‹ Exposition précise de la nouvelle doctrine médicale italienne, ou considérations pathologico-pratiques sur l'inflammation et la fièvre continueChapitre 19 sur 20 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La pratique , et souvent même le langage des auteurs qui admettent l’inflammation asthénique, ne s’accordent pas toujours avec cette idée.

§ 79. Si les plus simples inductions, résultant uniquement de la comparaison des faits , ont quelques valeurs en médecine, et si les observations et les méditations de plus de quatre lustres, sur l’inflammation, n’ont point été détournées du vrai, il me semble possible de pouvoir soutenir avec raison que la phlogose par elle-même est un processus toujours identique, et provient toujours de l’accroissement du stimulus. L’idée d’ inflammation asthénique dans le sens de processus de stimulus en défaut , me paraît insoutenable; et certainement qu’il n’est pas permis dans l’état actuel de la médecine, de s’appuyer ainsi de la décision d’aucune personne, quelle que grande que pourrait être leur réputation, puisqu’il est impossible de soumettre à l’analyse, les fondemens d’une opinion abandonnée du plus grand nombre. Quant à moi, disposé comme je le suis toujours à soumettre mon opinion aux faits et aux raisonnemens qui pourraient servir à la faire infirmer, je déclare en même temps comme ridicules et nul les, toutes les oppositions qui ne pourraient pas prouver l'insuffisance de chacun des argumens et des faits que j’ai rapportés sur Y identité delà phlogose , dans mes Recherches sur la fièvre d’Amérique, ainsi que tous ceux que contient cet

ouvrage. Il est question d une maxime qui est si importante pour la nouvelle doctrine, et cette doctrine commandée par la nécessité de détruire les erreurs pernicieuses introduites dans la médecine par Brown, dictée par l’avantage de réunir en un corps de simples maximes , les résultats généraux de l’expérience de tous les temps ; cette doctrine, dis-je, qui procède avec calme et toujours avec l’appui des faits et par des applications plus étendues , ne saurait être ternie par des assertions gratuites, ou par des oppositions superficielles.

§ 80. À quoi servirait- il de dire, par exemple, que Pinel et Clarke , que Sprengel , Reil et Thompson admettent l’inflammation asthénique. Pourquoi objecterait-on, que quelques médecins cliniques'distingués des autres universités, conservent encore la distinction des phlogoses de diathèses opposées? J’étais moimême, dans les premières années de ma pratique, livré à une même erreur, et le mauvais succès de la méthode excitante, dans les prétendues inflammations asthéniques, contribua beaucoup à me faire ouvrir les yeux, sur la terminaison funeste qui s’effectuait également sous la main d’hommes plus experts que moi dans la doctrine de Brown. Cette erreur était commune à tous, et existerait encore aujourd’hui, sans l’analyse la plus patiente des faits et des argumens relatifs à l’asthénie ou inflammation maligne, ainsi qu’au genre de remèdes généralement recommandés dans ce cas. Cependant l’opinion d hommes distingués et pour lesquels j’ai lapins grande vénération, leur opinion, dis-je, relative à la

double inflammation, ne pourra jamais avoir aucune valeur pour moi, tant que les motifs que j’ai exposés, déduits continuellement des faits, ne seront pas bien connus de tous et déclarés insuffisans par le plus grand nombre , d’après l’examen impartial et le jugement des vrais médecins cliniques. J’aurai le droit de considérer mes idées comme ignorées ou victorieuses, tant que je ne les verrai pas renversées par des faits opposés. Peut-être d’une autre part, que la pratique de ceux qui admettent l’inflammation asthénique s’éloigne beaucoup de la théorie, ou s’en écarte au moins tellement, que la différence d’opinion gît seulement dans celle du langage, et laisse un champ ouvert à une conciliation facile. Peut-être, ceux qui regardent comme admissible la phlogose asthénique, regardent-ils toujours ou comme stim ulans ou producteurs delà prétendue contre-irritation, le tartre stibié, le kermès minéral, l’oximel scillitique, î’acide sulfurique et muriatique et pareils remèdes qui sont utiles dans les pneumonites ou les angines réputées asthéniques, gangréneuses ou malignes. Peut-être croientils la décoction de quinquina douée d’une grande vertu stimulante, quand à l’exemple des meilleurs praticiens on s’en sert conjointement avec les acides végétaux et minéraux , et après l’usage de l’émétique, recommandé indistinctement par tous, dans les inflammations dites nsalignes et nerveuses. Et peutêtre finalement en traitant des inflammations

chroniques (telles que l’hépatite lente la splénite, etc. vulgairement qualifiées du titre d’obstructions) que si elles sont considérées comme provenant de l’ato-

nie supposée ou relâchement dans la texture des viscères , ou bien d’un, engorgement asthénique, que cela ne provient que de la vertu stimulante supposée au mercure tant vanté et si utile dans de pareilles affections, et de ce que l’on a regardé comme excitans, les amers, Facétite de potasse, le muriate de baryte dont on retire un si grand avantage dans le traitement de ces infirmités : remèdes qui, si on voulait le confesser de bonne foi, ont une toute autre manière d’agir que celle d’exciter , si on la compare aux effets de l'opium, du vin et des aromats.

