CHAPITRE XII
Il y a déjà un grand nombre de praticiens et de pathologistes respectables qui, depuis quelque temps, conviennent que l’inflammation, considérée en elle-même, est toujours un processus identique par augmentation de stimulus.
§ 87. Je suis tellement persuadé que l’inflammation , par ce quelle est en elle-même , dans les parties quelle affecte, et avant ses terminaisons , est toujours un processus de stimulus augmenté, qu’il me sera impossible d’en avoir une idée différente, à moins que l’on ne réussisse à me convaincre de l’insuffisance des faits, et des inductions qui m’ont conduit à établir ce principe. Ces faits, qui ont frappé mes sens, coïncident avec la méthode plus ou moins anti-phlogistique employée, et recommandée par les meilleurs praticiens et pathologistes anciens et modernes, dans le traitement des inflammations. De sorte que je crois qu’il ne serait pas très-facile de présenter des faits complets et bien contestés, qui pussent vaincre la puissance de ceux que j’ai cités, et détruire la valeur des motifs que j’ai fournis, îl est cependant si facile de prendre le change en médecine; les causes prochaines et les conditions immédiates des maladies sont généralement parlant si peu accessibles; et d’une autre part j’ai un respect si grand pour l’opinion des savans, que je n’aurais peut-être pas été aussi convaincu de la nature de la phlogose, si je 11’avais pas vu que ma doctrine
s’était peu à peu fortifiée par le jugement de beau*- £oup d’auteurs. *
Quand j’eus publié, en 1 8o5, mon opinion sur la nature toujours identique de l’inflammation (Recherches pathologiques sur la fièvre américaine : premier caractère de la phogose), une foule de doutes et de difficultés me furent opposés par quelques amis ou correspondans, au moyen desquels ils cherchaient à démontrer l’existence de la phlogose asthénique de Brown, déduite principalement des symptômes nerveux et asthéniques , qui accompagnent certainesinflammations , ainsi que de leur marche chronique d’une part , et de l’autre de leur dégénérescence fa« cile en gangrène. Depuis ce moment j’ai senti la nécessité de donner à cette thèse une plus grande extension, d’en mieux établir les fondemens, et de combattre les argumens qui pourraient dériver d’une source contraire. Mais il m’a fallu peu de temps pour m’apercevoir que des hommes célèbres venaient donner de la force à mon opinion, en adoptant d’une manière ou de l’autre , les maximes que j’avais exposées ( tout en se servant d’un autre langage ) , ou en les consacrant toutes. Depuis 1807, ainsi s’exprimait l’illustre professeur Testa, en parlant de la dégénérescence gangréneuse de laquelle si facilement on déduit la nature asthénique d’une inflammation : « Quoique dans quelques circonstances « de la vie ( Des actions et réactions organiques , « chap. 7, § 3), et sous l’influence de certaines con- « ditions déterminées des agens externes, certaines « blessures passent presque subitement à un état
« de dissolution gangréneuse, cependant les pre- « miers instans de la blessure, meme dans ce cas,
« ne sont pas dépourvus de cette tendance à l’état « dit inflammatoire , plus ou moins manifeste et dif- « fus; et de ce passage brusque d’un état de réaction « violemment augmentée , àun état tout opposé d’af- « faissement total de la réaction; je serais tenté de « lui comparer les typhus divers dans lesquels il se « forme d’une manière si rapide des altérations or- « ganiques internes graves.» Ce célèbre professeur n’avait pas encore, par malheur, ordonné ses idées pathologiques, et formé son plan, de manière que dans d’autres parties de l’ouvrage, ses expressions suffisamment claires aient pu le rendre aussi utile à la jeunesse, qu’il peut l’être aux pathologistes experts. Mais cette tendance dès les premiers momens de V inflammation, même dans les plaies qui dégénèrent rapidement en gangrène, cette réaction instantanée violemment accrue , ne correspondent-ils pas avec ce que j’avais écrit dans l’ouvrage déjà cité sur la fièvre d’Amérique, où je disais que dans les premiers momens , même très-courts , d’une inflammation gangréneuse, il se manifestait un excès de stimulus; et que la méthode curative devait être dirigée de manière à prévenir promptement la formation delà gangrène, c’est-à-dire à dompter, autant que possible, ce premier excès de stimulus; puisqu’une fois que la gangrène lui a succédé, tous moyens de curation deviennent inutiles, attendu qu’une partie morte n’en est pas susceptible.
§ 88. Le disciple du professeur Testa , et déjà son
adjoint à là clinique interne de cette université, le savant docteur Bufalini, dans un ouvrage pathologique récemment publié , déclare « que de toutes « les opinions émises sur l’inflammation , la mienne « lui semble être la moins hypothétique et la plus « analogue aux faits; surtout celle où je déclare que « là ou une partie s'enflamme , il y a toujours une » excitation plus grande, et par suite augmentation « de stimulus et de mouvement dans la partie en a flammée. » Je suis on ne peut plus satisfait de voir que cet écrivain partage avec moi la principale et la plus importante des maximes qui sont relatives à l’inflammation ; parce que, quand même il arriverait qu’au milieu des conditions dites asthéniques du système (dont parle à peu près l’auteur), une partie s’enflammerait et serait aux prises avec le stimulus ou l’incitation augmentée, et si la disposition à s’enflammer est toujours une condition qu’il faut * chercher à atténuer, afin que le processus phlogistique n’éprouve pas une funeste transformation ; il résultera de ce que j’ai avancé, que même dans les circonstances les plus difficiles et les plus opposées, où peut se trouver l’organisme, la partie au moins qui est enflammée, exige des remèdes qui détruisent ou diminuent ce stimulus, et que ce ne serait pas impunément qu’on lui opposerait une méthode excitante. Mais si dans ces maladies, où une inflammation locale vient s’ajouter à un état d’hypostliénie général, ou de diminution de stimulus, l’auteur ne croit pas que l’excès de stimulus de la partie affectée puisse nuire au reste du système qui se trouve dans
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un état inférieur d’incitation, ce dont je ne puis disconvenir, il devrait aussi tomber d’accord avec nous , qu’également le moindre degré d’incitation de l’organisme ne peut pas exercer une influence nuisible sur la partie qui est en excès de stimulus; et que pour expliquer le passage rapide de certaines inflammations à la gangrène (quand ce passage ne dépend pas de la force même de l’inflammation), il faut avoir recours à des causes plus profondes; que si, enfin, dans les phiegmasies qui, quoique légères, passent rapidement à la gangrène , il croit devoir en rapporter la cause à une altération dans la texture organique, ses idées s’accordent très-bien avec ce quej’aidéjà dit ailleurs, etprincipalement dans cet ouvrage : que quand indépendamment du degré de l’inflammation, la partie qui en est affectée se sphacèle facilement (comme nous le voyons dans certaines inflammations qui prennent presque subitement l’aspect de la gangrène), il faut avoir recours pour expliquer ce triste phénomène à cette mauvaise disposition de la trame organique dont nous avons parlé, c’est-à-dire à l’état des solides et des fluides, quoiqu’il soit toujours vrai de dire en même temps, que pour prévenir cette funeste transformation, il convient de diminuer et non d’accroître le stimulus de la partie enflammée. Et si finalement , comme l’auteur s’exprime , « les phiegmasies bâtardes considérées en elles-mêmes doivent être réputées formées par la fluxion et l’irritation consécutives, et être sous cet aspect regardées semblables aux légitimes, ayant égard cependant à l’état de
l’organisme de l’individu chez qui elles se forment y ainsi qu’à celui de la fibre que l’irritation soutient; elles sont cependant dépourvues de la sarcogénésie, et indiquent un état de fluxion et d’irritation, etc., (de stimulus augmenté dans la partie, d’après mes expressions), réuni à l’hyposthénie » (que l’on peut supposer exister dans l’organisme); ce qui, en d’autres termes, devient une confirmation de ce que j’ai démontré dans mes leçons depuis plusieurs années, et ce dont j’ai plus amplement parlé dans cet ouvrage.
