sur une plus large surface au contact de l’air, on les plaçait dans une petite capsule métallique que l’on posait à la pointe de l’épée terminant le conducteur de la machine.

La machine électrique destinée à enflammer les produits

(I) Lettre à M. Martin Folques, président de la Société royale, dans le Recueil de traités sur l’électricité, traduit de l'allemand et de l’anglais, 2* partie, p. 15 et suivantes.

peu combustibles était, comme nous venons de le dire, composée de trois ou quatre globes de verre. Mais quand on voulait enflammer des liquides plus combustibles, tels que l’éther ou l’esprit-de-vin très-rectifié, on se contentait d’une machine ordinaire à un seul globe. Walson, dans l’ouvrage cité plus haut, donne la figure ci-dessous comme représentant l’appareil dont il se servait pour cette expérience (fig. 9).

Le personnage B tourne la manivelle qui imprime au globe de verre G un mouvement de rotation. Le personnage I) présente la main au globe pour déterminer, par le frottement, le dégagement de l’électricité. Le fluide électrique passe du globe de verre au canon de fusil ou à la barre de fer qui sert de conducteur, et qui est portée sur deux fils de soie tendus sur deux supports. Ce conducteur est saisi par le personnage G qui, < placé sur un gâteau de résine servant à l’isoler, tient de la main droite une épée. Le fluide électrique arrive à l’extrémité de l’épée : à peine a-t-on approché de sa pointe une cuiller pleine d’esprit-de-vin, que l’étincelle jaillit, et met le feu au liquide.

C’est aussi à Watson qu’est due une expérience connue sous le nom de danse des pantins, qui devint célèbre plus tard lorsque Volta l’eut prise comme point de comparaison dans l’explication théorique qu’il donna de la formation de la grêle. Watson a donné dans le même mémoire une figure représentant la manière de produire ce phénomène.

Un petit garçon isolé au moyen d’un gâteau de résine, sur lequel il est placé, saisit de la main gauche le conducteur de fer-blanc d’une machine électrique à globe de verre tournant. De la main droite, il tient un plat ou une simple plaque métallique sur lequel on a placé des corps légers, tels que des fragments de verre pilé, de petites balles de sureau, du fil de fer très-mince, etc. Un second personnage, non isolé, approche peu à peu du plat métallique

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que lient le petit garçon, un autre plat semblable. Lorsque les deux plats sont arrivés à une assez faible distance, les corps légers attirés s’élancent du plat inférieur vers le plat supérieur, avec émission d’étincelles. Une fois en contact avec le plat supérieur, ils perdent leur électricité, qui s’écoule dans le sol par le corps du personnage qui tient le plat métallique. Dès lors, n’étantplus retenus surce plat supérieur par l’attraction électrique, ils retombent sur le plat inférieur, où, recevant de nouveau de l’électricité par la machine, ils sont de nouveau attirés, de telle manière que cette succession de mouvements continue tant que la machine est en action (1).

Les expériences que nous venons de rapporter étaient sans doute attrayantes et curieuses, elles attiraient vivement l’attention des physiciens de cette époque. Mais tous ces spectacles n’avaient guère qu’un intérêt de curiosité. La théorie pour l’explication des phénomènes électriques n’en recevait aucun éclaircissement, et si l’on en excepte le grand principe établi par Dufay, la science n’avait encore rencontré dans cette direction aucune acquisition importante. Quelques essais, pour la construction des machines électriques, quelques remarques sur les propriétés calorifiques et lumineuses de l’étincelle électrique, quelques observations sur les circonstances les plus favorables au développement de l’électricité, voilà tout ce que cette science avait acquis depuis son origine jusqu’à l’année 1746. Les physiciens ne se méprenaient point d’ailleurs sur cet état d’imperfection de la science encore à ses débuts. C’est ce que Watson exprimait à celte époque par ces belles paroles :

« Si l’on me demande quelle peut être l’ulililé des effets électriques, je ne puis répondre autre chose, sinon que, jus-

(1) Watson, Expériences et observations sur l'électricité, 2® partie du Eecueilde traitéssur l’électricité, traduits de l'allemand etde l’anglais.

qu’à présent, nous ne sommes pas encore avancés dans nos découvertes au point de pouvoir les rendre utiles au genre humain. Dans quelque partie que ce soit de la physique, on ne parvient à la perfection que par des gradations bien lentes. C’est à nous d’aller toujours en avant et de laisser le reste à cette Providence qui n’a rien créé en vain (t). »

Mais l’année 1746 approchait, et grâce à la découverte de la bouteille de Leyde, des horizons tout nouveaux devaient s’ouvrir pour la science électrique.

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