‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernesChapitre 4 sur 42 · II · texte numérisé non relu

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DÉCOUVERTES SCIENTIFIQIES.

sique de cette époque. On croyait, en effet, voir se manifester physiquement à l’extérieur cette matière subtile, ces petits ^orps, ces esprits animawj; qui, depuis Descartes, défrayaient toutes les discussions scientifiques, et servaient à résoudre tous les problèmes relatifs aux êtres vivants ou aux êtres inanimés, les problèmes de la physique aussi bien que les (juestions de psychologie.

Les travaux de Dufay venaient de jeter beaucoup d’éclat sur les savants français. Les physiciens de l’Allemagne, qui n’avaient prisencore qu’une très-faible part aux recherches concernant l’électricité, entrèrent alors dans cette voie. Us reprirent la suite des importantes études dont leur compatriote, Otto de Guericke, avait donné le signal en construisant la première machine électrique que la physique ait possédée. L’intervention des expérimentateurs d’outre-Rhin ne fut pas inutile ; elle amena des perfectionnements importants dans la disposition et l’emploi de la machine électrique. C’est grâce aux modifications apportées par eux à la construction de cet instrument que l’on parvint bientôt à donner aux phénomènes électriques une puissance, une intensité jusque-là sans exemple.

Nous avons déjà dit que les machines électriques d’Otto de Guericke et de Hauksbée, c’est-à-dire celles qui se composaient d’un globe de soufre ou de verre, avaient été abandonnées, après Hauksbée, par les physiciens, qui s’étaient contentés d’un simple tube de verre pour développer l’action électrique. C’est un physicien allemand, Boze, professeur à Wittemberg, qui eut, vers l’année 1733, l’idée d’en revenir au globe de verre dont Hauksbée avait fait usage. Boze forma sa machine électrique au moyen d’un globe de verre creux, c’est-à-dire d’une simple bouteille sphérique. Ce ^obe de verre, traversé de part en part d’une tige de fer, était mis en mouvement de rotation à l’aide d’une manivelle ; la main.

bien sèche, servait à frotter le globe pour y développer l’action électrique.

Boze imagina en même temps de munir sa machine d’un conducteur de fer-blanc, qui sellait àconsen’er et à emmagasiner le fluide électrique une fois produit par le globe. L’expérimentateur allemand n’avait pas d’abord trouvé de moyen plus commode pour isoler ce conducteur métallique, que de le faire porter sur les mains d’un homme, placé luimême sur un gâteau de résine qui servait à l’isoler. On voit encore dans quelques ouvrages de cette époque le dessin de cette singulière machine électrique, où le corps de l’homme entre comme élément de l’appqreil. On eut pourtant bientôt l’idée, toute naturelle, de suspendre le conducteur de ferblanc à des cordons de soie fixés au plafond ; ces conducteurs, qui constituaient au réservoir d’électricité, communiquaient avec la machine par une tige métallique.

Par la construction de cette machine, le professeur de Wittcmberg rendit à l’électricité un service dont on comprendra tout le prix, si l’on réfléchit que les sciences physiques ne peuvent se former et s’agrandir que par le perfectionnement des instruments qu’elles mettent en œuvre.

La machine de Boze se répandit très- promptement en Allemagne ; elle revêtit diverses formes entre les mains des physiciens. Wolfius fit construire à Leipzig, par le célèbre mécanicien Leupold, une machine qui ne différait seulement de l’appareil primitif de Hauksbée qu’en ce que le globe de verre tournait verticalement, au lieu d’être placé dans une situation horizontale.

Haüsen, professeur à Leipzig, construisit une machine peu différente de celle de Wolfius et qui se trouve représentée par la figure suivante dans un ouvrage de cette époque. Expériences et observations sur l'électricité, de Guillaume Watson (I). On voit dans cette machine, que Watson ap-

(I) Ces Expériences et Observations de Watson forment la seconde

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Fig. 3.

