‹ Exposition national, Salon de 1850Chapitre 11 sur 11 · LITHOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LITHOGRAPHIE

L'art antique. — Architecture et sculpture.— Renaissance. — Style Pompadour. — Empire. — Essence de la sculpture. — Sculpture de génie, — d'liistoire,~de décoration. — La cour du Louvre. — Les petits jardins. — Quelle sera la sculpture nationale. — Sculpture religieuse. — Sculpture symbolique. —MM. Foyatier, Etex, Huguenin, Dieudonné.— M. Clesingei.— M. Préault. — M. Maindron. — M. Huguenin. — La statue de la Bépublique, — MM. Boguet et. Soitoux. — MMj Maindron et Toussaint. — M. Calmels. — La sculpture symbolique. — M. Etex. — La sculpture de genre. — MM. Pradier, Poilet, Marcellin, Millet, Jeuffroy et Lequesne. — Condescendance de Mme Lefèvre-Deumier. —Bustes et portraits. — Animaux. — M. Barye. — Gravure. — La calcographie du Louvre et M. Jeanron. — MM. Jacque et Marvy. — Lithographie. — M. Mouilleron.

Nous ne connaissons guère l'art antique que par l'architecture et la sculpture, deux expressions puissantes et tellement unies l'une à l'autre, dans la pensée des maîtres de la Grèce, qu'on pourrait dire avec raison que la sculpture était pour eux la mani lestation la plus simple de l'art, et que rarchitecture irctâit que de la sculpture composée. Beaucoup moins initiés que les modernes ati secret d'extraire la couleur des matières minérales, travaillant d'ailleurs ï)Ous un ciel si brillant et si pur qu'il diaprait le marbre de tons colorés, éblouissans et harmonieux, ils n'eurent pas l'occasion et ils n'éprouvé-

— surent pas uniquement le besoin de faire prédominer la peinture dans le culte qu'on rendait au beau. Les mœurs, la religion, les jeux gymnastiques et scéniques, les exercices militaires, tout chez eux familiarisait les esprits avec les splendeurs de la forme, en facilitait l'appréciation par l'habitude de la voir dans ses plus nobles d<^veloppemens et dépouillée des vête mens qui l'empêchent de se perfectionner, quand ils n'ont pas l'inconvénient plus grave de la détériorer. La sculpture était donc chez les anciens l'expression culminante de l'art, sans cesser un instant de demeurer à la portée des masses, qui, dans la place publique, au temple, ou à la maison, en faisaient leurs plus chères délices.

A mesure que les mœurs se sont rétrécies par la corruption, la statuaire antique a perdu le caractère de grandeur qui la faisait triompher; un instant elle a pensé renaître, moins belle sans doute dans sa sensualité poétique, de la transformation que fit subir le matérialisme de la renaisïauce à l'idéal mystique du moyen âge ; mais elle s'amollit bientôt par l'alieterie du goût Pompadour et disparut pour toujours dans les froides imitations de l'académie impériale. L'école moderne restera sans sculpture jusqu'à ce qu'uu art nouveau, formé pour les besoins de notre époque, dans des rapports de convenance avec nos mœurs, avec le caractère de nos édifices, la couleur de notre ciel, ait porté le dernier coup à la tradition antique qui n'a plus pour nous de raison d'être ; aujourd'hui surtout que notre peinture a pris son caractère séculaire, et qu'elle est devenue l'expression culminante de l'art da dix-neuvième siècle.

Les masses familiarisées avec les prestiges de la peinture voient d un œil moins favorable la simplicité radicale do la statuaire. Ainsi que l'a écrit Keynolds, la sculpture est un art austère, formaliste, qui repousse les objets familiers, tout ce qui tient à ia fantaisie; lo pittoresque si heureusement employé p^.r les autres arts est incompatible avec la dignité de la sculpture qai rejette en même temps l'affectation académique. Or le pittoresque, la fantaisie, le familier, l'intime, le sentimental sont, en ce nio-

ment, les moyens les plus sûrs de plaire, tandis que, d'un autre côté, la sévérité théâtrale de l'Académie tient généralement lieu de toute espèce de style. Avec des élémens de cette nature la statuaire moderne reste tout entière à créer.