§ 89. Les idées de l’illustre Broussais dans son bel ouvrage Histoire des phlegmcisies ou inflammations chroniques y publié à Paris en 1808 ( dont je regrette de n’avoir pas pu faire mention dans mon Introduction à la nouvelle doctrine, parce qu’il m’était encore inconnu) sont, à l’exception des expressions propres à la langue , tout-à-fait conformes à mes maximes. « La <s modification vitale ( dit -il en parlant sans aucune « exception de l’inflammation en général), qui produit « les phénomènes de l’inflammation, a son siège dans « lesvaisseaux capillaires, et dépend manifestement de « l’augmentation de leur action o ganique. L’inflam- « mation est donc primitivement l’effet d’un surcroît « de cette action. — Toute exaltation locale des mou- « vemens organiques assez considérable pour trou- « bler l’harmonie des fonctions, et pour désorganiser « le tissu où elle est fixée, doit être considérée comme « une inflammation. » — Toutes les différences de [ inflammation se réduisent d’après cet auteur aux diverses modifications que leur imprime la texture
différente de la partie affectée et la nature différente des propriétés vitales et des fonctions qui leur sont relatives : les autres différences viennent à la suite, et sont relatives à l’issue de la maladie : mais l’inflammation , pour ce qui dépend de son essence primitive est toujours considérée sous le même aspect. - — « La gangrène suppose toujours un même mou- « vement inflammatoire préexistant , elle est donc « une terminaison de la phlogose. » Et en s’écartant enfin comme je l’ai fait de l’idée de Brown de l’épuisement ou de la faiblesse indirecte par laquelle les phlegmasies lentes ou chroniques étaient considérées comme maladies asthéniques, et pouvaient par ce motif exiger dans leur traitement l’emploi des excitans, il s’exprime ainsi en parlant des phlegmasies chroniques : « La chronicité de l’inflammation « reconnaît différentes causes; mais elles opèrent « toutes parle même mécanisme; c’est toujours l’ac- « tion continuée d’un stimulus, qui empêche Tinflam- « mation de se calmer. En effet, si le stimulus qui « a donné la première impulsion au mouvement in- « flammatoire n’est pas renouvelé dans la partie mate lade , ce mouvement , qui ne peut avoir qu’une « durée déterminée, ne saurait manquer de cesser. « Si donc on voit l’irritation persister, on peut assu- « rer qu’il existe un stimulant local ; et presque toute jours il peut être aperçu par un médecin attentif. » Et cette irritation des médecins français qui équivaut à Tétât de stimulus ou d’excès d’excitation morbide des Italiens a son origine, autant que je crois l’avoir démontré, dansle processus même de l’inflammation.
L’illustce auteur semble croire nécessaire, pour perpétuer une inflammation, qu’il faille qu’il s’établisse par elle quelque stimulus local , dont en outre il ne serait pas difficile de retrouver la source soit dans le calorique qui se développe, ou dans l’altération des liquides par l’action morbide des vaisseaux. Mais j’ai cru devoir ensevelir dans les faits toutes les conjectures, en démontrant comment le processus inflammatoire, à peine établi, produit ce résultat, et le pro^ duit indépendamment de la cause ou des agens externes qui l’ont, dans l’origine, déterminé, et qu’il se maintient et s’accroît malgré que les causes externes aient cessé d’agir.
§ 90. Mais celui qui précéda tous les autres pathologistes dans l’application des maximes que j’avais établies sur la nature de l’inflammation , dans mon ouvrage sur la fièvre d’Amérique, ce fut le profond Joseph Ambri, dont le jugement a toujours été pris en grande considération dans l’université de Parme, et qui 11e se laissait pas facilement éblouir par une apparence de mérite. Cet ami doué d’un heureux génie et d’un jugement profond, dont la patrie pleurera long-temps et avec raison la perte, commença en 1808, et continua dans les années suivantes à déclarer son opinion sur la nature toujours identique de la phlogose. En commentant le chapitre 19 du Manuel de chirurgie médicale du professeur Horn, sur l’angine asthénique et maligne, il s’exprime ainsi dans la note ire, à la page 21 5 du Journal médiço-chirurgical de Parme, vol. XII. «Tout « ce que j’ai dit en différais endroits de ce journal,
cc en opposition à la doctrine pathologique de Tinte flammation asthénique., est applicable à un cas « supposé par l’auteur de l’angine inflammatoire as- « thénique. Cependant je n’opposerai rien à la poste sibilité du cas. Je présenterai seulement le cas op- « posé sous son véritable aspect , en mettant à sa te place ce qui pourrait tromper l’observateur pré- « venu.
te Tant que l’angine est inflammatoire, elle est « toujours sthénique ; toutes ses différences , ses dite vers aspects , ne dépendent pas de la diversité de cc la diathèse, mais de la force de la diathèse, et u particulièrement de quelques circonstances conte comitantes et accessoires. Quelle qu’ait été la dispose sition antérieure de l’individu ; que ce soit même u une disposition à la diathèse asthénique, chaque « fois qu’une cause occasionelîe produit un état in- « flammatoire , cette cause ne peut être que stimule lante ou généra tive des effets stimulans secondaires ; « alors l’inflammation consécutive ne peut être que « sthénique, et rendre la diathèse sthénique uni- % verselle ou locale , selon les rapports plus ou « moins grands que peuvent avoir et la cause morbi- « fique et la force de l’inflammation avec le reste de « l’organisme. Enfin tous les cas d’angine inflam- « matoire asthénique se réduisent :
« i° Aux cas d’inflammation tellement violente, « qu’en peu d’instans elle épuise toute la puissance « sensitive de la partie enflammée, et proportion- « nellement celle de tout le corps. Tels sont les cas «des angines dites malignes, putrides, gangré-*
a neuses , dépendant ou des puissances nuisibles or- « dinaires, ou de la contagion , comme la scarlatine, « le typhus , etc.