L\ MACUl.NE ÉLECTRIQUE. 41

pelle machine à électricité dans le goût de celle de M. Hauksbée, à Londres, et de M. Haüsen, à Leipzig, un jeune clerc ou abbé tourner la roue qui imprime à un globe de verre un mouvement de rotation. Le frottement du verre contre la main développe, à la surface du globe, de l’électricité vitrée, tandis que l’électricité résineuse passe, de la main, à travers le corps de la dame, et se perd dans la terre. Un personnage suspendu en l’air par des cordes de soie qui l’isolent, joue le rôle de conducteur, selon le système primitif de Boze. L’électricité développée à la surface du globe est recueillie par ses pieds, et, le traversant tout entier, passe par l’extrémité de sa main droite dans le corps de la jeune fille, qui est placée elle-même sur un bloc de résine faisant l’office de tabouret isolant. Celle-ci, tenant le jeune homme de la main gauche, attire avec sa main droite des feuilles d’or légères, placées sur un guéridon isolant. On voit que l’électricité a passé à travers le jeune couple, comme à travers une chaîne conductrice, du globe de verre jusqu’aux feuilles d’or (1).

Watson donne encore la figure suivante, qu’il accompagne de cette légende : « Autre machine à électricité « fort usitée en Hollande, et principalement à Amsterdam. « L’homme B tourne la roue ; le globe de verre G est frotté « par la main de la personne D. EE est un tuyau de fer- « blanc, une bari’e de fer ou un canon de fusil qui repose « sur des cordons de soie, montés sur les guéridons ou sup- « ports F, F (fig. 4). »

Dans les figures qui précèdent, c’est toujours la main qui sert, en frottant le globe, à dégager l’électricité.

partie de la colleclion publiée à Paris, en 1748, sous ce titre: Recueil de traités sur l’électricité, trad. de inllemand eide l’anglais . 1 vol. in-12.

(I) Expériences et observations de Watson, p. 138, pl. 2, flg. 1, dans le Recueil de traités sur l'électricité, traduits de l'alle.nand et de l'anglais.

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Fig. 4.

le mécanisme destiné à imprimer la rotation au globe de verre, en adoptant pour cet usage l’archet du tourneur en bois.

Winckler expose en ces tenues comment il fut amené à perfectionner de cette manière la machine électrique de Boze et de Haüsen :

« Cette machine, nous dit-il, ne laisse pas d’avoir ses imperfections, car : 1® l’efTet ne réussit pas si la main qu’on applique au globe électrique n’est pas bien sèche ; 2® on ne peut pas donner assez de frottement au globe, faute de pouvoir le tourner aussi rapidement qu’il serait nécessaire ; 3® il est trop fatigant de tourner la roue, surtout lorsqu’il faut accélérer et augmenter l’efTet, et le continuer pendant longtemps.

« Ces réflexions m’ont fait penser à un moyen de remédier à

LA MACHINE ELECTRIQUE. kX

ces inconvénie'nts. Je visai principalement à un expédient pour parvenir à une machine avec laquelle on puisse produire l’électricité aussi rapidement et avec aussi peu de peine qu’il soit possible. Je travaillai l’année passée à une machine pour la démonstration des forces centrales, et, comme j’avais remarqué dans mon tourneur un génie singulier pour la disposition des machines, je lui fis part de ce que je trouvais à redire à la machine de M. Haûsen. Il y avait pensé avant moi, et, après m’avoir dit qu’il connaissait une façon d’exciter une très-forte électricité sans peine et fort rapidement, il me mena devant son tour et me fit voir son art. Je pensai alors à l’œuf de Colomb, que personne de ceux qui regardaient la découverte du nouveau monde comme une chose très-aisée ne pouvait faire reposer sur sa pointe, car je voyais bien qu’il ne fallait pas beaucoup de science pour imiter une pareille machine à électricité (I). »

La machine employée par Winckler, et dont il donne la description, consistait en un globe de verre que l’on faisait tourner au moyen d’un archet métallique très-élastique, et qui frottait contre un coussin de crin. Grâce à l’élastiéité de l’archet, on pouvait imprimer au globe de verre une vitesse de rotation de 180 tours par minute.

