‹ Exposition méthodique des principes de l'organisation sociale: --théorie de Krause,--précédée dChapitre 17 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Toute réforme durable et efficace doit jeter ses racines dans la nature humaine. Loin d*étre une pure destruction, elle doit donner un fonds primitif de vérités théoriques. Et, comme le vrai réformateur ne vient pas abolir la loi, mais l'accomplir et la parfaire, tout vrai système social doit maintenir, en les animant d*un esprit nouveau, les grandes institutions qui ont été ies colonnes de k société. La doctrine de Krause se présente sous œ r«q[>port comme le couronnement de tout le développement social de PHumanité. '

Ce système, en effet, insiste sur Iq nécessité d*unir tous les efforts individuels, toutes les tendances et toutes les directions particulières dans Tidée commune de T Humanité, de former des ai tions dans le but de perfectionner Thomme plénitude de son être, dans ies rapports rel moraux, scientifiques, artistiques, irïdusl

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fondamentaux de ces trois périodes ; mais nous ne sommes pas entrés dans l'analyse des lois qui président à la formation historique de la vie de l*Humanité. La connaissance de la loi régulière et normale de ce développement est très-importante pour confirmer la théorie de la vie sociale. Les détails dans lesquels nous allons entrer à cet égard compléteront notre exposition et lui serviront pour ainsi dire de conclusion générale.

Tout être qui se développe dans le temps, se pose d^abord d*une manière ilxe et unitaire ; pois il se pose en sens inverse, en se multipliant, en s'individualisaiit ; enfm il se pose de nouveau comme unité, mais comme une unité supérieure qui harmonise les deux positions antérieures. On remarque donc, dans le développement de tout être, trois termes ou modes différents, la thèse, Y antithèse et la synthèse ; ou, pour se servir d'expressions moins scientifiques et plus vulgaires, la position, l'opposition et la composition, ou bien encore, l'unité, la variété et Tharmonie. Ces modes forment, dans le développement d'un être, autant de périodes, autant de moments, autant d'Ages. Cha^e âge se subdivise hii-méme en autant de 90xaHf^ riodes, caractérisées par les mêmes catégories » nllli en sens inverse : ainsi, le premier Age, la thèsei'i^ présente d'abord comme une harmonie, puis la Vft^ riété s'y développe, et ensuite l'unité vient identffler tous ces moments primitifs; dans le second Age au contraire, il y a tendance constante à travers la variété vers l'unité et l'harmonie, et c'est mêoie entre ces deux moments que les dernières osciUations s'accomplissent; la variété sepo ^

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forts fidte vers une rétrogradation véritable, que rètre trouve le passage au troisième âge, à la période de THarmonie. Cette période à son tour est soumise à trois sous-périodes principales, le dégagement de l'unité, le retour à la vérité, puis Tharmonie complète. On voit ainsi que le caractère général du développement d'un être, c'est la contradiction : l'antinomie, telle est la loi de la formation de toute vie, et ce n'est que quand toutes les antinomies ont été résolues et coordonnées dans un principe supérieur, que la vie est arrivée à son plus haut degré, que l'être a accompli sa destination.

L'Humanité, comme être, est soumise à cette loi générale de tous les êtres : elle se pose d'abord dans son essence et d'une manière une et indivisible ; elle se développe ensuite dans toute la variété de ses organes, et enfin dans l'harmonie interne et exterjie de ces mêmes organes.

J^mA le premier. âge, l'Humanité commence à sç'former, et son essence totale, indivise, se dévmppe dans le sein d'êtres plus élevés. Elle se développe ainsi dans Dieu, sous Dieu et par Dieu, c'est-à-dire, dans Dieu comme Être-Suprême, dans l'Esprit et dans la Nature comme êtres subordonnés. Il est démontré , par toutes les traditions, par toutes les ruines qui nous restent de ce premier âge, et par toutes les recherches des plus savants géologues, qu'à cette époque FHumanité vivait sur la terre dans les rapports les plus intimes avec la Nature, et comme alors la nature inorganique était plus près de la nature organique qu'elle ne l'est maintenant, on en a conclu que les hommes se trouvaient dans un état magnétique, dans une sorte

de clairvoyance , que le genre humain était en union parédte avec le système nerveux. Cet état, les hommes devaient le perdre, dès qùMIs ont commencé à entrer dans une vie de plus en plus détachée de la Nature. Les plus anciens livres des Indiens parlent, en termes exprès, de cet état magnétique des premiers peuples, et même dans les temps les plus reculés, chez les nations les moins civilisées, on trouve des traditions touchantes, des légendes naïves sur cet état. L'union qui règne alors entre les hommes n*est point le produit spontané de la raison, elle n*est que le résultat d'un enchaînement donné par Dieu même. Les hommes alors vivent en frères, dans la douce intimité de l'enfance, de l'innocence.