§ 81. Je crois que difficilement on trouvera un praticien expert, aussi partisan qu’il puisse être de l’inflammation asthénique, qui omette l’emploi de l’émétique et des antimoniaux dans le traitement des inflammations dites malignes ou nerveuses , du poumon ou de la gorge. Rarement il oubliera de prescrire dans de pareils cas une abondante boisson pectorale dite résolutive; il aura recours à la scille, à la gomme ammoniaque et au kermès. Celui qui traite de pareilles maladies avec l’opium, le vin, le carbonate d’ammoniaque et l’etber, se permettra peut-être aussi dans quelques circonstances l’usage du musc, quand les soubresauts des tendons surviendront, et surtout d’après une théorie dépourvue de l’appui des faits; mais ce remède aura été précédé de l’usage de l’émétique, du kermès ou autres remèdes semblables, étayant sans aucun doute, une action contre stimulante : il restera ensuite à savoir auquel de ses remèdes opposés sera due la victoire que l’on aura remportée. On aura promptement re-

cours à l’exemple cle Pott, avec la plus grande cou» fiance et beaucoup de courage, à l’usage de l’opium, dans la gangrène sèche des extrémités, ou bien au musc et à l’ammoniaque, d’après les conseils de White: avec quel résultat cependant, nous pourrions presque le deviner, en rappelant à notre mémoire, la mortalité qui a toujours suivi cette maladie (presque toujours mortelle), malgré les doses les plus fortes d’opium , de musc, d’ether, de vin et de quinquina. Que l’opium employé d’après la méthode de cet Anglais, ait été au nombre des cas suivis du malheureux événement, cela est assez prouvé par la nécessité dans laquelle les praticiens ont été depuis, et en Angleterre meme, obligés de l’abandonner et de recourir à de hautes doses de nitre, reconnu trèsutile dans la curation de la gangrène, si l’on peut ajouter foi aux histoires rapportées dernièrement par Cumming. Non-seulement en Angleterre, mais encore en Italie, d’après les motifs ci-dessus exposés, les médecins et les chirurgiens experts et habitués à traiter des gangrènes dans les grands hôpitaux, ont dû abandonner la méthode excitante de Pott et de White; ils se laissèrent guider par l’expérience, et furent contraints d’employer les remèdes qui ont une action directement opposée , c’est-à-dire les anti-phlogistiques. D’un autre côté, comme dans la gangrène sèche des extrémités, la partie gangrenée n’est plus susceptible de guérison, et que la seule indication à remplir est de la séparer du vif en la circonscrivant, il devient probable qu’alors l’opium est devenu utile en augmentant l’inflammation

(qui précède et circonscrit la gangrène), en déterminant une prompte suppuration, et en séparant par ce moyen la portion gangrenée de toute relation avec les parties vivantes. Mais quelque soit l’usage que Ton ait pu faire de l’opium dans la gangrène des extrémités, comment en expliquera-t-on les avantages? (je n’ai jamais été assez heureux pour en obtenir aucun); et enfin, quelque soit le désordre empirique qui ait été occasioné dans des parties incapables de compromettre la vie , (et sur lesquelles il ne faut qu’un moment pour propager la maladie en augmentant l’inflammation, pourvu que l’on soit parvenu à séparer la portion morbide par la suppuration), la conduite des praticiens a toujours été bien différente dans le traitement des inflammations internes qui pouvaient aussi menacerMela gangrène. Si cette dégénérescence fatale est formée, ou même commençante seulement dans le poumon, ou le foie, ou les intestins, il ne reste aucun espoir; lemalade est déjà perdu, puisque l’on ne saurait tenter aucun moyen pour séparer des parties vives la portion gangrenée. Mais tant que la dégénérescence gangréneuse n’est pas encore survenue , qu’il n’y a pas de menace de gangrène , il n’existe pas d’inflammation maligne, et l’on ne saurait persuader aux bons praticiens, d’essayer l’usage exclusif de remèdes véritablement excitans ou stimulans, dans la pneumonite, l’angine l’hépatite maligne ou la nerveuse. Tout au contraire comme je l’ai déjà dit , ils ont vanté les succès de l’émétique , du kermès , de l’acide sulfurique, de la myrrhe et du quinquina.

Et, de ce qu’ils se sont abstenus d’employer 1 opium dans ces inflammations internes, parce qu’elles menaçaient de dégénérescence gangréneuse , nous devous en inférer, que si l’opium est utile dans quelques gangrènes des extrémités , il n’est utile qu’en augmentant l’inflammation , et circonscrivant par ce moyen la gangrène. Aussi serait-il convenable de démontrer que l’opium et les autres excitans ont diminué l’inflammation qui précède la gangrène, pour pouvoir prouver que cette inflammation était de nature asthénique, comme on le prétend, et qu’elle pouvait être traitée par la méthode excitante.

§ 82 . Les aphithes, les parotides, les décubitus ainsi appelés, ou les plaies phlogistico - gangréneuses de la région sacrée, qui se développent dans le cours du typhus, des fièvres pétéchiales ou nerveuses, devraient être sans aucun doute des inflammations asthéniques , s’il pouvait exister quelque inflammation par défaut de stimulus. De semblables phlogoses furent à la vérité déclarées asthéniques par les défenseurs de Brown, aussi leurs cris de guerre n’étaient-ils dirigés que contre l’épuisement de l’incitabilité et la faiblesse indirecte , et l’ancre de salut 11e se retrouvait-il que parmi les remèdes les plus excitans.! Cependant l’empire de la faiblesse indirecte, étant tombé ou au moins très-limité par d’aussi grands désastres, quoique beaucoup de médecins rendent encore un certain culte asthénique à la fièvre nerveuse et au typhus, on ne voit plus aucun écrivain, ni un médecin sensé proposer, l’usage de l’opium , de l’etber ou du vin dans le traitement des paro-

ticles , des apîithes et des plaies décubito-gangré-

neuses. On s’est bien servi du quinquina, mais avec

lui on a également employé la myrrhe, ou le sel ammoniaque dans le traitement de ces gangrènes. Il n’y a personne, quelque partisan qu’il soit de la phlogose asthénique ou maligne, qui ne traite les aphthes avec les antimoniaux, le tamarin, l’acide sulfurique, le borax, et d’abondantes boissons antiphlogistiques. Et depuis long-temps il en est peu qui ne traitent les parotides qui se développent dans le typhus, parla même méthode plus ou moins active, telle que celle à laquelleon a recours dans les autres affections phlogistiques; n’épargnant pas même la saignée quand la force de l’inflammation la reclame, à l’exemple des médecins de l’antiquité. Le triomphe de la nouvelle doctrine est véritablement assuré, par l’abandon que l’on a déjà fait des remèdes excitans dans le traitement des inflammations que l’on persiste encore à vouloir appeler asthéniques; et l’on peut vérifier chaque jour cette contradiction, entre les principes émis et la méthode curative, en faisant attention à la conduite de ceux qui sont même les plus difficiles à se ranger de notre bord. Avant mon départ de Parme, il y a quelques années, il existait encore une assez grande différence d’opinion entre moi et mon illustre concitoyen, relativement à la déclaration que j’avais faite, du génie toujours identique de l’inflammation. Il ne pouvait pas se détacher de l’idée de la phlogose asthénique; et cependant au lit des malades, où il nous arrivait souvent d’être ensemble, nous fûmes toujours d’accord sur

