‹ Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernesChapitre 7 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

donné de cette découverte par Priestley, contemporain de ces divers savants (I). Il résulte de son récit que, lorsque Mussenbroek observa, par l’effet du hasard, ce fait extraordinaire, il était entouré de diverses personnes qui prenaient part ou assistaient à ses expériences. Parmi elles se trouvaient sans doute Cuneus et Allaman, qui furent d’après cela simples spectateurs, et non les véritables auteurs de l’expérience.

Quoi qu’il en soit, voici par quelles circonstances on fut conduit à la découverte de la bouteille de Leyde. Considérant ijue les corps électrisés, quand ils sont exposés librement à l’air, y perdent promptement leur état électrique, par suite de la conductibilité de l’air, Mussenbroek pensa que si un corps électrisé était entouré de tous côtés par des corps non conducteurs, il pourrait recevoir une plus grande quantité d’électricité et la conserver plus longtemps. Le verre étant le corps non conducteur, et l’eau le corps électrique le plus convenable pour cet effet, Mussenbroek et ses amis essayèrent d’électriser de l’eau contenue dans un vase de verre. On n’observa d’abord rien de remarquable dans cette expérience ; quand on jugea l’eau suffisamment électrisée, on se disposa à retirer le vase de verre qui communiquait avec le conducteur de la machine électrique au moyen d’un fil de fer plongeant dans l’eau. Mais au moment oü l’un des opérateurs, tenant d’une main le vase de verre, vint à approcher l’autre main du conducteur, afin de le séparer de la machine, il se sentit aussitôt frappé d’un coup terrible à la poitrine et sur les bras.

Il est curieux de lire, dans les récits qui ont été donnés de cette expérience, la description des effets que produisit la commotion électrique sur les personnes qui furent les premières à l’éprouver. Sans nul doute, la surprise et l’émotion

(I) Histoire de l’ëlectricild, traduite de l’anglais de Joseph Priestley. Paris, 17*1, t. I, p. 150.

ajoutèrent beaucoup aux impressions ressenties dans cette circonstance par les premiers expérimentateurs, car les personnes qui se soumirent après eux à la même épreuve furent loin de ressentir les mêmes effets. Mussenbroek, qui fit le premier cette expérience avec un vase de verre de médiocre capacité, et qui n’avait pu accumuler par conséquent de grandes proportions de fluide, ressentit une si terrible impression, qu’il se crut mort ; il déclara qu’il ne s’exposerait pas une seconde fois au même choc quand on lui offrirait la couronne de France.

Le physicien de Leyde a donné les détails de cotte expérience célèbre’dans une lettre qu’il adressa à Réaumur le 20 avril 1746, et dont voici le contenu, traduit du latin ;

« Je veux vous communiquer, écrit Mussenbroek, une expérience nouvelle, mais terrible, que Je vous conseille de ne point tenter vous-même.

« Je faisais quelques recherches sur la force de l’électricité. Pour cet effet, j’avais suspendu à deux fils de soie bleue un canon de fer AB qui recevait par communication l’électricité d’un globe de verre que l’on faisait tourner rapidement sur son axe pendant qu’on le frottait en y appliquant les mains; à l’autre extrémité B pendait librement un fil de laiton dont le bout était plongé dans un vase de verre D rond, en partie plein d’eau, que je tenais dans ma main droite, et avec l’autre main E j’essayais de tirer des étincelles du canon de fer électrisé. Tout d’un coup ma main droite fut frappée avec tant de violence, que j’eus tout le corps ébranlé comme d’un coup de foudre; le vaisseau, quoique fait d’un verre mince, ne se casse point ordinairement, et la main n’est point déplacée par cette commotion ; mais le bras et tout le corps sont affectés d’une manière terrible que je ne puis exprimer ; en un mot, je croyais que c’était fait de moi. Mais voici des choses bien singulières: quand on fait cette expérience avec un verre d’Angleterre, l’effet est nul ou presque nul ; il faut que le verre soit d’Allemagne, il ne suffirait pas môme qu’il fût de Hollande ; il est égal qu’il soit arrondi en forme de sphère ou de toute

Digilized by Coogif

6 4 DÉGOUVEBTES SCIENTIFIQUES.