« 20 Aux cas d’inflammation survenue chez un « individu déjà exténué par l’asthénie, ou prédis- « posé à cette diathèse. Alors un excès absolu ou re- « latif d’action stimulante sur une machine déjà défi pourvue de puissance sensitive , devient la cause « déterminante de l’angine inflammatoire dont la « nature, ainsi que celle du cas précédent, ne cesse « pas d’être sthénique , tant que le processus inflam- « matoire se maintient.
« 3° Aux cas d’inflammation de quelque degré * que ce soit, même du plus léger, mais accompa- « gnée de symptômes disproportionnés à la force « de la diathèse , et suivie de conséquences graves « à cause d’un vice local qui existait dans la partie « qui est frappée d’inflammation. Le peu d’aptitude fi du système pour supporter un traitement débilitant « sévère , qui , quoique réclamé par les circons- « tances, mais attendu l’issue de l’inflammation en « des désordres plus ou moins graves, a fourni aux <s pathologistes l’idée de la phlogose asthénique.
« 4° Aux cas d’inflammation produite par une? « puissance désorganisatrice ou caustique, c’est-à- « dire, douée d’une action chimique supérieure à celle « de la vie. L’inflammation de l’arrière-bouche dans fi ce cas est toute locale, et ne saurait supporter un « traitement anti-sthénique énergique, parce que la « lésion organique, quoique légère, a une période « nécessaire, elle est indomptable par cette méthode
« curative. Le traitement d’une pareille inflamma* « tion doit être direct, et propre à détruire la cause « qui lui a donné naissance,
« 5° Aux cas d’inflammations chroniques. J’ai déjà « plusieurs fois dit dans ce journal que la durée va- « riée de l’inflammation n’influe aucunement sur sa « diathèse, elle reste toujours la meme, soit que le « processus inflammatoire ait une marche aiguë , « soit qu’elle soit lente ou longue ». Dans ses observations médico - pratiques et anatomico - pathologiques qu’il communiqua à la société en février et mars 1810 (Journal déjà cité, vol. VIII, pag. 02). il démontra clairement, et appuyé de faits observés dans l’hôpital civil, comment l’inflammation , même chronique, primitive ou secondaire, manifeste ou occulte , conserve toujours jusqu’aux derniers momens , et malgré ses terminaisons , sa nature hypersthénique. Et dans le neuvième volume du même Journal, en parlant de l’opinion de Horn sur la dysenterie , il soutint par d’excellentes raisons déduites de l’expérience, que cette maladie , souvent très-tenace, et qui se termine fréquemment par la dégénérescence organique des intestins, n’est rien autre chose, depuis son commencement jusqu’à sa fin, qu’une phlogose delà membrane secrétoire (muqueuse), qui se conserve telle jusqu’à ses derniers résultats, et est toujours un processus de stimulus augmenté.
§ 91. A peu près à la même époque, l’illustre Monteggia, en parlant de l’inflammation (Institutions chirurgicales, cap. II. ) déclara de prime abord: <t qu’il fallait faire attention, qu'aucune espèce d’in-
ec flammation n’existait sans l’augmentation d’exci- « citation; parce qu’à la vérité la faiblesse ne peut « pas être cause prochaine d’une action exaltée ,
«c qu’elle est toujours déterminée par une cause qui « tient lieu du stimulus. » Il admet bien les inflammations produites « par un principe âcre, septique, « caustique, différentes de celles occasionées par les « stimulus ordinaires ». Mais un pareil principe, quel qu’il soit, agira aussi nécessairement, d’une manière stimulante, mais plus prompte , plus pénétrante et plus sérieuse que n’agissent les stimulus ordinaires. Et si , par sa causticité ou son action chimique , il a la force de décomposer la texture des substances animales, ou d’altérer la nature des fluides, il pro* duira, si l’on veut, une désorganisation prompte, ou la gangrène ; mais cela ne prouvera rien autre chose si ce n’est, que les momens où l’inflammation peut être traitée sont très-courts ; mais on n’en pourra pas inférer, que les premiers jets de l’inflammation, les seuls qui soient susceptibles de traitement , ne proviennent pas de l’augmentation du stimulus. Monteggia admit également comme possible une inflammation consistant en une augmentation d'action avec défaut de puissance. Mais, si cette augmentation d’action est morbide, comme elle doit l’être dans une inflammation, il n’y a qu’un seul moyen de l’arrêter , c’est la diminution du stimulus, et l’application des contre-stimulans ; et si, par cette augmentation d’action, d’excitation ou de stimulus, la puissance reste dans l’inertie , ou est accablée, il faut diminuer Faction , afin que ce défaut de puissance n’aille pas
outre. Il n'existe plus personne aujourd’hui qui puisse accorder aux browniens , que la puissance étant actuellement et progressivement épuisée par un excès de stimulus ou d’action , on puisse la restaurer au moyen de nouvelles puissances stimulantes. Cet auteur admit également une inflammation produite par une cause irritante , persistante , qui met V excitabilité dans un état d’action forcée . Dans ce cas, si le corps irritant a enflammé une partie , ce corps a donc exercé Faction de stimulus ; puisque s’il s’était borné à une action irritative , en tourmentant seulement les filets nerveux, et en y produisant de la douleur et du spasme, il n’aurait pas encore produitun processus phlogistique , et lamaladie serait encore curable par la simple soustraction de la cause irritante. Monteggia suppose,' d’après les recherches de l’illustre Giannini, un état tel que la faiblesse des nerfs puisse produire une exaltation de V action des artères. Mais ces deux états opposés, de faiblesse et d’exaltation d’action, ne peuvent être simultanés ; et Faction des artères ne peut pas être augmentée ( comme nous le verrons en parlant de la fièvre ) , quand celle des nerfs est déprimée : le rapport de ces deux principaux systèmes avec tous les autres qui constituent la machine, les liant trop étroitement entre eux, et par des lois, qui déjà du temps d’Hippocrate étaient connues. L’un de ces deux états , comme la faiblesse ou l’épuisement des nerfs, en même temps que celle des artères, pourra bien être une cause ou premier motif d’un phénomène subséquent opposé , tel que X exaltation ou
augmentation d’action dans les deux systèmes, et cela au moyen des lois déjà indiquées relativement à la réaction vitale. Mais il sera toujours vrai que, quand à la faiblesse dite nerveuse il succéderait une exaltation d’action et une inflammation, que ce dernier état exprimera une excès, qui ne pourra être dompté que par l’application de remèdes déprimans. Notre auteur suppose encore une inflammation ayant pour origine la passibilité ou atonie des vaisseaux qui se laissent trop remplir et distendre par le sang . Mais il a déjà été démontré plus haut , que tant que cet engorgement n’a pas, par l’effet de la distension des fibres, exercé Faction de stimulus, la maladie manque des conditions et des caractères propres à l’inflammation; et que, quand les fibres distendues et stimulées déterminent une inflammation, le génie de celle-ci n’est point différent de celui des autres inflammations. Enfin le docte auteur, par ces doutes qui se ressentaient de l’influence encore existante des diverses théories , ne pouvait pas prétendre à établir une exception au principe déjà trèsclairement établi au commencement du chapitre VI , que la faiblesse seule ne pouvait jamais être cause prochaine <T exaltation d'action.