la méthode curative qu’il convenait d’employer dans l’inflammation appelée vulgairement asthénique. S’il était question d’inflammations chroniques, soit du foie, de la rate , de l’utérus, de phthisie pulmonaire, d’ophlalmite lente, les apéritifs ainsi nommés, comme l’acétite de potasse , l’aioes ou la rhubarbe , les antimoniaux, l’extrait d’aconit, le mu ri aie de baryte, l’épicacuanha, les drastiques ou autres contrestimulans semblables, étaient les moyens qu’il proposait ou approuvait; ainsi s’évanouissait par le fait, en thérapeutique, la différence d’opinion qui existait entre nous relativement aux maximes générales de la pathologie. S’il était question de congestions inflammatoires, qui se développent pendant le cours du typhus pétéchial , il n’était pas à la vérité aussi résigné que moi pour pratiquer la saignée, mais il ne désapprouvait pas l’application des sangsues; et sa méthode curative, quoique moins décidée que la mienne, n’en était pas moins antiphlogistique. Les boissons aqueuses abondantes, et les antimoniaux, étaient aussi pour lui les moyens habituels pour traiter ces affections, ce que l’on peut encore vérifier en examinant la méthode curative qu’il a proposée dans la dernière épidémie pétéchiale, qui ne diffère en rien de celle que j’avais proposée à Bologne, à la commission de santé; enfin depuis qu’il a acquis l’expérienee des funestes inconvéniens de la méthode brownienne, pendant les premières années de sa clinique dans l’hôpital de Parme, où il traitait, et toujours avec un triste succès, les typhus, qui s’accompagnaient des paro~

tides, d’aphthes, de gangrène, et de plaies décubitales, avec des fortes doses de musc et de vin , d’ether et d’ammoniaque; je ne l’ai plus vu traiter par de pareils moyens la phlogose, appelée typhoïde. Il y a à Parme des médecins et des pharmaciens qui peuvent attester le changement qui s’est opéré dans sa méthode de traitement, depuis cette époque. C’est ainsi que j’ai vu d’autres médecins experts, et certains auteurs se rapprocher dans leur pratique de ces principes qu’ils n’admettent pas encore dans leurs discussions , ni dans leurs écrits. Et je me suis également aperçu, que quelques-uns semblaient au lit du malade , s’attacher à une nosologie et à une classification de maladies bien différente de celle qu’ils avaient adoptée dans leurs écrits. L’illustre Raggi, par exemple, admettait encore dans les dernières années de sa trop courte carrière, l’existence de l’inflammation asthénique. Et dans ses ouvrages, il n’y aucune inflammation , en commençant par la plus grave encéphalite ou pneumonite, et marchant enfin jusqu’à la plus légère affection exanthématique, qui ne soient décrites sous les deux aspects d’asthénie et de sthénie. Mais dans sa clinique, on n’a presque jamais remarqué aucun cas d’inflammation asthénique, et son genre de traitement était toujours en rapport avec celui des médecins qui admettent 1 identité constante de la plilogose, toujours entretenue (ayant égard aux degrés ainsi qu’aux modifications que peuvent apporter à la maladie la partie affectée), par un excès de stimulus. Mais j’en appelle auprès

du distingué professeur Pinali, qui pendant tant d’années a été son adjoint à la clinique interne de Pavie, et j’invite en meme temps tous les élèves de cette école , qui aujourd’hui sont des médecins accrédités dans la Lombardie et au dehors , de déclarer si la méthode curative de ce docte médecin clinique ne se rapportait pas avec celle adoptée par les propagateurs de la nouvelle doctrine, à laquelle les observations memest.de ce grand homme ont été très-utiles. Le célèbre professeur Antoine Testa, quoique enclin à considérer l’inflammation comme cause ou condition pathologique du plus grand nombre des maladies, n’adoptait cependant pas encore le langage de la pathologie moderne; quant à la fièvre pétéchiale et autres affections phlogistiques qui s’y associent , ses idées , dans la chaire , n’étaient pas tout-à-fait conformes avec celles d’aujourd’hui. Cependant mes amis, les médecins Yalorani, Gajani et Barili, quifurent ses disciples, m’ont assuré que sa méthode curative était entièrement anti-phlogistique, meme dans le typhus ancéphalite; et bien certainement qu’il ne traita jamais les parotides ou les aphthes qui se développent dans le cours des fièvres pétéchiales, ainsi que la gangrène ou les décubitus, par la méthode excitante de Brown et de Weikard, au contraire il la désapprouvait hautement. Quelles sont donc (je dois le redire) les inflammations asthéniques que l’on doit traiter par la méthode excitante , si ce ne sont celles qui se développent dans la fièvre nerveuse, considérée par

les adversaires de la nouvelle doctrine comme maladie éminemment asthénique ?