L'essence de la sculpture peut s'exprimer par ces deux mots : forme et caractère. L'antiquité avait ré solu ce double problème par l'imitation exacte de la nature, parce que la nature n'avait pas alors de raison opposée aux mœurs non plus qu'aux idées de l'époque. Aujourd'hui la religion, la morale, l'histoire, tout ce qui règle et domine notre civilisation, exige une forme nouvelle, un caractère différent. Nos artistes enveloppés, retenus dans cette nécessité, luttent incessamment, avec les souvenirs du passé d'une part, et de l'autre avec les besoins mal définis du présent. De là l'infériorité de la sculpture, malgré les études sérieuses, ou peut-être à cause de ces études mêmes, malgré le talent, l'inspiration, la poésie, qui ne font pas défaut à nos sculpteurs non plus qu'à nos peintres.

Il faut bien le dire, la sculpture n'est guère aujourd'hui qu'un art de genre. Veut elle montrer l'étalage de science qui est, après tout, la base de l'art? elle n'a d'autre expédient que d'exhumer les vieilles fantaisies de la mythologie ; elle se fait païenne pour avoir droit de oilé dans la société française. Cet anachronisme n'a pas seulement le ridicule de sa puériUté,,il a en outre le désavantage désespérant de mettre en parallèle des essais médiocres et des chefsd'œuvre incomparables. Il est vrai .qu'il lui. reste la ressource de« baigneuses ou celle des femmes • que l'artiste .surprend . . >- "■■■'■ ''■■■■ '' ' « Dans lesimple aï)pareil D'une beattté qtt't^n vient d'arracher àa SOmtneil ; »

mais ceci rentre dans le genre erotique, qui ne doit jamais former le caractèjce sérieux d'un art éîevé.

, Onine pf ut pas. dire que nous ayons une statuaire historique. Les chevaliers bardés de fer,, les généraux de l'Empire, en bottes fortes, le, Bonaparte aux Pyramides avec son chapeau empanaché, ne sauraient

constituer le style imposant qui doit ramener la statuaire à son essence la plus pure.

Quant à la sculpture décorative ou monumentale, les artistes ne sont guère d'accord sur la torme quMl convient d'y attribuer non plus que sur le caractère qui se rapporte précisément à l'architecture nationale. Leur indécision est d'autant mieux justitiée que nous n'avons pas, pour l'instant, d'architecture nationale. Bien loin de là, messieurs les architectes officiels semblent prendre à tâche de détruire, en ce qui dépend d'eux, la splendide unité des créations originales de la Renaissance. Témoin la cour du Louvre, qu'un ignorant ou un insensé découpe en petits jardins entourés de petits murs, dont le moindre inconvénient sera de rompre l'harmonie des lignes m.aj^stueuses de l'édifice. Le caractère du monument, les traditions, l'usage des convenances, réclamaient un dallage de maibre ou de mosaïques dont les tons solides auraient renforcé, par une masse colorée, la valeur grisâtre de la base. Au lieu de cela, en masque cette base comme à plaisir par des parterres pittoresques pour le plus grand ébattement des bonnes d'en fans.

Il est bon de remarquer, pour s'assurer de l'incertitude des artis.es, en tout ce qui tient à la sculpture décorative, que le directeur du Musée, celui qui a mission de conserver les richesses de nos collections et lé palais qui les renferme, celui qui doit par con séquôrit avoir la haute main sur les réparations et les embeliissemens dii Louvre, est, dit-on, sculpteur de son état. Mais renti-'ons dans notre sujet : De norûbreusés et remarquables tentatives ont été faites depuis^ plusieurs années pour déterminer une forme nouvelle qui joignît les caractère de l'époque au style inséparable de la sculpture monumeutale. A laquelle fàut-il s'arrêter? Y en a-t-îl une qui porte avec elle le prétexte delà raison, du de la convenance, ou de la t)eaiité?' Prend ra-t^on pour type, \)Q\iy critérium de l'art nouveau le froiiton du'Panthéon, les groupes de rAtc-de-Triomptié, le bas^relief deM. Preault, ô'ù les compositions deM Barye? Là est la question, et lien ne prouve quelle soit résolue.

i Ua seul fait ressort de tout cela : c'est qu'il y a quelque chose à faire et que les préoccupations des artistes, à ce sujet, si vives qu'elles soient, ne sont néanmoins ni assez tenaces ni assez générales.