autre figure ; on peut employer un gobelet ordinaire, grand ou petit, épais ou mince, profond ou non ; mais ce qui est absolument nécessaire, c’est que ce soit du verre d’Allemagne ou de Bohême : celui qui m’a pensé donner la mort était duo verre blanc et mince, et de cinq pouces de diamètre. La personne qui fait l’expérience peut être placée simplement sur le plancher; mais il faut que ce soit la même qui tienne d’une main vase le D, et qui, de l’autre main, excite l’étincelle ; l’effet est bien peu considérable si cela se fait par deux personnes séparées. Si l'on place le vase D sur un support de métal porté sur une table de buis, en touchant ce métal seulement ^ bout du doigt et tirant l’étincelle avec l’autre main, on ressent encore un très-grand coup (1).

Fig. 10.

Allaman, qui avait assisté à l’expérience de Mussenbroek, ayant voulu la répéter, ressentit une impression tout aussi

(I) Mémoires de mathématique et de physique de l'Académie royale des sciences de Paris pour 1746, p. 2.

r V Cooj^le

LA MACfllNE ÉLECTRIQUE. 65

forte, bien qu’il ne se fût servi que d’un verre à bière rempli d’eau, vase d’une capacité nécessairement médiocre. En communiquant ce résultat à l’abbé Nollet : « Vous ressenti- « rez, lui dit-il, un coup prodigieux, qui frappera tout « votre bras, et même tout votre corps : c’est un coup de <1 foudre. La première fois que j’en fis l’épreuve, j’en fus « étourdi au point que je perdis pour quelque moment la . « respiration (i). »

Ces récits sont encore dépassés par celui que donna le professeur Winckler des sensations qu’il éprouva en répétant cette expérience. Winckler assure que, lorsqu’il se soumit pour la première fois à la commotion électrique, il fut pris de convulsions dans tout le corps. Il se sentait 1a tête aussi pesante que s’il eût porté une pierre dessus, et il eut le sang tellement agité, qu’il craignit d’être attaqué d’une fièvre.chaude. Il ajoute qu’il se crut obligé, pour la prévenir, « d’avoir recours à des remèdes rafraîchissants. »

Il paraîtra surprenant sans doute, qu’après avoir été tant maltraité, notre électricien ait eu le courage do revenir à la charge, et de s’exposer de nouveau à une si rude secousse. Mais où n’entraîne pas l’insatiable curiosité du savant ? Winckler répéta encore ce périlleux essai, qui lui occasionna deux fois une hémorrhagie nasale.

La femme du professeur, qui, sans doute, avait reçu tout à la fois en partage et la curiosité de son sexe et le courage du nôtre, voulut aussi s’exposer au choc électrique. Elle en fut si violemment frappée, qu’elle demeura huit jours ayant à peine la force de se mouvoir. Au bout de ce temps, la curiosité l’emportant sur la crainte, elle brava un deuxième choc, qui ne lui occasionna cette fois qu’un saignement de nez, touchante identité de symptômes avec ceux que venait d’éprouver son docte époux.

(f) Mémoire/! rie maihémrifique et de physique de l’Académie royale des sciences de Paris pour lÛG, p. 3.

DÉCODVEaXES SCIENTIFIQUES.

A peine les physiciens de Paris furent-ils instruits de l'étonnant phénomène qui venait de se révéler en Allemagne, qu’ils se mirent en devoir do le reproduire. L’abbé Nollet répétale premier l’expérience de Leyde. Une seule circonstance arrêtait l’impatience de ce physicien. Comme on l’a vu dans sa lettre rapportée plus haut, Mussenbroek, en décrivant son expérience, recommandait expressément d’employer une bouteille de verre d’Allemagne et non d’ailleurs. Or, il n’était pas facile de se procurer à Paris, du jour au lendemain, du verre d’Allemagne ; celui de Hollande môme était proscrit par Mussenbroek. En désespoir de cause, Nollet se décida à essayer l’expérience avec du verre ordinaire do France, c’est-à-dire avec un simple flacon de son laboratoire. Toutefois, d’après l’assertion de Mussenbroek, il comptait peu sur le résultat, et il n’opérait que par manière d’acquit. Mais le vase dont il faisait si peu de cas le servit, on peut le dire, fort au delà de ses désirs, si bien que notre expérimentateur eût peut-être souhaité que le verre de France fût un peu moins propre à l’expérience de Leyde. H éprouva en effet un choc des plus violents :