§ 83. Le célèbre Pinel, dans sa nosographie, en traitant des phlegmasies, admet Y inflammation adynamique. Mais si on le suit dans ce qu’il dit de X angine adynamique ou maligne , on verra bientôt comment il en confie le soin au tartre stibié, à l’acide muriatique, et aux boissons anti-phlogistiques en ajoutant à ces moyens, tout au plus la décoctionde quinquina, comme parvénération pour l’antiquité et l’usage. Vous trouverez dans le Compendium de médecine pratique de Clarke, les inflammations distinguées en hypersthèniques et en hyposthéniques ; mais dans le traitement des dernières, le mélange de beaucoup de remèdes d’une activité opposée et la prépondérance des contre-stimulans les plus actifs sur les excitans , ne laisse aucun doute relativement à la classe de remèdes de laquelle il a obtenu les meilleurs effets. Le célèbre Richerand a aussi admis une inflammation gangréneuse , c’està-dire une inflammation d’une telle nature , qu’elle dégénère nécessairement en gangrène, et cette propension inévitable provient de la coexistence d’une adynamie ou atonie universelle , avec un surcroît d' excitation dans la partie enflammée . Mais quelle méthode de traitement a-t-il employée dans cette malheureuse complication? Si, en respectant la faiblesse générale, il s’est borné à appliquer sur la partie enflammée les moyens propres à diminuer l’excitation qui y était en plus, je déclare par ce fait

même, que l’inflammation, ainsi quejeîe soutiens, se constitue, clans les parties qu’elle affecte, parmi excès de stimulus local, malgré l’adynamie générale. Si an contraire, ayant eu égard à l’adynamie générale, il avait appliqué des remèdes excitans sur la partie enflammée , il aurait agi en sens inverse de sa propre opinion et de l’excitation qui est augmentée dams la partie enflammée. Il aurait également été en contra» diction avec cette maxime, s’il n’avait seulement fait mettre en usage intérieurement que les remèdes ex» citans, puisque l’usage unique de remèdes stimulans ne pouvait qu’accroître le stimulus et l’excita» tion de la partie. Ne pourrait-il pas se faire que chez un homme faible, ou cacochyme , ou autrement , dont l’organisme serait totalement privé de stimulus, et qui enfin serait dans l’état adynamique de Richerand, s’il arrivait qu’il fût atteint d’une inflammation à l’œil par l’effet d’un coup violent, que l’on puisse néanmoins lui faire continuer l’usage des remèdes excitans internes, comme le vin , l’éther, les aromats, sans préjudicier pour cela à l’œil malade? Ne se sert-on pas et avec avantage des mêmes remèdes dans le cas opposé , quand à l’atonie de l’organisme il s’adjoint une véritable atonie, un défaut de stimulus dans le nerf optique ? Quant à l’adynamie del’organisme, considérée par Richerand comme formant une condition particulière qui conduit nécessairement une partie enflammée à la gangrène, je ne sais jusqu’à quel point cette coexistence d’atonie ou d’excitation défectueuse de l’organisme peut contribuer à produire une gangrène inévitable dans

une partie enflammée. Si , d’après la confession même de Richerand , dans cet état de choses , la partie enflammée se retrouve excitée (Tune manière excessive , il semblerait , à dire la vérité , que l’état de faiblesse de l’organisme, devrait plutôt influer à arrêter qu’à accélérerles progrès de l’inflammation locale dont la marche vers la gangrène est d’autant plus précipitée qu’elle est plus violente. C’est pour cela qu’en recherchant les causes qui déterminent cette tendance presque effrénée de certaines inflammations à la gangrène, il m’a semblé que cette dégénérescence si facile pouvait plutôt provenir d’une organisation particulière , ou de la nature des fluides et des solides de l’individu. Il me semble plus raisonnable de penser que l’atonie générale, compliquée par une inflammation locale, se trouve d’autant plus compromise qu’elle rend insupportable à l’organisme les moyens débilitans que la partie enflammée réclame pour ne pas passer à la désorganisation. Personne ne peut nier cette complication de l’atonie générale avec l’inflammation locale, dont la pratique fournit tant d’exemples. Mais , dans une circonstance aussi importante, ce serait un bien grand malheur, si l’état du système en général, des nerfs , de l’estomac et des principaux organes de la vie , etc. , empêchait de pouvoir recourir aux soustractions sanguines, ou àl’emploi des remèdes contre-stimulans , qui sont indispensables pour arrêter l’inflammation d’une partie, et prévenir son passage à la gangrène, ou à toute autre fin ; d’où il est toujours vrai cependant, que la partie enflammée ne tolère pas

et ne peut tolérer impunément l’usage des remèdes excitans, par cela même qu’en elle, d’après les propres expressions de Richerand, V excitation est morbidement accrue .

§ 84. Le profond Reil, qui a soumis l’inflammation à de si utiles recherches , n’a point exclu l’idée de l’inflammation asthénique dans son Traité de la fièvre. Celui-ci écrivait à une époque où le brownisme dominait encore en Allemagne, et ce fut déjà beaucoup qu’il s’éloignât, comme il le fit, de tant d’autres maximes pathologiques de la doctrine du médecin écossais. En traitant de l’inflammation, il ne sut pas entièrement abandonner les distinctions communément adoptées et admises, de l’inflammation ataxique. «Quand l’inflammation (disait- « il , dans le 2 e vol. § 71 ) a le caractère de l’ataxie, « les vaisseaux enflammés se trouvent, ou en partie « ou totalement privés de l’énergie inhérente à la « vie, de l’irritabilité, de la puissance motrice, et « enfin , dans un degré plus avancé, de la puissance « végétative. On rencontre le plus petit degré de « cet état dans certaines inflammations chroniques « externes, qui n’occasionnent aucune douleur, où « l’on voit les vaisseaux relâchés et languissans, et « dans lesquels le sang circule comme ayant pénétré « dans une partie déjà morte , où il circule avec la « plus grande lenteur , où il se coagule , et où enfin « se réalise la dégénérescence la plus complète de « l’état organique. » Mais, est-ce là décrire l’inflammation d’une partie, 11’est-ce pas au contraire la peinture la plus parfaite d’un engorgement des vais»