Reste la sculpture religieuse et symbolique. Elle laisse moins à désirer que les autres genres. Elle a, de notre temps, produit des œuvres d'une haute portée. Le Spartacus de M. Foyatier, le Caïn de M. Etex, la Vitrge de M. Huguenin, le Christ paa jardin des oliviers de M. Dieudonné, le Vainqueur mourant de Cortot, et tant d'autres dont tout le monde a gardé le souvenir, lui assignent un rang élevé dans l'art moderne. Ce genre, souvent illustré, n'est pas précisément en progrès cette année. Trop d'artistes se méprennent encore sur les véritables données de la statuaire. L'imitation exacte de la nature est le moyen et non le but de l'art. C'est ce qu'on oublie généralement d'enseigner dans les écoles, où l'on professe presque exclusivement le culte des moyens. Aussi voyons-nous l'habileté d'exécution, autrement dit la facilité d'imitation, l'emporter sur le sentiment vrai, sur le caractère, sur le goût, en un mot, sur tout ce qui constitue l'expression, seul et invariable but de tous les arts, l'expression par laquelle l'artiste inspiré maniteste la pensée qui le domine de telle façon que le spectateur la lise tout entière dans son œuvre.

Ce qui nous frappe surtout au Salon, c'est l'adresse des exposans, la facilité avec laquelle ih rendent un morceau de nu ou de draperie, non pas peut-être selon la nature imposante, mais suivant les conventions qui régnent aujourd'hui, ou quelquefois aussi sous l'influence d'une insubordination plus dangereuse encore que l'afTectation académique.

La Pietà de M. Clesinger en offre un exemple. On remarque dans ce morceau une liberté d'allure que l'ignorance, toujours complaisante, ne manque pas de prendre pour du génie ; mais cette habileté de facture ne saurait déguiser un oubli complet de tout ce que le sentiment religieux doit inspirer à l'artiste intelligent. On se refuse à reconnaître uu dieu dans cette figure maigre, commune, sans élévation

et sans caractère, qui prétend représenter le Christ ; une mère éplorée, une âme détacliée de la terre, dans cette Vierge, et dans cette Madeleine, accroupie et râlant comme une folle d'amo.r. Nous préférons de beaucoup l'incorrection de dessin du Christ de M. Préault à la sécheresse savante de M. Ciesinger. Cette incorrection n'exclut pas du moins le sentiment de la mort, l'accentuation de la forme, l'émotion du drame, les tressaillemens, les contractions qui déterminent le caractère et l'expression de cette œuvre.

Dans des données différentes, nous remarquons une Sainte-Cécile, de M. Maindron. C'est une composition heureuse et bien entendue. La tête belle et inspirée se recommande par une vivacité, une coloration qui est une des qualités distinctives de cet artiste. Il fouille les parties creuses d'une figure assez profondément pour obtenir des ombres vigoureuses Gui animent les traits à la façon de la peinture et donnent une expression charmante à ses statues.

La Vierge de M. Huguenin, quoiqu'elle ne dépasse guère les proportions d'une statuttte, prend une grande importance par l'élévation du style que cet artiste donne à tous srs ouvrages et qui fait de sa Valentine de Milan une des trois ou quatre meilleures statues du Luxembourg. On regrette, en voyant ce petit marbre d'un caractère si suave, que M. Hugenin n'ait pas pris part à l'exposition avec une œuvre plus considérable qui lui aurait permis de développer les lignes élpgr^ntes et harmonieuses qui distinguent ses compositions.

Le bas-relief de la Cène, par M. Leharivel, est exécuté avec un art infini et porte l'empreinte d'une expression sincèrement étudiée. C'est à la fois une œuvre pleine de jeunesse et de science.

La personnitication de la République, demandée par le gouvernement, a inspiré diversement deux artistes également habiles : MM. Roguet et Soitoux. La statue de M. Soitoux, d'une remarquable largeur de composition, est d'un aspect nob e, calme et imposant. Celle de M. Rogtiet, exécutée en bronze, offre une magnifique expression de grandeur et de fierté. Elle n'e^t pas comm.o l'autre une réminiscence

des cariatides du Louvre, elle présente un caractère plus moderne, plus inspiré surtout, et me paraît donner une idée assez heureuse et très grande de la République démocratique. La première ornerait bien un palais, la seconde conviendrait mieux à une grande place.

Le bas-relief de la Fraternité, de M. Maindron, et ceux de la Justice et de la Loi, de M. Toussaint, ont toute l'ampleur et le style qui conviennent à la grande décoration.