a Je ressentis, nous dit-il, jusque dans la poitrine et dans les entrailles une commotion qui me flt involontairement plier le corps et ouvrir la bouche, comme il arrive dans les accidents où la respiration est coupée ; le doigt index de ma main droite, qui tirait l’étincelle, reçut un choc ou une piqûre très-violente ; mon bras gauche fut secoué et repoussé de haut en bas, au point de me faire quitter le vase à demi plein d’eau que je tenais (1). »

D’où provenait donc l’erreur de Mussenbroek sur la qualité de verre qui convenait à son expérience ? Tout simplement de ce qu’il avait opéré avec un vase d’Allemagne bien sec, tandis que les vases de France dont il s’était servi pour

(I) Mémoires de l’ Académie royale des sciences pour 1746, p. 4.

reproduire l’expérience étaient humides à l’extérieur, la présence de l’eau sur la paroi externe des vases de verre étant, comme on le reconnut plus tard, un obstacle à la réalisation du phénomène.

Quand le résultat de l’expérience de Nollet fut connu dans la capitale, il y excita un intérêt et une curiosité extraordinaires. On se rendit en foule chez le complaisant physicien du collège de Navarre ; des personnes de tout sexe et de tout rang imploraient la faveur d’être soumises à la commotion électrique. Les terreurs que les premiers électriciens avaient éprouvées au sujet de cette expérience étaient alors singulièrement oubliées ; on tournait en ridicule les frayeurs de Mussenbroek, et l’on opposait à la pusillanimité du physicien de Leyde les nobles et courageux sentiments du professeur Boze, de Wittemberg, qui avait dit avec un héroïsme philosophique: « Je ne regretterais point de mourir d’une « commotion électrique, puisque le récit de ma mort four- « nirait le sujet d’un article aux Mémoires de l’Académie « royale des sciences de Paris. »

Comme le nombre des personnes empressées de recevoir la commotion de la bouteille de Leyde augmentait tous les jours, et qu’on ne pouvait suffire à satisfaire les désirs de tant d’amateurs empressés, l’abbé Nollet eut l’idée de faire ressentir le choc électrique à un grand nombre d’individus à la fois. Il disposa donc en une chaîne continue un certain nombre de personnes, se tenant chacune par la main, et pouvant, de cette manière, recevoir successivement la décharge de la bouteille électrisée. Après avoir préludé par des essais convenables à cette singulière expérience, Nollet l’exécuta solennellement à Versailles, devantle roi et la cour.

Une compagnie des gardes-françaises, formée de deux cent quarante soldats, qui se tenaient par la main, fut rangée dans la cour du château : l’abbé Nollet se plaça à l’un des bouts de la chaîne : l’un des soldats, à l’autre bout, tenait à

Digilized by Googk

la main la bouteille pleine d’eau ëlectrisée. Quand l’abbé vint à toucher de sa main le fil de fer plongeant dans la bouteille, et à établir de cette manière la communication entre les surfaces interne et externe du vase, aussitôt la commotion se fit sentir dans toute l’étendue de la chaîne : toute la compagniejdes gardes-françaises tressaillit et sauta en même temps.

Quelques jours après, l’abbé Nollet répéta l’expérience dans le couvent des Chartreux. 11 fit ranger toute la communauté en une chaîne qui occupait une étendue de neuf cents toises, car chacun des acteurs de cette nouvelle scène communiquait avec son voisin au moyen d’un fil de fer d’une certaine longueur tenu dans la main. Dès que le courant fut établi, la commotion électrique fut ressentie au môme instant par tous les membres de la respectable congrégation, qui n’avaient peut-être pas l’habitude d’une telle unanimité d’impression.