seaux, une intumescence par inertie des fibres, avec privation totale des caractères et des conditions qui caractérisent riufiammation? Si les vaisseaux manquent d'énergie vitale , d irritabilité , de puissance motrice , de force végétative ; si le sang ne circule que comme ayant pénétré dans une partie déjà morte , s’il n’y a enfin, ni tension douloureuse, ni accélération dans les pulsations, qu’il y ait au contraire de la lenteur dans le mouvement des artères , où sont donc les caractères du processus inflammatoire? Certainement que l’on pourrait difficilement concilier cet état morbide, considéré comme inflammatoire , avec les notions fondamentales que Fauteur expose ailleurs sur la cause de l’inflammation , ainsi que les conditions pathologiques qui en forment l’essence, et en sont inséparables. « L’in- « flammation ( § 65 du même ouvrage) Inflam - « matio , incendium , phlegmone , phi o go sis , est « une maladie particulière qui porte atteinte à Fête nergie vitale, inhérente au système vasculaire sari- (fguin, dont les symptômes, pendant cette ma* « ladie , sont : la rougeur , la tuméfaction, l’ardeur, « la douleur et la transudation. — L’inflammation « est une maladie qui a son siège dans les vaisseaux « sanguins, et tous les phénomènes inflammatoires « peuvent se comprendre et être expliqués d’après « l’affection primitive des vaisseaux mêmes. Le « sang est forcé de suivre V intensité augmentée de « Faction vasculaire , et s’il existe des médecins qui « traitent de l’inflammation , comme si elle intéa ressait le sang , la substance cellulaire , le cer~

« veau, les viscères, etc., ils se servent d’un langage <c impropre, puisque toutes les parties qui viennent « d’ëtre désignées ne peuvent être enflammées « qu’autant que primitivement leurs vaisseaux ont « été enflammés, et qu’ils propagent leur inflammav « tion. — Les artères enflammées battent avec plus <c de célérité, eld’ une manière plus forte qu’elles ne le « font pendant l’état de santé ; et c’est ce qui forme « le phénomène inévitable de leur irritabilité auga mentée ( § 67 ). À la faveur de l’intensité d’action « augmentée , le sang entre avec plus d’abondance (( dans les artères , et se retrouvant poussé avec une « rapidité plus grande et insolite, vers l’origine des « veines, il s’accumule dans le lieu enflammé, et y « forme congestion. — La douleur résulte de Texte pansion et de la pression des filets nerveux, qui « se trouvent dans l’intumescence phlogistique. « — Enfin, dans la partie enflammée on voit pré- « dominer une augmentation d} activité , un surcroit « de végétation , et, à la faveur de l’augmentation du « processus circulatoire sanguin, un changement plus « rapide de la matière organique. » Tel est le langage de Reil quand il cherche à expliquer la formation de l’inflammation générale , à laquelle il veut nécessairement soumettre (à l’exception des degrés et des relations de lieu , de la plus grande ou de la plus faible tendance des parties enflammées à la désorganisation), dit-il, toutes les différences particulières. Je laisse à décider aux personnes impartiales, s’il est possible de concilier cette idée générale de l’inflammation avec les caractères que Tau»-

teur assigne à la prétendue inflammation ataxique ; ou bien, si c’est une inconséquence d’accorder à un engorgement de sang par ataxie , ou par atonie , le nom d’inflammation.

Quoique ce même Reil n’ait pas su s’affranchir de la distinction trop généralement reçue de l’inflammation en hypersthénique ( qui pour lui était conforme à la synoque), et hyposthénique (ou ataxique) ; considérant ensuite la typhoïde, comme occupant le milieu entre ces deux extrêmes, et que, par un mélange aussi bizarre qu’extraordinaire , il croyait devoir participer de l’une et de l’autre ; Reil, dis -je, eut cependant le courage de résister à l’opinion si invétérée sur l’inflammation bâtarde. Le paragraphe suivant (vol 2. § 70) de ce profond pathologiste, dont j’ai toujours recommandé la méditation à mes élèves, quoique ses maximes sur plusieurs points se trouvent en opposition avec celles que j’ai cru raisonnable de soutenir; ce paragraphe , dis-je, est aussi philosophique qu’il est possible de l’être. « Vouloir diviser l’inflammation en légi- « time et en bâtarde, 11’est qu’une méthode erronée. « En effet la bâtarde appartient, ou aux inflam- « mations, et alors elle doit être une inflammation « légitime; ou elle manque des caractères propres « à l’inflammation, et alors elle ne peut et ne doit « point être inflammation ni légitime, ni bâtarde. « On considère communément pour inflammation « bâtarde, les érysipelacées , les catarrhales et les « rhumatiques; mais l’érysipèle est une inflamma- « tion légitime, et s’il en est ainsi, il ne peut être

écarté de la classe de toutes les autres inflamma- « tions.» Cela aurait été peu important à la vérité, si par la dénomination de phlogose bâtarde ( Inflammation atha des auteurs), on avait eu seulement l’idée de circonscrire le degré de la maladie , ou de la déclarer superficielle ou membraneuse, et n’intéressant aucun des viscères. Mais l’idée que Ton attachait à ces inflammations bâtardes (à la pleurésie , par exemple ) était bien différente et plus dangereuse. On les regardait, d’après Brown, comme si elles étaient de nature opposée à la légitime; on les considérait comme asthéniques et curables par les excitans. Une pareille méthode de traitement était, à la vérité, très-propre à donner à la maladie cette légitimité dont on la croyait dépourvue : c’était le moyen d’augmenter le degré et l’importance d’une phlogose qui, étant légère et superficielle, aurait pu facilement disparaître à l’aide de quelques moyens anti-pblogistiques, pourvu qu’ils n’aient pas été mélangés avec des substances d’une propriété opposée. Smith, comme on peut s’en convaincre par les annales de médecine étrangère , que l’on publiait à Gand, ainsi que Kluiskens, Vrancken, Rasori et Want, comme je l’ai dit dans le journal médico-chirurgical de Parme, traitaient heureusement la goutte par la méthode anti-phlogistique , cette goutte même que les browniens considéraient comme une espece de phlogose bâtarde, ou comme une phlogose de nature asthénique. Smith lui-même, quoique s’exprimant d’une manière obscure, quand il est question de se rendre compte, ou de déduire