Sur ce premier âge nous n'avons que des traditions, mais au moins ces traditions sont concordantes. Les plus anciens écrits des plus anciens peuples, les Vedas et la législation deManou, s'accordent avec la Bible sur l'existence d'un Eden, d'un lieu de délices, d'un Paradis où les hommes pouvaient satisfaire leurs justes désirs et se procurer d'innocentes jouissances, vivant en paix entre eux et avec des esprits supérieurs, comme avec les créaturcs inférieures, les animaux et les plantes, ainsi qu'avec toutes les forces et les procédés de la vie naturelle. A défkut de traditions, la preuve que le premier âge de l'Humanité a eu le caractère que nous lui avons attaibué, serait démontrée sans ré^. pKque par les découvertes des navigateurs modernen. Tous les peuples, en effet, qu'ils ont trouvés placés dans des situations primitives analogues à celles que nous venons de décrire, leur ont o sous plus d'un rapport, un spectacle de me

d'usages voisins de eeax qui earaetersent le premier à se.

Le premier àee a un terme, il faut bien que l'homme se mette en devoir de conquérir force et puissance, que l'Humanité Mve de sa ^ie penoAnelle dans l'organisme un et entier, dans la vie universelle. La cni-ation de ses instruments de proerès »t untr crise douloureuse pour rHumanité comme pour l'homme : l'enfantement de la Religion, de l'Art, de l'Industrie, du Commerce, de !a Moralité et du Droit, s'opère pendant des périodes contradictoires et antinomiques, qui ne peuvent produire ni le bonheur, ni l'harmonie, puisqu'elles ont pour mission de créer les fonctions sociales qui dol\'ent en être les movens et les matériaux. Il est neces-

saire que Tobjet qui plus tard doit entrer dans la s>iithese soit d'abord cultivé, perfectionne en tous sens, autrement on risquerait de recevoir un organe incomplet dans l'harmonie générale. Il en est de même des peuples, il fout d'abord qa*ils se développent dans toute leur indépendance, danstoute leur spontanéité; car il faut qu'ils entrent dans la grande famille humaine, non pour y abdiquer knr personnalité , mais pour la coordcmner aux antres grandes personnalités morales et à l'ocgnnisme entier de l'Humanité.

Toutes les traditions s'accordent à attribuer ia cause de la perte de TAge d'or de l'Humanité à l'esprit d'Indépendance de l'Homme, au réveil de la libre pensée, à la science du bien et du mal. Alors, disent les légendes et les mythes, les puissances f*f'l^tes abandonnèrent les mortels à leor sor" il y a l'exercice pénible de leurs facol-

' es ; le paradis leur ftit fermé , le

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labeur et la misère, le mécontentement et la discorde impie les affligèrent, mais en revanche, ils apprirent à se connaître eux-mêmes et à se distinguer des autres êtres. Dans le premier âge les hommes vivaient dans un état d'union et de paix; dans le second âge, ils vivent dans un état de discorde et de guerre. Et comme la lutte vient généralement des feux rapports dans lesquels ils se trouvent placés, il s'ensuit que le mal est le caractère propre des différentes périodes de cet âge. Le mal en effet consiste dans les faux rapports établis entre les êtres. Mais dans cet âge même la tendance vers le bien prédomine, et T homme manifeste sa grandeur et sa puissance par le combat qu'il soutient avec le mal : ses facultés et ses énergies se retrempent dans cette guelrre ardente. On peut donc dire que la période de variété est la condition même de T&ge d'harmonie.

La crise que nous subissons en ce moment et de laquelle l'Humanité a tant de peine à sortir, est le troisième âge du genre humain, sa période synthétique et harmonique. Dans cette période, la vie so* ciale se fondera sur des principes absolus qui tiendront compte de tous les besoins sociaux, de tontes les directions particulières dans lesquelles THumanité a cherché à résoudre son but sodaL Chaque sphère sociale, développée alors dans ses principes supérieurs et organiques, recevra la position relative qu'elle doit occuper dans Tordre général. Bref, l'Humanité sera organisée de telle sorte qu'il y aura harmonie dans tous les ordres de choses, et que les droits de l'individualité seront unifiés et harmonisés avec les droits de l'unit périeure qui ont été méconnus ou absorber les périodes précédentes.

ff L*avenir harmonique de rHumanité n'est point une utopie; il n*y a de chimérique que les mesquines coneeptions sur le progrès social. Il y aura barbarie, barbarie profonde dans T Humanité , tant .que le soleil de la civilisation ne luira que sur F Europe; tant que TAsie gémira sous le despotisme le plus écrasant; tant que FAfrlque ne sera pas tirée de Tétat d'affaissement et d'abjection où elle est tombée depuis des siècles ; tant qu*il y aura des hommes et des peuples traités comme des objets de possession privée ; tant qu^il y aura des Etats gouvernés sàcerdotalement ou politiquement par des autorités infaillibles ; tant que Tobscurantisme menacera d* éteindre les lumières pour rallumer le feu; tant qu*existeront les galères et les prisons ; tant qu'il n*y aura pas une plus grande diffusion du bien-être matériel ; tant quMl ne sera pas créé un système complet d'éducation pour les masses ignorantes; tant enfin que Ton croira devoir gouverner avec les honteuses traditions des Borgia, avec une morale qui regardé la société comme une guerre de ruse, Téquit^ comme une qualité inutile ou un simple accessoire la probité comme une affaire de goût ou de bien séance, le monde comme le patrimoine des plu adroits et des plus fourbes ( 1 ]. »

(1) Altmeyer, Philosophie de riùstoire, Bruxelles, 18in-8% p. 104.

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