La substitution, faite par Winckler, d’un coussin fixe à la main de l’opérateur pour opérer la friction du globe ne fut pas universellement goûtée. On trouvait qu’en raison de sa fixité, le coussin ne se prêtait pas avec assez de souplesse aux inégalités de mouvement que présentait la rotation du globe de verre. En France particulièrement, on crut devoir rejeter l’usage des coussins, et la main, bien sèche, fut proclamée beaucoup plus efficace pour dégager l’électricité. L’abbé Nollet se montra le plus ardent à repousser la disposition nouvelle venue d’Allemagne ; l’abbé Nollet était doué d’une

(1) Essai sur la nature, les effets et les causes de rélectricité, avec une description de deux nouvelles machines à électricité, traduit de l’allemand de M. Winckler, professeur dans l’université de Leipzig, 1'® partie du Recueil de traités sur l’électricité, traduits de l’allemand et de l’anglais, p. 8, 9.

4 4 DECOUVERTES SGIENTIVIQUES.

main large, nerveuse et sèche, que la nature semblait avoir faite tout exprès pour exercer des frictions électriques. Mais le même motif n’existait pas chez tous les expérimentateurs, qui eurent le tort de s’associer au préjugé du physicien du collège de Navarre (i).

Dans son Essai sur l'électricité des corps, ouvrage qui fut publié pour la première fois en 1747, l’abbé Nollet donne les détails suivants sur la manière de construire une semblable machine. Ce passage du livre de Nollet donnera une idée exacte de l’état de la machine électrique, en France, à l’époque oü nous sommes parv'enus :

« Il y a environ quatorze ans, dit l'abbé Nollet, que M. Boze, professeur de physique à Wittemberg, essaya de substituer au tube un globe de verre que l’on fait tourner sur son axe et que l’on frotte en y tenant seulement les mains appliquées. En généralisant ainsi cette façon d’électriser le verre, qu’on avait bornée jusqu’alors à quelques usages particuliers, cet habile physicien a trouvé, et pour lui et pour ceux qui l’ont imité depuis, un moyen sûr, non-seulement d’opérer avec facilité, mais encore de pousser les effets beaucoup au delà de ce qu’on avait pu faire avec le tube

« Quant aux dimensions des globes, ils sont d’une bonne grandeur quand ils ont environ un pied de diamètre ; il vaudrait mieux qu’ils eussent quelques pouces au-dessus que quelques pouces au-dessous de cette mesure ; mais je ne crois pas qu’il fût fort avantageux de les avoir beaucoup plus gros.

« Une chose qui est bien plus essentielle, c’est une certaine épaisseur, comme d’une ligne et demie au moins et autant uniforme qu’il est possible. Outre que cette condition met le vaisseau en état de résister davantage à la pression de celui qui le frotte, il n’est pas douteux (et je m’en suis assuré par des obser-

(1) « SI quelque raison, dit l’abbé Nollet, a pu faire imaginer le coussinet, c’est la crainte que l’on a eue d’être blessé par des éclats de verre, si le globe venait à se casser lorsqu’il tourne. J’avoue que cette crainte est fondée, et l'on doit prendre des précautions pour éviter pareils accidents; mais celle du coussinet m’a toujours rendu l’électricité si lente, et ses effets si faibles, que l’impatience m’en a pris, et que je l'ai abandonnée pour toujours. » ( Essai sur l’éleciricilé des corps, p. 28.)

valions bien constantes) que l’électricité d’un verre épais est sensiblement plus forte et plus durable que celle d’un verre plus mince.

« La figure sphérique n’est point absolument nécessaire, elle n’est pas même préférable à une autre forme, sinon peut-être parce qu'on la fait aisément prendre au verre en le soufflant; il est également bon que ce soit un sphéroïde allongé ou aplati, pourvu que la partie la plus élevée que l’on frotte soit assez régulièrement arrondie pour faciliter le frottement ; il est même d’usage dans presque toute l’Allemagne et dans l’Italie, où l’on fait présentement ces sortes d’expériences avec succès, d’employer des vaissaux cylindriques.