quelques principes généraux de pathologie, d’après ses expériences, fait cependant assez connaître quil est assez généralement admis , que l’action des grands vaisseaux est augmentée dans l’inflammation, sans faire aucune exception ni de la phlogose bâtarde, ni de la légitime. « Les inflammations, « poursuit Reil, que l’on nomme bilieuses, rhuma- « tiques, scrophuleuses, vénériennes, etc., ne sont « ni genre ni espèce : elles indiquent seulement au- « tant de complications, ou origines de ces maladies « inflammatoires, considérées relativement à leurs « causes éloignées. Nous sommes encore privés, « jusqu’aujourd’hui, de notions suffisantes pour dé- « cider si , à Sa faveur des causes éloignées , il ré- * suite des différences concernant le caractère ou c< (comme nous Se disons), les différences essentielles « de l’inflammation. » Grâce aux progrès de la pathologie, l’époque est arrivée, je crois, où l’inflammation considérée par ce qü elle est en elle-même , c’està-dire dans sa cause prochaine ou dans la condition pathologique qui la constitue , considérée en ce qui peut déterminer l’indication curative, qui est toujours une, c’est-à-dire celle de dompter le stimulus plus ou moins dominant, en quoi consiste et à quoi se rattache cette condition; l’époque, dis-je, est arrivée où l’inflammation ne peut plus être divisée en autant d’espèces qu’il y avait de causes éloignées qui pouvaient lui donner naissance. Qu’importe que la condition essentielle d’un processus phlogistique, que sa marche, relativement aux parties qui en sont affectées, présente les caractères de la fièvre bilieuse, et

de l’hépatite, ou bien plutôt celle de l’érysipèle et de la goutte, que la bile, soit exubérante ou altérée, en soit la cause motrice? J’observe que dans l’hépatite, malgré la couleur jaune ou l'ictère qui l’accompagne, la saignée réitérée et les autres remèdes anti-phlogistiques sont les mêmes moyens curatifs qui procurent la résolution de la pneumonite, accompagnée, par les relations de Forgane affecté d’une vive coloration de la face. J’observe que la fièvre gastrique ainsi que la bilieuse, quand elles sont fortes et quand le système gastro-hépatique est sérieusement affecté, exigent la saignée pour être domptées, quoiqu’il ne soit pas toujours nécessaire qu’elle soit aussi souvent répétée que dans les inflammations de poitrine. J’observe également, que la goutte est traitée par la méthode anti-phlogistique et que quiconque ne serait pas persuadé que la goutte soit de nature phlogistique ait à se rappeler que les anciens praticiens ( Musgrave pourrait suffire pour tous) quoique peu disposés à tirer du sang, dans la crainte de faire rétrograder l’humeur goutteuse, avaient cependantreeoursàdelarges saignées quand par malheur elle rétrogradait, et que vaguement elle allait affecter le poumon, le cerveau ou les intestins, etc. Les anciens voyaient bien dans ce cas qu’il ne s’agissait plus que de pleurétites , de phrénites ou entérites semblables à toutes les autres, quoique la goutte en ait été la cause éloignée, et il serait absurde de croire qu’une maladie soit changée de nature parce qu’elle a changé de lieu , et que devant être traitée parla saignée si elle attaque le poumon, on dut la guérir avec l’opium ( quoiqu’il ne soit pas

toujours aussi nuisible, à cause du peu d’importance de la partie affectée) quand elle avait son siège dans une articulation. Qu’importe que le virus vénérien, variolique, ou celui de la rougeole, ainsi que le pétéchiale aient déterminé l’inflammation d’une partie? Tout en respectant ce qui concerne les affections vénériennes, ainsi que l’espoir et la confiance que l’on a de détruire, à l’aide d’un remède spécifique, la matière même du virus, je vois cependant que les phlegmasies chroniques occasionées par lui et qu’il entretient ( ce qui arrive le plus souvent) se guérissent admirablement par l’usage des drastiques ainsi que de la saignée. Je vois que quand la variole ou la rougeole attaquent les poumons ou d’autres viscères importans, que ces affections se traitent par la saignée et les boissons nitrées , comme toutes les autres pneumonites, et je ne puis entrevoir aucune différence entre l’essence de l’inflammation et la méthode curative qui lui peut convenir, à cause de la différence des agens qui l’auront déterminée. Je vois que , quand l’inflammation pétéchiale va attaquer les méningés et produire une encéphalite, quil devient urgent de répéter les saignées et d’employer les remèdes anti-phlogistiques les plus actifs; que quand le processus morbide a son siège sur telle portion du système nerveux, et qu’il peut fortement troubler et faire vaciller les mouvemens vitaux, qu’il faut aussi n’employer qu’avec la plus grande prudence les déplétions sanguines, mais la maladie pour cela n’en exige pas moins une méthode de traitement contrestimulante. Que quiconque ne serait pas encore per-

snacîé que les processus morbides déterminés parles pétéchiés, le virus vénérien, sont de nature inflammatoire et curables par les moyens ordinaires , se rappelle encore une fois qu’une parotide qui survient pendant le cours d’une fièvre pétéchiale ou nerveuse, qu’une orchite ou une cystite qui se développent par l’action du virus vénérien n’ont jamais laissé aucun doute ( quand elles sont parvenues à un certain degré ) sur l’indication à remplir au moyen de la saignée réitérée. Quelle différence y a-t-il enfin que l’action violente de la chalenr ou du froid, par suite de la réaction vitale, ou bien que la percussion, une piqûre , une incision aient occasioné une inflammation? Quand l’inflammation est formée, elle n’est pas différente , et je vois que dans l’un et l’autre cas, la meme méthode curative est nécessaire, et qu’avec la saignée et les boissons anti-phlogistiques on guérit également ce terrible processus, soit chez le malade qui l’a acquis par le froid ou par le chaud, d’une fracture, d’une entaille, ou bien par la commotion d’une chute grave.