Poursuivant ensuite les mêmes expériences in animâvili, l’abbé Nollet frappa de la charge électrique des oiseaux et des poissons. Les poissons furent tués dans l’élément liquide. Un moineau et un bruant, les premiers oiseaux qui aient reçu la commotion électrique, furent étourdis au premier coup. A une seconde décharge, le moineau périt, le bruant résista. Quand on examina le corps du moineau, on crut remarquerque toutes les veines du petit cadavre étaient crevées. Le fait ne parut pas néanmoins établi d’une manière suffisante, et il s’éleva parmi les anatomistes et les physiciens de longues discussions sur ces veines de l’oiseau crevées ou intactes ; on discuta toute une semaine sur ce grand sujet. Epoque heureuse et naïve où la science préoccupait assez les esprits pour faire disserter pendant huit jours sur l’état des veines d’un moineau (1) !

(1) Abrégé des Transactions philosophiques, vol. X, p. 336 (texte anglais). — Mémoires de mathématique et de physique de l’Académie des sciences pour 1746, p. 22.

L’intérêt et la curiosité qu’excitait àParis l’expérience delà commotion électrique se propagèrent bientôt dans l’Europe entière. Ce divertissement d’un nouveau genre resta à la mode un grand nombre d’années. Pendant que les savants colportaient dans les salons la bouteille de Leyde, les bateleurs la promenaient dans les rues. Des physiciens improvisés allaient, de ville en ville, montrer le spectacle de ce singulier phénomène.

On avait simplifié, pour le rendre portatif, l’appareil qui servait à exécuter l’expérience. On vendait, sous le nom de bouteille d'Ingenhousz, un instrument qui réunissait tout à la fois la bouteille de Leyde et la machine électrique nécessaire pour la charger. Réduite à de petites dimensions, la bouteille se renfermait dans un étui. Quant à la machine électrique, elle se composait tout simplement d’un morceau de peau de lièvre et d’un ruban de soie recouvert d’un vernis résineux. En frottant le ruban de taffetas verni avec la peau de lièvre, on y développait de l’électricité ; promenant ensuite le bouton métallique sur la garniture intérieure de la bouteille, on chargeait cette dernière d’une quantité de fluide électrique suffisante pour exciter une commotion.

On vendait aussi, sous le nom de canne électrique, un véritable instrument à surprises : c’était un tube de verre rempli à l’intérieur d’une substance conductrice de l’électricité et enveloppé presque jusqu’à son extrémité supérieure d’un tube de fer-blanc ; le tout était peint, au dehors, d’une couleur de bois, de manière à simuler une canne ordinaire. Après avoir électrisé, au moyen du ruban et de la peau de lièvre, cette bouteille de Leyde dissimulée, on l’offrait à la personne à laquelle on voulait occasionner la surprise. Quand cette personne, sans défiance, saisissait la canne par la pomme qu’on lui présentait, sa main, se trouvant à la fois en contact avec le tube de verre extérieur et la garniture métallique intérieure, réunissait les deux surfaces interne et

uigiiized by Googl

externe de l’instrument, et elle recevait ainsi, à l’improviste, la commotion électrique. C’était, on le voit, une variante scientifique de la manière de s’amuser en société sans se fâcher.

Pendant cette difTusion banale des nouvelles découvertes de la physique, bien des accidents singuliers "durent être observés, et il est à regretter que les mémoires du temps n’en aient pas retenu un plus ample souvenir.

Parmi les événements bizarres auxquels donnèrent lieu les expériences faites dans le public avec la bouteille de Leyde, on nous permettra de citer le suivant, bien que d’une époque un peu postérieure à l’année 1747, à laquelle se rapporte ce qui précède. C’est le physicien Sigaud delà Fond qui la raconte dans son ouvrage sur l’électricité.