« Le globe que l’on veut électriser doit tourner entre deux pointes de fer ou d’acier, comme les ouvrages qui se font au tour; pour cet effet, il faut qu’à l’un de ses deux pôles il ait une poulie de bois dont la gorge puisse recevoir la corde d’une roue à peu près semblable à celle des cordiers ou à celle des couteliers, et qu’à l’autre pôle il soit garni d’un morceau de bois propre à recevoir la pointe du tour

« Ce globe, ainsi préparé, doit tourner rapidement sur son axe entre deux pointes ; il importe peu comment cela se fasse, pourvu que le mouvement de rotation soit assez fort pour vaincre le frottement des mains qui appuient sur la surface extérieure du verre et que les pointes tiennent à des piliers ou poupées assez solides pour ne pas laisser échapper le vaisseau tandis qu’on le fait tourner avec violence : ainsi, quiconque aura un tour et une roue de trois à quatre pieds de diamètre, comme on en a assez communément dans les laboratoires, n’a pas besoin de chercher autre chose.

« Au défaut de cet équipage, on pourra se servir d’une roue de coutelier, de celle d’un cordier ou même d’une vieille roue de carrosse, à laquelle on formera une gorge de bois rapporté, et l’on établira deuî poupées à pointes sur un tréteau que l’on aura fixé à une muraille.

(I Mais une chose qu’il ne faut point oublier, c’est que l’une des deux pointes soit une vis qui fera son écrou dans le bois même de la poupée, afin qu’on puisse serrer le globe sans frapper.

« Si l’on fait les frais d’une machine de rotation exprès pour ces sortes d’expériences, on peut lui donner telle forme et telle décoration qu’on jugera convenable; mais Je trouve à propos qu’elle ait les qualités suivantes :

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kÙ DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.

« 1® Qu’elle soit assez grande et assez forte pour servir à toutes sortes d’expériences de ce genre : ainsi, il serait bon que la roue eût au moins quatre pieds de diamètre, qu’elle fût portée sur un bâti bien solide, assez pesant, et qu’il y eût deux manivelles, afln qu’en employant deux hommes pour tourner en certains cas, on pût forcer les frottements du globe pour augmenter les effets. J’éprouve tous les jours qu’un seul homme ne suffit pas;

« 2® Que l’axe de la roue soit à telle hauteur que l’homme qui est appliqué à la manivelle se trouve en force et dans une situation non gênée ; cette hauteur doit être d’environ trois pieds et demi au-dessus du plancher, sur lequel la machine et l’homme sont placés;

a 3® Que la corde de' la roue communique immédiatement et sans renvois avec la poulie du globe : premièrement, parce que les renvois, tels qu’ils puissent être, augmentent la résistance ; il y en a déjà assez de la part d’un globe de douze ou quatorze pouces de diamètre, dont on fait frotter l’équateur; secondement, des poulies de renvoi font toujours beaucoup de bruit, et il y a des occasions où l’on a besoin de silence en faisant ces sortes d’épreuves ;

« 4® Que le globe soit le plus isolé qu’il sera possible, car on doit craindre que les corps voisins n’absorbent une partie de son électricité : ainsi, les poupées pour un globe d’un pied doivent avoir au moins dix pouces au-dessous des pointes ;

« 5® Que le globe soit à une hauteur convenable et se présente de manière que celui qui le doit frotter soit dans toute sa force ; il faut donc, pour bien faire, qu’il se trouve élevé de trois pieds ou environ au-dessus du plancher et qu’il tourne vis-à-vis de celui qui le frotte, en lui présentant son équateur, etc... (1). »

L’abbé Nollet donne ensuite la ligure ci-dessous, représentant sa machine, et dont les détails se comprennent à la seule inspection (fig. 5).

Pour continuer cet exposé des diverses modifications qu'a reçues la machine électrique avant de prendre la forme définitive qu'elle présente aujourd’hui, nous dirons que le révérend Père Gordon, professeur de philosophie à Erfurt, substitua le premier, au globe de verre, un cylindre de

(1) Essai sur l'élertricité des corps, p. 8, 17.

cette matière ; le cylindre qu’il employa avait huit pouces de longueur et quatre de diamètre; on le faisait tourner au moyen d’un archet.