§ 9 2. Gomme nous Favoris déjà dit dans? un autre chapitre , le célèbre chevalier Assalini , guidé par l’observation et une longue expérience, a déclaré dès 1812, dans son Manuel de chirurgie , que les inflammations gangréneuses mêmes, qui ordinairement étaient jugées asthéniques, étaient entretenues par un stimulus excessif, et devaient être traitées par
la méthode anti-phlogistique. On voit par le quatrième discours de l’ouvrage indiqué, combien est simple la méthode (anti-phlogistique dans toute son extension) qu’il propose, d’après les principes de son illustre maître Tissot, et qu’il appliqua avec un très-grand avantage en Égypte contre la dysenterie, comme pourront le vérifier les médecins les plus prévenus, pourvu qu’ils aient la patience d’ouvrir les cadavres de ceux qui en auront été victimes ; la dysenterie, dis-je, n’est rien autre chose que l’inflammation de la membrane muqueuse intestinale, qu’elle soit occasionée par la contagion, ou qu’elle provienne des causes ordinaires. Ni les symptômes nerveux, ni la fièvre avec les caractères du typhus qui viennent souvent s’associer à la dysenterie, sans changer la nature phiogistique de la maladie , ne purent empêcher cet observateur prudent de continuer l’usage des remèdes déprimans, avec cette réserve que les cas exigent, mais avec fermeté. « Je « préfère, disait-il, suivre cette pratique établie « par Pringle et par les plus célèbres auteurs, ou- « bliant que quelques-uns, entraînés par l’erreur « d’un séduisant système (le brownien), colloquent « la dysenterie parmi les maladies asthéniques et « la traitent avec les remèdes excitans ». Le célèbre Pisani obtint les mêmes résultats que ceux d’Assalini, dans le traitement de la dysenterie qui régna dans V hôpital militaire de Mantoue en 1811 et 1812; et je ne connais pas de livre plus utile, relativement à cette maladie, que l’histoire raisonnée qui a été publiée par ce praticien aussi expert que
profond pathologiste. Après avoir démontré, au moyen des ouvertures de cadavres, que la condition pathologique principale de cette maladie était une inflammation des gros intestins, et que la couleur livide , et les différentes dégénérescences que l’on rencontrait dans quelques cadavres étaient les conséquences de l’inflammation même, il déclara faux les signes de phlogose et de diathèse asthéniques , les symptômes de faiblesse et de malignité qui malheureusement entraînent les praticiens à se servir de remèdes excitans. Dans la perplexité où se trou vait l’auteur, non seulement à cause des symptômes et de l’aspect de cette dysenterie contagieuse (que personne au milieu de cette lutte n’aurait imaginé être sthénique), mais encore à cause des controverses des praticiens sur l’action des contagions , et principalement sur celle qui produit de pareilles dégénérations. « Je pensai, dit-il, que le parti le « plus sage afin de déblayer la voie d’autant de « doutes , était d’avoir recours à l’expérience pru- « dente de ce qui est utile , et de ce qui devient « dangereux. Ce moyen quoiqu’il démontre l’incer- « titude de l’art, est cependant le seul qui puisse « nous conduire comme par la main à médicamen- « ter avec connaissance de cause. Comme dans « les premiers cas qui se présentèrent à moi, pour « traiter cette maladie, je considérais que toutes les « présomptions étaient en faveur de la méthode « excitante, je me suis en conséquence décidé à « prescrire l’opium et ses différens mélanges, la « liqueur anodine, le camphre et le vin; et je dois
« avouer qu’il me sembla en avoir aperçu de prompts « et heureux effets; parce que parles évacuations, l’af- « fection paralytique des extrémités s’était dissipée, « le pouls s’était relevé ainsi que les forces , et le « malade avait avantageusement et d’une manière « notable changé d’aspect : c’est ce qui m’arriva au « moins, dans deux cas, et ce qui m’encouragea à « continuer la méthode de traitement déjà com- «c mencée. Cependant je dirai qu'au bout de six ou « sept jours de ce traitement , quoique le vomisse- « ment et les déjections alvines aient été de béante coup diminués, que le premier revenait de temps tt à autre et que le second continuait avec une cer- (c taine fréquence et assez abondamment; de mate nière que l'amaigrissement du corps, déjà notable, te et produit parles évacuations excessives, augmente tait de plus en plus. C'est alors que je soupçonnai te que les avantages apportés par les excitans ponte vaient être le résultat du faux raisonnement et qui m’avait fait attribuer aux remèdes ce qui dé- « pendait de la marche spontanée de la maladie, et « que, d’après le mûr examen des circonstances rap- « portées, j’abandonnai la méthode corroborante tt pour adopter la méthode anti-phlogistique , dont « les avantages ont surpassé mes espérances.