§ 85. Les idées émises par le célèbre J. Thompson dans ses Leçons sur l’inflammation ne sont pas malheureusement assez claires ni exemptes à mon avis de contradictions, meme dans le cas où il admet la possibilité de l’inflammation. Il commence par démontrer ( leçon III ) que l’inflammation a son siège principal dans les vaisseaux capillaires, que l’inflammation consiste dansfF<ptzoft augmentée de vaisseaux de la partie affectée f opinion qu’il confesse avoir déjà été émise par de Gorteret soutenue parCullen

et Hunter), et il prouve que Faction des vaisseaux de la partie affectée peut augmenter indépendamment de Faction du cœur. Il combat ensuite Fopinion qui avait déjà été combattue par l’illustre pathologiste italien François Vacca, et qui depuis Fa été par Chortet, Lubbock et Allan ( reproduite dernièrement comme neuve par un médecin de Lucque, et combattue par le docteur Jonelli dans le journal d’Arcadie) ; que l’inflammation consiste dans la diminution de Faction des vaisseaux , et trouve sa cause prochaine dans leur atonie. Il admet encore que de l’atonie des vaisseaux, il peut résulter un retard dans la marche du sang, une congestion; Fauteur démontre cependant comment il devient nécessaire pour que l’inflammation ait lieu, que la congestion stimule en excitant les vaisseaux à de frèquens, mais inefficaces efforts pour prévenir T abord du sang dont ils sont déjà remplis , ou duquel se remplissent à mon avis sous l’influence de l’inflammation et par Faction augmentée des vaisseaux sanguins, les cellules et les conduits qui dans Fétat de santé n’admettent pas le sang. Jusque-là l’idée de l’inflammation se rattache tellement à l’augmentation d’action ou de mouvement vasculaire que l’on croirait qu’elle ne pourrait pas s’allier dans l’esprit de Fauteur avec celle de l’inflammation asthénique ou par défaut d’action. Mais en poursuivant la lecture de l’ouvrage, il fait rem arquer par des expériences qu’il a faites sur des grenouilles, que l’application du sel commun sur les vaisseaux sanguinsoccasionnela dilatationde l’artère, «que cet « effet ( que les adversaires du contre-stimulus le re-

« marquent bien ) est diamétralement opposé à celui « qui a lieu par l’application du sel ammoniaque; » et ayant observé que Y état occasioné par V application du sel portait les indices de V inflammation ( dans des instans séparés et successifs qui précèdent la dilatation des vaisseaux et le ralentissement de mouvement auquel la réaction succède ainsi que l’augmentation d’action qui a lieu après la pâleur occasionée par le froid) il en retirait les conséquences suivantes : que la circulation augmentée se manifeste à un degré plus ou moins fort dans cet état auquel on a donné * le nom d'inflammation active , que la diminution du mouvement dans la circulation des capillaires enflammés peut se manifester au commencement de V inflammation (comme condition préparatoire, ce qui ne peut être nié) continuer vers la fin et pendant les progrès de cet état ( cela n’est plus conciliable avec l’idée de l’inflammation attribuée par Fauteur meme à une augmentation d’action), qu enfin cet état de diminution d' action ou de mouvement devient peutêtre utile dans ces inflammations que Von appelle passives. ( Lesquelles affections passives, si elles consistent véritablement en une diminution de mouvement ou d’action des vaisseaux, dans un engorgement passif auquel n’aurait pas encore succédé l’activité de la réaction, ne méritent pas le nom d’inflammations, et ne seront point inflammations par la déclaration même de l’auteur qui a soutenu que le caractère de l’inflammation était une augmentation d’action et de mouvement dans les vaisseaux). Mais Fauteur même explique déjà mieux et d’une manière

plus cohérente avec ces premières idées, celle qui est relative à Fétat passif. « Si les notions précédentes « sur Fétat de la circulation dans les vaisseaux enflammés sont exactes, il s’ensuit que l’inflamma- « tion est quelquefois prévenue par un accroisse- « ment, quelquefois d’une diminution dans la vélo- « cité de la circulation des vaisseaux capillaires ». Le mot de prévenue concilie assez bien cette idée avec une meilleure étiologie de l’inflammation, parce que s’il est vrai que dans le plus grand nombre de cas l’inflammation, d’après l’ancienne idée de de Gorter, est un effet immédiat du stimulus qui détermine dans les vaisseaux une activité, un mouvement plus grand que dans Fétat naturel. On ne peut nier d’une autre part (et Favons-nous jamais nié ?) que l’inflammation puisse être quelquefois précédée d’un engorgement, d’une congestion, d’une intumescence provenant de l’atonie , ou d’une diminution dans Faction de la partie. Mais alors, d’après l’opinion même de Thompson, V inflammation aura lieu quand la congestion stimulera , excitera les vais seaux sanguins à de fréquens efforts: ce qui veut dire que l’inflammation pourra succéder à un engorgement passif, à une diminution de mouvement et d’action ; mais que ces deux états ne peuvent se rencontrer, ils peuvent seulement, le premier donner lieu au second, et le premier cesser par cela même que le second a lieu. Et cette succession est positivement reconnue par Thompson d’après ce que nous allons voir. « L’inflammation passive, selon l’acception du mot, semblerait consister en une simple dilatation