La machine de Gordon, très-simple et très-portative, se

Fig. 5.

composait d’un cylindre de verre retenu entre deux calottes de bois à ses deux extrémités, et monté entre les deux poupées d’un petit tour qu’on faisait mouvoir avec un archet. Le cylindre frottait contre un coussinet, à l’imitation des machines allemandes.

Cette machine produisait des effets électriques très-intenses; elle était d’un maniement facile et suppléait trèsavantageusement' par l’emploi d’un coussinet, à l’action de la main de l’opérateur; aussi fut-elle adoptée en Angleterre de préférence à celle que l’abbé Nollet préconisait en France. Seulement, comme le mécanisme employé par le père Gordon n’imprimait pas au cylindre de verre un mouvement aussi rapide, oü changea le système moteur. Au lieu d’une simple roue de bois faisant tourner une corde, on<

fit usage d’une roue dentée engrenant avec un pignon fixé sur l'axe du cylindre.

Mussenbroek, dans son Cours élémentaire de physique, donne la figure suivante (fig. 6) comme représentant une des machines électriques que construisait alors, à Londres, un fabricant d’instruments nommé Adams. Il en donne la description en ces termes :

« On a imaginé depuis peu en Angleterre une machine électrique que je trouve fort simple et que je préfère, non-seulement à celles dont je me suis servi, mais encore à toutes celles qu’on a imaginées jusqu’à présent. C’est ce qui m’engage à en donner la description.

« Dans une espèce de tambour creux A est placée une roue dentée, enarbrée sur l’axe E ; cette roue est mise en mouve-

l’aide d’une manivelle, communique un mouvement de rotation très-rapide au cylindre de verre.

« Toute la machine est solidement attachée sur une table à l’aide des vis L, M ; sur la base de cette machine est établi un ressort d’acier H, auquel est attaché un coussinet de cuir GG. Par le moyen de la vis K, on peut bander ou débander le ressort et par conséquent appuyer plus ou moins le coussinet contre le cylindre de verre qu’il doit frotter. Ce cylindre, étant mû circulairement et étant frotté par le coussinet GG, devient fortement électrique. Dans la base de celte machine glissent deux règles de cuivre SR, SR, qu’on fixe par des vis; sur ces deux premières règles s’élèvent deux autres règles SX, SY, qui en portent deux autres XZ, YZ, à chaque extrémité desquelles pendent des fils de soie bleue qui suspendent un tube de cuivre OP. A la partie antérieure de ce conducteur est fixé un double fil de cuivre doré, • aplati à ses extrémités N ; ce fil, tout faible qu’il soit, est extrêmement élastique et reçoit toute l’électricité du cylindre qu’il touche (l). »

Tibère Cavallo, dans son Traité complet d'électricité, a donné le dessin d’une machine construite egalement par Adams, et qui différait de la précédente en ce quelle pouvait fournir à volonté de l’électricité négative ou positive, selon que l’on faisait communiquer avec le sol les coussins ou le cylindre de verre (2). Cette disposition fut plus tard imitée par Nairne et Van Mamm dans leurs belles et puissantes machines.

Ce n’est que vers l’année 1768 qu’un opticien anglais, nommé Ramsden, substitua au cylindre de verre de la machine électrique un plateau cireulaire de la même substance. Ce plateau tournait à frottement entre quatre coussins de peau, rembourrés de crin et pressant contre le verre au moyen d’un ressort.

(I) Cours de physique expérimentale et mathématique, par Pierre Van Musi>enhroek, traduit par M. Sigaud de la Fond, démonstrateur de physique expérimentale. In-4®, Paris, t7C0. t. l«f, p. 353.

(î) Traité complet d'électricité, par M. Tibère Cavallo, traduit de l’anglais, ln-8. 1785, p. 126.

Il paraît que ce qui détermina l’abandon du globe de verre pour y substituer, soit un cylindre, soit un plateau, fut un accident assez étrange qui se présentait quelquefois avec les machines à globe : il arrivait que le globe de verre éclatait subitement entre les mains de l’expérimentateur.