La Statue de Papin, par M. A. Calmels, destinée à l'Hôtel-de-ViUe de Paris, mérite aussi tous les éloges de la critique pour la distinction de son caractère et la beauté de son exécution. Le Gres^et, de IVL Forceville; la Reine Mathilde, de M. Elshoecht ; la statue du général deBlanmont, par M. Desbœufs, et le Metabus, de M. GeeCs^ nous ont paru être des ouvrages d'un ordre élevé, tant par la science que par l'exécution.

Parmi les artistes qui ont ch^ relié un caractère nouveau dans 1 art, pour le ramener à l'harmonie générale de la poétique moderne, M. Préault est celui qui a rompu le plus complètement avec les traditions et qui a rencontré, par contre, le plus vil" antagonisme. Depuis bientôt vingt ans que cet artiste occupe Ja critique par ses productions, il a plutôt exci- .té des passions que provoqué des jugçmens sérieux. M. Préault est l'homme de l'expression énergique, de la masse décorative. 11 fait palpiter les chairs sous les crispa tipnsd^j son éba^choir fiévreux,, et, l'impression dramatique de sa cjéalion est toujours saisissante,, Placqe , ^ distance» confpnfliie ((ans là.rnasse d'un ensemble décoratil', l'oçuvre de M. Pré^uït remplit, ,les,, grandes conditionjS d'çffet dela.dècpration. Vue de près elle montre des incprrections jncompa,ubles ,ayec l'aui^térité de la statuaire, ftji. préault/a préci^érpent ce qui. manque à, M., Qiiin ; là cheminée monunientale,, composée; par eo ôev^ier^ ^st d'une exécution soignée, etd'unpQu style; mais §lle n'a pas cette abon,dî^nce hai mpnieusc d'ornemematiop, cette riclu^sse et cette variété de %nes qui çafaptt^is^nt le talent de M. Préault.

l M. Etex, dont les travaux portent toujours le caractère d'une pensée philosophique, fait surtout en sculpture ce qu'on peut appeler de l'art symbolique. Dans son Gain, comme dans son groupe de l'Arc-de- Triomphe, comme dans celui du Choléra, il érige en marbre l'histoire morale de l'humaDito. La Nizzia du Salon rentre dans cette donnée sérieuse. Elle personnifie la femme au sortir de l'adolescence, alors que le cœur parle et qu'elle l'interroge. Cette figure a l'ampleur de formes, la grâce de maintien, le charme irrésistible qui peuvent exprimer l'âge radieux où l'amour naîi au cœur. La physionomie de cette jeune fille est délicieuse d'émotion naïve, curieuse et pudique. C'est un des meilleurs morceaux du Salon. L'Enfance d'Horace, de M. Renoir, est, dansun parti pris analogue, une belle et correcte étude d'une exécution fine et pleine de distinction.

Arrivons maintenant à la sculpture de genre, celle qui s'inspire de l'antique et qui n'a guère d'autre portée, au temps où nous vivons, que l'intérêt archéologique (jui s'attache à toute exhumation du passé. Le chef de cette école est sans contredit M. Pradier, le sculpteur des grâces téminines. Nul ne sait mieux que lui faire épanouir dans les coquetteries d'un beau marbre les attraits vainqueurs de la beauté. Son Atalante est charmante , quant à la silhouette de la composition, à la correction rigide du dessin; mais si on, examine de près les détails du modelé, si, surtout on les compare;, à ce que la statuaire antique offre de plus médiocre en ce genre, combiejii PexécutiGn n'en paraîtra t elle pas alors mesquine, et sèche et déchue! Et puis faut ij le dire? les statues de femmes de M. çPradier paraissent, presque toutes, composées pour un autre but. que celui, de l'ait, et les mouvemens, en semblent calculés, faussés mêqde.pour produire toute autre émotion que celles qui naissent d'un beau développement de U gneç. . ..., . ,. ; , \. ~ .

M. Pollet, quoiqu'il soit up nouveau venu dans les arts, nous semble, ct,tte anuéa du moins, bien plus complet que son illustre devancier. Sa figure de la première heure de la nuit est un délicieux

chef-d'œuvre, d'un jet vraiment inspiré et d'un grand effet décoratil. La draperie, arrangée avec beaucoup de goût, termine fort heureusement cette composition, àlaquelleM. Pollet a ajouté deux petits Amours. C'es't sans doute un senlimpnt poétique qui a déterniiné cette modification ; mais au point de vue de la ligne générale elle ne nous paraît pas opportuije.

