LES FÊTES DE L'EXPOSITION
Le public à l'Exposition. — L:i fouir. — Dimanches et fêtes. — A.s])ecl (lu (3hamp-cle-Mar:J. — Les dîners sur les pelouses. — Restaurants, cafés, b:irs. — L'heure des repas. — Envahissement des bancs, des ternisses, eic. par les dîneurs. -^ Les dégâts dans les Jardins. — La gare du Champ-de-Mars. — Les pontons des bateaux. — Moyens de circulation. — CJiemin de fer de Ceinture, bateaux, tramways, omnibus, tapissières. — Provinciaux et étrangers. — Petite statistique. — Voyujreurs transportés. — La consommation à Paris en 1889. — Le ventre de la ^Tandc Ville. — Dans l'enceinte.. — Les accidents. — Les enfants perdus. — Les pick-pockei>. — La santi'i publique. — La Commission des Fêtes. — Les fêtes de jour et de nuit. — La distribution des récompenses. — A rêtrangcr. — Opinion de la presse étranjrère sur l'Exposition de 1889.
|ous avons esquisse'' les Pahais; mais ce que nous ne saurions représenlerexactement pour ceux qui n'auront pas visité l'Exposition pendant le jour et pendant la soirée, c'est l'étonnante poussée de la foule dans l'enceinte, le coup d'œil extraordinaire du Champ-de-Mars et des Invalides les grands jours de fête, l'assaut des
itS CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
carés, des restaurants à l'heure des repas. Les cafés et
les restaurants, les bars occupent un espace considérable le long des promenoirs, dos terrasses des palais :
LA FOULE — LA CltlCULATION. 149
il en existe, en dehoi-s de ceux qui ont obtenu des concessions au premier étage de la tour Eiffel, un nombre relativement considérable dans le parc : restaurant français Tourtel, restaurant Kubn, restaurant Roumain, quatre restaurants populaires, restaurants nombreux aux Invalides, restaurants à l'Alimentation, bars sur bars. Eh bien! tout cela est insuffisant certains soirs; les tables sont envahies ; le pain manque.
Et nous parlons du public qui consent à faire certaines dépenses. Quant à l'autre, à la foule proprement
Fu». 116. — Batoaii des Grands Ma^^asins du Louvre faisant lo service
du quai Sainl-Nicclas au Pont d'Iéua.
dite, elle a donné chaque jour un spectacle qui ne se re verra jamais sans doute. Elle vient avec ses vivres; elle s'installe partout, sur les berges, sur les quais, sur les gazons, au milieu des taillis ; elle n'y regarde pas de si près; les bordures les plus soignées, les gazons les plus verts sont pour elle et lui servent de table à manger; elle les piétine, les arrose, les couvre de papiers gras, d'os, de débris de toute sorte. Chaque dîner de la multitude coûte des milliers de francs à l'administration qui doit tout remettre en ordre. Les pelouses disparaissent sous le nombre des convives; tout est noir de dîneurs; on ne trouverait pas souvent la place de mettre un pied au milieu de ces innombrables per-
Isa CAUSERIES SCIENTIFIQUES.
sonnée arrivant en tous sens, se disputant le terrain et l'espace. Les gazons, les parterres sont pleins. Ce n'est pas assez. La foule envahit les marches et les degrés
<lcs palais; chaque marche attire son monde. Ce n'est pas assez encore, on va s'installer dans lea maisons Garnier, dans les kiosques, on enjamhe les grosses
pierres de la tour Eiffel, on escalade les piliers. Partout on ne voit que des grappes de dtoeurs au milieu des charpentes inférieures de la grande tour. Non, jamais, on ne se fera Tidée du nombre incommensurable de dîners qui auront été absorbés à TExposition. De 5 à 7 heures c'était stupéfiant. On aurait cru que le monde entier était venu dîner au Champ-de-Mars.
Et tout ce monde dîne aux sons de la musique des kiosques ou des restaurants, reste dans le parc, même sous la pluie, dans l'espoir d'assister de près aux illuminations des fontaines lumineuses. C'est à qui retiendra sa place , prendra patience deux heures, trois heures avant le commencement du spectacle.
Certains soirs, on se poussait dans quelques allées du parc au point d'étouffer ; il eût été impossible de se baisser pour ramasser un objet tombé sur le sol. L'écoulement de la foule humaine persistait pendant des heures entières. Même affluence aux Invalides, dans la galerie des machines, dans la grande rue centrale, dans la rue du Caire.
Et le retour? Pendant des heures la gare du Champde-Mars reste prise d'assaut ; des milliers de personnes s'entassent dans la grande salle d'attente ; on se bat, on brise les portes ; on saute dans les wagons, sans billet le plus souvent. Trois, quatre trains sont bondés et attendent leur tour de départ. On voit du monde jusque sur les escaliers de l'impériale, jusque sur les marche-pieds des wagons.
De leur côté, les bateaux multiplient leur service, maislaqueuedesvoyageursn'ena pas moins des kilomètres de longueur. Les omnibus regorgent de monde; les tapissières sont bondées. Sous l'active direction
de H. Chaize, les bateaux ont fait merveille pendant l'Exposition, baleàux-omnibus, bateaux-express, etc. Partout la fourmilière s'agite et se développe en rangs serrés sur un m&me parcours, Ogrands jours del'Exposition! jamais plus on ne reverra pareille aflluence, pareil enthousiasme, semblable spectacle! II était boa
Fia. lia. — La Sallo du Baoquei au Palais do llndnutris.
en quelques ligues de consigner ces petits détails qui bientôt, hélas! ne seront plus que des souvenirs.
Et dans Paris ! Le mouvement de la circulation a été intensif. Nous ne saurionsàl'heure actuelle traduire en chiffres exacts ce qu'il a été pendant le mois d'aoât et commencement de septembre où la vie, dans la grande ville.paraltavoiratteint son maximum d'intensité.Mais les relevés de la Préfecture de police, en ce qui con-
ceme les seuls omnibus, tramways et bateaux pendant les mois de mai, juin et juillet, sont déjà très expressifs.
Pendant ces trois mois, les omnibus et les tramwiiys ont transporté 52,858,401 voyageurs, soit 8 millions
de plus qu'en 1888. Les chemins de fer parisiens (réseaux Nord et Sud) ont transporté 16,215,825 voyageurs, soit à peu près 2 millions de plus qu'en 1888. Enflnles bateaux ont transporté 10,393,207 voyageurs, en chiffre rond 6 millions de plus qu'en 1888.
Ces résultats ne s'appliquent qu'aux 88 premières journées de l'Exposition, 88 sur 180 jours !
On peut les traduire ainsi : Du 5 mai au 31 juillet, lesomnibusont transporté par jour 90,000,les chemins de fer parisiens 22,000, les bateaux 65,000 voyageurs de plus que pendant^la période correspondante de 1888.
Les bateaux ont, du 6 mai au 6 novembre, débarqué aux seuls pontons de l'Kxposition le nombre considérable de 13,527,125 voyageurs.
Quant aux chemins de fer, nous ne possédons que des documents approximatifs, ceux qui ont été- transmis à la Préfecture.
Les trains de Ceinture ont transporté trente mille voyageurs de plus par jour qu'en 1888; en tout, pendant les trois mois, 7,823,445 voyageurs.
Le chiffre en avait été de 5,173,005 l'an dernier.
Les grandes Compagnies fournissent les résultats suivants :