§ q3. Pourquoi les ouvrages des médecins italiens sont-ils si peu connus des étrangers, tandis qu’à l’opposé , chez nous, on n’épargne aucun soin pour faire connaître , autant que possible, ce qui se publie au delà des Alpes? Si les observations et les déductions d’Assalini et de Pisani sur la dysenterie épidé-
mique et contagieuse avaient été connues du doe° teur Robertson, lorsqu’il publia à Edimbourg, en 1817, une dyssertation sur la dysenterie contagieuse des pays chauds; je suis persuadé que son travail aurait été plus utile et plus en rapport avec certaines maximes, que lui-même n’ignore pas, et qu’il manifeste. « Morborum proximæ et abditæ causæ,
« dit-il, cognitu difficillimæ sunt : nihilominus vix « dubito quin primurn hujus dysenteriæ stadium (et « notez bien que la maladie provenait d’un principe « contagieux) ni h il aliud sit quam impetus sangui- « nis auctus vasorum totius abdominis, et maximæ « venæ portæ in hæpatis inflammationem chronicam « sæpissime desiturus ». Et d’après ce principe, il propose sagement de prévenir les conséquences de cette maladie meurtrière , par l’usage des remèdes déprimans, comme Fipécacuanha, les boissons antiphlogistiques, le calomélas et la saignée. En parlant de ce dernier remède il s’exprime ainsi : « Alicui « litteris medicis probe, experientia parum, imbuto « mirum sanè videbitur jacturam sanguinis in hoc « morbo tuto, ettam jucunde tolerandam esse : quia « auctores per multi venæ sectionem in dysenteria * « penitus vetuerunt. Sed hic aliud doctrina (toute « différente sans doute de l’italienne) aliud expe- « rientia docet : ( c’est une bien triste doctrine que « celle qui n’est pas d’accord avec l’expérience ou « qui n’est pas fondée sur l’expérience même). Nam « sanguinem iterum atque iterum destruxisse con- « fiteor (c’était un besoin en Angleterre de le con- « fesser presque comme une erreur), non soium
« impunè sed cnm beneficio insigni Nec abs re erit ce recordari sydenhamum illustrem , medicorum ce prioris sæculi facile principem , sanguinis detrac- (( tionem in dysenteria auctoritate sua gravis sim a ce sanxisse ». Mais si cet auteur avait connu cette pathologie simple, déduite des faits, qui assigne à Finllammation une nature toujours identique , ainsi que la même méthode curative, et qu’il ne se soit pas attaché à des symptômes divers, qu’il cherchait à dissiper par des moyens contraires à l’idée principale de la maladie; il y aurait eu facilement une moins grande mortalité dans l’armée. Il n’aurait pas fait appliquer à ses malades des bandages de laine sur rabdomen, afin d’exciter la transpiration, à la supression de laquelle il attribuait une partie des phénomènes morbides, il n’aurait pas mélangé les anodins avec les anti-phlogistiques, et il n’aurait pas aussi facilement accordé à ces dysentériques, le vin et l’opium, par le seul motif que la maladie se prolongeait au delà des limites ordinaires d’une affection aiguë. L’on comprend bien , enlisant la dissertation de Robertson, que les mauvais effets de l’opium le mettaient dans une juste défiance sur Remploi de ce remède, cf Quod vero ad opii usum a pertinet in stadio primario, cui hæret semper vel inflammatio, vel ad inflammationem proclivitas. <( Cautela multa opus esse fateor, et opium vix, à tiisi cliaphoreticis junctum , unquam esse dandum ». Ces diaphorétiques, que l’on réunit empiriquement à l’opium, étant ordinairement les antimoniaux, ou l’ipécacuanha, comme dans la poudre si connue
de Dower, on comprend facilement comment ils peuvent rendre Fopium moins nuisible, en neutralisant, en partie au moins, ses effets par l’action contre-stimulante qu’ils exercent.
§ 94. Tandis que les observations des auteurs italiens cités confirmaient la nature toujours identique de la phlogose, et se publiaient à Milan; l’illustre docteur Comandoli, à Pise , écrivait ses annotations sur le grand ouvrage du célèbre Pierre Franck, de curandis hominum morbis . Ce profond clinique toscan, qui contrôla toujours ses utiles réflexions par les faits observés dans sa longue pratique, n’hésita pas à admettre les maximes que j’avais professées relativement à la phlogose; et il considéra toujours ce terrible processus, comme étant entretenu par un excès de stimulus, et comme étant toujours curable par les contre-stimulans ou antiphlogistiques , tant qu’il pouvait y avoir espoir de guérison. Ni l’appareil nerveux des symptômes, dont s’accompagnent certaines inflammations; ni la faiblesse réelle des individus chez qui l’inflammation avait lieu , ni les dégénérescences successives plus ou moins rapides , ou au contraire leur marche sourde et chronique, n’éloignèrent jamais le docte commentateur de l’étiologie indiquée. « L’inflam- « mation, disait-il (note ire du vol. 2), est toujours « un processus klentique, qui ne consiste que dans « faction augmentée de la partie stimulée, relative- « ment cependant à la plus ou moins grande quan- « tité de vitalité dont elle est pourvue; tandis que « les signes de l’inflammation sont différens selon
ce ies parties qui sont affectées par le stimulus .
e< Il nous semble enfin entièrement hypothétique « de supposer que dans l’inflammation asthénique , « l’énergie ou l'irritabilité des vaisseaux soit dimicc nuée, et que la faculté de sentir soit accrue, ou « que la faiblesse des nerfs soit la cause de l’exalta- « tion des artères. Si la force vitale est le principe cc unique du mouvement des solides, si elle préside cc à leur défense, si toutes les autres propriétés décc rivent de là, comme la sensibilité, l’irritabilité, « la contractilité et l’extensibilité , nous ne pourrons cc jamais imaginer qu’un stimulus laisse intacte une cc de ces propriétés , pour augmenter l’action d’une cc autre, puisque toutes dérivent d’un même principe, cc et que les seules différences que l’on peut y obcc server ne proviennent que de la diversité de concc formation et de texture des organes, qui, par ce cc motif, sont rendus plus aptes à manifester plus tôt cc une de ces propriétés que l’autre, quoiqu’elles dé- « rivent toutes de la propriété vitale. Dans tout le contenu de ses notes, cet illustre praticien manifeste son adhésion aux maximes de la nouvelle doctrine, en démontrant le solide appui qu’elles retrouvent dans la pratique des plus célèbres médecins de l’antiquité ; en les confirmant par sa propre expérience, et en en faisant des applications utiles et spontanées à la pathologie la plus étendue. La précision de ces maximes est bien garantie par leur peu de discordance ou plutôt par le parfait accord qui règne entre elles, ainsi que par les préceptes pratiques du grand ouvrage dont il a entrepris le commentaire,
et dans lequel, si l’on fait abstraction dans quelques endroits du langage admis dans le temps où il fut écrit, on verra que les semences et les fonde mens de la meilleure médecine pouvaient y être puisés.