Le Berger Cy paris de M. Marcellin, le Narcisse de M. Millet, la Jnune Sarah de M. Buhot, présentent aussi d'excellentes qualités et particulièrement une grande distinction de formes et d'exécution.

VErigone de M. Jouffroy est peut-être un peu pittoresque dans sa composition pour une œuvre de sculpture. Sous certains aspects, elle est lourde et manque d'élégance ; mais à cela près c'est un morceau remarquable.

M. Lequesne s'est inspiré de l'antique, et sonFawne dansant est une heureuse réminiscence qui attesle des études profondes et intelligentes. On nous montre uîse réclame par laquelle on annonce que Mme Lefèvre a bien voulu descendre de son rang cUi femme du monde pour se faire un instant artiste et statuaire. Cela nous a donné la curiosité de voir le Jeune Pâtre de Procida. Nous désirons vivement que Mme Lefèvre ne prenne plus la peine de se déranger.

Les bustes et portraits occupent une grande place au Salon. Il serait difficile de les examiner tous, et d'aiheurs, à la ressemblance près, ce genre n'offre pas un bien grand intérêt. Nous devons cependant signaler le buste de Proudhon, par W. Etex, qui est d'une exécution superbe ; celui de Mlle Syona Lévy, par M. Lequesne ; de MM. Turquety et Boulay-Paty, par M. Barré; de Giiardin, par M. Demesniay; de Champollion, par M. E. Thomas; et beaucoup d'autres, par MM. Breysse, Calmels, Elshoecht, Foyatier, Levesque, elc. Le buste de M. de Lamartine et celui de M. Bonaparie, par M. le comte d'Orsay, attestent la plus prolonde ignorance des premiers élémens de l'art; mais il faut beaucoup pardonner aux amateurs, d'autant plus qu'en faisant de la sculpture, M lo comte d'Orsay ne croit pas descendre de son rang d'Iiomnie du monde.

Je termine par le plus beau morceau de l'exposition, le plus complet, le plus important : le Combat du Centaure, de U. Barye. Cette œuvre a la largeur et l'énergie de l'antique. Le torse du Centaure, celui du Lapiilie, les expressions violentes des tête?, montrent le sentiment de la nature dans ce qu'il a de plus grandiose. Je ne vois rien de plus fort au Salon, si ce n'est cependant le Jaguar et h Lièvre du même auteur.

La sculpture d'animaux présente encore d'autres ouvrages distingués, par MM. Fremiet, Fratin, Bonheur et Delabrière.

Dans les médaillons, MM. Fourdrin, Faroclion et Cordier occupent le premier rang, ainsi que M. Félon, aussi distingué dans la sculpture que dans la peinture.

Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas d'accorder un exameri s«'rîeux à la gravure. Il y a dans ce y< nre, au Salon, oqs œuvres fort remarquables. Nous ne pouvons cependant passer sous silence les be'les et savantes reprodKCtioris des dessins du Mu'-ée, destinées à notre caicographie nationale. C'est M. Jeanroî), ex-directeur des x\lusé. s nationaux, qui a pris l'initia'ive de cette heureuse idée. On dit qu'elle est abandonnée; nous le regrettons d'autant plu?, qu'on ne saurait rien voir de plu.'^ beau que les facsimile obtenus par MM. Bein, Buîavand, Chenay, Dien, Gelée, Leroy, Masson et Rosoite. M. Jeanron avait trouvé là un moyen excellent de populariser le goût des arts et de faciliter les études sérieuses. Il est malheureux que les arts, soumis à la politique, aient à subir aii:si des vicissitudes qui ne sauraient jamais leur apporter rien de bon.

Signalons, pour finir, les belles eaux-fortes de M. Jacque, vigoureuses et colorées comnie les œuvres des Flamands, et les vernis mous de ce bon et regrettable iMarvy, qui vient de laisser dans l'art de U gravure un vide bien senti par tous ceux qui aiment le talent sincère et consciencieux.

La lilhographit', représentée par M. Mouilleron , s'élève paifois à la hauteur de la gravure. Vigueur d'effet, fermeté de touche, coloris, finesse, elle^^pos-

sède toutes les qualités qui assurent une reproduction parfaite.

MM. Bour et Emile Lassalle se recommandent aussi par d'excellens ouvrages.

Page 1