Sigaud de la Fond était professeur au collège d’Harcourt, à Paris, aujourd’hui le lycée Saint-Louis. En répétant l’expérience de la chaîne électrique sur les élèves de sa classe, composée de soixante jeunes gens, il remarqua que, bien que la bouteille fût assez fortement électrisée, la commotion ne se fit sentir que jusqu’à une demi-douzaine de personnes. Il rechargea la bouteille et répéta de nouveau l’expérience, mais le résultat fut encore le même : l’électricité s’arrêtait toujoure à la sixième personne du côté de celui qui tirait l’étincelle. Tout le monde s’en prit alors au jeune homme placé à ce rang de la chaîne, et qui semblait mettre obstacle à la propagation du fluide ; on l’accusa d’être la cause de l’insuccès de l’expérience. On soupçonnait depuis longtemps ce jeune élève, nous dit Sigaud de la Fond, « de n’être pas pourvu de « tout ce qui constitue le caractère distinctif de l’homme. » Il se fit à ce sujet un si grand tumulte, que force fut d’abandonner l’expérience et de renvoyer les jeunes gens dans leurs salles.

Quelques jours après, Sigaud de la Fond, dans le cours de physique qu’il faisait publiquement à Paris, se hasarda à mettre en avant cette hypothèse, que l’électricité n’a aucune

action sur les personnes que la nature a maléficiées dans le . sens du jeune homme dont il vient d'être question. Sigaud de la Fond, à ce qu'il nous assure, énonçait cette idée, non comme un fait réel, mais comme un simple soupçon à vérifier. Toutefois, ce bruit se répandit bientôt dans Paris, et la renommée, qui ne sait pas tenir compte des réserves des savants, publia partout la curieuse remarque de notre physicien. Il se trouva alors des gens bien informés qui prétendirent, à l'appui decette observation, que le même fait avait été constaté sur un célèbre chanteur italien, dont l’état n’était point équivoque, et que la nature dédommageait, par une voix ravissante, du triste état oü l’art l’avait réduit.

Le duc de Chartres (depuis duc d’Orléans), informé de ces rumeurs, résolut de s’assurer du fait par lui-même. Use rend aussitôt chez Sigaud de la Fond, et lui témoigne son désir de voir procéder sans retard à une expérience décisive sous ce rapport. Le physicien essaye en vain de résister au vœu du prince. Toute observation étant inutile, il dut se rendre surle-champ, muni de ses appareils, au Palais-Royal, où il trouva plusieurs savants que l’on avait invités dès la veille à être témoins de l’expérience. Trois musiciens de la chapelle du roi, dont la situation physique était connue, devaient être les sujets de cette épreuve.

On forma donc une chaîne composée de vingt personnes, le duc de Chartres en tête d’un côté, et de l’autre le physicien. Mais nos trois sujets n’interceptèrent aucunement le passage du fluide, ni delà commotion électrique. Ils parurent même plus sensibles à son impression que les autres personnes qui l’éprouvèrent avec eux. Cet excès de sensibilité provenait sans doute de la surprise que dut occasionner aux trois virtuoses un mouvement qu’ils n’avaient jamais ressenti, car ils étaient restés jusque-là sans aucune idée de l’électricité.

Une expérience aussi concluante semblaitdevoir terminer

'i 2 DKCODVERTES SCIENTIFIQUES.

cette singulière discussion . Mais il se trouva de grands raisonneurs qui prétendirent qu’il fallait poser une distinction entre les personnes mutilées par l’art, et celles envers lesquelles la nature seule s’était montrée marâtre, de sorte que, les premières pouvant demeurer sensibles à l’électricité, il était bien possible que les secondes fussent impropres à éprouver son action. Comme il était difficile de se procurer un sujet qui se trouvât positivement dans le cas exigé, et qui voulût se prêter à l’expérience, la discussion reprit de plus belle sur ce thème engageant. Ce ne fut qu’au bout de six mois que tout finit pars’expliquèr. Sigaudde la Fond reconnut, un peu tard sans doute, mais enfin il reconnut que, dans la partie de la cour du collège où l’expérience avait été faite, et à la place même qu'avait occupée le jeune homme suspecté, l’humidité du sol était considérable, et avait suffi sans doute pour détourner le courant électrique. En effet, la même expérience, répétée en cet endroit, échouait toujours, quelle que fût la personne occupant cette place ; la commotion se faisait au contraire parfaitement sentir quand on faisait monter les élèves sur les bancs. Ainsi tout fut expli- <iué, justice fut rendue à l’élève incriminé, et en attendant qu’ils fussent proclamés égaux devant la loi, tous les hommes furent reconnus les mêmes devant l’électricité.

Page 1