Les détails de quelques-unes de ces singulières explosions nous ont été conservés. Le premier accident de ce genre arriva à Lyon, le 8 février 1750, au père Béraud. Cet expérimentateur, opérant en présence de plusieurs pereonnes, voulait électriser un petit vase de verre vide d’air et contenant du mercure, afln de rendre ce métal lumineux par l’élec- . tricité. Pour obtenir un spectacle plus brillant, le père Béraud fit éteindre les lumières. A peine commençait-on à frotter le globe, qu’on entendit comme une sorte de déchirement ; le globe éclata avec bruit et se dissipa en petits fragments qui furent lancés dans les endroits les plus éloignés. Deux personnes furent blessées au visage par les éclats de verre.

Le père Béraud, qui lut quelques jours après à l’Académie de Lyon un mémoire sur cet accident, crut devoir l’attribuer à une fêlure que présentait le globe de verre. Il pensait que « le frottement imprime dans les plus petites « fibres du verre un mouvement de frémissement et d’os- « cillation, qui doit nécessairement agiter la matière con- « tenue dans ses pores. » Le père Béraud partait de là pour donner do ce phénomène une explication dans le goût di; la physique de son temps.

Malheureusement pour l’explication du père Béraud, les globes non fêlés étaient également sujets à cette rupture spontanée. Dans la première partie de ses Lettres sur l’électricité, l’abbé Nollet nous apprend qu’un globe de verre avait détoné entre les mains du professeur Boze, à Wittemberg ; un autre entre celles de M. Le Gat, à Rouen ; un troisième, à Rennes, sur la machine du président de Robin ; un

LA MACHINE ÉLECTUIQrE. 51

quatrième, à Naples, appartenant à M. Sabatelli, et qu’un globe d’Angleterre avait eu le même sort entre ses propres mains à Paris.

Admettant que la rupture des globes pouvait être occasionnée par la dilatation que l’air contenu dans leur intérieur éprouve par suite de la chaleur développée par le frottement, on avait cru s’en garantir en perçant un trou dans le globe ; mais l’expérience démontra l’inutilité de cette précaution. Sigaud de la Pond rapporte dans son ouvrage qu’en 1761 il éprouva un accident de ce genre : « Je faisais tourner, dit- « il, un globe bien conditionné, bien monté, percé vers un « de ses pôles, et qui me servait depuis plusieurs années. A « peine eut-il fait cinq ou six tours, qu’il éclata avec la plus « grande violence et que les débris s’en répandirent à une « très-grande distance dans ma salle (1). »

Ce genre d’accidents fut pour beaucoup dans la préférence que l’on accorda en France, à partir de l’année 1768, aux machines électriques dans lesquelles un plateau remplaçait le globe de verre ; car, si les glaces peuvent se fendre pendant qu’elles se chargent d’électricité, elles ne détonent point et l’on n’a pas à en redouter les éclats.

La première machine qui fut construite en Angleterre par Ramsden était faite d’un plan de glace, d’un pied seulement de diamètre, qui tournait entre quatre coussinets à l’aide d’une manivelle appliquée à son axe. On augmenta beaucoup les effets de ces machines en employant des glaces d’un plus grand diamètre.

Sigaud de la Fond, dans l’ouvrage cité plus haut, donne la description d’une machine de Ramsden qui avait été construite en Angleterre pour le duc de Chaulnes, et dont la glace avait cinq pieds de diamètre. Celte machine fournissait des étincelles qui, au rapport du duc de Chaulnes, se

(l) Précis historique et expérimental des phénomènes électriques,

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portaient jusqu’à vingt-deux pouces de distance. Il donne dans le même ouvrage la figure d’une autre machine électrique à plateau de glace, qu’il fit construire à l’imitation de celle du duc de Chaulnes.

A partir de l’année 1770, les machines à plateau de glace devinrent d’un usage général. Elles remplacèrent les appareils variés, et souvent fort coûteux, dont on avait fait usage jusqu’à cette époque en .\ngleterre et en Allemagne.

C’est vers la même époque que le physicien anglais Nairne, imitant l’appareil déjà employé par Tibère Cavallo à Londres, construisit la machine électrique qui porte son nom, et qui donne à volonté du fluide électrique négatif ou positif, selon que l’on fait communiquer avec le sol l’un ou l’autre de ses deux conducteur.