des vaisseaux capillaires et dans la distention de ces vaisseaux par le sang ; mais non autrement que ce qui arrive dans la dilatation des vaisseaux dans certaines varices et dans les affections dites anévrysmatiques par anastomose, les capillaires dilatés dans les inflam mations passives sont sujets assez souvent à des intervalles de douleur et d’oppression , ils ont également leur état aigu et actif, comme leur état indolent et passif , ce qui, dans d’autres termes, veut dire qu’à un engorgement des vaisseaux sanguins ou du tissu cellulaire il peut succéder uneinflammation : que l’inflammation une fois dissipée par quelque fin que ce soit dans les parties qu’elle avait immédiatement attaquées, il peut rester après elle, dans le tissu cellulaire qui en dépend , un engorgement qui ne soit pas phlogistique , qu’ensuite, si cet engorgement vient à occasioner de l’excitation par suite de la distension, il peut survenir une nouvelle inflammation. « Je n’entrerai dans aucune discussion ( poursuit « Thompson) sur la question relative aux états que k l’on nomme chroniques ouy> as si/, s , c’est-à-dire si l’on ce doit les appeler inflammations; attendu que les faits « démontrent, que les limites d’où les inflammations « aiguës deviennent chroniques n’étant pas trop dis- « tinctes ni suffisamment isolées par la nature, il ré- « suite que l’un peut passer insensiblement et d’une « manière inappréciable à l’état de l’autre. » Ce qui fait que si ces nuances avaient lieu de manière à ne pas pouvoir en distinguer les caractères, que la méthode curative pourrait devenir fort embarrassante ; mais on ne pourrait jamais qualifier du nom d’inflamma-

lion ce qni n’en serait pas une, et quand l’inflammation n’existe pas, il est impossible d’en retrouver les caractères.

§ 86. Le célèbre Sprengel finalement admet aussi , mais d’une manière plus absolue et plus positive que Thompson, l’inflammation asthénique. Il fait dériver l’existence et l’idée de cette inflammation asthénique, des causes débilitantes qui ont précédé la maladie, des symptômes nerveux, ou asthéniques du malade, ainsi que de la prétendue malignité, qui se manifestant dans la partie enflammée ou dans l’organisme. Je crois que nous nous sommes suffisamment occupés des causes débilitantes qui peuvent occasioner un processus phlogistique , sans que l’on ait pu en inférer qu’elles l’aient prochainement produit , et sans que de leur action déprimante on ait le droit de conclure, que l’inflammation qui survient soit asthénique, ou par défaut de stimulus. J’ai déjà fait remarquer dans la 16e note de mon Introduction à la nouvelle doctrine, qu’à un état de prostration, de dépression vitale, et de contre-stimulus, occasioné précisément par l’action de puissances déprimantes, il peut arriver qu’en vertu de cette force de réaction vitale ( dont on comprend mai le mécanisme, mais dont l’existence est un fait prouvé par mille circonstances), il puisse succéder une telle augmentation d’incitation ou de stimulus que l’inflammation s’y établisse. Je voudrais que nos antagonistes distinguassent bien une chose de l’autre, les momens entre eux , la cause de dépression première, de la cause nouvelle qui peut

déterminer l’accroissement du stimulus. Je n’ai pas dit, comme il a plu à quelques hommes superficiels de me le faire dire, que les puissances déprimantes, ainsi que les stimulantes , produisaient l’inflammation, J’ai bien dit que les stimulantes la produisent d’e 1 les-mèm es et immédiatem ent, qu and elles arrivent à un certain degré de force, et que les causes déprimantes peuvent l’occasioner, ou y donner lieu, quand à l’état de dépression qu’elles produisent immédiatement (ce qui est bien différent de l’état phlogistique) il survient un effort de réaction vitale, qui engendre le stimulus et réveille enfin l’inflammation. De manière que l’inflammation qui succède au froid, à l’humidité et à la peur n’est point un effet ni immédiat ni nécessaire de cette puissance , mais bien de la réaction vitale qui tient le milieu entre les premières causes morbides et lè processus phlogistique; réaction qui, n’étant pas nécessaire, n’a pas toujours lieu. Quant aux symptômes nerveux ou asthéniques, ainsi que ceux dè malignité auxquels Sprengel attache l’idée d’inflammation asthénique, j’ai déjà démontré dans les chapitres précédens, de quelles conditions ils peuvent dépendre ; comment il est difficile de démontrer par eux la nature asthénique de l’inflammation, comment la faiblesse physiologique devient un argument faux et insuffisant pour démontrer le défaut de stimulus. J’espère aussi avoir fait de la malignité une analyse utile à la pathologie, et avoir démontré comment la dégénérescence gangréneuse , qui, par la nature de certaines conditions des solides et

des fluides., peut aussi facilement et précipitamment succéder à un processus phlogistique , et doit être distinguée des momens même très- courts de la phlogose qui la précède, seuls instans où l’on peut tenter, s’il en est encore temps, de traiter la maladie, et prévenir ses funestes suites. Enfin les principes et les caractères de V inflammation asthénique , exposés par Sprengel, ont été discutés par nous dans tous leurs détails , autant que ceux qui ont été émis par d’autres auteurs. D’après une masse de faits et d’inductions nous en avons démontré l’insuffisance ; et Sprengel rentre pour nous dans le nombre des auteurs vivans qui ne pourront, à bon droit à l’avenir, soutenir l’existence de l’inflammation asthénique y sans répondre avant tout aux argumens qui nous ont servi, dans cet ouvrage et dans d’autres écrits, pour en démontrer l’absurdité. Et je suis bien convaincu que Sprengel, historien impartial, ne se refusera pasoudemodifier son opinion , ou de démontrer par quel endroit et en quoi peuvent pécher les principes , les faits,, les inductions, sur lesquels la nôtre est fondée. Il a suffisamment prouvé dans son histoire pragmatique, le véritable désir dont il est animé pour les progrès de l’art ; il s’est montré assez impartial envers les étrangers. Et si quelques rayons de la nouvelle doctrine, qui jusque-là était entièrement inconnue des ultramontains, ont pu frapper leurs regards ; c’est à lui que l’Italie le doit; de cela dépend je crois, l’anéantissement de l’erreur, dans laquelle beaucoup d’entre eux se trouvent encore, ainsi que

la rectification de l’histoire pragmatique, puisqu’ils connaissent, aussi bien que Sprengel, sur quoi reposent les bases de la nouvelle doctrine pathologique d’Italie.

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