§ A peu de distance de là, d’autres savans praticiens publièrent des observations et des mémoires qui confirmaient l’identité de l’inflammation, comme processus qui indique toujours un excès de stimulus. Dans l’histoire de l’ophtalmie contagieuse , qui en 1812 et j 8 1 3 se manifesta clans l’hôpital militaire d’Ancône, le chevalier Vasani , mon ami, eut l’occasion de se convaincre par un bon nohibre d’observations « que la diathèse de sti. « mulus persistait jusqu à la fin de la maladie . « Non-seulement dans les cas les plus graves la ma- « ladie cédait aux contre-stimulans quand ils étaient « employés dès le principe, et dans les cas d’inflam- « mation plus légère l’usage des stimulans aggravait « la maladie ; et le dernier résultat, ce prétendu relâ- « chement de la partie , ne pouvait jamais être vaincu « par l’usage des stimulans, qui au contraire faisait « inévitablement récidiver la maladie. » D’où on doit inférer « que l’amélioration de la maladie dépendait « de la diminution de la diathèse de stimulus, et que « les récidives étaient l’effet de cette diathèse, ou « non combattue ou nouvellement reproduite par les « principes contagieux restés en contact avec les « parties; et que l’unique moyen était celui de la « traiter avec les contre-stimulans, jusqu’à la con- « sommation de la maladie , en employant aussi loc< calement les moyens convenables.» Ces vues eu-
ratives ne s’écartent point de celles que Ton suit pour l’ophtalmie d’un autre genre, « Toutes les « ophtalmies, soit aiguës ou chroniques, ont une « diathèse de stimulus : enfin aucune ne pourrait « être traitée par une méthode stimulante.» Le docteur Cérioli, de Crémone, en parlant en 1817 des effets produits par un autre principe contagieux, les pétéchies, non-seulement regarda la fièvre qui en provient comme inflammatoire , malgré l’appareil nerveux qui l’accompagne, et auquel on donne le nom d’asthénie; mais il déclara positivement, qu’il n’était pas permis de supposer que l’inflammation qui se manifeste dans ce cas, puisse être produite par un défaut de stimulus, et être traitée par la méthode stimulante; il lui semblait que les motifs que j’avais exposés dans mes recherches sur la fièvre d’Amérique excluaient absolument toute idée d’inflammation originairement asthénique. — Dans l’essai d’observations sur les maladies qui ont régné à Saint -Severino en 1818, publié à Ancône en 1819 par le docteur Venturi, premier médecin de cette ville, il soutint aussi, d’après sa propre expérience, que r inflammation est toujours un processus de stimulus qui réclame toujours , pour être domptée , V usage des remèdes dèprimans. En avouant avec impartialité qu’il existe des cas où l’organisme n’est plus en état de supporter cette médication qu’exigerait la partie enflammée, soit par les déplétions abondantes qui furent nécessaires pour obtenir la résolution, ou par le désordre prolongé dans l’harmonie des fonctions réparatrices ; il
confesse cependant en même temps, que la partie n’est précisément plus en rapport avec les autres, que par la ténacité de l’inflammation qui l’affecte , qu’elle n’a besoin que de remèdes contre-stimuîans, et quelle ne peut impunément soutenir Faction des stimulans. — • L’illustre professeur Bodéi, qui a déjà tant mérité de la bonne pathologie , se déclara aussi tellement persuadé du génie toujours identique de l’inflammation, que dans son ouvrage sur l’influence contagieuse épidémique, il s’exprime ainsi : «L’état « inflammatoire consiste essentiellement dans l’aug- « mentation d’action (dynamisme organique) des « fonctions organiques, d’où je ne saurais concevoir « l’existence d’une inflammation , sans supposer « l’augmentation de l’action vasculaire, la contrac- « tion de la fibre vivante, et le mouvement arté- « riel, etc.» — Et à peu près à la même époque, le savant praticien italien , le chevalier Mantovani , (qui a tout récemment gratifié la jeunesse d’un cours de thérapeutique spéciale de l’inflammation), publia une analyse très -philosophique de l’ouvrage de Greiner d’Eisemberg sur la scarlatine ; ouvrage qui présente d’une part, un essai des maximes pathologiques de l’illustre commentateur de l’inflammation, et sur sa diathèse immuable; d’une autre part, il laisse entrevoir quelques idées sur l’étiologie des exanthèmes, et sur les diffusions ou transport (métastases) de la phlogose exanthématique, qui est toutà -fait conforme à celle que j’ai déjà indiquée, et que par la suite de cet ouvrage j’ai l’intention de confirmer.
§96. En Toscane, à peu près à la même époque.
d'autres savans observateurs joignirent avec impartialité leurs opinions aux maximes que j’avais soutenues sur l’identité de l’inflammation; c’est bien aussi le pays où la doctrine du profond Fiorani et la médication simple et anti - phlogistique de l’inflammation locale , si heureusement pratiquée par Bénévoli , Nannoni et Vacca , devaient plus qu’ ailleurs disposer l’âme des médecins à sentir cette importante vérité. Je ne parlerai pas des méthodes curatives et des maximes bien connues des illustres professeurs toscans, mes amis, Ghiarugi, Giuntini, Ucceli, Gigli et Comandoli, ni de mon ami le professeur Morelli, directeur de la clinique médicale à Pise, qui, par des lettres qu’il m’écrivit il y a quelques jours, approuve tout ce que j’ai exposé dans le Prospectus des résultats etc. , obtenus dans ma clinique. Quant aux maximes dont il est ici question, l’opinion du ch., professeur à Pise, qui a commenté la nosologie d’Alibert, pourrait suffire, et être d’autant plus concluante pour les pyrrhoniens , que ce professeur ne se montre pas très - favorable aux autres maximes de la nouvelle doctrine. « Les opinions « de Tommasini reçurent une approbation uni- « verselle, et l’on pense assez généralement aujourcc d’hui que la phlogose est toujours le produit d’un « excès de stimulus ou absolu ou relatif. L’opi- « nion des médecins et des pathologistes italiens « étaient bien différentes sur la nature de l’inflammacc tion à l’époque où le professeur Tommasini publia « son ouvrage sur la fièvre jaune d’Amérique; et « comme alors la faiblesse indirecte était en faveur,
« on n'avait conséquemment aucun doute sur l’exis- « tence de l’inflammation passive, que l’on supposait « curable, pour le malheur de l’humanité, par les re- « mèdes excitans. — Certainement que dans cette « théorie du professeur Tommasini, il n’y a rien de « nouveau (je n’ai jamais aspiré à la gloire de nova- « teur ) , mais n’est - on pas souvent "plus utile aux « sciences en détruisant une erreur qu’en découvrant « une vérité? Et ce professeur a, dans cette circon- « stance, le mérite d’avoir remis dans le bon chemin « ces médecins italiens qui, fervides enthousiastes « du système de Brown, n’osaient élever le moindre « doute contre la vérité de ses dogmes ». En parcourant encore les mémoires publiés dans ces dernières années au delà des Apennins, je retrouve également que mon ami, le docteur Franceschi, professeur de clinique à Lucque s’exprime ainsi en parlant de l’inflammation, dans sa Lettre sur la manière de concilier les contre-stimulans avec leurs adversaires .