La machine de Nairne, ou machine à deux fluides, que l’on

Fig. 7.

voit représentée par la figure ci-dessus (fig. 7), se compose d’un cylindre creux de verre de grande dimension, qui peut

LÀ MACHINE ELEGTBIQ'JL. 5 3

frotter contre un large coussin G fixé au conducteur D' , et qui en occupe toute la longueur. Le conducteur D est armé de plusieurs pointes métalliques dirigées contre le cylindre de verre et perpendiculaires à sa surface. Quand on fait tourner le cylindre de verre au moyen de la manivelle, le frottement de ce cylindre contre le coussin G provoque un dégagement d’électricité, c’est-à-dire la décomposition du fluide neutre du verre. L’électricité positive reste sur le cylindre de verre, et l’électricité négative passe sur le coussin et sur le conducteur isolé D', qui est fixé sur ce coussin. Le cylindre de verre chargé d’électricité positive agit par influence sur le fluide neutre du conducteur D, attire l’électricité négative vers les pointes et repousse l’électricité positive vers la face opposée. L’électricité négative accumulée sur ces pointes vient, en traversant l’air interposé, neutraliser le fluide positif qui existe sur le cylindre de verre, et reconstitue ainsi du fluide neutre. Quant à l’électricité positive, elle reste confinée sur le conducteur D, qui constitue de cette manière un réservoir d’électricité positive.

Si l’on fait communiquer avec le sol, au moyen d’une chaîne métallique, le conducteur D' et le coussin, l’électricité négative s’écoule dans le sol et l’électricité positive reste accumulée sur le conducteur D : la machine fournit alors de l’électricité positive. Si l’on fait au contraire communiquer avec le sol le conducteur D, en maintenant isolés le coussin et le conducteur D', l’électricité positive s’écoule dans le sol, et l’électricité négative reste accumulée sur le conducteur D', et la machine donne alors de l’électricité négative. La machine de N aime permet donc de conserver à volonté l’une des deux électricités développées par le frottement.

Le cylindre de verre est ordinairement recouvert, dans cette machine, d’une pièce de taffetas qui enveloppe la moitié supérieure de ce cylindre, et qui a pour effet de le pro-

n'gcr contre l’action de l’air et d’empêcher ainsi la déperdition trop prompte d’électricité.

L’appareil que nous venons de décrire fut proposé et construit pour la première fois dans le but de servir à administrer l’électricité comme agent curatif dans le traitement des maladies (1). Il n’est devenu que plus tard un appareil de démonstration pour les cours de physique.

La machine électrique dont on fait généralement usage aujourd’hui n’est autre chose que la machine de /iamsden, à laquelle on n’a apporté qu’un petit nombre de changements. La Bgiire suivante (fig. 8) représente la machine électrique actuelle, qui ne diffère, on le voit, de l’appareil primitif de l’opticien anglais qu’en ce qu'elle se compose de deux conducteurs au lieu d’un seul.

Le plateau de verre P frotte entre les deux coussins G, G'; l’électricité positive du plateau de verre agit par influence sur le fluide naturel des deux conducteurs D, D'. Ge fluide naturel est décomposé, l’électricité négative est attirée vei*s les pointes dont est armée l’extrémité S, S', de ces conducteurs. S’écoulant par ces pointes sous forme de petites aigrettes lumineuses, cette électricité négative vient se combiner avec l’électricité positive du plateau et ramener celuici à l’état naturel. Gomme le frottement du plateau contre les coussins continue à développer de l’électricité positive sur ce plateau, les mêmes décompositions continuent, et la charge de l’électricité positive et la surface des conducteurs D et D' augmente de plus en plus. R est un électroscope à cadran ; l’écartement du petit corps placé à l’extrémité de la tige de cet électroscope indique les variations d’intensité de la charge électrique de la machine.

Les appareils à plateau ou à cylindre de verre que nous

(1) The description and uses of Nairne’s paient electrical machine, with the additions O f some philosophical expevirnents and medical observations. In-8, London, i‘S3.

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