« Concluons que la véritable phlogose est toujours « sthénique, au moins dans le lieu où elle a établi « son siège; que par elle il peut survenir une sthénie « générale , et qu’également par l’action locale d’un « stimulus, une partie peut s’enflammer sans le conte cours des forces générales de la vie. Enfin il résulte « que, si dans le premier cas il devient indispensable « d’avoir recours à une méthode curative contre-stitc mutante, autant locale que générale, dans le second, « les contre-stimulans généraux seraient nuisibles « et surtout les saignées répétées. Enfin, concluons « qu’il existe de simples injections, par faiblesse ou
« relâchement des solides, et peut-être encore par « la fluidité vicieuse du sang, que l’on ne doit pas « confondre avec les véritables inflammations dont « elles n’ont pas les caractères. » — Le célèbre professeur Barzelloti de Sienne ne semble pas s’écarter de cette maxime, autant au moins qu’il est permis de le penser, d’après la lecture du premier volume de ses Institutions de médecine pratique , publiées tout récemment à Pise. Et quoique ce professeur pense que souvent l’inflammation est compliquée avec l’embarras gastrique, les vers, et les autres altérations produites par des principes étrangers, il déclare cependant que quand l’inflammation existe la méthode anti-phlogistique et la saignée répétée selon le besoin sont nécessaires pour la dompter. — Rome, Naples et les autres pays voisins ne manquent pas de médecins profonds et d’experts praticiens qui ne voient l’inflammation, dans quelques circonstances qu’elle se soit établie, et quels que soient les phénomènes qui l’accompagnent, sous cet aspect de simplicité dans lequel je l’ai jusqu’à présent considérée. Il serait trop long de rapporter à cette occasion les différens mémoires, les consultations et les histoires médicales qui ont déjà été publiés, ou qui m’ont été adressés particulièrement, qui démontrent que l’opinion d’un nombre déjà très -grand de praticiens d’une haute réputation est conforme à l’idée que nous avons émise et que des observations continuelles ont affermie.
§ 9 7. Je fermerai la liste des pathologistes et des médecinsquiont été ou qui sont les dignes soutiens de
l’identité inflammatoire, en me retranchant dans les écoles de la Lombardie, d’où la nouvelle doctrine médicale a tiré son origine. Je ne ferai pas mention des cnres heureusement tentées, et des guérisons obtenues par Rasori et par Bord a au moyen d’une méthode constamment anti-phlogistique, dans les memes cas où le prestige desinflammations^creei/i’Ci’, malignes , chroniques , fausses , asthéniques , recommandait alors l’application des remèdes excitans, le parallèle entre les effets de l’une et l’autre méthode dans le traitement de l’inflammation est trop favorable aux maximes qui jusqu’ici ont été soutenues. Les désastres occasionés par l’usage des stimulans dans les prétendues phlegmasies asthéniques furent trop graves ainsi que la mortalité qui a affligé, il y a quelques années, une ville fameuse et distinguée principalement par les sciences médicales. Les triomphes obtenus dernièrement à Milan par la méthode anti - phlogistique sur des maladies d'une haute importance , sont trop connus et trop merveilleux, puisque la guérison de ces maladies , en plaçant la nouvelle doctrine sous de nouveaux auspices, a fourni de nouveaux moyens d’encouragement meme à ses plus timides partisans. Je ne parlerai pas non plus des heureux résultats obtenus l’année dernière par le chevalier Mantovani dans Fhôpit^l de Pavie, où il traita toutes les inflammations d’après l’étiologie moderne , comme on peut s’en convaincre par ses Leçons de thérapeutique spéciale sur les inflammations, tout récemment publiées. Pour dernière preuve capable de donner de la valeur à la
tâche que je me suis imposée, je ferai seulement remarquer comment le génie élevé et austère du malheureux Vincenzo Racchetti (déjà pathologiste à Pa» vie et enlevé trop tôt à la science) avait adopté les maximes que j’avais exposées sur l’inflammation. Quoiqu’il lui fût difficile de se rendre à l’opinion d’autrui, cet illustre professeur dans le chapitre VI de son bel ouvrage sur la structure des fonctions et sur les maladies de la moelle épinière , s’exprime ainsi. « Si d’un côté , l’on considère que l’inflammation a (c lieu dans une partie très- essentielle à la vie, comme fc peut l’être la moelle épinière, parce que la cir- « culation est sous sa dépendance, on fera tout son « possible pour mettre en usage tous les moyens pro- « portionnellement efficaces afin de pouvoir arrêter « la m ortification de cet organe ; en réfléchissant d’un « autre côté, que de l’état morbide de la moelle épice nière, les forces du cœur tombent facilement en lance gueur, on sera très-modéré sur l’usage de la saignée ce générale, mais on aura plutôt recours aux déplécc fions sanguines locales. D’une autre part, en pre- « nant en considération, précisément l’altération des ce fonctions du coeur dans cette maladie, surtout à ce cause de la propension à la syncope, que les anciens ce avaient déjà remarquée , il peut se faire , vu la proscc tration évidente du pouls , que l’on soit entraîné cc dans l’erreur de croire, que la force vitale soit épuicc sée quand elle n’est encore qu’opprimée. C’est aussi cc ce qui doit rendre très-circonspect sur l’usage du cc camphre, de l’opium ou autres remèdes excitans, c< même dans le cas où le pouls est tremblant et iné-
« gai; car on ne peut en attribuer la cause qu’à la « violence de l’inflammation d’une partie qui exerce « un empire si immédiat sur le cœur; aussi ne ferait- « on qu’accélérer la fin terrible de la maladie par i’u- « sage des remèdes excitans. Je doute même encore « très-fort, si ces fameux excitans pourraient même « convenir dans le cas où l’inflammation violente de « la moelle épinière dégénérerait ou en hydropisie « aiguë ou en suppuration. Dans le premier cas, l’u- « sage des purgatifs et des diurétiques pourrait être cc indiqué, tandis que dans le second il conviendrait « de soutenir modérément les forces avec des substances nutritives légères, tout en évitant l’usage « des remèdes excitans, parce que, quand les parties (( internes commencent à se désorganiser, tout ce « qui peut déterminer en elles de l’irritation leur de- « vient nuisible en rendant plus actifs les progrès « de cette inévitable consomption, qui dans l’ordre « habituel serait plus lente. »
§ 98. Il ne sera pas inutile de savoir, que dans l’université de Parme, où j’ai le premier soutenu, il y a quinze ans, l’opinion sur la nature toujours identique de l’inflammation, que dans cette université même, où cette opinion trouva un des plus respectables et des plus savans antagonistes, la faculté entière et le collège médical prononcèrent l’année suivante une sentence définitive en faveur de mes maximes. Lorsque le concours s’ouvrit pour la chair de clinique médicale vacante, celui parmi les concurrens (le professeur Antonio Azzali, homme d’un esprit pénétrant, qui dut malheureusement $110
comber à une maladie lente qui le consumait déjà); celui, dis-je, qui obtint l’entier suffrage et fut promu à la chaire vacante , en répondant à la question qui regardait l’inflammation , soutint ouvertement et publia, que la nature de ce processus pouvait se réduire à la diathèse de stimulus. Je ne saurais encore me contenter du suffrage d’un si grand nombre de savans, sur la nature toujours identique du processus inflammatoire ; je dois m’honorer encore, pour l’avantage de mes maximes , du jugement que je regarde comme très-concluant des professeurs mes amis et collègues dans cette université célèbre. Le savant professeur de pathologie, Rodati, renommé autant à cause de ses lumières qu’à cause de sa modestie, a entièrement adopté dans ses institutions le principe que j’ai établi, que la phlogose est toujours entretenue par un excès de stimulus, et qu’elle ne peut être traitée d’après sa nature, que parles remèdes anti-phlogistiques. Le savant et impartial professeur Medici, dans son profond Commentaire sur la vie , rapporte à l’augmentation de rèproductibilitè , la source de la susceptibilité morbide, et de i’accroissement du stimulus qui constitue la condition principale des parties enflammées; ainsi non-seulement il admet le phénomène, mais il en essaie encore ingénieusement l’explication. Mais celui qui devait traiter d’une manière plus positive l’argument si important de l’inflammation, fut mon ami, le professeur Termanini, à qui les leçons chirurgicales sont confiées ; quoiqu’il pense qu’il existe quelques affections partielles.
qui, ayant certaines apparences de Finflammation , donnent lieu à des engorgemens vain eux ou à des empâtemens cellulaires, desquels par ta distension il peut ensuite résulter du stimulus, et un processus phlogistique, il déclare cependant que ce ne sont que des apparences d'inflammation, et que, quoique le sengorgemens ou empâtemens, qui ne sont pas encore phlogistiques , puissent être traités par la méthode stimulante , ils ne supportent plus ce mode de traitement, quand à Fengorgement non-phlogistique il succède une inflammation. Il admet bien aussi que Finflammation une fois cessée, il peut encore rester des tumeurs non-phlogistiques ayant une fausse apparence d’inflammation; mais il n’entend pas pour cela dire que ces conditions morbides méritent le nom d’inflammation , et forment une exception à la règle de Fidentité de la nature de la phlogose que j’ai établie. «Quand une partie, (il s’exprimait ainsi avec moi tout récemment), « quand une partie de texture , lâche et abondante « en tissu cellulaire, éprouve subitement un état « inflammatoire, il reste quelquefois dans cette partie « quelques symptômes qui maintiennent continuel- « lement les apparences de Finflammation; quoique « le véritable processus n’existe plus. Telles sont la « rougeur, le gonflement, et une certaine sensation « de distension morbide. Ces symptômes semblent « dériver de Fengorgement vaineux et cellulaire qui peut être entretenu par le relâchement indiqué, « quoique la phlogose soit réellement éteinte dans « les parties où elle a essentiellement son siège ;
» telles sont les artères. » J’ajouterai enfin à ces suffrages celui du savant médecin Louis Emiliani, trèspositivement exprimé dans ses Observations sur les progressions naturelles et indéclinables des maladies. Il démontre clairement dans cet écrit, non-seulement comment l’inflammation est toujours le produit du stimulus, mais il défend, contre une certaine censure mon autre expression , que la phlogose devient créateur d’un stimulus nouveau et excessif, « 4yant « reconnu, dit-il, l’origine de l’inflammation , et les « effets de l’inflammation même, il me semble que « l’on a tout-à-fait éclairé ce réduit obscur, que « Fauteur des Lettres médico-critiques sur la nouvelle « doctrine italienne, dans la note à la page 68, trou- « vait dans les expressions du professeur Tomma- « sini, par lesquelles il dit, que l’inflammation est « toujours sthénique, ou pour parler un autre lan- « gage, qu’elle consiste toujours dans un excès de « stimulus, et peut aussi donner lieu à un stimulus « excessif. La phlogose prend naissance du stimulus: « par exemple l’érysipèle estoccasioné par les rayons « solaires , et l’engorgement sanguin dans les vais- « seaux de la partie enflammée forme lui-même un « autre stimulus qui maintient et augmente la mala- « die, ce qui cependant n’a pas lieu en même temps. « Ce sont des faits successifs, et ce n’est pas le même « stimulus qui se trouve être en même temps et la « cause et l’effet. »
Tels sont les argumens dérivés des faits et de F observation, c’est-à-dire de l’expérience et de l’induction la plus sévère; telles sont les explications sur
ce que les apparences semblent dans certains cas déposer de contraire , et les réponses aux oppositions diverses formées par des hommes respectables : telles sont enfin les suffrages des pathologistes expérimentés, à l’aide desquels je crois pouvoir soutenir : que l’inflammation, quelques soient les conditions générales de l’individu chez lequel elle s’allume, quels que soient les phénomènes qui l’accompagnent, ou les résultats qui en dépendent; que l’inflammation, dis-je, par ce qu’elle est en ellemême , et dans les lieux qui en sont idiopathiquement affectés, est toujours un processus de stimulus augmenté , curable seulement par la méthode antiphlogistique ou déprimante.
FITî DE LA. PREMIERE PARTIE.